Avertir le modérateur

24/04/2010

Reconnaissance

drapeaux-armeno-turc.jpgC’était le 4 mars dernier. Ce jour là par 23 voix contre 22, la Commission des Affaires Etrangères de la chambre des représentants des Etats-Unis adoptait une résolution reconnaissant le génocide des Arméniens. Le jour même les autorités turques dénonçaient « cette comédie » et protestaient. Rappel d’Ambassadeur, annulation de visites ministérielles, menaces à l’égard de la main d’œuvre arménienne, le petit jeu Turquo-Américain ne pouvait guère faire illusion sachant que cette résolution votée le 4 mars n’a aucune chance de franchir les murs de la commission pour se retrouver en séance plénière. Obama où pas, la question de la reconnaissance du génocide n’a que peu de chance d’être d’actualité. Raison de plus pour faire de cette journée du 24 avril, traditionnellement consacrée à la mémoire des victimes du génocide, un moment encore plus fort.

Rendez-vous en cette fin d’après midi au Mémorial de la Place Antonin Poncet, Lyon 2ème arrondissement.

Lyon, le 24 avril 2010.

12/03/2010

Turquies

siteon0.pngDans le cadre de la saison de la Turquie en France, la bibliothèque Municipale de la Part-Dieu est à l’origine d’excellentes initiatives avec notamment « Ebru » une exposition photographique dont le but est d’évoquer la grande diversité d’un pays dont la richesse culturelle n’est plus à démontrer. Avec « Ebru, le photograqhe Attila Durak qui a partagé la vie au quotidien des habitants nous entraîne dans un voyage à la rencontre des minorités arméniennes, juives, arabes, turkmines, kurdes ou bosniaques qui composent ce vaste pays.

> « Ebru », reflets de la diversité culturelle en Turquie.

Photographies de Attila Durak du 12 mars au 12 juin 2010, bibliothèque de la Part Dieu.

Visites par Sylvie Aznavourian, commissaire le 19 mars à 13h, le 31 mars à 17h30, le 22 avril à 13h, le 19 mai à 17h30 et le 2 juin à 17h30.

« Ebru » est aussi un livre préfacé par John Berger comprenant des textes de Elif Safak, Fethiye Çetin ou Tosun Terzioglu. Editions Actes Sud.

Toujours dans le cadre de cette année de la Turquie, la bibliothèque lyonnaise organise quelques conférences qui devraient ravir les plus curieux.

« Istanbul 2010, capitale européenne de la culture », conférence de l’architecte Kohran Gümus. Vendredi 19 mars, 18h30

« Frontières culturelles de la Turquie »

> Samedi 27 mars, 10h30, table ronde avec l’historien Samim Akgönül et le politologue Ali Kazancigli.

Samedi 27 mars, 15h00, table ronde avec Attila Durak auteur de « Ebru », Fethiye Çetin auteur du « Livre de ma grand-mère » (L’Aube, 2006) et porte parole du groupe des droits des minorités, Ayse Gül Altinay, enseignante à l’Université de Sabanci et Nebahat Akkoç, fondatrice du centre des femmes.

> « La Turquie et l’union européenne »: Conférence de Can Baydarol, professeur de Sciences politiques à l’Université Kültür d’Istanbul, le 30 mars

> « L’Economie de la Turquie »: Conférence de Bahadir Kaleagasi, politologue et coordinateur du Tusiad (Bruxelles)

Renseignements sur www.bm-lyon.fr et www.culturesfrance.com

Lyon, le 12 mars 2010.

07/11/2009

Débat

arton55733-126x165.jpgVous le savez pour vous en avoir souvent parlé ici, depuis la signature le 10 octobre dernier à Zurich d'accords entre la République d'Armnie et la Turquie, on s'interroge et on s'inquiète dans la diaspora.

Dans ce contexte très passioné, Radio Arménie organise demain dimanche 8 novembre 2009 à 15h un grand débat public sur les conséquence de ces protocoles signés entre les deux pays.

 

Participeront à cet échange:

  • Christian MAKARIAN, Rédacteur en chef de "L'Express"
  • Gérard GUERGUERIAN, Juriste international
  • Ara TORANIAN, Directeur de la publication du magazine "Nouvelles d'Arménie"
  • Hilda TCHOBOIAN, Présidente de la Fédération Euro-Arménienne
  • Sarkis SHAHINIAN, Président de Suisse-Arménie
  • Aram GAZARIAN, Vice-président de Terre & Culture
  • Daniel MEGUERDITCHIAN, Collectif Reconnaissance

p90_turquie_armenie.jpg

> "Les Protocoles Turco-Arméniens: quelles conséquences ?"

