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02/08/2010

K comme "Kerouac"

K.jpg

On savait, tout du moins la légende le colportait jusqu’à nous, on savait donc que Kerouac avait tapé à la machine à écrire « Sur la route » en trois semaines sur un …. Rouleau de papier d’une quarantaine de mètres. On savait aussi que la version, que nous lisions depuis que nous avions découvert Jack Kerouac, était passée à la machine, comme lessivée par des éditeurs que d’ailleurs l’auteur avait mis du temps à convaincre de faire leur travail. Aujourd’hui Gallimard publie dans une traduction de Josée Kamoun cette version du « rouleau original » de ce canadien français devenu un mythe de la littérature américaine. Ce fameux rouleau objet de cette édition définitive est réapparu à New York en 2001 lors d’une vente aux enchères mais les spécialistes supposent qu’il y manque les derniers mètres. Ne comptant pas me mettre à la lecture de « Sur la route (le rouleau original) » et de ses 500 pages il n’est pas impossible que j’attende que l’on publie la version, cette fois-ci définitive, avec les quelques mètres faisant défaut. En revanche si certains d’entre vous avaient jusqu’ici échappé à ce chef d’œuvre de la littérature beatnik, la publication de la version « rouleau » est peut-être une opportunité de lecture en ce mois d’août, un rouleau qui vous rappellera une route, un manuscrit qui faisait dire à Kerouac « je l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route ».

  • > Jack Kerouac, « Sur la route » (le rouleau original), Gallimard, 24 euros

Lyon, le 2 août 2010.

03/08/2009

K comme « Kureishi (Hanif) »

K.jpgParu dans sa traduction française il y a tout juste moins d’un an, « Quelque chose à te dire » de Hanif Kureishi est peut-être le bouquin de l’année littéraire qui se termine. Certains n’hésitent pas à dire qu’il s’agit du livre de la maturité, de son meilleur. Ayant lu comme beaucoup de monde « Le bouddha de banlieue » il y a maintenant bien longtemps, je dois vous avouer être incapable de dire si ce « Quelque chose … » est la crème de la crème dans l’œuvre déjà considérable de Kureshi. C’est en tout cas un excellent livre.

« Quelque chose à te dire » est une sorte de comédie douce-amère ancrée dans les milieux de l’immigration anglo-pakistanaise et plus généralement un parcours dans la société pré-Thatchérienne des années soixante-dix jusqu’à nos jours. Le narrateur de ce roman, psychanalyste, est comme un double de l’auteur, le point de convergence des moindres hoquets d’un petit monde ou se mélangent sexualité, morale, famille, foot, rock and roll ou attentats.

51KaV3WkKeL._SL500_AA240_.jpgSouvent drôle, à l’occasion terrible, parfois nostalgique, toujours teinté d’ironie, ce Kureishi est à recommander en particulier à ceux qui désespèrent parfois à la lecture de certains auteurs en vue de notre littérature. Kureishi n’est ni sociologue, ni « psy » et pourtant dans son labyrinthe on approche de très près une société anglaise qui perd parfois la boule, on sonde aussi, par le truchement de Jamal le psychanalyste les âmes et les cœurs.

Au tout début de « Souvenirs et divagations », Kureishi écrivait, « Mon père aurait voulu être écrivain. Je ne me souviens pas de lui désirant autre chose ». Avec ce « Quelque chose … » le rêve du père de Hanif Kureishi est largement dépassé. Son fils est un grand écrivain. Pourquoi pas de la graine de Nobel ?

  • > Hanif Kureishi, « Quelque chose à te dire », Traduction Florence Cabaret, Christian Bourgeois éditeur.

Bruges, le 3 août 2009.

22/03/2009

Noir

male.jpgHier, je vous engageais à réserver votre week end du 20 au 24 mai pour assister à l’édition 2009 des Nuits Sonores. Puisque votre agenda est encore à portée de main, il s’agit aujourd’hui de bloquer celui du 27 au 29 mars. En effet à cette date va se tenir la cinquième édition de « Quais du Polar » qui s’annonce, fidèle à l’esprit de départ de ce festival désormais majeur en France, mais aussi tournée vers le public le plus large.

