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13/11/2010

Nostalgies

michel_drucker_0002_michel_drucker02.jpgVous vous posez peut-être la question de l’opportunité de cette fameuse Maison Sarkozyste de l’histoire de France que l’on veut imposer contre l’avis quasi général des historiens. Comme le dit ce pauvre Mitterrand, pour savoir si un projet est « novateur et ambitieux », il suffit de mesurer la controverse qu’il produit. Concernant la Maison en question, la critique est dans une forme tellement olympique, que, comme le dit Frédo, c’est à coup sûr un projet aussi génial que grandiose. Regonflé à quelques encablures du remaniement, le neveu va même plus loin puisque l’animateur de télé devenu ministre n’hésite pas à comparer le barouf fait par le projet Sarkozyste à ce que fut, en son temps, la controverse du Centre Pompidou ou mieux le Grand Louvre avec sa pyramide combattue férocement par toute la droite regroupée derrière le Figaro Magazine.

Cela étant l’histoire et la mémoire ne se sont jamais aussi mal portées dans notre pays depuis que Nicolas Sarkozy est président. De l’Afrique aux captations d’héritages historiques, le chef de l’Etat bouffe et rumine l’histoire, manipule avec déraison la mémoire, triture les pires choses du passé pour en faire les douceurs nostalgiques d’aujourd’hui.

Après le come back de Patrick Sabatier imposé par l’Elysée, le retour du prof de gym Pierre Sled bombardé à la direction de France 3 par le Président, la nostalgie mémorielle sera ce soir à son comble puisque Michel Drucker nous administre une nouvelle fois ses « Champs Elysées » qui attendaient dans le formol depuis quelques années. Ce soir on arrache notre goute à goute mémoriel, on débranche la télé.

Lyon, le 13 novembre 2010

Photo:DR

08/07/2009

F.Mitterrand

tu quoque.jpgLe Figaro en a fait des tonnes pour présenter celui qui devrait être le Malraux du XXIe siècle, Frédéric Mitterrand. Qu’on en juge : «  Passionné d’opéra et de cinéma, lecteur de Proust et de Julien Green, érudit à la culture classique mais curieux d’art contemporain, le nouveau ministre de la culture affiche des goûts de gentilhomme d’aujourd’hui ».

De quoi appeler Jack au secours, fut-ce en bêlant. Comment ne pas se réjouir d’un avènement aussi divinement annoncé ?

Tout le monde fréquente peu ou prou les salles obscures, même si tous n’aiment pas l’opéra. On ne saurait d’ailleurs trop conseiller à ceux que le bel canto rebutent d’aller voir le Didon et Enée de Purcell dont la mise en scène par la chorégraphe allemande Sasha Waltz vient d’émerveiller les Nuits de Fourvière. Et puis, « lecteur de Proust », cela marque son homme. Tout le monde connaît l’auteur. Même ceux qui ne l’ont jamais lu - ou qui redoutent de le lire, trop habitués au style actuel à phrases courtes - connaissent sa madeleine. Et tant pis pour les bêtises s’ils confondent Combray et Cambrai.

Entendez que Frédéric n’est pas seulement un « érudit à la culture classique », mais qu’il est aussi un homme de culture complet car « curieux d’art contemporain ». Voyez comme tout cela est équilibré. Comme cela sonne bien. Comme cela convient à tous les goûts, fussent-ils ceux d’un « gentilhomme d’aujourd’hui ». Admirez au passage la formule qui suggère l’illustre ascendance – on n’est gentilhomme que de noblesse - et qui, tout en faisant référence au goût littéraire raffiné de l’oncle, rappelle les qualités de celui qui fut le seul Président de la République socialiste qu’un grand nombre de Français ont connu.

Tout, dans ces quelques mots du quotidien qui en rajoute dans l’éloge flatteur, est là pour nous convaincre avant l’heure de l’excellence du choix de Sa Majesté ; choix éclairé, paraît-il, par le chant murmuré de sa compagne. Quant à l’impétrant, force nous est de lui reconnaître une certaine connaissance du sujet.

En accrochant à son générique l’illustre patronyme, le Prince qui nous gouverne s’est montré une fois de plus un bon metteur en scène. Un patronyme qui risque cependant d’être prononcé « Mittrand » par ceux qui détestent le neveu sans attendre de le juger à ses actes.

Le nouveau ministre de la culture a déclaré à Paris-Match – vous savez : le poids des mots etc… - qu'il n'a «pas trahi la mémoire» de son oncle. On le croit d’autant plus volontiers que ses premiers courriers arrivés dans le monde de la culture sont signés F.Mitterrand… Il y aurait eu paraît-il des rires et des sourires dans le microcosme.

À tort certainement, s’il faut en croire la confidence faite à Paris-Match : « Je suis quelqu’un de modeste, plein d’humilité ». Bonne chance f.Mitterrand ! La culture en a besoin, mais gare, le monde politique est âpre.

Et comme disait Tonton : « Dans la vie politique, on ne se fait pas, on ne se crée pas de véritables amitiés. On a quelques bons compagnons »…

Jean-Paul Schmitt.