> Salle Garbis Manoukian, 40 rue d'Arménie - Lyon 3e - contact@radioarmenie.com

19/10/2009

Votch

sarksian.jpg« Votch » cela signifie « Non » en arménien et actuellement sur de nombreuses pancartes qui surgissent lors des manifestations ces « Votch » fleurissent tant, de Los Angeles à Beyrouth et de New York à Paris, on s’oppose dans la diaspora aux protocoles qui viennent d’être signés entre la République d’Arménie et la Turquie. Dans son éditorial, le magazine « France-Arménie » parle, à propos de l’accord Arméno-Turc signé à Zurich « d’une fracture entre les deux pôles de la nation arménienne » pointant le risque « d’un durcissement vis-à-vis de l’Arménie » ou d’une « désaffection généralisée ». Le risque nous dit par ailleurs Varoujan Mardikian dans son éditorial est que la diaspora arménienne se retrouve « face à elle-même ».

Il y a peu je vous disais le plus grand bien de l’esprit qui régnait entre Ahmet Insel et Michel Marian, ces deux intellectuels Turcs et Français dans leur ouvrage « dialogue sur le tabou arménien » en indiquant que ce long chemin vers la réconciliation serait semé d’embuches. Il convient de le reconnaître, les premières embuches sont devant nous mais aujourd’hui elles concernent les rapports au sein du peuple arménien puisque ces désaccords se situent entre Erevan et la diaspora. Il est clair que ce hyatus cache aussi des arrière-pensées, qu’en rejouant la scène de la défense de la cause arménienne à porter les intérêts d’un seul pays, fut-il la République d’Arménie, le président Sarksian et sa diplomatie viennent de prendre quelques risques. Les protestations qui apparaissent dans la diaspora mettent le doigt là ou cela fait très mal car les protocoles signés entre les deux pays semblent ne pas vouloir prendre en compte la question du génocide sans parler de la difficile situation des minorités au Djavakh.

Au terme de leur dialogue Ahmet Insel et Michel Marian écrivaient, et nous étions en juin 2009, « jusqu’ici ces gestes diplomatiques ont manqué de mots, ils ont été embarrassés et opaques, comme si seul l’intérêt pouvait en démontrer le bien fondé. Or, dans cette affaire, on a absolument besoin de mots parce que ce sont aussi et surtout des sentiments, des mémoires et des émotions qui sont en jeu, et qu’il faut trouver les mots pour les exprimer ». Le président Sarksian en mettant en œuvre, avant la signature des accords de Zurich, son « Diaspora Tour » a démontré que les mots, les sentiments, les émotions et la mémoire n’étaient plus des choses initialisées dans son esprit. C’est pourtant cela qu’attendait aussi la diaspora. Aujourd’hui ce début de divorce ne semble pas effaroucher Erevan qui, en bon adepte de la Real-politique a manifestement décidé que ce « désaccord avec les accords »  était subalterne. Au final, il n’est pas certain que le président Sarksian sorte gagnant de cet imbroglio. Il sera alors trop tard pour comprendre que dans la situation de l’Arménie, les mots, les sentiments, la mémoire et l’émotion sont des choses qui comptent en politique.

Lyon, le 19 octobre 2009

Photo:DR

04/10/2009

Pamuk à Lyon

Orhanpamuk.jpgMercredi prochain, le Maire de Lyon remettra la médaille de la ville à Orhan Pamuk avant que le Prix Nobel de Littérature 2006 ne dialogue, à l’invitation de la Villa Gillet, avec la journaliste du Monde Raphaëlle Rérolle. Cette manifestation organisée dans le cadre de la saison de la Turquie en France est un évènement majeur au moment ou Gallimard met à disposition du public français « D’autres couleurs », un recueil d’une soixantaine de récits et discours d’Orhan Pamuk qui permettra au lecteur d’encore mieux saisir le point de vue et la personnalité de l’auteur de « Neige ».

Esprit libre et auteur d’exception, Pamuk occupe une place importante dans la vie culturelle et démocratique de son pays. Citoyen particulièrement engagé et conteur hors-pair, avec Orhan Pamuk, le public de la Villa Gillet découvrira la dimension intellectuelle et politique d’un écrivain majeur de la littérature contemporaine, un auteur qu’il appréhende jusque là uniquement par ses romans mais aussi par le magnifique portrait qu’il a fait de sa ville d’Istanbul.