Centenaire de sa naissance oblige, « Quais du Polar » consacre une partie de son énergie à rendre hommage à Léo Malet avec une enquête mystère dans la ville, expositions, lectures et projections de films. Que l’on se rassure, Nestor Burma ne va pas monopoliser toute l’attention des festivaliers puisque une quarantaine d’auteurs se rendront à Lyon pour les traditionnelles dédicaces mais aussi pour animer tables rondes et conférences. Parmi eux Jean-Christophe Grangé devrait faire figure de « Super-star » même si la venue de Douglas Kennedy, Iain Levison et surtout de Lawrence Block font évènement.

Cinéma, BD, expositions continueront, avec un important coup de projecteur sur la littérature jeunesse, à assurer le succès d’une édition 2009 qui cette année rayonnera à partir du Palais du Commerce (Place de la Bourse, métro Cordeliers).

Quais du Polar, Lyon, du 27 au 29 mars – Renseignements sur www.quaisdupolar.com et bientôt dans les vitrines de nombre de librairies de la ville.

Lyon, le 22 mars 2009

Photo:DR

17/11/2007

Sang d'encre

medium_Sang_d_encre.jpgCe week-end, direction Vienne pour la 13ème édition de « Sang d’encre », le salon du polar organisé par la MJC et la bibliothèque de la ville. Comme chaque année, de nombreux auteurs font le voyage pour honorer cette manifestation qui accueille en 2007 Didier Daeninckx, Franck Thilliez et des habituées comme Catherine Fradier et Brigitte Aubert. Tables rondes, débats, séances de signatures vont se succéder pendant ces deux jours. Pour ma part je retiendrai, demain dimanche, à 14h30 celle consacrée à la littérature policière en Corse, « Témoin d’une histoire agitée. »

Pour connaître le détail de ces deux journées, s’adresser au bureau du festival au 11, quai Riondet, au 04.74.53.21.96 et sur http://sangdencre.org/
 

Lyon, le 17 novembre 2007.

02/11/2007

Femmes pragmatiques

medium_symbole-femme.pngDans la très inégale collection que Gallimard consacre à la réflexion sur l’actualité (Régis Debray, Alain Finkielkraut, Jean Daniel…) on nous propose « 14 Femmes » ouvrage sous-titré « Pour un féminisme pragmatique » signé Gaëlle Bantegnie, Yamina Benahmed Daho, Joy Sorman et Stéphanie Vincent.

L’idée du recueil est de donner la parole à une nouvelle génération pour qui le féminisme est toujours d’actualité mais, je cite, « à rebours des pensées victimaires et de la morale culpabilisatrice, un féminisme joyeux, démocratique et pragmatique » et, je cite toujours, « qui considère qu’il n’y a que des situations, et des femmes qui les prennent à bras-le-corps ».

Ces auteures qui affirment d’entrée se reconnaitre dans le féminisme affirment ne vouloir tenir aucun discours du même nom, aucune théorie, mais bien d’aller à la rencontre de femmes qui par leurs vies, leurs choix ou leurs œuvres incarneraient ce « Féminisme pragmatique » loin des luttes et des discours des seventies.

Cette compilation de textes plutôt courts est donc la rencontre de nos féministes pragmatiques avec des femmes qui sont ou seraient emblématiques du propos affiché. Sans vouloir dresser la liste de l’ensemble de ces rencontres le lecteur pourra croiser, via nos auteures, Le chemin de Ovidie (faiseuse de porno), Eva Joly (Gauloise sans filtre), Catherine Ringer (boule à facettes), Dominique Voynet (l’emploi du temps) et une dizaine d’autres.

