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06/01/2010

Sacré Caesar

Jules Caesar Sarko.jpgSacré Jules César et son calendrier appelé depuis, julien ! On lui doit – deux ans avant la fondation de Lugdunum par ce brave Munatius Plancus – que le 1er janvier soit pour la première fois le premier jour de la nouvelle année. Un jour consacré alors à Janus, Dieu des portes et des commencements. Je me dis in petto, pour la porte qu’il faudrait qu’il prenne : « Ave Sarkozius, cela commence à bien faire »… Jusqu’alors, le sacré Jules qui était également Grand Pontife, fixait à ce titre le premier jour de chaque nouvelle année. Pourvu que Sarkofex Maximus ne prenne pas l’idée de faire pareil, histoire de marquer son règne ou de redresser les sondages.

Au Moyen-Âge, la nouvelle année débutait à Pâques et donc cela bougeait tout le temps. Beaucoup plus que la manière dont la modernité pénètre de nos jours encore au Vatican. Et voilà qu’un pape, Grégoire, le 13ème du nom, en 1582, instaure un calendrier qui fait commencer l’année le 1er janvier. Un Grégoire qui peut créer des choses plus intelligentes que la béatification d’un prédécesseur un peu trop conciliant avec le nazisme, cela vaut la peine d’être noté. Comme le premier de l’an est l’occasion des bonnes résolutions, il serait bien que la sainteté qui siège aujourd’hui au Vatican prenne, lui aussi, de bonnes résolutions pour l’année nouvelle. Comme, par exemple, conseiller l’usage du préservatif en Afrique pour lutter contre le sida ou autoriser le mariage de ces pauvres prêtres obligés de convoler en noces secrètes si la vie de couple les tente ou encore accueillir à communion les divorcés remariés qui le souhaitent.

Les Romains de ce brave Jules sacrifiaient à la déesse Strenna, il paraît que le mot étrennes dérive de là. J’avoue préférer les étrennes aux bonnes résolutions, même si en échange je dois accepter l’horrible calendrier de mon facteur ou celui des pompiers de mon village. Au moins c’est un bon moment de convivialité. Plus encore que leurs affreux calendriers, je déteste ces cartes de vœux aux sapins couverts de crème chantilly et aux Santa Claus coca cola qui se trémoussent façon Walt Disney sur un air sirupeux de merry Christmas. Ils engorgent ma boite de courriel parce que des copains sont trop paresseux pour m’écrire un petit mot personnel. Si les cartes de visite qu’on échangeait à la fin du 18ème siècle avaient pareil mauvais goût, je comprends pourquoi les conventionnels de 1791 les ont supprimées en même temps que le premier de l’an. Un député qui devait ressembler à Emmanuelli allant jusqu’à déclarer lors d’une séance de la Convention : « Citoyens, assez d’hypocrisie ! Tout le monde sait que le Jour de l’An est un jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes… ».

Gageons qu’aucun de ceux qui présenteront leurs hommages respectueux à Nicolas Sarkozy dans les salons de l’Élysée à l’occasion de ce nouvel an revenu en grâce dès 1797 n’aura la moindre once d’hypocrisie ni ne ressentira le moindre avilissement en faisant ce jour prochain des courbettes au prince qui nous gouverne.

Nous sommes – paraît-il – en République, que diable !

Jean-Paul Schmitt

24/03/2009

Habemus latex

pape.jpgTollé sur les propos de Benoît XVI. Tollé justifié, même si ses affirmations concernant le préservatif comme facteur aggravant du sida jouent une musique déjà entendue de ce côté du conservatisme éclairé.

Tenus dans l’avion qui le mène en Afrique, les propos de l’homme en blanc face aux journalistes qui l’avaient pourtant avertis de la teneur de leurs questions ne sauraient être expliqués par je ne sais quel mot dépassant la pensée papale. Il est de plus en plus difficile de surfer sur les évangiles que l’Église sait trop souvent tordre à bonne courbure.

Ce pape souffre, nous dit-on, d’être si mal compris. Alors un peu de compassion, qualité si répandue jusque dans les plus hautes sphères politiques de la fille aînée de l’Église.

Songez un instant, que diable, à la difficulté de l’exercice quasi quotidien auquel le primus inter pares s’astreint. À la limite de la schizophrénie, il est obligé de jongler entre d’une part son infaillibilité dogmatique (essayez donc d’expliquer l’immaculée conception autour de vous) et d’autre part, la trivialité des recommandations des jours ordinaires où il est question de messe en latin, de relations sexuelles soumises à l’abstinence contraceptive, d’excommunication navrée d’une fillette de neuf ans violée par son beau-père, de réintégration d’évêque négationniste pour cause d’ignorance, de suprématie sur l’Islam et j’en passe…

Et puis, la communication est un art si difficile. Plus que l’étude des pères du désert.