Pamuk, comme beaucoup d’intellectuels Turcs n’a jamais voulu négocier de compromis sur la question des droits et des libertés dans son pays. Sur l’épineuse question du génocide des arméniens et de sa nécessaire reconnaissance, comme des dizaines d’universitaires, journalistes et artistes, Orhan Pamuk s’est toujours exposé, son Prix Nobel lui servant par ailleurs d’efficace bouclier. A un moment ou la question arménienne interpelle de manière presque frontale l’histoire de la Turquie, ou intellectuels Turcs et arméniens amorcent d’utiles dialogues, la présence de Pamuk est presque une bénédiction. Que Guy Walter et son équipe soient remerciés.

  • > Orhan Pamuk à Lyon le 7 octobre 2009

- 18h00, Salons de l’Hôtel de ville, remise de la médaille de la ville par Gérard Collomb. Une cérémonie ouverte à tous et gratuite à condition de réserver.

- 19h30, Institution des Chartreux, 11 rue Pierre Dupont, Lyon 1er arrondissement. Rencontre avec l’auteur. Réservation obligatoire, tarifs de 2 à 8 euros.

Lyon, le 4 octobre 2009.

01/10/2009

Dialogue

Ahmet insel michel marian.jpgJ’ai appris à me méfier de ces bouquins d’entretiens qui désormais se multiplient comme des hamsters. Encore plus de ceux constitués de dialogues souvent arrangés mis en scène par un éditeur flairant le bon coup. Celui dont je veux vous parler aujourd’hui est pourtant un dialogue et l’éditeur qui nous le propose un professionnel parmi les plus sérieux. Autant dire que je vous en recommande la lecture. Il s’agit, vous l’avez compris de « Dialogue sur le Tabou Arménien » un ouvrage co-signé par deux intellectuels, l’un Turc, Ahmet Insel, l’autre Français d’origine Arménienne, Michel Marian. Ces deux protagonistes, qui sont respectivement économiste et philosophe, se sont rencontrés alors que Turquie et Arménie posaient les premiers jalons d’une normalisation encore hypothétique. Ahmet Insel est signataire de la pétition « demandant pardon aux Arméniens pour la grande catastrophe », Michel Marian dont on peut lire assez régulièrement les textes dans « Esprit » est l’un de ceux qui ont remercié publiquement pour ce geste les signataires de la dite pétition. Nos deux hommes ont été, je le crois, très marqués par l’assassinat du journaliste Hrank Dink et expriment dans leur échange une volonté commune de faire ensemble un bout de chemin, celui du dialogue sur le long parcours qui s’annonce bien mal balisé et qui devrait, espérons-le, conduire à la reconnaissance d’un génocide et à la réconciliation encore lointaine de ces deux peuples.

Si cet ouvrage plutôt ramassé avec ses 150 pages permet l’évocation d’une famille arménienne, celle de Marian, et de Garnik l’un des trois fils de la grand-mère Hripsimé qui sera le seul à échapper à l’ordre de déportation des Arméniens. Il permet aussi à Insel de parler du second mariage de son grand-père quelques quatre ans avant le génocide précédant la naissance d’un père né quant à lui en 1916 du côté d’Izmir. Si ces courtes approches biographiques familiales permettent utilement, non seulement de planter le décor, mais surtout de mieux comprendre des itinéraires proches mais jamais convergents du Turc et du Français Arménien d’origine, on comprendra aisément que ce n’est pas le cœur de ce dialogue qui n’hésite pas à se coltiner de façon simple et directe un problème plus qu’épineux enraciné dans l’inconscient des deux hommes. Des difficiles années soixante à l’assassinat de Dink la question du génocide hante un dialogue fait de respect, d’humanité et des arguments les plus fondés. Même si la politique conduite aujourd’hui par Erevan, la place de la diaspora et le contexte international ne sont qu’assez peu pris en compte dans l’ouvrage on ne peut que féliciter Insel et Marian d’avoir noué ce débat, l’éditeur Liana Levi de l’avoir porté à notre connaissance et à la journaliste Ariane Bonzon de l’avoir rendu possible. Recommandé!

Lyon, le 1er octobre 2009.