19/11/2008

Et pendant ce temps là, la méditerranée

62471589uj4.jpg« Et pendant ce temps là, la Méditerranée joue avec les galets » déclamait une chanson de Gilbert Becaud, je crois, car il me souvient de l’écouter en un temps où je portais des culottes courtes pas seulement l’été au bord de la plage, un temps où la date de mon anniversaire passait « comme une lettre à la Poste » ce qui ne fût pas le cas ce week-end. Certes Reims se situe loin de la Méditerranée mais il s’y passait des choses qui n’ont pas ébranlé le rythme des océans et des mers réunies. On s’y est allégrement étripé au nom des valeurs de gauche, une gauche qui ces deux derniers siècles, ou presque, a fait vibrer le peuple au rythme des espoirs qu’elle portait et des actions qu’elle menait. On y chantait même des chansons révolutionnaires jusque dans les congrès. Deux siècles ou presque parce que le rêve s’est éteint en 1983 lorsque François Mitterrand à peine élu lui a imposé une real-politique qui l’a engoncée dans les travers de ce capitalisme dont le premier secrétaire du congrès d’Epinay avait juré du haut de la tribune que pour être socialiste il fallait rompre avec ce système. Bien sûr il est inutile de ressasser le passé car, comme le disait Héraclite : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Il n’en demeure pas moins que le PS d’aujourd’hui bégaye son histoire ce qui ne clarifie pas les choses. Car la question centrale qui se présente à lui et de savoir s’il s’engage dans un renouvellement du jeu politique national, ce qui suppose d’aller au bout du processus et afficher la perspective d’un bi-partisme à l’anglo-saxone plus proche du parti démocrate de Barak Obama que du parti socialiste de Jaurès. Dès lors il faut accepter de transformer les militants en supporters et s’adresser directement à eux en chuintant les processus de réflexion et de décisions toujours en vigueur. Un parti qui s’installe dans la société capitaliste avec la volonté de l’amender ; sans plus. Ou bien, maintenir valeurs et méthodes jusqu’alors en cours tout en affirmant plus clairement un discours de rupture. Le pire serait en tout cas un éternel compromis dont on a vu depuis onze ans qu’il ne menait qu’à l’impasse et pourtant c’est bien ce qui risque d’arriver, et pendant ce temps là, la Méditerranée continuera de jouer avec les galets.

Philippe Dibilio

Lyon, le 19 novembre 2008.

24/05/2007

Attali parle

medium_Attali.jpgJe viens de trouver sur le blog de Jacques Attali ce texte étonnant quand on connait les rumeurs qui circulaient, il y a encore quelques jours, sur les relations supposées excellentes entre l'ex-conseiller de François Mitterrand et le nouveau Président de la République. A vous de juger.

" La monarchie quinquennale

L’élection présidentielle passée, personne ne s’interroge plus sur les résultats des prochaines élections législatives. Chacun accepte que la campagne qui vient de se terminer était aussi (sinon seulement) une campagne pour des élections législatives ; et chacun considère le résultat du mois de juin comme acquis : le parti du président s’en satisfait, évidemment, espérant rafler un nombre inédit de sièges, dans la foulée de l’élection de Nicolas Sarkozy ; la gauche elle aussi s’en contente et préfère se résigner à sa défaite plutôt que de choisir parmi ses dirigeants un candidat au poste de premier ministre en cas de cohabitation. Le président, appuyé par une majorité parlementaire très large, pour cinq ans, sera plus puissant que jamais.
Cette situation, dont la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait masquée l’imminence, découle de deux réformes constitutionnelles très contestables : la réduction à cinq ans de la durée du mandat présidentiel et le report de l’élection des parlementaires après celle du chef de l’Etat.
Les conséquences en seront vertigineuses.
D’abord, les élus de la majorité, qui devront leur mandat au seul Président, ne pourront rien lui refuser. Ensuite, le Président, n’ayant plus la moindre tentation de dissoudre un Parlement à sa dévotion, ne sera plus, dès son élection, préoccupé que par sa réélection. Enfin, débarrassé de toute menace électorale nationale, il sera en situation de décider de tout, de nommer qui il souhaitera, à tout poste, même ceux qui ne sont pas, constitutionnellement, de sa compétence.
Nous n’entrons pas dans une 6ème république, mais dans une monarchie quinquennale.
Le Président pourra utiliser ce pouvoir presque illimité pour mener de vastes réformes, comme le fit François Mitterrand pendant les cinq premières années de son premier mandat, ou pour ne rien faire, comme le fit Jacques Chirac pendant les cinq dernières années. Dans les deux cas, l’opposition gagnera toutes les élections locales d’abord municipales, puis régionales, qui serviront d’exutoire, et perdra toutes les élections nationales. Comme si les Français considéraient que la droite était mieux placée pour gérer les enjeux stratégiques, et la gauche plus préparée à prendre en charge la gestion des problèmes de proximité.
Cette situation peut durer très longtemps ; et la monarchie quinquennale pourrait, sauf accident, devenir décennale…… "

 

> Lien vers le billet publié sur son blog "Conversations avec Jacques Attali"

 
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