Ses conseillers en robe auguste font pourtant des efforts. Ils vont même jusqu’à faire fuiter sur la toile – sur hollybuzz, cela ne s’invente pas - une étude d’un éminent chercheur de Harvard. Edward C. Green affirme que les preuves qu’il possède soutiennent le commentaire du pape et que ses études montrent une corrélation entre l’utilisation accrue du préservatif et un plus grand taux d’infection par le sida : « C’est peut-être dû à la compensation du risque qui fait que quelqu’un qui utilise une « technologie » de réduction de risque en perd le bénéfice parce que ce faisant il prend plus de risques que quelqu’un qui n’utilise pas cette « technologie » ».

Un peu tiré par les cheveux, non ?

En clair, si contrairement à moi vous sortez toujours avec un parapluie dans votre sac, vous serez plus souvent mouillés que moi parce que vous prendrez plus souvent le risque de sortir quand il pleut !…

Études pour études, celles des nombreux scientifiques et experts contredisent pourtant ce point de vue, ne serait-ce que celles qui sont issues des milieux spécialisés des Etats-Unis, un pays pourtant parfois travaillé par les évangélistes. Les études épidémiologiques des Centers for Disease Control and Preservation, de l’U.S. Agency for International Development, de la Food and Drug Administration, des National Institutes of Health, montrent que les préservatifs réduisent à moins de 1% le risque de contamination par le VIH.

Mais les faiseurs de buzz bigots mégotent.

Lyon, le 24 mars 2009.

Jean-Paul Schmitt

04/02/2009

Non possum

barbarin.jpgParoles d’apôtres en réponse aux princes qui leur interdisaient de prêcher la bonne nouvelle.

Comment ne pas faire nôtres ces mots quand un des princes de l’Église, le premier d’entre eux, décide de réintégrer un évêque négationniste avec les bêlants excommuniés qui le suivent et dont un bon nombre marmonnent en latin des patenôtres racistes.

Je rêvais de me mettre sur le tard au latin, cette source féconde de ma langue. Mais c’est décidé, exit le latin. Pardon, fini le latin.

Non possum. Je ne peux pas.

Je ne pourrai jamais accepter qu’une Église qui se proclame « sainte, apostolique et romaine » ouvre ses portes à ceux qui nient la Shoa ou qui, arrogance extrême, prient « pour la conversion des Juifs ».

C’est ma révolte tardive contre le père. Papa Benoît veut ouvrir les portes de l’Église aux traditionalistes de Lefebvre, excommuniés jusque-là ? Alors halte au latin. Halte aussi à cette novlangue qui appelle traditionalistes des évêques qui en fait sont des intégristes. Je sais que les intégristes catholiques ne sont pas tous maurassiens ou vichystes, mais leur union derrière un Lefebvre qui s’opposait à l’ouverture au monde prônée par le concile Vatican II est pernicieuse. Je sais aussi que ceux qui suivent les messes en latin ne sont pas tous des racistes et des antisémites. Mais qu’ils pensent alors à l’importance du signal donné au monde par l’intégration du sieur Williamson (décidément, je n’arrive pas à lui donner du Monseigneur). Cet homme professe des thèses proches de celles de l’extrême droite. Prenez par exemple ces bons abbés Guillaume de Tanoüarn et Philippe Laguérie : en 2003 alors qu’ils sont responsables de la revue « Pacte », celle-ci publie un brûlot selon lequel « les Maghrébins » sont des « benladistes en herbe ». L’abbé Laguérie n’en n’est d’ailleurs pas à son coup d’essai : déjà en 1987 il déclarait à Libération que les Juifs « tiennent la France en dictature » et que les thèses des négationnistes Roques et Faurisson étaient parfaitement scientifiques.

Un Philippe lyonnais, très communicant et que je trouve parfois un peu restaurateur (vous me direz que dans la capitale de la gastronomie…) a trouvé bien cette main tendue du pape. Moi, cette main du Père, je la ressens comme une gifle. Ceci étant, j’ai cru comprendre que le cardinal portant kippa rouge (je connais la différence entre une calotte et une kippa : je fais exprès) et qu’on ne peut pas soupçonner d’antisémitisme admet quand même que les excuses du sieur Williamson, antisémite notoire, sont quelque peu insuffisantes. Encore un pas Monseigneur !

Puisque désormais c’est porte ouverte aux pires conservatismes, c’est quantum sufficit. Basta quoi !…

Puisque les positions absurdes des grands pasteurs de l’Église catholique ne sont pas négociables ; puisqu’ils continuent à imposer des règles qu’on ne trouve dans aucun de ces beaux textes qu’on appelle Évangiles : pas de prêtres mariés, pas de femmes prêtres, pas de communion pour les divorcés remariés, pas de contraception hors l’abstinence… et cætera, alors sans moi.

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 4 février 2009.

07:25 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eglise, lefebvre, catholique, vatican, exommunie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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