PS : Rappel, c’est samedi 3 octobre à 20h30 que se tient à Ainay le concert organisé par le comité de soutien à Guy-André Kieffer.

24/04/2009

24 avril

peter-gabriel854_MainPicture.jpgComme chaque 24 avril, la journée d’aujourd’hui est consacrée de part le monde à rendre hommage aux victimes du génocide des arméniens. Alors que grâce à l’action de franges de plus en plus élargies d’intellectuels et démocrates turcs la question de la reconnaissance du génocide des arméniens s’impose dans le débat public on mesure l’importance des manifestations qui visent à exiger une telle reconnaissance et la dénonciation de la négation.

Pour des raisons stratégiques, en apportant son soutien sans réserve à l’actuel gouvernement turc, le Président Obama semble avoir fait le choix, comme ses prédécesseurs, de passer par perte et profit le génocide de 1915. En recommandant que l’Europe fasse de l’intégration de la Turquie au sein de l’Union une question prioritaire, Obama n’est en rien, contrairement à ce que pensent Sarkozy et Villiers, en dehors de son rôle mais le nouveau Président américain aurait été particulièrement inspiré d’assortir son point de vue de quelques conditions liées à la démocratie, à la condition de la femme, à la place des minorités mais aussi, car c’est incontournable, à la reconnaissance du génocide des arméniens.

Comme chaque année, je m’efforce de faire valoir le point de vue de certains « Grands anciens » comme Jean Jaurès ou Justin Godard pour démontrer que cette « question arménienne » doit continuer à s’imposer y compris quand les grands de ce monde ne souhaitent pas l’inviter.

Assez récemment, le bi-mensuel « France-Arménie » se faisait l’écho des propos de Peter Gabriel quant à la reconnaissance du génocide. Voici l’essentiel d’une déclaration tout à fait en adéquation avec l’ensemble des combats menés jusqu’ici par l’ancien leader de Genesis.

« Lorsque j’ai composé la musique pour La Dernière tentation du Christ, j’ai découvert l’un des instruments les plus émouvants : le doudouk arménien. Je suis ensuite allé en Arménie à l’occasion de l’anniversaire du joueur de doudouk Djivan Kasparyan. Nous avons visité le Mémorial du Génocide consacré à plus d’un million d’Arméniens morts en 1915 » […] « Les Turcs nient le Génocide arménien et la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne l’ont pas reconnu mais j’espère qu’ils vont le faire. Il faut en parler afin que les Turcs acceptent les évènements du passé pour se libérer et avancer ».

Peter Gabriel

Lyon, le 24 avril 2009.

Photo: DR

25/01/2009

Dérapage ?

gaudin.jpgJean-Claude Gaudin, le Sénateur et Maire de Marseille traverse une période difficile pas seulement à cause des problèmes liés aux finances locales, à la neige ou à l'avenir de l'O.M.

Juste avant la trêve des confiseurs, alors qu'il s'agissait lors d'une manifestation de célébrer la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, Gaudin, pointant du doigt le représentant local des associations arméniennes, s'en était pris à ceux qui exigent le vote d'une seconde loi relative au génocide des arméniens pour l'heure bloquée au sénat. Manifestement pour faire bonne figure devant Rama Yade, histoire de fermer le ban, Jean-Claude Gaudin avait expliqué que "la France a fait ce qu'elle devait faire" pour le génocide et, en présence du Consul de Turquie, précisé que "Les Turcs sont en train de fabriquer le même bateau que Protys et Gyptis" (découvreurs de Marseille en 2600) non sans rajouter bravache que "si ces gens-là arrivent devant le vieux port et la Mairie de Marseille, je les accueillerai et j'espère que vous ne me ferez pas un procès public".

Inutile de dire que le dérapage de Gaudin, même assorti le lendemain de nouvelles déclarations visant à calmer le jeu, risquent de laisser des traces du côté de la cité phocéenne. Ici, à Lyon, il y a une année de cela, Gérard Collomb inaugurait à proximité du nouvel immeuble du Groupe Le Progrès une rue Hrank Dink, moment symbolique destiné à honorer la mémoire du journaliste Turc assassiné sans que la présence des autorités diplomatiques turques ne modifient fondamentalement notre volonté de voir le génocide des arméniens enfin reconnu par l'Etat Turc laissant ainsi la porte ouverte à une normalisation des rapports entre la jeune république d'Arménie et la Turquie mais aussi avec l'Europe. Telle était d'ailleurs la position de Hrank Dink.