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22/08/2007

V comme "Venge-moi !"

medium_V.jpgIl y a quelques jours de cela, je suis tombé dans une Maison de la Presse sur le dernier bouquin de Patrick Cauvin, "Venge-moi!", dont j'avais lu une bonne critique dans un Nouvel Observateur du début de l'été

Cauvin / Klotz n'est en général pas le genre d'écrivain que je cherche à lire mais je dois vous dire que le cru 2007 de l'auteur de "E=MC2, mon amour" est plutôt bon. S'il vous fallait à tout prix lire "un roman populaire de l'été", sachant qu'il ne vous reste plus que quelques jours, n'hésitez pas à vous plonger dans celui de Cauvin.

Thriller de très bonne facture, "Venge-moi!" raconte l'histoire de Simon, fils de parents juifs déportés, dont le père n'est jamais revenu de l'enfer des camps. Sa mère, sur son lit de mort, lui montre la photo de celle qu'elle soupçonne de les avoir dénoncés. Elle demande à Simon de la venger. La traque commence. L'infernale machine littéraire de Cauvin aussi. Je ne sais pas si "Venge-moi!" va être le "Best Seller de l'été" en tout état de cause si tel était le cas cela serait mérité. C'est chez Albin Michel, 200 pages, 16 Euros.

Hautes Pyrénées, 22 août 2007.

21/08/2007

U comme "Un goût de rouille et d'os"

medium_U.jpgHistoire d'attirer le chaland qui passe, les Editions Albin Michel livrent le bouquin d'un  canadien inconnu, Craig Davidson, avec un bandeau qui invite le lecteur à saliver. Pensez donc, comment résister à un tel artifice qui, en lettres blanches sur fond rouge porte la mention "Croyez-moi, vous n'avez jamais rien lu de tel" le tout signé Bret Easton Ellis. Il faudrait être fou, après un tel aguichage, pour ne pas se précipiter sur une quatrième de couverture qui dans un deuxième temps, et c'est là que c'est déloyal, vous choppe au colback en vous disant, toujours signé du même parrain littéraire, "Ces formidables nouvelles sont les meilleures  que j'aie lues depuis longtemps. Il y a là matière à un douzaine de romans". Albin, deux. Moi, zéro.

Le lecteur méfiant que je suis se dit que chez Albin on en fait peut-être un peu trop ce d'autant qu'en retournant le livre côté jaquette le visuel grisâtre représentant les mains d'un boxeur ne me plonge pas dans un état second. Retour au texte de la quatrième de couve qui n'est pas loin de me faire lâcher prise, la bobine du Craig Davidson en question m'invitant à exercer ce droit de retrait dont chaque acheteur potentiel est dépositaire. A ce moment là, Albin me ferre en ponctuant du nom de Chuck Palahniuk son texte promotionnel mais j'étais encore loin de passer à la caisse dans la mesure ou l'œuvre du pote de Bret valait tout de même 21,50 Euros. Albin, deux. Moi, deux.

C'est là que l'histoire bascule. Alors que je pouvais  reposer tranquillement le bouquin sur la table de présentation, fier d'avoir déjoué les stratagèmes de l'éditeur de la droite française, je me piège moi-même en faisant machinalement le geste qui tue. Je feuillette et tombe sur les premières lignes d'une des nouvelles, "A deux mois de mon vingt-huitième anniversaire, je bats à mort Johnny "the kid" Starkley, à Tupelo, Mississipi. Un méchant coup droit au plexus solaire l'a envoyé dans les cordes, le souffle coupé. Je lui avait filé un paire de coups…". Pas de chance pour Albin, je tombe sur une coquille. "Un" paire et non "une" paire de coups. Albin, trois. Moi, trois.

