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29/07/2010

H comme "Héritiers"

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Avant tout réputé et connu comme un brillant avocat défenseur de la propriété intellectuelle et de la vie privée des people qui en sont parfois privés, Emmanuel Pierrat signe cette année un heureux florilège des vies agitées que connaissent quelques personnalités après leur mort. Ce bouquin intitulé « Famille, je vous hais ! » est donc consacré à ces héritiers qui se disputent, tendent des pièges, manœuvrent pour capter, s’approprier, marchandiser ou veiller à l’image de lucratifs défunts. Avec sa plume alerte et plaisante, Pierrat examine sous formes de courts chapitres les destins post mortem de Hergé, Françoise Dolto, Charles Trenet, Lennon ou Marlet, Giacometti et Picasso. Je vous l’assure, passer un bout d’été, grâce à Emmanuel Pierrat, avec certains de ces morts célèbres et leurs parfois peu sympathiques héritiers n’est pas loin d’être un régal. Charognards, veuves abusées et veuves abusives, tribus la bave aux lèvres, héritiers plus ou moins prévisibles devraient vous accompagner pour quelques heures de lecture agréable car Pierrat est un conteur de première bourre et son humour n’est jamais en berne au point que des chapitres comme « James Joyce et les joyciens » sont de véritables délices.

9782842303686FS.gif&wmax=155&hmax=239&loupe=true> - Emmanuel Pierrat, « Famille, je vous hais ! – Les héritiers d’auteurs », hoëbeke, 18 euros.

Lyon, le 29 juillet 2010.

04/04/2009

Ferry botte

mba_nuit1.jpgC’est peut-être après tout un simple signe des temps. Avec la crise, l’engouement, presque sans précédent, pour les grands évènements culturels, les plus énormes, ne cesse de se confirmer. C’est U2 qui propose aux parisiens un second Stade de France, Mylène Farmer qui séjourne trois jours à la Halle Tony Garnier en début d’été sans oublier notre Johnny national qui écumera les stades pour sa tournée des adieux. Jusqu’ici, me direz-vous il n’y a rien d’exceptionnel. Remarque juste. Un point pour vous. Cela étant, là où le pantagruélique, le maousse-costaud et l’énormissime interpellent notre intellect concerne ces grandes expositions qui mobilisent, non seulement les abonnés à Télérama, mais aussi les foules anonymes venant d’ailleurs et parfois de nulle part.

Avant-hier l’exposition Picasso avec son stress nocturne en forme de final pour ne pas rater l’occase, hier les 35 000 visiteurs de la collection Saint-Laurent-Bergé faisant la queue un week end entier pour ce rincer l’œil, aujourd’hui la Warholmania accompagnée des 10 000 fans du plasticien sur Face book, rendent compte d’un phénomène. Certains n’hésitent pas à le réduire à un réflexe de bobos-mondains, un truc trivial digne de panurge. Pourtant ces expositions totémiques ont au moins un avantage. Tout bêtement redonner le goût des musées à un public en voie d’élargissement qui semblait avoir perdu toute affinité avec de tels lieux. De là à penser que ce phénomène est la démonstration de la « démocratisation culturelle » tant attendue est probablement aller vite en besogne. En tout cas, dans cette affaire, il y en a un qui ne met pas de bémol dans sa musique c’est Luc Ferry. En effet n’y allant pas par quatre chemins notre éminent philosophe et ministre oublié vient de sortir la grosse Bertha grâce aux bons soins du Figaro. Il dénonce les musées, « ces supermarchés culturels dénués de sens », ce phénomène de massification qui est « une forme d’abrutissement suprême de la société de consommation », ce subversif absolu « qui est devenu la soupe populaire. »

Spécialiste en tout, Luc Ferry aime par-dessus tout rappeler son inclinaison quasi génétique pour la chose éducative. Pour lui les musées doivent « redonner la dimension sémantique » et le philosophe constate aujourd’hui la visite des musées est « contre-productive car elle met dans la tête des enfants de fausses valeurs. »

Compte tenu de l’énorme influence de Luc Ferry parmi les profs et les instituteurs de ce pays, je connais nombre d’enseignants qui vont s’y reprendre à deux fois avant d’expédier leurs élèves arpenter les allées des musées. Mieux, à l’aide de l’une de ces formules dont la novation n’a d’égal que la profondeur, Ferry dit, aux profs comme aux autres, qu’il convient de donner aux élèves « les clés pour comprendre ». Au-delà du fait que Ferry, par cette formule fait table rase du passé en nous projetant sans ménagement vers une refonte totale des sciences de l’éducation, je voudrais terminer ce billet par un brin d’humanité en précisant que notre bon Luc s’est appliqué à terminer son entretien au Figaro par le propos suivant que je me dois de vous livrer tant il est bourré de lucidité. Ferry nous indique non seulement la nécessité de donner aux élèves « des clés pour comprendre » mais accompagne son génial concept de l’explication nécessaire à savoir, je cite toujours, « pour ne pas les rendre aussi bêtes que nous le fûmes dans les années 1950 ». De là à penser que Luc Ferry est encore scotché dans les années cinquante, il y a un pas que je ne veux pas franchir.

A vous de voir.

Lyon, le 4 avril 2009.

Photo: DR

 
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