  • - Pour en savoir plus, lire le numéro de janvier de "France-Arménie" et en particulier l'interview de Pascal Chamassian, président du CCAF PACA. www.france-armenie.fr

Par ailleurs, suite à la campagne publique d'excuses au peuple arménien victime de "la grande catastrophe" de 1915 lancée en Turquie par des personnalités et intellectuels (www.ozurdiliyoruz.com), une soixantaine de citoyens français d'origine arménienne lancent à leur tour un appel intitulé "Merci aux citoyens turcs" destiné à soutenir cette initiative venant de Turquie. Le texte de leur appel est disponible sur Libération.fr et un site vient d'être ouvert afin de recueillir de nouvelles signatures (http://repondre.word-press.com).

    Lyon, le 25 janvier 2009

    22/11/2008

    Abd El-Kader

    Kader.jpg

    La bibliographie concernant l’Emir Abd El-Kader est abondante et les éditions du Seuil en publiant cette année l’ouvrage de Ahmed Bouyerdene ont bien entendu fait œuvre utile. Vous l’avez compris je veux dire deux mots aujourd’hui sur ce personnage mais, et les lecteurs d’ailleurs voudront bien me pardonner, en insistant sur les liens particuliers qui unissent Lyon et l’Emir. Pour ce faire, une fois dit que Gérard Collomb a proposé qu’une rue de la ville porte le nom d’Abd El-Kader, je veux signaler la parution d’un livre de Christian Delorme (celui que la presse appelle encore le Curé des Minguettes) sur ce personnage important de notre histoire intitulé « L’Emir Abd El-Kader à Lyon » et publié par celui qui est doté de la mémoire la plus active de Lyon, je veux parler de Michel Chomarat.

    Comme le dit le Maire de Lyon dans sa préface, « l’Emir représente un modèle nécessaire (…) Il a été un pont entre la culture arabo-musulmane et la culture européenne, un précurseur du dialogue entre les civilisations ».

    L’ouvrage de Christian Delorme retrace non seulement le message de l’Emir mais surtout un parcours, alors qu’il partait en exil en Turquie, marqué par un court passage à Lyon en décembre 1852. En vérité Abd El-Kader quitte Ambroise le 10, séjourne les 12 et 13 décembre à Lyon, pour le 21 rejoindre Constantinople après une étape marseillaise. Delorme, sur une centaine de pages richement illustrées, replace le séjour lyonnais dans un contexte plus vaste évoquant tour à tour le Sergent Blandan, Pauline Jaricot, le Cardinal de Bonald ou le Maréchal de Castellane. Bref, tout un pan de l’histoire lyonnaise.

    Je ne sais si l’ouvrage de Christian Delorme bénéficie d’une diffusion nationale, il est édité par « Mémoire active » et on peut éventuellement contacter l’imprimeur pour se le procurer (Valmy, 10 rue Pierre Maillot, 42120 Le Coteau).

    Rappelez-vous, pour évoquer un tout autre sujet, que les Herman Düne sont ce soir au Ninkasi-Kao. C’est à ne pas rater.

    Lyon, le 22 novembre 2008.

    18/10/2008

    Coup de froid pour la saison ?

    Le Pantin.gifMême si sa qualité littéraire ne saurait atteindre celle d’un Orhan Pamuk, je veux vous conseiller vivement la lecture d’un roman d’Ahmet Umit, « Le pantin », traduit du turc par Noemi Cingoz et qui entraîne le lecteur dans les pas de Adman Sozmen, un journaliste devenu suspect et rejeté, dont la vie va prendre un cours nouveau le jour ou il va retrouver son demi-frère. Ce jour là, la vie bascule pour Sozmen entraînant notre héro dans ce que l’on appelle « L’Etat profond ». Ce polar nous entraîne en effet dans les recoins cachés d’un Etat dans l’Etat, aux confins des mélanges opaques et dangereux de la politique, de l’administration et des tendances les plus glauques d’une société grisâtre.

    De nombreux éditeurs français accordent de plus en plus une place de choix à la littérature originaire de Turquie. La chose est d’autant plus intéressante que de Juillet 2009 à Mars 2010 va se tenir en France une « saison culturelle turque », formulation faible pour une « Année de la Turquie ». Le lancement de cette saison devrait se passer à Lille sur le thème « Istanbul et l’Europe », le Louvre et les Galeries Nationales du Grand Palais devant prendre la suite.

