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02/03/2010

Crise de nerfs

C’est une histoire aussi saisissante que vraie que m’a racontée l’autre jour Hélène Geoffroy, conseillère générale socialiste de Vaulx en Velin. Lors d’une assemblée générale des salariés de l’entreprise Florence et Peillon, une entreprise industrielle en difficulté, mais c’est là aujourd’hui un pléonasme tant le monde de la finance soutenu par le gouvernement a pris le pas sur l’industrie malgré les discours toujours ronflants de Sarkozy.

Lors de cette assemblée générale on annonçait la liste des personnes licenciées. Soudain l’une des salariés est prise d’une violente crise de nerfs et doit être conduite d’urgence à l’hôpital. C’est le choc de la perte de son emploi pense-t-on alors. Et bien non c’est parce qu’elle n’est PAS sur la liste des licenciés que cette personne a craqué. Voila bien une situation qui interpelle sérieusement. On peut d’ailleurs la rapprocher de l’action de ces travailleurs de Meyzieu qui ont retenu leur direction non pour maintenir leur emploi mais pour obtenir une prime supra légale de licenciement. Ainsi donc les salariés ont aujourd’hui intégré le déclin de l’activité et ne posent plus vraiment dans une perspective inverse. Dès lors le montant de la prime de licenciement devient l’objet principal des luttes du désespoir. Le « no future » est entré dans les mœurs. Derrière cela il y l’endettement des familles qui, avec cette prime, effacent pour un temps l’ardoise ; quant à demain on verra bien, on fera avec. Voila qui modifie complètement l’approche des luttes sociales aujourd’hui et il n’est pas étonnant que les actions pour des hausses de salaires reviennent plus fort à l’ordre du jour.

Voila qui doit aussi amener le monde syndical et la gauche à se pencher sur le problème et à proposer des issues totalement revisitées aux conflits sociaux. Quant aux perspectives politiques elles ne pourront pas se résumer à des propositions économiques construites au tableau noir par quelques experts fussent ils internationaux. La situation exige au contraire un vrai travail de fond qui passe par une analyse approfondie de ce qui fait craquer une salariée parce qu’elle n’est pas licenciée.

Philippe Dibilio

06/10/2009

Retour sur la grève des TCL

TCL.pngLa grève des TCL s’est arrêtée mais chacun le sait elle n’est pas finie le préavis courant jusqu’au 1er janvier on peut connaître un rebondissement à tout moment. Elle est donc suspendue car, comme toujours, une grève coûte beaucoup à ceux qui la font. Les salariés des TCL s’ils ne sont pas les plus paupérisés d’entre tous n’en sont pas moins des salariés dont l’unique revenu dépend de leur travail qu’ils ne peuvent suspendre longtemps. C’est pourquoi il y avait quelques chose d’indécent à publier leur fiche de paie, inexacte de surcroît, pour les jeter à la vindicte des usagers. Il est difficile de prétendre se situer dans la lignée de l’héritage de Jaurès et pratiquer de la sorte. D’autant que la revendication des traminots ne portait pas sur les salaires mais sur les modifications de leur statut que la direction veut leur imposer.

Imposer c’est le mot car leur directeur a unilatéralement décidé il y a plus d’un an de remettre à plat les conventions de l’entreprise et a toujours répété que si les syndicats ne suivaient pas il l’appliquerait quand même. Il faut une grande méconnaissance du débat social pour créer un climat aussi lourd alors que l’on s’attaque à une négociation inévitablement serrée. Certes l’accord d’entreprise mérite certainement une mise à jour mais une telle confrontation se prépare et il y a au TCL comme ailleurs des gens de bonne volonté de part et d’autre mais monsieur Tabary agît seul et affiche ses certitudes. Il est dommage que les élus aient, pour les plus concernés, emboîté le pas sans nuance et même avec excès.

Alors me direz vous il y a les usagers, ils souffrent c’est sûr d’un tel mouvement et beaucoup manifestent leur colère. Notons au passage que tous ne hurlaient pas avec les loups, beaucoup demandaient plus d’information sur les raisons de la grève. Mais les élus là encore n’ont pas fait dans la nuance et ont brandi la colère des usagers contre les grévistes, exercice périlleux s’il en est et la manifestation de samedi dernier Place Bellecour devrait les faire réfléchir. Car si, avec le concours d’internet, certains d’entre les présents étaient venus manifester sans arrière pensée ce n’était pas le cas de tout le monde. La présence, en effet, du villièriste et néo sarkoziste Patrick Louis et l’intervention organisée des étudiants de l’UNI et d’autres acteurs de l’extrême droite devrait faire réfléchir. De toute évidence aujourd’hui un fossé s’est creusé entre les grévistes d’une part ; la direction et les élus de l’autre, et c’est assez grave.

