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04/11/2009

Le loup et le chien

Lefèbvre de garde.jpgC’est dit, Frédéric Lefèbvre prend la robe. Qu’il devienne bavard, peu me chaut, il l’est déjà trop. Que son phrasé un tantinet vulgaire et lourd aille se vidanger dans des prétoires d’où je suis absent, pas davantage. À chaque fois que je l’entends ou que je le vois, j’ai envie de hurler « taisez-vous enfin et disparaissez !» en me gendarmant pour ne pas crier un « la ferme et tire-toi! » qui ressemblerait par trop à son style.
D’autres plus connus que moi, n’ont pas de ces pudeurs. Il n’est que de voir et d’entendre quelques récentes déclarations à son propos. Elles vont du « Vous dites n’importe quoi » du journaliste Jean-Michel Aphatie sur RTL il y a quinze jours au « Crétin de service » de l’acteur Jacques Weber sur RMC la semaine passée, en passant par un « Frédéric Lefèbvre, qui paraît sorti de ‘réservoir dogs’ de Quentin Tarentino » de Pierre Moscovici. Je pense que ces francs parlers ne mesurent pas à leur juste valeur les pénibilités du dur métier de porte-parole. À lire sur le blog de l’excellent Maître Éolas l’article 1.3 du règlement intérieur national de la profession d’avocat - notamment le passage qui stipule qu’en toutes circonstances l’avocat respecte les principes « de délicatesse, de modération et de courtoisie » – il faut reconnaître la difficile conversion qu’il s’impose.
Messieurs les jurés, prenez donc en considération le poids de la charge qui incombe à l’accusé et la conversion dans laquelle il s’engage !
Non, Monsieur Apathie, Frédéric Lefèbvre ne dit pas n’importe quoi ! Il habille ses propos d’une simplicité qui lui permet de mieux se faire comprendre du peuple et dénoncer ceux qui complotent contre son maître.
Non, Monsieur Moscovici, Frédéric Lefèbvre ne paraît pas sortir de Réservoir dogs : il y tenait vraiment un rôle ! Comment pouvez-vous écrire dans votre blog que chez lui « l’excessif côtoie toujours l’insignifiant, le mur du grotesque – ou du çon, comme on dit au Canard Enchaîné » ?
Non, Monsieur Weber, Frédéric Lefèbvre n’est pas un troisième couteau ! D’ailleurs la vulgarité ne se niche pas que dans les mots : j’en connais qui à coups de charter vers l’Afghanistan ou de taille idiote, aveugle et comptable dans les moyens de la recherche et de l’éducation sont plus vulgaires encore. Non Monsieur Weber, la population ne pense jamais que les politiques qui la gouvernent actuellement la considèrent comme bête et imbécile ! Et vous vous trompez lourdement quand vous déclarez que « ce n’est pas un hasard si on prend le plus vulgaire, le plus c.., le plus effroyable qui soit pour parler à la population. La population est bête et imbécile donc il faut un bête et un imbécile pour leur parler ».
Il ne faut pas crier au loup car la tâche de chien de garde est digne de compassion. Relisez donc ces vers de la Fontaine quand le loup demande « Que me faudra-t-il faire ? » :
« Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »

Jean-Paul Schmitt

17/10/2009

Ce musiciens dont les fans sont des enfants

Il fallait être le dernier des paumés pour ne pas savoir que Prince était à Paris il y a quelques jours. Dans ce ramdam médiatique, j’imaginais même la détresse de l’auditeur moyen de RTL à qui, multipliant les auto-promotions, la chaîne de radio la plus populaire du pays expliquait sans cesse que Prince allait se produire dans l’un des studios de la rue Bayard. Au moins la moitié de l’auditoire de la station devait être angoissé à l’idée de savoir quel était donc ce Prince qui allait débouler entre « Les grosses têtes » et « On refait le match ».

Passons sur le cirque de notre « Love symbol » qui consiste à transformer les fans en enquêteurs stressés pour savoir dans quelle salle sa majesté va se produire et si un « after » est prévu. Passons aussi sur la tête du compte en banque de ces amoureux qui sont victimes de prélèvements confiscatoires puisque les passades tarifées de la star de la musique Funky les entraîne de Montreux à Paris via Monaco.

Dans une récente interview au Monde, Prince nous a encore joué le refrain du martyr victime des multinationales du disque et pour faire passer la pilule a indiqué à ses lecteurs son interprétation politique de son fort pénible sort. Que nous disait cet assez triste sire ? Qu’aux Etats-Unis, je cite, « Les médias sont contrôlés par l’Etat. On ne peut pas remettre l’Etat en question », l’artiste confirmant ainsi sa connaissance approximative de l’économie des médias dans son propre pays mais aussi les limites de sa rébellion. Notre politologue poursuivait son propos par un rapide rappel historique probablement inspiré par les meilleures pages du « Reader Digest ». « Il n’y a plus de musique politique depuis Woodstock » indiquait doctement cet inédit nouvel observateur de l’histoire de la musique américaine rajoutant illico, « et la grande époque de la musique soul engagée, née avec le mouvement des droits civiques. J’aurais aimé vivre à cette époque. Je n’ai pas eu cette chance ».

Une fois dit que Prince se trompe, que la musique politique continue d’exister des dizaines d’années après Woodstock et que les musiciens Soul actifs dans la lutte pour les droits civiques se comptent sur les doigts de la main, au lieu de pleurnicher sur ce manque de bol d’être né trop tard, Prince devrait plutôt passer à l’action.

A ce propos, puisque Prince s’imagine un avenir de musicien contestataire, le monde entier est toujours dans l’attente de son point de vue sur la guerre en Irak, Obama espère encore son appui pour les présidentielles, les femmes qui défendent le droit à l’avortement seraient probablement heureuses de le compter comme nombre d’autres artistes parmi les soutiens d’associations, etc.… Etant en ce samedi de plutôt bonne humeur, je préfère en rester là tout en disant à Prince qu’il est un superbe musicien mais que ses esbroufes commencent à nous casser les pieds.


Lyon, le 17 octobre 2009.
 
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