    Si ces manifestations entendent légitimement mettre l’accent sur le rayonnement de la culture turque et construire des passerelles entre nos deux pays, notons tout de même que des associations, à l’instar du collectif Van (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme - www.collectifvan.org) affichent dès aujourd’hui leur volonté d’être actifs lors de cette saison.

    Terre de culture et de création, la Turquie a tout à gagner dans la mise en œuvre de ce qui devrait être un instrument de promotion formidable. Autant nous pouvons nous réjouir de cette initiative, autant nous devons mettre en garde ceux qui voudraient étouffer sous l’édredon de la culture les questions qui posent problème et en disant cela je ne songe pas uniquement à la nécessaire reconnaissance du génocide des Arméniens.

    Aujourd’hui les autorités turques entendent faire taire une partie importante de la presse et singulièrement les rédactions rattachées au groupe Dogan. Que l’actuel premier ministre place à la tête de la chaîne ATV son gendre, qu’il manœuvre pour contrôler via ses amis de nombreux titres dans le pays est déjà un problème mais qu’il lance des quasi fatwas pour briser la presse d’opposition n’est pas tolérable. A moins d’un an du lancement de ce bel été Franco-Turc, il conviendrait que des nuages ne viennent pas gâcher des festivités dont nous attendons tout de même la pleine réussite.

    • > Ahmet Umit, « Le pantin », éditions Le Rocher, 23 euros.

    Lyon, le 18 octobre 2008.

    27/05/2008

    Elif Shafak

    image0012.jpgCompte tenu de la mission qui m’est confiée par le Maire de Lyon, il m’arrive souvent de vous parler de l’Arménie, et à l’occasion de tout le bien que je pense d’écrivains Turcs comme Orhan Pamuk. Aujourd’hui, aux Subsistances, les Assises du Roman invitent Elif Shafak, l’auteure à succès de « La Bâtarde d’Istanbul » (Editions Phébus).

    Ce grand roman salué par le Nobel Pamuk est un formidable portrait d’une société turque contemporaine prise dans ses contradictions, entre émancipation et oppression, entre modernité et arriération, entre l’Orient et l’Occident.

    C’est Jeanine Paloulian qui m’a permis de découvrir Elif Shafak, et aujourd’hui je me fais à mon tour un point d’honneur à vous en dire le plus grand bien, ce d’autant que la romancière est à la fois une référence progressiste pour beaucoup de Turcs, mais aussi la cible des nationalistes. Traduite il y a quelques années devant un tribunal turc pour « insulte à l’identité nationale turque », bien qu’acquittée pour « manques de preuves » au terme d’une audience écourtée, Elif Shafak n’écrit pas drapeau dans la poche, et agite très régulièrement les eaux parfois troubles du Bosphore.

    Romancière majeure avec « La Bâtarde d’Istanbul », son éditeur Français Phébus devrait nous proposer cet été « Bonbon Palace » son nouveau roman. Si vous souhaitez mieux comprendre la démarche d’Elif Shafak, je vous conseille de vous rendre sur www.yevrobatsi.org pour y lire le texte d’une conférence prononcée par la romancière à Istanbul en 2005 et publiée par le Washington Post le 25 septembre 2005.

    Elif Shafak participe aujourd’hui à une table ronde sur les conflits et les identités nationales en compagnie du Somalien Naruddin Farah, de l’Albanais Fatos Kongoli et de Dany Laferrière romancier haïtien vivant à Montréal auteur du tout récent « Je suis un écrivain Japonais » chez Grasset.

    Lyon, le 27 mai 2008.

    23/09/2007

    Besiktas

    medium_hrant_Dink.3.jpgLes supporters de football connaissent Besiktas cette municipalité de l’agglomération d’Istanbul située sur la rive européenne du Bosphore. Les amis des droits de l’homme doivent aussi apprendre à connaître cette localité puisque c’est le siège du tribunal qui examine le cas des 18 inculpés dans l’assassinat du journaliste turc Hrant Dink assassiné le 19 janvier dernier. Devant le tribunal, 22 volumes, 11 000 pages, de nombreuses zones d’ombres, un véritable puzzle.

    Suite à une proposition de journalistes lyonnais, le Maire de Lyon m’a demandé d’étudier la possibilité de donner à une rue le nom de Hrant Dink et procéder à une cérémonie d’hommage à la date anniversaire de son assassinat.

