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18/04/2009

World Cie

caddie.jpgIl m’est arrivé de dire le plus grand bien du travail initié par les éditions « les prairies ordinaires » en particulier avec la traduction du « Stade Dubaï du capitalisme » (2007) de Mike Davis. Même satisfaction aujourd’hui avec « Wal-Mart, l’entreprise-monde » de Nelson Lichtenstein et Susan Strasser qui passe en revue les faits et méfaits du géant américain de la distribution, une entreprise qui est le plus grand employeur du monde et dont le chiffre d’affaire est supérieur au PIB de la Suisse.

Inutile de vous dire que le bouquin des deux historiens et universitaires américains est franchement à charge et la chose n’est pas pour nous déplaire tant Wal-Mart affiche avec morgue sa puissance sans borne. Cassant les organisations syndicales, redessinant les villes, faisant plier la puissance publique, Wal-Mart fait passer nos Auchans et Carrefours pour une joyeuse bande de scouts.

Depuis l’Arkansas, « Le management invisible » de Wal-Mart organise flux-tendus, contrôles logistiques et gestion des stocks sans oublier, le sort des hommes avec une précision et un luxe dans le détail qui ne peut que faire peur. Ce « modèle Wal-Mart » pour le capitalisme du XXIème siècle est décrit, également dans ses contours asiatiques, avec une précision et un sens de l’illustration qui font de ce bouquin, une mine d’informations. Wal-Mart, nous disent les auteurs, c’est à la fois l’anti New-Deal, une idéologie et un discours, même une culture.

Ce petit livre de tout juste 120 pages est une lecture utile que vous pourrez aussi recommander à quelques amis commerciaux qui pourront ainsi se décontaminer de leur fréquentation régulière, et obligatoire, de la presse professionnelle.

> Nelson Lichtenstein et Susan Strasser, « Wal-Mart, l’entreprise-monde », Les Prairies ordinaires, 12 euros.

Hautes-Pyrénées, le 18 avril 2009.

24/08/2007

X comme XL (Tee Shirts)

medium_X.jpgPratiquement passé inaperçu, un assez formidable bouquin d'un professeur d'économie de l'Université américaine de Georgetown à Washington est paru il y a quelques mois. L'ouvrage s'intitule « Les aventures d'un tee-shirt dans l'économie globalisée », il est édité par Grasset et son propos est de raconter l'histoire d'un tee-shirt de A jusqu'à Z.

A ceux qui pensent que traiter un tel sujet devrait conduire automatiquement son auteur à épouser les pieuses mais caricaturales thèses alter mondialistes, je signale qu'il y a fausse route. En effet, en suivant les méandres de l'économie mondialisée au travers une enquête économique précise et documentée, Pietra Rivoli, nous propose de remonter un fleuve pas si tranquille que cela dont les soubresauts devraient en étonner plus d'un.

Raconter l'histoire d'un tee-shirt c'est tout d'abord plonger dans les eaux troubles d'une économie américaine qui depuis des dizaines d'années abonde le marché mondial du coton en assurant sa prospérité par de consistantes subventions.

Décrire l'industrie textile c'est explorer l'Asie.

 

 Lyon, le 24 août 2007.

18/08/2007

S comme Stiglitz (Joseph E.)

medium_S_1.2.jpgSoyons clairs. La plupart du temps, l'idée de lire un bouquin d'économie fait plus que me rebuter, elle me déprime. En attente depuis plusieurs mois le livre du Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz intitulé "Un autre Monde" dormait sous une pile d'ouvrages et sa lecture début août n'est pas loin de me réconcilier avec le genre. En vérité Stiglitz est presque un conteur et le DVD d'entretiens diffusé par l'hebdomadaire "Challenges" cet hiver ne peut qu'encourager des lecteurs aussi fainéants que moi à poursuivre. C'est ce qui a été fait et je m'en porte que mieux.

Autour de l'idée que Wall Street et la mondialisation débridée en cours sont antagoniques aux perspectives de développement, l'ancien conseiller de Bill Clinton avance l'idée qu'une certaine forme de capitalisme, celui en vigueur aux Etats-Unis pour parler court, est à proscrire. Autour de l'idée du retour à un Etat modernisé et à des processus de décisions issus de choix démocratiques, un nouvel équilibre peut émerger entre l'Etat et le marché permettant ainsi non seulement aux sociétés de maîtriser le marché, de protéger travailleurs comme consommateurs au Nord comme au Sud mais, et c'est essentiel pour Stiglitz, d'être soucieux de l'avenir de la planète.

S'il fallait très grossièrement caser l'économiste américain parmi les références qui s'imposent  en matière de projet de société il est clair que le Nobel 2001 pourrait se situer entre la démarche sociale démocrate suédoise, les positionnements d'une bonne partie du PS français (de DSK à Royale) et certaines velléités de Clinton ou Al Gore.

Pour vous convaincre de visiter Stiglitz et de tenter l'aventure voici quelques bribes de la conclusion de son ouvrage.

"Pour une grande partie du monde" nous dit l'auteur, "la mondialisation telle qu'elle a été gérée ressemble à un pacte avec le diable. Dans le pays, une poignée d'individus s'enrichissent; les statistiques du PIB, à prendre pour ce qu'elles valent, ont meilleure mine, mais les modes de vie et les valeurs fondamentales sont menacées. Dans certaines régions du monde, les gains sont encore plus minces, les coûts plus palpables. Les progrès de l'intégration dans l'économie mondiale ont apporté plus d'instabilité, plus d'insécurité, plus d'inégalité. Et ils ont même compromis des valeurs essentielles.

Ce n'est pas une fatalité. Nous pouvons faire fonctionner la mondialisation, mais pour tout le monde, y compris les habitants des pays pauvres. Ce sera long et difficile. Nous avons déjà beaucoup trop attendu. Nous devons nous y mettre immédiatement ".

Cela vous tente? Cela s'appelle "Un autre Monde", c'est chez Fayard, 448 pages pour 22 Euros mais j'imagine que d'ici quelques mois une version en poche devrait être proposée. A vous de voir si vous préférez attendre.

 

 
Hautes Pyrénées, 18 août 2007.
 
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