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23/04/2010

Roulez jeunesse

Begaudeau Sorman.jpgPeut-être avez-vous assisté à la piètre prestation de François Bégaudeau et Joy Sorman, face au vieux couple Zémour-Naulleau, un de ces samedi soir tardifs, dans l’émission de télé de Ruquier. Si tel est le cas, surtout n’en tirez pas de conclusion définitive à propos du bouquin de ces duettistes inattendus intitulé « Parce que ça nous plaît », sous-titré « l’invention de la jeunesse » et édité par Larousse. Leur bouquin est en vérité beaucoup plus intéressant que ne peut le laisser croire l’émission. Intéressant mais cependant irritant dans la mesure où le bouquin de Bégaudeau et Sorman ne s’en tient pas vraiment à une approche rigoureuse en alternant démarches théoriques, la plupart du temps justes, et engouements personnels et parfois superficiels sans grands intérêts. Bref leur bouquin à de quoi gonfler, énerver, irriter, il n’empêche qu’il a l’immense avantage de s’attaquer à un sujet la plupart du temps laissé jusqu’ici aux réacs de gauche, je pense à Debray ou Finkielkraut. Parfois brouillon ou superficiel, tantôt soporifique, soyez tout de même certain que ce « Parce que ça nous plaît » mérite lecture. Croisant parfois de façon hasardeuse au large des sciences humaines tout en s’embourbant dans une sorte d’écriture « magazine », ce livre écrit par de faux-jeunes n’en demeure pas moins utile et donc fortement recommandé n’en déplaise à Zemour, Naulleau et aux Inrocks. A ce propos les abonnés aux Inrockuptibles recevaient avec leur livraison hebdomadaire la brochure de présentation des Nuits Sonores 2010. Je vous en dirais quelques mots dimanche.

« Parce que ça nous plaît – l’invention de la jeunesse » de François Bégaudeau et Joy Sormaz, Larousse, 2010

Lyon, le 23 avril 2010.

25/03/2010

Assurance

obama.1201801546.jpgIl y a quelque peu, je voyais le ronchon Régis Debray, en promotion chez Jean-Pierre Elkabach sur LCP, s’interroger sur la santé politique de français ayant exprimé voici une bonne année leur illusoire appui à Barack Obama.

Autant, vous l’avez compris, avoir les yeux de Chimène pour un bureaucrate sud-américain aux accents staliniens est une quasi évidence, autant s’enticher pour un président yankee est de l’ordre de l’obscène pour notre agrégé dégagé. Depuis des mois, en vérité, Debray n’était pas le seul à persifler à propos d’Obama. Nombreux étaient aussi les anciens fans frappés de désenchantement et semble-t-il particulièrement surpris par la capacité de résistance de l’Amérique à l’égard de la création d’une assurance maladie, les forces de résistance au changement pullulant là-bas beaucoup plus que les alligators dans le bayou. En effet, depuis pratiquement un siècle, on se cassait les dents sur cette réforme pour une couverture-santé. En 1912, le républicain Theodore Roosevelt était battu faute d’avoir convaincu l’électorat de la nécessité d’établir une assurance-maladie. Près de cinquante ans plus tard, J.F. Kennedy, une fois élu, se trouvait dans l’incapacité de mettre en place une telle mesure. Il fallait attendre Lyndon Johnson, son successeur doté d’une très large majorité démocrate au Congrès pour que, dans la difficulté, les programmes destinés aux retraités et aux plus démunis soient adoptés. Moins de trente ans plus tard, mandatée par son époux de président, Hillary Clinton échouait à son tour.

Aujourd’hui les 46 millions d’américains dépourvus d’assurance-maladie peuvent former quelques espoirs. Si la réforme Obama prospère correctement, 30 millions d’américains devraient être à terme couverts et 45 000 par an échapper à la mort faute de soins remboursés. Au terme de dix mois de lutte acharnée et fort d’une certaine abnégation, le président Obama vient de marquer des points décisifs face à une Amérique de droite qui ne va pas pour autant désarmer pour « flinguer » cette réforme majeure et de gauche.

Lyon, le 25 Mars 2010.

04/03/2009

Sacré Debray !

Debray.jpgAh la grogne farceuse de Régis Debray ! À la fois grave et facétieuse.

Son coup de gueule récent contre le jeunisme m’amuse, autant que ses propositions ironiques pour en finir avec le papy-boom (« Le plan Vermeil – Modeste proposition » aux éditions Gallimard). À nous les sexagénaires et au-delà, le Régis en mal de moustaches (une pétition circule sur la toile pour en demander le retour), propose de réhabiliter une zone perdue du Larzac en parc d’attractions pour les vieux en fin de vie. Un territoire autonome, Bioland, sur les terres d’élection du moustachu faucheur : du pur Debray iconoclaste toujours en errance entre le Che et la médiologie.

Le Debray qui n’en finit pas de réinventer sa vision d’une république puisant sa source dans le sacré me semble plus intéressant. Il rend lucide quand il affirme qu’il faut que les hommes aient en commun quelque chose de plus grand qu’eux – un dieu, une nation, un idéal une journée mythologique dont ils se souviennent ensemble. Non pas que cela soit forcément bien à ses yeux, n’en déplaise aux censeurs de tous bords prompts à lui coller l’étiquette de réactionnaire. Mais, à ne pas voir ce qui nous promène entre le « moi je » et le « nous », on se condamne à être c… Jeune c… Vieux c… Ou c… sphérique

Son dernier ouvrage, « Le moment fraternité » aux éditions Gallimard, marque le retour du grand Debray, soucieux une fois encore de démythifier nos envolées pétries de raison sans raisons et nos lyrismes politiques. Bien que son auteur s’en défende, il fait ventre - au sens des conjugaisons d’ondes chères aux physiciens - avec la « fraternitude » ségolienne qui fit tant jaser et dauber. Quand il écrit « Une évasive fraternité continue d’orner nos frontons, sceaux, frontispices et en-têtes administratifs, mais le mot ne se prononce plus guère chez nos officiels, par peur du ringard ou du pompier », je pense aux reproches que certains de mes amis de gauche adressaient à celle qu’ils appellent encore la madone des estrades.

D’accord avec Régis Debray quand il écrit avec son style inimitable : « Nous n’irons plus planter en Icarie, avec un vade-mecum sous le bras, craignant trop qu’un goulag nous attende à la sortie. Mais, pour autant, ni le sweet home ni le tête-à-tête avec l’écran ni la course au rendement n’étancheront notre besoin de chanter à plusieurs, et, au-delà, celui d’appartenir à une lignée qui nous déborde et nous grandisse. Si la gagne et la secte, le trader et le gourou nous rebutent tout autant, reste à chercher la porte étroite d’où pourraient s’apercevoir en perspective les vallons familiers d’une fraternité modeste et sans terreur »

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 4 mars 2009

 
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