    Puisque tout à l’heure à Corbas nous commémorons la fête nationale de la République d’Arménie, je veux vous inviter à lire l’ouvrage de Fethiye Cétin, « le livre de ma grand-mère » (rubrique je lis cette semaine). L’auteur retrace l’histoire douloureuse de sa grand-mère, Heranus Gadarian, qui en 1915 assista au massacre de sa famille. Fethiye Cétin n’est pas seulement l’auteur d’un court livre poignant, c’est aussi une combattante des libertés, une avocate courageuse, membre du comité pour les droits de l’homme et porte-parole du groupe d’étude des droits des minorités auprès du barreau d’Istanbul. Elle est aussi l’avocate de Rakel Dink et de sa fille lors du procès en cours. Autant vous dire qu’elle fait très souvent le voyage de Besiktas.

    Lyon, le 23 septembre 2007.

    13/08/2007

    P comme Pamuk (Orhan)

    medium_P_1.jpgAttention aujourd'hui on ne plaisante pas, je vais essayer de vous parler en quelques lignes d'un Prix nobel de Littérature. Pour tout vous avouer, c'est le premier bouquin de Pamuk que je lis et ce livre est très particulier dans son œuvre car il nous dresse le portrait autobiographique d'une ville, Istambul, sa ville. Puisque j'en suis à vous confier l'étendue du désastre, je dois vous dire aussi que je ne suis jamais allé à Istambul, c'est dire si je souffre d'un handicap grave.

    "Istambul, souvenirs d'une ville" (Gallimard, 2007) est à la fois un magnifique récit d'enfance, la biographie d'une ville, un reportage  mêlant intimité, souvenirs, nostalgie et érudition mais aussi des digressions qui permettent au lecteur de rencontrer des voyageurs prestigieux comme Nerval et Flaubert.

    Ceux qui chercheront dans ce livre Pamuk le citoyen et démocrate Turc en prise avec le régime reviendront bredouilles après la lecture de ces quelques 450 pages, ceux qui essaieront d'en savoir plus sur cet opposant qui n'a pas hésité à parler du génocide des arméniens et des massacres des kurdes resteront sur leur faim. Pamuk nous parle de lui, de sa jeunesse, de la ville qui l'a vu naître en 1952 et qui ne s'était toujours pas remise de sa gloire ottomane passée, une cité isolée et résignée.

    Le magnifique livre de Pamuk se termine alors que ce jeune homme de 21 ans décide de devenir écrivain. Aujourd'hui Orhan Pamuk est partagé entre la Turquie et le monde occidental. Son statut de Nobel le protège et lui permet de dire le monde, de s'inquiéter de la montée du nationalisme turc, de croire comme son ami assassiné Hrant Dink que l'ouverture du pays est la meilleure façon de mettre la Turquie face à son passé. Pamuk souhaite que la Turquie intègre l'Europe en déplorant comme il le disait en mai dernier à www.yevrobatsi.org le site des "Arméniens d'Europe, citoyens du monde" que "le projet européen traverse actuellement un triste processus historique/…/ et que ce rejet a propulsé les nationalistes turcs." Mais ça c'est une autre histoire et comme vous le savez, l'histoire est têtue.

    Si vous souhaitez mieux connaître Orhan Pamuk, voici un documentaire de télévision qui donne la parole à son éditeur turc.

    Hautes Pyrénées, 13 août 2007.

    21/01/2007

    Hrant Dink assassiné

    medium_hrant_Dink.2.jpgSamedi, en fin d’après-midi, nous étions plus de 300, place Antonin Poncet, au pied du mémorial, pour rendre hommage au journaliste turc d’origine arménienne, Hrant Dink, assassiné à Istamboul la veille.

    Celui qui était désigné comme une cible depuis longtemps est donc tombé tragiquement sous les balles d’un individu que l’Etat turc nous désignera, un de ces jours comme un illuminé, un nationaliste isolé ou un pauvre type.

    En vérité le fondateur et animateur de l’hebdomadaire « Agos » se savait en sursis. « Mon état d’âme » disait-il « est celui d’un pigeon inquiet ». Comme de nombreux journalistes intellectuels et démocrates Turcs il avait été poursuivi au titre du sinistre article 301 qui traque ceux « qui insultent la nation et l’identité turque ».

    Lire la suite

    09:00 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Dink, Hrant, Arménie, turquie, arménien, génocide, instambul | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

     
    Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
    high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu