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27/02/2010

Raccommodage

Du temps de nos grands parents, « Faire une reprise » voulait simplement dire qu’il s’agissait de raccommoder le talon d’une chaussette ou le coude d’un pull-over. Aujourd’hui pour nombre d’artistes, le plus souvent en mal d’inspiration, proposer au public des reprises c’est tout bêtement y aller de sa collection de standards plus ou moins ripolinés au goût du jour. Depuis une bonne dizaine d’années, de Rod Stewart à Eddy Mitchell, on ne compte plus les tentatives assez systématiquement ratées, visant à livrer au public pour des raisons trivialement « contractuelles » des albums destinés à boucher, comme pour les chaussettes, des trous.

Avec « Scratch my back », le dernier opus de Peter Gabriel nous étions probablement nombreux à imaginer que l’anglais, en décidant d’y aller de sa collection de « reprises », n’allait pas tomber dans le piège. C’est consternant mais c’est ainsi, l’album de Gabriel avec sa douzaine de compositions chipées aux Talking Heads, Randy Newman, Les Kinks, David Bowie ou Radiohead, se vautre. Entre prétentions symphoniques et ron-ron sans guitares ni batterie, ce « Scratch my back » est à ranger entre le pire de « Nice » et les tentatives malheureuses de « Deep Purple » et de quelques autres délires des seventies.

Que les choses soient claires, cet échec de Peter Gabriel conduit en compagnie de Bob Ezrin, ne saurait remettre en cause les « Solsbury Hill » et autres « Up » qui marquent une discographie rare mais de qualité. D’ailleurs, si afin d’oublier cet accès de mauvais goût dont en passant on nous prédit un autre volet à l’automne prochain, remettez-vous en mémoire l’œuvre de l’ancien Genesis en lisant en particulier le numéro de février de « X Roards », ce magazine jugeant lui aussi ce « Scratch my back » comme mineur.

Lyon, le 27 février 2010.

20/12/2009

Hotte-rock

Led Zeppelin chris welch.jpgAlors que se termine la première décennie de ce nouveau siècle, 2009 ne devrait pas rester, en matière de musique, comme la plus inoubliable. D’ailleurs si par les temps actuels vous parcourez les linéaires de quelques anciens agitateurs culturels, à la recherche de cadeaux, vous risquez de vous rendre à l’évidence, mis à part quelques rogatons plus ou moins bien emballés, vous ne trouverez pas grand-chose. En fait, mis à part l’intégrale Miles Davis, amoureusement concoctée par Sony France pour le plus grand bonheur des fans et de Columbia, il n’y a pratiquement rien. Passons sur les Beatles, le énième show de McCartney, évitons le « Get yer ya-ya’s out » des stones qui frise à l’escroquerie, glissons sur les recyclages de Rod Stewart ou Michael Jackson, seule l’intégrale de Bashung mérité le détour à condition d’avoir découvert le génial alsacien au moment de sa disparition.

Au rayon nouveautés ce n’est pas vraiment mieux. La preuve, la seule oasis susceptible de nous abreuver est le disque de Julian Casablancas, « Phrazes For The Young » (Columbia), autant dire que c’est un peu juste. Sans trop se tromper on peut aussi piocher du côté de la musique un peu bancale d’un Tom Waits qui du fond de sa caverne hurle en direct live et même de Dylan qui chante Noël et, si tel est votre choix, vous prendrez bien soin d’écarter les enfants. Période de la nativité oblige, votre âme charitable pourrait également vous conduire à aider Leonard Cohen qui, sur la paille, propose son enregistrement à l’Ile de Wight et REM un dispensable « Live » à l’Olympia.

Si l’envie vous prenait d’offrir un livre, un seul choix s’impose, le formidable « Motown, Soul & glamour » de Florent Mazzoleni et Gilles Pétard pour le reste il s’agit de nids à poussière y compris le « Velvet Underground, un mythe new-yorkais » paru chez Rizzoli. Parmi la foultitude d’ouvrages consacrés à Led Zep qui aguichent depuis quelques semaines le passant, celui de Chris Welch, « The man who Led Zeppelin », enfin traduit par Rivage, vaut plus que le détour puisque consacré à Peter Grant le mythique et incroyable manager du groupe. 2009 qui s’achève était commémorative et sauf à avoir vécu au fond des bois, vous n’ignorez pas qu’elle était placée sous le signe de la « Woodstockmania ». Un seul bouquin mérite d’être sauvé des eaux boueuses du festival, « Retour à Woodstock » de Pete Fornatale traduit chez Naïve. Enfin, Grasset, a l’excellente idée de publier les chroniques de Laurent Chalumeau sous le nom de « En Amérique ». Allez-y les yeux fermés, c’est parfait.

  • Florent Mazzoleni et Gilles Pétard, « Motown, Soul & Glamour », Le Serpent à Plumes, 39,90 euros
  • Chris Welch, « The man who Led Zeppelin », Traduit par Hélène Hiessler, préface de Nick Kent, Rivage, 20 euros.
  • Pete Fornatale, « Retour à Woodstock », Traduit par Mickey Gaboriaud, Naïve, 25 euros.
  • Laurent Chalumeau, « En Amérique », Grasset, 20,90 euros.

Lyon, le 20 décembre 2009.

22/07/2008

D comme Dubaï

1333854690.jpgNi capitale des Emirats, ni le plus peuplé de ces Etats, ni même le plus grand, Dubaï est très certainement le plus connu de ces territoires, celui qui s’affirme le plus, qui s’affiche sans complexe, qui fascine et qui se veut l’eldorado de demain.

Avec son commerce du luxe, son architecture ambitieuse, ses aménagements parfois délirants et son innovation, Dubaï est une vitrine qui cache aussi ses 700 000 immigrés qui dépassent en nombre les Dubaïotes. L’Emirat en faisant prendre un virage brutal mais contrôlé à son économie jadis tournée vers le seul pétrole est un cas d’école original de reconversion.

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Vue satellite de Palm Island, Dubaï (DR)

Dubaï dont on dit qu’elle concentrerait une vingtaine de pourcents des grues de la planète est une immense machine à attirer les capitaux du monde entier, à les transformer en business et en communication internationalisée. Dubaï c’est aussi le revers de la médaille avec son exploitation forcenée d’une main d’œuvre indienne, pakistanaise mais aussi asiatique. C’est l’absence de droit du travail. On dit qu’un ouvrier se suiciderait tous les quatre jours à Dubaï. Comme Las Vegas ou même Palm Beach et hier Atlantic City, Dubaï devient un objet d’étude et un terrain nourrissant la réflexion. Mike Davis, l’auteur du fameux « City of Quartz » consacré à Los Angeles (La Découverte, 1997) confiait l’an passé à la « New Left Review » un article aujourd’hui traduit en France par l’éditeur « Les Prairies Ordinaires » sous le titre drôle et évocateur de « Le stade Dubaï du capitalisme » suivi d’une contribution signée François Cusset et intitulée « Questions pour un retour de Dubaï ».

Ce texte de Davis qui devrait donner matière d’ici quelques temps à une version développée mérite d’être lu pour mieux connaître ce paradis si cher à David Beckham et Rod Stewart

Lyon, 22 Juillet 2008.

 
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