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23/11/2009

"SOS"

diams.jpgAlors que la première décennie du nouveau siècle est sur le point de laisser place nette, on commence à voir fleurir les premiers palmarès chargés de pointer évènements, livres ou disques susceptibles de laisser quelques traces. Le Figaro s’est par exemple déjà essayé à cet exercice dangereux et nous pouvons parier que dans les semaines qui viennent la tentation d’en faire autant va être forte, tous médias confondus. Tout cela pour dire qu’avec la sortie de « SOS », le nouvel album de diam’s, on peut légitimement s’interroger sur la portée, osons le terme, politique, d’une livraison qui pourrait faire date.

Même si certains annoncent déjà que le triomphe de « Dans ma bulle » n’a guère de chance d’être réédité, on peut tout de même avec certitude dire que cet « SOS » est pourtant un album qui devrait marquer. Autobiographique et personnel tout en étant probablement un assez fidèle témoignage générationnel, le nouvel opus de Diam’s capte « l’air du temps » comme l’a écrit avec justesse Stéphane Davet dans le Monde même si parfois d’ailleurs la chanteuse se vautre dans la démagogie. Il n’empêche qu’au delà de son strict contenu, « SOS » est un disque qui devrait marquer, non pas que nous soyons en présence d’un immense album, mais bien parce que dans sa dernière livraison la rappeuse parisienne met « les pieds dans le plat » en s’inscrivant dans, semble-t-il, le rude contexte de sa vie personnelle mais aussi dans celui d’une réalité française têtue. Sur bien des sujets, la question du foulard étant l’un deux, Diam’s devrait trouver quelques échos, non pas chez ceux qui voyaient hier en elle l’expression d’une nouvelle radicalité féminine, mais bien chez celles et ceux qui trouveront dans cet « SOS » l’expression directe de leurs difficultés, de leur mal-être au quotidien mais aussi même d’une volonté d’en découdre.

Nul ne sait bien entendu si ce disque s’avérera comme la fin du parcours de Diam’s ou au contraire la naissance d’un phénomène majeur et inédit à haute portée symbolique. En tout état de cause chacun pourra convenir que « SOS » est un disque important même si de nombreux lecteurs de Télérama compenseront leur désamour à l’égard de la native de Chypre en reportant leur affection et leurs espoirs sur Grand Corps Malade.

Lyon, le 23 novembre 2009

Photo: DR

02/04/2009

Bouclez les enfants

ice cube.jpgAttention, avec « L’Original » le Hip-hop déboule et samedi O’Shea Jackson, alias Ice Cube, sera en ville. Ice Cube c’est du lourd. Pire que cela c’est la West Coast et qu’est-ce qu’il y a de pire sur la côte ouest, les moins ignorants le savent bien, il y a South Central, le quartier des gangs et des « guns ». Celui des émeutes, des règlements de compte. Celui de Ice Cube, bref, bouclez vos enfants à la maison, fermez la serrure à double tour, tirez les volets. Ice Cube à Lyon c’est un peu comme si la moitié de Vaulx-en-Velin débarquait dans une boom du mercredi après-midi dans le quartier d’Ainay. Que l’on se rassure le rappeur est devenu sage. Il bosse depuis des lustres à Hollywood, rêve de produire des séries télévisées et s’il fait encore le méchant sur scène c’est parfois pour le show et toujours pour le business.

Cela étant, et je m’adresse aux ignorants, la venue d’Ice Cube à Lyon est un évènement. Le Cube de glace est une sorte de mythe, un des grands noms apparus avec la lame de fond du Rap des années quatre-vingt. Avec ses compères Dr Dre et Eazy-E il fonde N.W.A. (Niggaz With Attitude) pour atteindre les sommets de la notoriété en 1989 avec un album demeuré mythique, le célèbre « Straight Outta Compton ». Le gangsta rap californien était né et à coups de provocations, le single « Fuck tha Police » étant un des morceaux de bravoure du groupe, NWA va écumer les poches d’une jeunesse en mal de sensation. D’une certaine façon Ice Cube et ses amis fondent la binbeloterie idéologique du rap méchant avec ses filles faciles, ses flics racistes, ses flingues, la violence et ses dollars.

