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31/05/2010

Au nom du réel

Jean-Baptiste_Marie_Pierre_-_Vieillard.jpgSouvent, et à juste titre, on ne peut qu’être, si ce n’est effrayés tout du moins peinés, par l’irréalisme mêlé de populisme de certains secteurs de la gauche. Le refus de se coltiner la réalité telle qu’elle se présente demeure la maladie sénile d’une partie de la gauche et il est heureux de constater, en particulier au sein du Parti socialiste, que l’idée de se confronter à la réalité telle qu’elle s’impose, est très majoritaire. C’est ce que certains nomment le socialisme réformiste.

Concernant la question des retraites, c’est malheureusement parmi ceux qui ont pour habitude de convoquer le réel que l’on semble parfois faire le moins de cas de la réalité des choses. Dans cette réforme que touche par touche Sarkozy nous invite à adouber, les secteurs qui militent en général pour un socialisme fondé sur le réel sont paradoxalement ceux qui refusent, au nom d’une certaine idéologie, de voir la réalité dans toute sa nudité. En effet dans le combat des retraites qui s’offre à nous le réalisme ne peut que se conjuguer avec la lutte contre les inégalités et l’injustice.

Cette réforme des retraites qui va être proposée par la droite correspond ni plus ni moins qu’à pénaliser les ouvriers et les employés car repousser l’âge légal de 60 à 62 ou 63 ans c’est punir ceux qui connaissent les carrières les plus longues combinées la plupart du temps avec les salaires les plus courts. Par ailleurs en repoussant la décote au-delà de 65 ans, probablement vers 67 ou 68 ans, c’est également pénaliser les mêmes couches qui pour jouir de retraites à taux pleins devront s’user au travail jusqu’à des âges frisant leur espérance de vie. Face à cette situation aggravante et injuste, la réalité qui frappe les plus riches est autrement plus enviable puisque chacun sait que leurs niveaux d’imposition devraient être, au pire, proche de celui de l’avant bouclier-fiscal. Enfin, toujours au chapitre de l’injustice, nous savons que pour les carrières les plus courtes, celles des femmes par exemple, les inégalités risquent d’être encore plus criantes.

Face à ce projet gouvernemental, c’est donc au nom du réel que nous devons construire une opposition. Même si dans ce débat certains secteurs de gauche charrient encore leurs options démagogiques et populistes, ce n’est probablement pas une raison pour aller se perdre, au nom de je ne sais quel réalisme, dans des discours incompréhensibles qui, à tort ou à raison, apparaîtront inévitablement comme les cache-sexes de politiques injustes.

Lyon, le 31 mai 2010

Image: DR

19/05/2010

Les jours heureux

SarkoCNR.jpgLe 16 mai au plateau des Glières. Pas de banderoles. Pas de slogans. Pas de badges. N’en déplaise à la presse taiseuse qui parle du rassemblement de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui comme d’un rassemblement anti-sarkozyste. Dans les interventions, rien que des témoignages avec des mots clairs : liberté, égalité, fraternité, progrès social, solidarité, service public, république… Des mots qui se heurtent durement au réel. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy se rend chaque année aux Glières pour y saluer la mémoire des maquisards massacrés en mars 1944 par les nazis et les miliciens français. Ce qui, au premier abord apparait comme normal et légitime, révèle à l’examen une instrumentalisation de l’Histoire quand il situe son action dans le droit fil « du Conseil National de la Résistance, qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française » (publié en mars 1944 sous le titre Les jours heureux, le programme du CNR annonçait un ensemble formidable de réformes économiques et sociales parmi lesquelles la Sécurité sociale, les retraites par répartition et la liberté de la presse).

Non, aux Glières les 15 et 16 mai 2010, pas besoin de slogans, pas besoin de banderoles, pas besoin de badges. Il suffisait d’entendre les témoignages d’actions de résistance vraie, collectives souvent, individuelles parfois, toujours subordonnant la légitimité de la dignité humaine à celle des règles établies ou des législations indignes. Non, l’esprit qui soufflait-là n’était pas celui de la revanche, mais celui de la résistance, autrement plus difficile.

À 1500 mètres d’altitude, par deux ou trois degrés et une neige timide aussi tremblotante que nos guiboles, nous étions trois mille, une trentaine des Monts du Lyonnais, à écouter durant plus de deux heures les témoins qui se sont succédés sur la petite tribune de fortune. Applaudissements. Émotion au souvenir de ces morts souvent très jeunes, aujourd’hui glorieux, mais que radio Paris qualifiait alors de « ramassis de lâches communistes et terroristes étrangers ».

À méditer, parmi les mots entendus, ceux de Serge Portelli, vice-président du tribunal de Paris et membre de l’Appel des appels. « Nous sommes dans un État-limite, situation intermédiaire où nous ne sommes ni dans la démocratie ordinaire, ni dans la dictature, mais où l’on trouve tous les ferments d’un basculement possible. ». Il déclarait dans un ouvrage récent : « l’État-limite conserve l’architecture de la démocratie. Nous voyons fonctionner un Parlement, des élections ont lieu, les médias existent, la justice juge, les oppositions s’expriment. Mais le régime se caractérise par une excitation, une agitation extrême qui contredit violemment le cadre visible des institutions. L’appareil d’État fonctionne de façon inhabituelle. Sur la base d’une idéologie inquiétante et démagogique, se développent une volonté d’absolu dans les résolutions, un extrémisme dans les positions, une impulsivité dans la parole, une agressivité dans l’action, qui se traduisent par une exacerbation permanente de la violence d’État. Les frontières sont tutoyées, dépassées même parfois, préservées souvent grâce à une mobilisation de plus en plus massive des forces démocratiques. L’État-limite, c’est – version optimiste – un équilibre très instable et précaire ou – version pessimiste – un déséquilibre permanent et dangereux. » (www.ldh-toulon.net/spip.php?article3836).

Jean-Paul Schmitt

18/05/2010

Iconoclaste

dominique-strauss.jpgReviendra ou ne reviendra t-il pas à temps pour se présenter en 2012 ? la question du retour de DSK commence sérieusement à me chauffer les oreilles. Je trouve, en effet, assez insupportable que la gauche se mette en attente d’un homme providentiel… surtout pour le monde de la finance. Car, comme l’écrivait récemment Jean Marie Colombani, un expert du passage de la rive gauche à la rive droite de la Seine, DSK fait partie des trois français qui ont sauvé l’euro avec JC Trichetéternel patron de la banque centrale et Nicolas Sarkozy, magnifique référence de gauche. Aussi Ségolène Royal a raison de rappeler que le patron du FMI a « aidé » la Grèce en lui imposant : abaissements des salaires, démantèlement de la protection sociale et augmentation des taxes, un vrai programme de gauche ! Mais, me direz-vous, il est le chouchou des sondages qui le place meilleur candidat contre Sarko. Sans oublier le jeu manipulateur de ces plongées dans l’opinion il faut savoir que, selon un sondage BVA : 71% des dirigeants économiques souhaitent sa désignation à la candidature, le CAC 40 désignera-t-il le candidat socialiste ? Pour moi en tout cas voter DSK ce serait faire 1983 avant 1981 et je souhaite garder un peu petit espoir, celui qui amènera le peuple de gauche à regarder les choses en face et à se ressaisir en désignant une ou un candidat qui se dresse face à la situation actuelle en la regardant avec lucidité et la volonté de la changer. A l’image de Félipe Gonzalès l’ancien premier ministre socialiste espagnol qui déclarait récemment au quotidien El Païs : « nous avons sauvé le système financier mondial en sacrifiant des pourcentages très élevés de produit intérieur brut mais rien n’a changé dans son comportement qui est pourtant à l’origine de cette crise. » Dès lors le patron du FMI n’est pas le mieux placé pour prendre des mesures radicales, et pourquoi pas iconoclastes comme la nationalisation des banques, moyen assuré pour que l’Etat ne passe plus sous leurs fourches caudines mais aussi pour que leurs profits soient réorientés vers la relance de l’économie.

Philippe Dibilio

12/05/2010

Assurance Tout-Risque

Hamontourix-1.jpgCDS : tous les experts qui inondent nos radios et télévisions nous en abreuvent à longueur d’antenne. Les CDS sont ces fameux Credit Default Swap qui inondent la finance pour le plus grand bonheur des spéculateurs et le plus grand malheur des Grecs.