Alors que je pouvais me retirer du jeu et acheter, en confiance, un de ces polars griffés "Rivages", me voilà comme un imbécile, Easton Ellis et Palahniuk aidant, à continuer mon feuilletage en commençant cette fois-ci à lire le premier texte, "Un goût de rouille et d'os" qui donne son titre au recueil. Page sept, "Il y a vingt-sept os dans la main humaine. Entre autres, le lunatum, le capitatum et le naviculaire, le scaphoïde et le triquétrum, ou bien encore les minuscules pisiformes cornus de la face extèrieure du poignet ", je saute quelques lignes en me demandant dans quelle direction l'ami Craig veut m'entraîner. "Cassez-vous un bras ou une jambe, et l'os vas s'envelopper de calcium en se ressoudant, si bien qu'il sera plus solide qu'avant. Mais cassez-vous un os de la main, et cela ne guérit jamais correctement" poursuit l'auteur canadien. Quelques lignes supplémentaires et je me retrouve page huit, "Vous verrez des hommes pleurer lorsqu'ils se fracturent la main durant un combat, des Mexicains à la peau dure ou des ouvriers metallos, des malabars effondrés sur leur tabouret avec des larmes qui leur jaillissent des yeux", coup d'œil au milieu de la page neuf, "Je m'appelle Eddie Brown Junior, je suis né le 19 juillet 1966 à San Benito, un petite ville misérable située à quinze kilomètres au nord de la frontière entre le Texas et le Mexique; quelque part "entre nulle part et adios", comme disait ma mère de sa ville d'adoption"….

Albin, 21,50 Euros, moi au tapis après la lecture de ce recueil de nouvelles. Vous l'avez compris c'est chez Albin Michel, 292 pages et, si les agents littéraires ne lui grignotent pas son énorme potentiel, on a probablement droit avec ce Craig Davidson, à un futur grand de la littérature américaine. 

Hautes Pyrénées, le 21 août 2007.

13/08/2007

P comme Pamuk (Orhan)

medium_P_1.jpgAttention aujourd'hui on ne plaisante pas, je vais essayer de vous parler en quelques lignes d'un Prix nobel de Littérature. Pour tout vous avouer, c'est le premier bouquin de Pamuk que je lis et ce livre est très particulier dans son œuvre car il nous dresse le portrait autobiographique d'une ville, Istambul, sa ville. Puisque j'en suis à vous confier l'étendue du désastre, je dois vous dire aussi que je ne suis jamais allé à Istambul, c'est dire si je souffre d'un handicap grave.

"Istambul, souvenirs d'une ville" (Gallimard, 2007) est à la fois un magnifique récit d'enfance, la biographie d'une ville, un reportage  mêlant intimité, souvenirs, nostalgie et érudition mais aussi des digressions qui permettent au lecteur de rencontrer des voyageurs prestigieux comme Nerval et Flaubert.

Ceux qui chercheront dans ce livre Pamuk le citoyen et démocrate Turc en prise avec le régime reviendront bredouilles après la lecture de ces quelques 450 pages, ceux qui essaieront d'en savoir plus sur cet opposant qui n'a pas hésité à parler du génocide des arméniens et des massacres des kurdes resteront sur leur faim. Pamuk nous parle de lui, de sa jeunesse, de la ville qui l'a vu naître en 1952 et qui ne s'était toujours pas remise de sa gloire ottomane passée, une cité isolée et résignée.

Le magnifique livre de Pamuk se termine alors que ce jeune homme de 21 ans décide de devenir écrivain. Aujourd'hui Orhan Pamuk est partagé entre la Turquie et le monde occidental. Son statut de Nobel le protège et lui permet de dire le monde, de s'inquiéter de la montée du nationalisme turc, de croire comme son ami assassiné Hrant Dink que l'ouverture du pays est la meilleure façon de mettre la Turquie face à son passé. Pamuk souhaite que la Turquie intègre l'Europe en déplorant comme il le disait en mai dernier à www.yevrobatsi.org le site des "Arméniens d'Europe, citoyens du monde" que "le projet européen traverse actuellement un triste processus historique/…/ et que ce rejet a propulsé les nationalistes turcs." Mais ça c'est une autre histoire et comme vous le savez, l'histoire est têtue.

Si vous souhaitez mieux connaître Orhan Pamuk, voici un documentaire de télévision qui donne la parole à son éditeur turc.

Hautes Pyrénées, 13 août 2007.

 
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