Entamant une carrière solo, Ice Cube va utiliser avec des hauts et des bas les mêmes ingrédients pour faire prendre la sauce. Controverses, polémiques, protestations vont émailler une carrière qui va très vite se tourner vers le cinéma. Ice Cube va trouver les rôles (de méchants) qui lui conviennent et on n’entendra qu’épisodiquement parler du rappeur dans les colonnes des magazines musicaux. Membre VIP de la Nation of Islam de Louis Farrakhau récemment rejointe par le rappeur lubrique Snoop Dogg, Ice Cube est entrain de faire son come-back musical avec un album jugé comme un retour aux sources et cerise sur le gâteau il devrait bientôt incarner au cinéma le rôle de Barracuda jadis tenu par Mister T dans la série Agence tous risques. Tout un programme.

A quarante ans le méchant Ice Cube fait un dernier tour de piste et j’espère qu’il sera à la hauteur de l’attente d’un public qui sera conquis d’avance, un public parfois échaudé par certaines prestations bâclées de quelques-unes des plus grandes stars du rap.

L’Original, renseignements au 06 99 30 70 19 et sur www.loriginal-festival.com

· Jeudi 2 avril, Oxmo Puccino au Transbordeur

· Vendredi 3 avril, Medine + Scred connexion au Transbordeur

· Samedi 4 avril, Ice Cube au Transbordeur

· Dimanche 5 avril, ROHFF + Casus Belli au Transbordeur

Lyon, le 2 avril 2009

Phot:DR

14/07/2007

Rap à la plateforme

medium_Kool_Keith.jpgJ’ignore si aujourd’hui 14 juillet vous comptez fréquenter le traditionnel bal des pompiers. Si ce n’est pas le cas et que vous aimez le rap, la péniche la « plateforme » située sur les berges du Rhône me paraît une destination qui s’impose.

A l’occasion de la soirée de la famille n°6, Gourmets Recordingz, Warm music, La Marquise, l’association Bizarre et Arty Farty (association support des Nuits sonores) organisent un concert avec les Lyonnais les Gourmets dont j’ai apprécié la prestation lors du dernier week-end des Subsistances, Manimal membre de la même écurie, Cunnilingus 2080 (ça ne s’invente pas), NIL également partie prenante de Gourmets recordingz et, pour la composante ricaine Kutmastakurt (San Francisco) ainsi que Kool Keith (New York). L’ensemble de ces artistes sont par ailleurs visibles sur myspace.

Il se passe décidément toujours quelque chose à Lyon.

Lyon, le 14 juillet 2007.

16/06/2007

Joy et Joey

medium_JOEY_STARR.2.jpgLa chose est plutôt rare et mérite donc d’être soulignée. Une jeune romancière, Joy Sorman, vient d’écrire un texte plutôt bref et singulier à la gloire du groupe de rap NTM qui plus est dans la collection blanche de Gallimard.

NTM, il faut le dire, a plus les honneurs de la presse, colonnes faits divers, que de l’édition la plus prestigieuse. En vérité, Joey Starr, victime de ses écarts, est en passe de devenir une simple anecdote alors que l’importance du bonhomme est tout sauf secondaire. Joey Starr n’est pas un phénomène sociologique, encore moins un témoignage vivant des banlieues, c’est un artiste.

« Du bruit », le bouquin de Joy Sorman est d’autant plus intéressant qu’il est, me semble-t-il, la première confidence de cette génération de trentenaires élevée au rap comme celle de leurs pères et mères avait été biberonnée au rock. La fille de Guy (Sorman), dont le livre de poche réédite son « Made in USA », n’est pas exactement l’incarnation d’une jeunesse née dans le 93 et c’est justement ce qui fait le grand intérêt de ce livre qui est avant tout le fruit d’une introspection et une authentique démarche littéraire.

Témoin singulier de la vie d’une jeune fille des années 90, la déflagration NTM est une balise dans l’adolescence de l’auteur et à ce titre le rap occupe la même place que le jazz et le rock dans les itinéraires individuels de millions de jeunes gens nés dans les années 40 ou 50.