Le CDS est une sorte de contrat d’assurance par lequel une institution financière assure un prêteur contre le risque de non-paiement de son emprunteur. Si l’emprunteur fait défaut, c’est l’assureur qui paie le prêteur, moyennant une prime d’assurance versée par ce dernier bien entendu. L’assureur s’en sort – normalement – car il en souscrit beaucoup des contrats comme celui-là et le total des primes perçues est en règle générale plus important que les remboursements de capital qu’il est contraint de faire suite aux quelques inévitables défaillances qui surviennent. Sauf quand la bulle en question éclate parce qu’on a trop joué à ce petit jeu.

Je passe sur les différentes astuces techniques inhérentes à ces fameux CDS comme par exemple celles qui permettent de les comptabiliser hors bilan. Imaginez des papiers tout ce qu’il y a de plus sérieux et qui peuvent se revendre sans problème. Même à quelqu’un qui est tout à fait étranger au contrat initial ; même à quelqu’un qui n’est pas soumis aux risques de non remboursement qui ont justifié ces assurances. Des contrats qui peuvent être échangé de gré à gré sans qu’il soit nécessaire d’avoir de fonds de garantie ! Et le tout, sans aucun contrôle. Une aubaine pour ceux qui achètent ces CDS dès lors que les difficultés de l’emprunteur augmentent : pour le paiement d’une prime, somme toute modique de quelques % du capital qu’ils reluquent, l’assureur va leur apporter un joli paquet cadeau. Il leur suffit donc de parier sur l’échec de l’emprunteur et d’affoler tout le monde car plus les autres seront inquiets, plus les papiers en question achetés de gré à gré vont pouvoir se revendre cher. Et plus ils vont se revendre cher, moins on aura confiance dans l’emprunteur qui va se trouver obligé d’emprunter à des taux de plus en plus élevés.

À Arrêt sur Images, face à un Touati qui n’arrivait pas à en placer une, Mélenchon en bon tribun « plus à gauche que moi tu meurs » a ramassé toute cette explication un peu laborieuse en quelques mots brillants et très clairs. Je vous conseille de juger par vous-même.

Pauvres amis Grecs : Sarkozy et son gouvernement vont vous prêter 6 milliards d’euros à 5%. Des euros qu’ils auront eux-mêmes empruntés à 3,5%... Il n’y a pas de petits profits, il n’y a qu’un seul et grand « chacun pour soi » qui nous fera tous couler. L’Europe, elle, va jouer pour nous tous le rôle de grand pourvoyeur de CDS. Une affaire de 750 milliards. Diantre !

Quant au PS, Mélenchon n’a pas toujours tort : il aurait mieux valu ne pas donner sa caution à cette façon d’aider et s’abstenir de voter un tel prêt sous de telles conditions…

Jean-Paul Schmitt

10/05/2010

La crise en crissant

528071960.gifAprès le discret séminaire gouvernemental de la semaine passée, on peut dire que la Grèce s’est définitivement invitée dans la politique française même si, vous l’avez tous compris, la rigueur est en aucune façon à l’ordre du jour dans ce pays, pas plus d’ailleurs que l’austérité. Ce qu’est entrain de fourbir l’Elysée n’a vraiment pas de nom mais soyez certain que, comme tous les coups portés, cela laissera des traces. En effet en voulant situer illico le déficit public à 8% cette année, 4.6% du PIB en 2012 et définitivement moins de 3% par la suite, le fumet de la soupe à la grimace des deux « tord-boyaux » de Matignon et l’Elysée à des allures d’austérité mais que l’on se taise. Que l’on se fiche dans le crâne qu’il n’y aura jamais, au grand jamais, d’austérité et de rigueur sous Sarko Ier. Même si Fillon a déclaré en 2007 que l’Etat était en faillite les baffes que les Français vont encaisser dès le prochain budget ne seront présentées que comme de simples efforts, de petits soufflets. Bien entendu rien n’est plus manipulateur. L’attaque va être rude et injuste. De Lagarde à Jouyet, la galaxie Sarko se prépare à l’offensive généralisée et comme toujours, en pareilles circonstances, la lumière provient des « sources gouvernementales » et jamais des ministres. Dans Le Figaro du 7 mai, l’une d’entre-elle mérite méditation sur la nature de l’attaque qui se prépare, la fameuse source indiquant que « Très peu de gens sont énormément taxés alors que beaucoup ne le sont pas du tout. Il y a sûrement un moyen de rééquilibrer tout ça. » Alors si vous estimez faire partie de ceux qui pourraient se sentir que peu taxés, je ne peux que vous remercier par avance pour votre contribution à ce rééquilibrage imaginé par l’Elysée, Matignon et Bercy.

Quitte à avoir des idées noires et peut-être même des envies peu recommandables de violence, je vous conseille la lecture de polars. Cela tombe bien puisque « Quai du Polar » invite deux auteurs dans les prochains jours.

> Rencontre avec DOA auteur entre autres de Citoyens clandestins (Gallimard) et de Fous d’avril, lauréat du prix Quai du Polar 2005

Mercredi 12 mai à 19h

Librairie Grand Guignol. 91, montée de la Grande Côte, Lyon 1er.

> A l’occasion de la sortie de Résurgences (Au diable vauvert)

Rencontre avec Ayerdhal

Jeudi 20 mai à 19h

Librairie Passages. 11, rue de Brest, Lyon 1er.

Réservations conseillées : 04 72 56 34 84

Lyon, le 10 mai 2010.

04/05/2010

A méditer

elysee.jpg« On n’endosse pas comme ça d’un claquement de doigt le costume présidentiel, c’est au contraire une longue évolution qui fait que tout d’un coup les gens vous regardent, vous reconnaissent et vous donnent cette identité là » ; ce n’est pas parce que, selon l’AFP, cette phrase est répétée depuis des années par François Bayrou qu’elle n’en est pas moins frappée au coin du bon sens. Un bon sens qu’auraient dû garder Michel Noir ou Alain Carignon abattus en vol par Chirac du fait de leurs velléités présidentielles. Une phrase que pourraient méditer feu Raymond Barre et Edouard Balladur qui, de toute évidence, n’ont pas attendu assez longtemps pour être reconnus comme tels. Une phrase toujours d’actualité malgré la dévaluation de la fonction après le passage à l’Elysée de Chirac et de Sarkozy. Certes aujourd’hui le jeu peut paraître plus ouvert mais l’essence de la Vème République demeure et la fonction présidentielle reste l’expression d’un rapport direct entre l’électorat et un homme ou une femme, un rapport qui se construit avec le temps et sur des idées fortes. Certes la perspective de primaires peut laisser penser que le champ des possibles s’est élargi mais cette méthode, bien rodée aux Etats Unis état fédéral, ne fera que ses premiers pas chez nous, avec quel succès ? On ne peut, vu sous cet angle, que s’interroger sur la précipitation mise par Gérard Collomb à se lancer dans une campagne pré-primaires en affichant d’ailleurs sa candidature par défaut c'est-à-dire en cas de défection de DSK ce qui constitue un positionnement totalement antinomique avec l’objectif déclaré. Etre candidat à la présidence de la république sous la Vème c’est développer une idée de la France et des idées pour la France dans tous les domaines et directement avec le peuple. C’est seulement dans ce cas que les gens « vous regardent, vous reconnaissent et vous donnent cette identité là ». Et, c’est sur, cela prend du temps.

Philippe Dibilio

13/04/2010

Complots

Incognito.jpgCelui des aventures parisiennes du couple divin. Celui du pseudo chevalier blanc qui aurait voulu déstabiliser notre Zeus national en trafiquant des listings. Celui des scientifiques du GIEC. Et j’en passe…

Complot, vous avez dit complot ? La dame de l’Olympe dément. Son époux récent attaque. Mords ! Mords !... Charon, le nocher passeur d’ombres des enfers élyséens l’a dit sans ambages le 3 avril : « Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé avec des mouvements financiers ». Herzog, le bavard du président, y va de la même veine : « Je ne peux pas exclure une machination ». Le cerbère Lefèbvre tire une langue de bois longue de cent pieds et gronde en tirant sur la laisse de son maître « Ici, à l’UMP nous n’avons pas l’habitude de colporter des rumeurs ».

Selon Reuters, même la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est dans le coup et Squarcini son chef confirme qu’une enquête a été menée sur la demande du chef des pandores nationaux « pour déterminer si les rumeurs visant le couple présidentiel ne cachaient pas une éventuelle tentative de déstabilisation ».

