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12/11/2009

Qui suis-je ? Qui suis-je ?

Besson.jpgEn ces temps où - comme à chaque veille d’échéance électorale, comme à chaque creux dans les sondages - la droite et son maître de chant entonnent des antiennes sur l’identité nationale et les accolent aux refrains parlant d’immigration, une nausée me prend. Non pas que le sujet soit inintéressant, mais parce qu’il est toujours abordé cyniquement dans des moments soigneusement choisis par ces mêmes surfeurs sur vagues xénophobes. Parce qu’il est toujours biaisé par des jeux tacticiens où les débatteurs déguisent leurs adversaires en lutteurs de foire : à ma droite, le catcheur aux pieds dans la glaise et la terre et à ma gauche, l’angélique laxiste naïf rêveur d’universel.

Non, le sujet est trop grave pour le confier d’emblée à ces spécialistes des coups tordus. Oui, comme le disait récemment Gérard Collomb dans Libération du 4 novembre, « Défendre l’identité française ne saurait se réduire à convoquer l’histoire. C’est le présent qu’il faut bâtir, c’est l’avenir qu’il faut inventer ».

Mais le propos ne saurait s’arrêter là. Il est autrement plus vaste et le convoquer comme le font Besson et Sarkozy pour qui le sujet est un gri-gri électoral est assez indigne. Pour ne pas entrer trop dans la liste fourre-tout des définitions de l’omni-président-je-sais-tout-et-moi-je-vous-comprends-et-j’ai-été-élu-pour-çà, je citerai en vrac « La France, ce n’est pas une race, pas une ethnie. La France c’est tous les hommes qui l’aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs. » (discours de Caen). Un peu court, Monsieur : la France est définie apophatiquement, c’est dire que rien n’en est dit, tout reste flou, tout est affaire de point de vue personnel et individuel non exprimé, mais « C’est tous les hommes qui aiment » ce je ne sais quoi ainsi exprimé, ce flou à tout le moins personnel et inexprimé, et « qui sont prêts à défendre ses idées et ses valeurs » ! Beau lyrisme creux. Et la belle affaire si on me rétorque le mot magique, imparable, de « patriotisme » que seuls sauraient comprendre ceux qui se battent et meurent pour une idée qui relève du sacré et de la recherche de transcendance si chevillée au cœur des hommes : je ne serai pas plus avancé quant à la gouvernance de notre société. Une société qui crève du manque de confiance dans l’avenir et dans ses dirigeants. Une société que ces dirigeants se sont ingéniés à découper en tranches de bons et de pas bons, de travailleurs valeureux et d’assistés, à dresser envieux « ceux qui se lèvent tôt le matin » contre « ces fonctionnaires à l’abri et trop nombreux », « ceux qui aiment la France » contre «ceux qui ne l’aiment pas et doivent la quitter », ceux visés par les racines chrétiennes du discours de Latran contre les laïcards de tous poils.

Je suis un peu comme Martin Hirsch, je ne me sens pas vraiment concerné par ce débat et comme lui je constate que dans ce pays « il y a des débats où l’on s’adresse à ses électeurs … moi je parle à des gens ». Je préfèrerais moi aussi un débat sur l’identité européenne ou sur le modèle européen.

Tiens, à propos d’identité, voici un extrait de l’un des poèmes de Mahmoud Darwich

Les étoiles n’avaient qu’un rôle :

M’apprendre à lire.

J’ai une langue dans le ciel

Et sur terre, j’ai une langue

Qui suis-je ? Qui suis-je ?

Jean-Paul Schmitt

20/01/2009

Bonne chance Martin

Martin Hirsch et Laporte.jpgJe sais que c’est mal porté chez beaucoup qui pensent qu’il sert la soupe à la droite. Le voilà en plus nommé Haut-commissaire à la jeunesse. Le chantier est vaste, les étudiants s’agitent. Quant aux banlieues ?…

J’avais apprécié le Martin Président d’Emmaüs France pendant dix ans, l’ex-directeur de cabinet de Kouchner au secrétariat d’état à la santé, même si les moyens mis à sa disposition pour le Revenu de Solidarité Active ne sont guère payés par ceux qui auraient le plus la possibilité de participer. Gaétan Gorce disait que: "Le RSA n'est pas en soi une mauvaise mesure s'il améliore le revenu de ceux qui travaillent à temps partiel, mais c'est une mesure qui peut se révéler dangereuse si elle ne s'accompagne pas d'un soutien très actif à une insertion professionnelle durable."Je le crois, mais je crois aussi que si Martin Hirsch n’avait pas été en charge de cette question, ce progrès social n’aurait pas vu le jour.

En tout cas, Martin me déçoit moins que son ex-patron, passé du Droit d’Ingérence au rejet des Droits de l’Homme dans un secrétariat d’état.

Déjà, lorsque Martin a été nommé en 2007 Haut-commissaire aux Solidarités Actives contre la pauvreté, j’avais apprécié une de ses déclarations. Il y affirmait vouloir « sortir de la dichotomie entre une gauche qui défendrait l'assistanat et une droite qui s'est arrogé le monopole de l'effort ». J’avais apprécié cette phrase à cause de la forme verbale utilisée pour parler de la gauche, montrant qu’il y a quelque simplisme de type café du commerce à affirmer qu’elle ne saurait faire que de l’assistanat (vilain mot quand le beau mot de solidarité inscrit aux frontons de la République est abandonné). Bien que je sois un peu partial dans cette exégèse, j’avais aussi apprécié l’usage fait de l’affirmation à propos de la droite, dénonçant son auto désignation en tant que seul promoteur de l’effort et rejetant les incitateurs à je ne sais quelle paresse dans l’autre camp.

Avec sa nomination, la clé de la jeunesse qui était sous Laporte (je sais, c’est facile), passe dans ses mains. Espérons qu’il saura en faire bon usage. Bien sûr, je me trouve face à un dilemme.

Faut-il que par souci d’efficacité, celui qui fut le dirigeant d’Emmaüs dont le manifeste déclare « Notre but est d'agir pour que chaque homme, chaque société, chaque nation puisse vivre, s'affirmer et s'accomplir dans l'échange et le partage, ainsi que dans une égale dignité » serve de caution à un gouvernement qui flatte la richesse, fixe des objectifs chiffrés d’expulsion honteux, crée des lois de plus en plus coercitives quand nos prisons sont les pires d’Europe ?

Je préfère parier sur les idéaux que nous partageons plutôt que sur la pureté des intentions politiciennes. Je préfère parier sur le soulagement des souffrances, fut-il insuffisant, plutôt que sur l’attente de je ne sais quel changement de personnalité ou de gouvernement. Au risque de me tromper.

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 20 janvier 2009

06:10 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : martin hirsch, bernard kouchner, rsa, emmaus | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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