Ni bio du groupe, encore moins élucubration sociologisante sur le rap comme musique de banlieue, « Du bruit » est une approche personnelle, donc jamais savante, de ce qui peut relier avec intimité à un moment donné, une musique à la jeunesse. Sans qu’il le sache Joey a beaucoup compté pour Joy et vous avouerez que rien que cela mérite d’avoir du respect pour Joey comme pour Joy.

Lyon, le 16 juin 2007.

06:55 Publié dans Culture & cultures... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : joey, starr, NTM, rap, joy, sorman, gallimard | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/06/2007

Gasface

medium_Gasface.2.jpgL’excellente revue Gasface nous propose sa troisième livraison toujours placée sous le signe du hip-hop avec une interview de Booba (côté rap français) et d’Alchemist et MOP (côté ricains). Le focus sur l’ex-Chic Nile Rodgers permet de remettre un peu de lumière sur un musicien-producteur majeur qui, rappelons-le, dans les années quatre-vingt dix, a fait les beaux jours de Diana Ross (Upside down), David Bowie (Let’s chance), Madonna (Like A virgin) et quelques autres comme Duran Duran.

A ma connaissance, Gasface est la seule revue nationale issue du rap a être éditée depuis la province, un exploit dans un pays qui tourne autour de son nombril parisien. Mais telle n’est pas la seule spécificité de la publication. S’émancipant de la stricte mais intéressante culture hip-hop, Gasface est en train d’investir un champ culturel plus large. Dans ce numéro les six pages consacrées au réalisateur Jacques Audiard méritent plus qu’un détour tout comme l’entretien d’Alain Corneau sur le polar qui évoque Melville, Giovanni, Tavernier, les Sopranos mais aussi sa nouvelle adaptation du « Deuxième souffle » qui devrait sortir à l’automne.

Ce numéro 3, trimestriel, devrait vous accompagner tout l’été. Il est en vente en Kiosque.

Montbrison, le 14 juin 2007.

06:00 Publié dans Culture & cultures... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Gasface, magazine, hip hop, rap, audiard, corneau, revue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/04/2007

L'ennemi public

medium_Chuck_D.jpgPublic Enemy est en ville. Invité du festival "L'Original", le groupe de rap New Yorkais sera demain 5 avril au Transbordeur. Une date importante mais surtout une véritable reconnaissance pour ce festival quasi unique en France qui année après année confirme sa vitalité et mérite la confiance que lui témoigne la ville de Lyon depuis sa première édition.

Avec Chuck D, le leader de Public Enemy, c'est donc le rap de la côte Est  qui débarque. Un groupe à juste raison mythique, probablement le plus important de la jeune histoire du rap, un groupe dont la violence de la démarche en dit plus sur la misère d'une communauté noire que la totalité des artistes actuellement en tête des ventes qui eux semblent beaucoup plus préoccupés par leur compte en banque, leurs bagnoles et la taille de leur zizi.

Alors si pour vous le hip hop c'est Justin Timberlake, Doc Gyneco ou même Eminem, vous faites fausse route et il est temps de d'accélérer votre formation. Pointez donc votre nez au transbordeur pour humer l'air de la "Grosse Pomme", pour bouger au son d'une musique radicale et rageuse.

Si vous voulez vous remettre dans le bain, écoutez à nouveau l'inusable "It Takes A Nation of Millions to Hold US Back" qui remonte à un peu moins de vingt ans. (Sony-Def Jam, 1988)

J'ai aujourd'hui tellement envie de dire que des bonnes choses sur Public Enemy que j'éviterais d'aborder la sale période d'un groupe qui s'était déshonoré en laissant l'un de ses membres, le tristement célèbre Professor Griff, se  perdre dans l'antisémitisme et l'homophobie. On y reviendra si certains me cherchent.

En attendant merci à toute l'équipe de l'Original, bon festival à tous.

Lyon, le 4 avril 2007.

08:30 Publié dans Culture & cultures... | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Public, enemy, Chuck D, l'original, rap, hip, hop | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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