Dans tout conflit il faut savoir conserver un fil de contact entre les deux partis, dans celui ci ce rôle revenait aux politiques, ils ne l’ont pas assumé. Il serait donc opportun de profiter du break qui s’instaure pour que, dans la discrétion s’il le faut, les fils soient renoués et que les élus en profitent pour regarder aussi de quelle manière la direction de Keolis est entrée dans ce conflit.

Renouer le contact est indispensable et s’il le faut sous l’autorité d’un tiers. Pour une fois je suis d’accord avec Etienne Tête si c’est nécessaire il faut nommer un médiateur et renvoyer Monsieur Tabary dans ses terres parisiennes où de toute façon il ne tardera pas à retourner. Quant aux salariés comme, que cela plaise ou non, on ne peut pas s’en passer il faudra bien reprendre un vrai contact avec eux.

Philippe Dibilio

08/04/2009

De la perception à la réalité

bv000138.thumb.jpgDans une interview au « Progrès » le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, s’insurge contre les séquestrations de dirigeants d’entreprise comme ce fût le cas ces dernières semaines. « La violence n’a jamais été une réponse, même si les décisions reçues par les salariés sont perçues comme violentes » déclare-t-il doctement.

Et oui lorsqu’un salarié apprend son licenciement il n’a pas à se sentir agressé en particuliers dans cette période de crise où la perspective de retrouver un emploi est mince. Lorsqu’il se trouvera face à l’assiette vide, ou presque, de ses enfants tout au plus sera-t-il autorisé par Xavier Bertrand à percevoir une pointe de violence. En revanche, poursuit le leader UMP : « séquestrer quelqu’un, le séparer de sa famille car il exerce une activité professionnelle, est impensable. Il n’y a pas que le climat social il y a aussi le pacte social. » Mais c’est justement parce que le pacte social n’a pas été respecté que les ouvriers de Caterpilar, par exemple, en sont venu à cette forme d’action extrême qu’est la rétention de dirigeants. Que demandaient-t-ils d’autre que la présence de leurs patrons à la table de négociation ces salariés en colère ? Car c’est une pratique permanente qui s’instaure et qui veut que les décisions de licenciement se prennent en petit comité et sont annoncées de la manière la plus cavalière par voie de presse ou par texto.

Apparemment Xavier Bertrand ne perçoit pas ces méthodes comme violentes. Après tout pour lui un salarié n’est rien d’autre qu’une force de travail que l’on achète quand on en a besoin et seulement dans ce cas. Mais au fond il a raison Bertrand, il ne fait que nous rappeler les fondements du capitalisme. Un capitalisme qu’il serait bien vain de vouloir moraliser et qui demandera beaucoup d’abnégation à ceux qui voudront seulement le réglementer.

Philippe Dibilio

03/04/2009

Unification

Articl2.jpgLes élections professionnelles qui se sont déroulées à la SNCF la semaine passée méritent quelques commentaires. En demeurant une force majeure de l’offre syndicale, la CGT, en flirtant avec les 40%, s’impose comme incontournable. Se hissant à la deuxième place l’UNSA effectue une bonne progression de l’ordre de 4%. Quant à Sud-Rail, le meilleur ennemi du Président, il enregistre une hausse de plus de 2,5%. Pour le reste la balkanisation continue, la CFDT en dépassant les 12,5% ne bouge pour ainsi dire pas, F.O. en approchant les 8% est en progression alors que la CFTC régresse. Il convient de ne surtout pas tirer de ce scrutin des conclusions allant au-delà de la stricte SNCF mais il n’empêche que ces résultats devraient conduire celles et ceux qui se sentent concernés par le paysage syndical français à réfléchir à une situation et un contexte qui risquent d’être pesants dans les temps actuels.

L’unité syndicale qui s’est imposée lors des récentes mobilisations nationales et qui est à l’ordre du jour pour les manifestations du 1er mai, mériterait quelques prolongements, au moins au plan de la réflexion. S’il convient de s’interroger sur la trajectoire du syndicat Sud qui, pour l’essentiel, prospère sur des défaites qu’il est souvent le premier à initier, pour le reste, compte tenu de la profondeur de la crise et de la modeste syndicalisation enregistrées dans le pays, il serait souhaitable que ce renouveau d’unité puisse déboucher sur un débat reposant la question de l’unification syndicale. Même si souvent les boutiques et leurs boutiquiers n’ont pas véritablement intérêt à se lancer dans une telle perspective, je ne suis pas loin de penser, car la situation l’exige, que le renouveau syndical et donc la capacité des salariés à mieux résister, ne peut que passer par une telle étape. Ne soyons pas naïfs, CGT, CFDT, FSU, FO et UNSA sont loin, et leur silence l’atteste, de poser devant les français cette question passée par dessus-bord depuis des lustres. Il n’empêche qu’il serait opportun, au delà de leurs parts respectives du marché syndical, de leur reposer la question histoire de les mettre en face de leurs responsabilités sous le regard d’un pays en proie à une crise terrible.

Lyon, le 3 avril 2009

Photo: DR

 
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