Complot, vous avez dit complot ? Après Clearstream, Datigate ? Complot, vous avez dit complot ? Le Climategate continue avec, dans le rôle du grand méchant scientifique donneur de leçons et trafiqueur de courbes, super Allègre qui frappe le tocsin du complot avec son habituelle finesse de marteau-pilon. Le réchauffement climatique serait un énorme complot organisé par Tatcher la Dame de Fer et les climatologues ne seraient que de vilains comploteurs avides de gloire, de prestige et de subsides.

Et si le complot était le fait de ceux qui hurlent au complot ? Un complot pour faire diversion. Fini de parler tous les jours des sondages de popularité qui s’effondrent, des licenciés désespérés qui s’inscrivent en masse au chômage, de la dette qui grimpe, des inégalités de revenus qui s’accroissent par le haut selon l’INSEE (le revenu moyen a augmenté de 9% entre 2004 et 2007 pour 90% de la population française, mais la hausse a été de 20% pour les 1% de très aisés et même de 39% pour les 0,01% de plus aisés), des promesses non tenues, de «l’environnement ça commence à bien faire »…

Leurs réverbères complotent contre la nuit.

Ils nous font chercher des promesses évanouies

Dans la boue étroite et pâle de leurs halos.

Vêtus d’ombre, maîtres et valets du complot

Enterrent nos étoiles.

Jean-Paul Schmitt

07/04/2010

Sottise et bouclier

Un Havard fiscal.jpgSottise que ce bouclier fiscal et sottises doctement énoncées par ces pauvres ministres envoyés en défenseurs par Nicolas Sarkozy. Sottises bêlées par les députés UMP du Rhône, petit doigt sur la couture du pantalon.

Sottises têtues. Ânonnées par Philippe Cochet. Le député-maire de Caluire-et-Cuire, en bon godillot, y va de son « Ce serait la pire des choses que de renoncer sur des engagements pris devant les citoyens ». Il ignore délibérément les écarts incommensurables entre ce que gagnent la plupart des citoyens et les quelques riches épargnants pour lesquels une plus grande solidarité serait scandaleuse quand d’autres manquent et s’endettent pour consommer le nécessaire.

Sottises simplistes. Rabâchées par Michel Havard : « Si nous voulons que les contribuables les plus riches quittent le pays, il faut le supprimer. Je pense que c’est la volonté du PS qui fait la chasse à ceux qui réussissent. Je suis favorable au bouclier fiscal ».

L’idéologie débridée qui nous a mis dans cette crise aliène leur bon sens. Ils en sont réduits à radoter les vieilles antiennes d’un PS lutteur de classes et de foire. Ils refusent de voir qu’il y a deux sortes de ce qu’ils appellent les « contribuables les plus riches » : ceux qui épargnent et ceux qui investissent dans l’économie, ceux qui vivent de leurs rentes et les capitaines d’industrie. Ceux qui épargnent déjà ont largement de quoi vivre très bien et tant mieux pour eux. Faut-il leur permettre d’augmenter encore leur épargne ? Les 100 restitutions les plus élevées faites par l’État (un tiers du coût) vont à des ménages qui détiennent 16 millions d’euros en moyenne. « Merci Nicolas, on va rajouter ça dans le bas de soie » ! Ceux qui investissent et qui fuiraient ne sont pas à craindre. S’ils sont des investisseurs, c’est dans les pays industrialisés et non dans les paradis fiscaux qu’ils investiront. Et la France, en matière d’investissements étrangers est plutôt bien placée.

Les Michel, les Philippe et toute la confrérie locale de l’UMP sont-ils aveugles et sourds pour ne pas voir ni entendre que ce bouclier reporte la fiscalité des plus riches vers les moins riches ? Est-il normal par exemple que le RSA soit financé par 1,1% des revenus fonciers et de l’épargne – un impôt payé par tous… sauf ceux qui sont cachés derrière le fameux bouclier ?

Non. Ils savent bien qu’il ne s’agit là que d’un élément d’une idéologie plus large dont ils sont les hérauts et dont la réforme de 2007 sur les droits de succession, l’ISF, la baisse de la TVA sur la restauration, le refus de remettre en cause les niches fiscales constituent les marqueurs. Toutes ces mesures vont dans le même sens : reporter la fiscalité des plus riches vers les moins riches. L’ensemble de la politique fiscale du pouvoir va dans ce sens… avec les résultats que l’on connaît.

Droite aveugle, crains la réaction de tes électeurs ! Léonard le génial peintre et inventeur le disait déjà : « La sottise est le bouclier de la honte, l’insolence est celui de la pauvreté. »

Jean-Paul Schmitt

13/03/2010

Leur corps

Ouf ! Le concept de « Corps français traditionnel » n’est pas validé par l’un de nos meilleurs spécialistes de l’identité nationale, je veux bien entendu parler de Eric Besson. L’ancien de l’amicale de la Simca 1000, le beauf de Bolloré, le tout juste blanchi du financement paraît-il problématique du Parti Républicain, je veux parler de Gérard Longuet, le président de l’UMP au Sénat, ne pourra désormais plus mettre en avant sa lumineuse pensée. Pourtant le Longuet en question ne désarme pas. Il maintient que la lutte contre les discriminations serait plus efficace si elle était menée par un « non-discriminé ». Tout est donc dans le paradoxe. Au même titre que le groupe Bolloré, comme entreprise citoyenne, est le meilleur défenseur des africains, les charcutiers les meilleurs amis des cochons, Sarkozy le pote des ouvriers, il conviendrait donc de nommer à la tête de la Halde, non pas Malek Boutih, mais un de ces français de souche né à Neuilly ou dans le 16ème arrondissement, un bon catholique pratiquant juste nostalgique de la messe en latin, un de ces lecteurs du Figaro depuis quatre générations, adhérent respecté de quelques cercles parisiens particulièrement bien en vue, un hétéro sexuel si possible père de famille nombreuse ayant des amis juifs et francs-maçons…

Entre les déclarations de Longuet, les rots d’Eric Zemour, après la chasse à Ali Soumare entreprise par l’UMP grand-parisienne, la droite française est entrain de dangereusement se désinhiber au point, si elle n’y prenait pas garde, de devenir « un grand corps malade ».

NB:

Lyon, le 13 mars 2010.

23/02/2010

Bonne idée

TF16B_B_BonneIdee.jpgL’idée pouvait paraître bonne et même courageuse de la part d’un gouvernement libéral mais elle ne vécût que le temps que vivent les roses. Le gouvernement, en effet, se proposait de noter les entreprises en trois catégories quant à leur action pour lutter contre le stress des salariés. Rouge pour les mauvais élèves qui n’ont rien entrepris et même pas répondu au questionnaire du gouvernement, orange pour celles qui ont tenu quelques réunions ou engagés quelques discussions avec les salariés et vert pour les bons élèves qui ont signé un accord de fond ou de méthode. Bref du plus pur esprit sarkozyste dont le mérite est la valeur cardinale. Mais au demeurant il est plus facile de noter les ministres que les entreprises, encore que, car pour le moment les bulletins n’ont pas été communiqués.

Car cette initiative de Xavier Darcos a immédiatement soulevé un tollé de la part du patronat et y compris de certains syndicats mais bon il y a toujours eu des « jaunes ». Le Medef est monté sur ses grands chevaux dénonçant ce « name and shame » (nommer et faire honte) qu’il veut ne réserver qu’aux cas extrêmes, France Telecom par exemple ? Et face à ce froncement de sourcil de la farouche Laurence Parisot le gouvernement a retiré son texte illico, au moins on sait qui commande dans le monde de l’entreprise. A moins que dans la liste rouge n’ait figuré trop de participants à la soirée du Fouquet’s.

Cet exemple montre bien comment les mesure que Sarkozy voulaient fortes pour ciseler sa rupture tombent à plat sinon à l’eau les unes après les autres. Abandonné par l’opinion, il a encore perdu trois points ce week-end, Nicolas Sarkozy n’impose plus rien ni à sa majorité ni à son gouvernement. Aussi il doit vraiment trouver le métier de président de moins en moins ludique et penser que le jouet qu’il avait gagné a perdu tout son charme. Alors il doit regarder s’il n’y a pas en magasin quelque chose de plus amusant et valorisant à faire, gagner de l’argent, beaucoup d’argent, par exemple. D’ici que pour cela il nous abandonne en 2012 il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas…enc ore. Mais l’idée n’apparaît pas comme aussi mauvaise.

Philippe Dibilio

08/02/2010

Spleen

200px-%C3%89ric_Besson.jpgC’était il y a un peu plus de trois mois. Sur commande présidentielle, le dévoué transfuge Besson lançait son « grand débat sur l’identité nationale » avec pour mission de draguer quelques électeurs du Front National et de pourrir le débat public à quelques encablures des élections régionales.

Aujourd’hui, le gouvernement tient séminaire sur ce sujet. Attention, il ne s’agit pas du grand barnum dont rêvait, illuminé par la pensée présidentielle, l’appliqué Besson. C’est même tout le contraire, en guise d’évènement, Fillon va bénir ce que désormais beaucoup de monde à droite souhaite être une cérémonie des obsèques et le pauvre Besson doit ranger ses rêves de grandeur ministérielle dans le fond de sa poche. Accusé d’en avoir trop fait, d’avoir joué perso, d’être ingérable, le traitre devenu numéro 3 de l’UMP affiche une bobine des mauvais jours. Il faut dire qu’il y a peu, notre ministre, euphorisé par son débat avec Marine Le Pen, s’est retourné et n’a vu personne le suivre. Même Sarko qui devait pourtant présider ce fameux séminaire s’est fait porté pâle laissant en plan le ministre. En proie à des attaques Umpistes qui fusent, tricard et abandonné, le bon caporal Besson ne cesse pourtant de répéter qu’il assume, qu’il assume tout au point qu’il va se mettre à assumer même ce qu’il n’a pas encore eu le temps de faire.

Sur ce champs de bataille de l’Identité Nationale, le soldat Besson traîne son spleen et sa solitude et il n’est pas certain qu’à droite grand-monde songe à le sauver.

Lyon, le 8 février 2010.

Photo: Luc Legay

30/01/2010

Formidable

Dans ce pays c'est à la radio, sur Europe 1, qu'un procureur de la République annonce le fait qu'il va faire appel suite à un procès. Ce pays aux ressources insoupconnées est par ailleurs le champion des gardes à vue. C'est toujours dans ce pays qu'on s'apprête à liquider le juge d'instruction. Elle est pas belle la vie ? Bon week-end.

Lyon, le 30 janvier 2010.

28/01/2010

En gros et en détail

Sarkozy NB.jpgLe Président est paraît-il ravi de sa prestation de lundi soir sur TF1 et les quelques 8 millions de téléspectateurs qui assistaient à l’émission sont quant à eux convaincus. Plus précisément, si l’on en croit « Le Parisien » et l’institut CSA, 57% des personnes ayant vu Nicolas Sarkozy l’ont trouvé convaincant.

Autant dire que l’Elysée est aux anges quand on songe à la côte de popularité médiocre du président. En vérité, quand on consulte ce sondage paru hier, on peut se dire que le président devra y réfléchir à deux fois avant de convoquer une seconde fois le ban et l’arrière-ban de TF1. En effet, en examinant les principaux thèmes abordés par Nicolas Sarkozy face au panel concocté par TF1, il y a de quoi perdre le sourire puisque la performance présidentielle s’avère bien modeste. Pas convainquant à 60% sur l’emploi, à 58% sur les retraites, à 51% sur les salaires de Proglio, à 61% sur le pouvoir d’achat, à 45% sur l’identité nationale et à 45% sur la réduction du nombre de fonctionnaires, le président a des soucis à se faire car sur aucune de ces thématiques les convaincus l’emportent. On pourrait dire que Sarkozy arrive à convaincre « en gros » mais jamais dans le détail. Malgré cela, Franck Louvrier, son conseiller en communication, nous confie que « la parole présidentielle n’est pas usée » autrement dit que, « plus c’est gros, plus ça passe ». D’ailleurs à l’occasion de cet échange avec le panel de TF1, Nicolas Sarkozy a utilisé les mêmes ficelles gagnantes que lors de la dernière campagne présidentielle expliquant que les problèmes économiques, d’emploi ou de retraites étaient à mettre sur le dos de la crise ou des socialistes et que pour le reste il convenait de faire confiance à sa détermination et à son acharnement. Reste à savoir si une telle ligne sera suffisante pour gagner « en gros » la prochaine présidentielle, tout le reste étant du détail.

Lyon, le 28 janvier 2010.

 

27/01/2010

Machiavel a fait des petits

Sarkomachiavelisme!.jpgBarak Obama a déclaré mercredi dernier : « J’ai perdu le sens du contact direct avec les Américains sur leurs valeurs essentielles ». Imaginez un instant Nicolas Sarkozy faire de même à propos des Français. On peut rêver. Ni lui, ni les ministres et sous-ministres qui nous gouvernent, ne feront amende honorable. Sauront-ils jamais dire la vérité ?

Dans l’auto congratulation - discipline dans laquelle les politiques sont experts quels que soit leur bord – notre président bat tous les records. Écoutez-le défendre ses réformes – car il s’agit de réformes, courageuses et bien menées, n’en doutez pas. Les mots sont martelés, répétés, bégayés, enflés, déclinés, commentés souvent avec déférence par les « journalistes » télévisuels. Ces « réformes » qui traînent pourtant avec elles une comptabilité mortifère d’emplois détruits aveuglément. Ces « réformes » qui laissent sur le bord du chemin de plus en plus d’exclus et de travailleurs qu’on qualifie désormais de pauvres. Ces « réformes » qui sont comme graffées sur toutes les façades de la République. Des façades qui se lézardent. Signées d’un seul et même tag : Sarko. Machiavélique !

Barak Obama voit sa popularité baisser nous serinent nos bons médias. Il ne serait plus qu’à 50% de satisfaction. Rappelez-moi celle de Nicolas Sarkozy en janvier 2010. Elle était de 32%, un niveau déjà atteint deux fois, en mai 2009 et en mai 2008.

Tout cela n’est que tambouille de chiffres me direz-vous et les seuls bons chiffres sont ceux de Nicolas. Comme ceux qu’il nous a livrés lors de ses vœux de 2010 : «Depuis 2007, la France a signé chaque année deux fois plus de grands contrats à l’export que durant les dix années précédentes. Deux fois plus !» Je vous conseille la lecture de l’excellent article de Cédric Mathiot dans Libé du 21 janvier dernier : sur l’ensemble des grands contrats signés par la France, le bluff est flagrant et la soi-disant performance est dans les choux. Manipulation encore. Version péjorative du machiavélisme.

Mais je chipote, tout va bien. Dormez braves gens, la République est calme et bien en laisse… Il n’est que de relire ce qu’écrivait Victor Hugo à propos de Louis Napoléon Bonaparte. Petit extrait :

« M. Louis Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent qu’il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l’ambition.

Alors il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez vous ; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits.

Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer avec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis au moment où l’on se rassure et où l’on rit de l’énormité en question, l’exécuter.

Jean-Paul Schmitt

25/01/2010

Massacre en direct

tf1.jpgLa blonde la plus hitchcockienne du PAF, Laurence Ferrari, va recevoir ce soir, les yeux dans les yeux, notre Président. Face à la présentatrice glamoureuse, le locataire de l’Elysée timide et hypnotisé par le charme fou et froid de la blonde platinée décrite dans Libération comme en fait « une brune à poigne », risque de ne pas peser bien lourd. Décochant questions ouvertes et incisives en alternance avec une batterie d’interpellations pointues, la blonde risque de transformer le petit maître en sujet.

Ça va donc chauffer, ça va péter ce soir au vingt-heures de TF1. Quand elle va empoigner le Président, la native d’Aix ne va pas mégoter sur les torgnoles, être économe en claques, avare de coups envers celui que la rumeur présente comme un ex. Ça va donc être ce soir la fête à Sarko, le massacre d’un chef, l’agonie d’un président plumé comme un perdreau de l’année. Une honteuse cérémonie funeste qui précèdera une exécution à la roumaine présidée par le killer du PAF, Jean-Pierre Pernaud.

Il faut dire que s’il est en général fort mal traité dans les médias, Nicolas Sarkozy est particulièrement le souffre douleur de la première chaîne de télévision. Ce soir livré aux questions baveuses d’un pseudo échantillon de Français, c’est donc Jean-Pierre Pernaud qui aura pour tâche d’achever le président. Pour qui connaît le persiflage habituel du présentateur du 13 heures, c’est avec une joie malsaine que Pernaud portera une estocade finale animée d’une haine sans nom envers le régime. Trop c’est trop. Ce soir, faîtes comme moi, regardez plutôt « Cuisine T.V ».

Lyon, le 25 janvier 2010.

 
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