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11/09/2010

Forum durable ?

Forum Libé 2010.jpgC’est donc fait. Depuis la semaine passée le menu du deuxième forum lyonnais de Libération n’est plus sous embargo. Intitulé, on a connu mieux, « Planète Durable », l’évènement a bien du mal à ne pas générer la déception tant le contenu est dans l’ensemble convenu et prévisible et même, sur certains points, dispensable. Si le pari de Libé est de nous agiter les neurones, de réfléchir à une nouvelle échelle et de ripoliner une bonne couche sur nos vieux repères, nous pouvons donc craindre de faire du sur-place. En effet avec son énième débat sur le nucléaire, sur ses déchets ou autour d’un vibrant « comment aider les pays pauvres ? », sauf à ce qu’ils se considèrent comme intouchables, il est bon d’expliquer à Joffrin et Armanet que leur évènement risque de s’enliser. En convoquant à nouveau les éternels Jean-Daniel, Nicolas Vanier, Arthus Bertrand, Pascal Lamy ou Bruckner, Libé nous repasse de vieux plats tout juste réchauffés et le risque est grand qu’en guise de Forum on assiste à une convention. Cela étant de salutaires joutes demeurent au programme. Je ne pense bien entendu pas à notre politologue local, Aries, qui, après Mac Do et la Sciento prospère sur la décroissance. Encore moins à un Alain Minc dont on se demande en quoi il est qualifié pour parler de démocratie. Sûrement pas au sommet que devrait être le face à face entre les philosophes Séguéla et Enthoven sur la pub, le pubard n’étant nécessairement celui à qui vous pensez. Plus sérieusement la rencontre entre Alphandéry et Brauman sur « Faut-il empêcher les riches de s’enrichir ? » devrait valoir une affluence méritée. Idem concernant le débat entre le boss de Total et la leadeuse des verts et la perspective de voir enfin souffrir Eva Joly face à Andrew Simms (New Economics Foundation) un débat que devrait apporter son lot de cacahuètes équitables. Cela étant, le pompon de ce Forum est ailleurs et, pour tout dire me trouble. En invitant Jean-Louis Borloo à parler de « pensée durable » Libé me laisse expectatif. Qui plus est en demandant à Hollande, je le sais en soif d’exposition, à débattre avec le chou-chou de Sarko sur cette thématique me laisse encore plus interrogatif.

Bref, vous l’avez compris c’est avec une certaine hantise que j’attends ce Forum lyonnais des 24, 25 et 26 septembre en espérant au final m’être trompé car faisant partie de celles et ceux qui pardonnent presque tout à Libé. On ne se refait pas.

  • > « Planète Durable » Forum Libération les 24, 25 et 26 septembre à l’Hôtel de Ville de Lyon et à l’Opéra

Entrée libre et gratuite sur inscription à www.forum-lyon-liberation.org

Lyon, le 11 septembre 2010.

11/08/2010

O comme "Orages ordinaires"

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Si enfoncé dans le hamac, un bouquin dans les mains, vous n’arrivez pas à tenir plus de cinq minutes avant de somnoler, il est probable que vous n’arriverez pas à vous sortir de la lecture pourtant passionnante du dernier William Boyd qui pèse presque ses 600 pages. Thriller épatant, « orages ordinaires » est le type d’ouvrage qui aurait illico produit des étincelles dans le cerveau particulièrement bien équipé d’un Hitchcock qui aurait tué père et mère pour en faire l’adaptation au cinéma. Quitte à choisir un « best seller » comme lecture de l’été, entre les Pancol, Levy, Musso, ou Tartempion, choisissez celui de l’Ecossais qui tisse ses intrigues entre labos et empreintes, traques et vengeance.

« J’ai lu dans le Guardian » dira Boyd à Libération lors de la promo des « orages » « un article sur la brigade fluviale de Londres, qui récupère chaque année une soixantaine de corps. Le chiffre m’a surpris. J’ai tout de suite pensé à l’Ami commun, de Charles Dickens, qui commence avec un mort dans la Tamise. Je me suis dit que la vieille ville victorienne était toujours là, sous le vernis moderne, branché et technologique. Je me suis demandé si je pourrais écrire un roman néodickensien, qui soit un portrait de la société comme le sont les grands romans victoriens. »

william boyd.jpgLe défit est une réussite pourrait répondre chacun de ses lecteurs à Boyd et je vous encourage à rejoindre le monde d’inventivité et de suspense de William Boyd.

> William Boyd, « Orages ordinaires », Le Seuil, 21.80 euros.

    Lyon, le 11 août 2010.

    09/08/2010

    N comme "Neverland"

    N.jpg

    Le pauvre Michael Jackson devrait encore rapporter quelques sous d’ici la fin de l’année puisque une sorte de jeu vidéo à mi chemin du karaoké devrait s’imposer pour les prochaines fêtes de noël. Cela étant, à mon sens, il y a pire. En l’occurrence « Neverland Lost », une exposition de photographies de Henry Leutwyler proposée à la Fnac Montparnasse il y a encore tout juste deux mois, qui fait également l’objet de l’édition d’un couteux album et qui, à mon sens, fleure bon le malaise. De quoi s’agit-il ?

    Comme l’écrivait Next le très chic supplément de Libération, avec ces photographies présentées comme une collection d’objets personnels ayant appartenus à Jackson on a constitué une sorte de « mausolée d’un vieil enfant de 50 ans ». En vérité, c’est quelques temps avant de les voir partir aux enchères que Leutwyler a photographié, à Neverland, des objets qui seront miraculeusement rachetés par Jackson lui-même afin de bloquer leur vente. Tel un rapace, Leutwyler avait mitraillé comme un dingue ces objets entreposés et une fois Jackson passé dans l’au-delà, voilà que certains clichés apparaissaient. Si certains objets comme des meubles, bibelots ou tableaux ont le mérite, même s’ils n’offrent strictement aucun intérêt, de ne poser aucun problème, d’autres, à mon sens, frisent l’obscénité propre à toutes les reliques. Chemise de scène légèrement souillée par le fond de teint ou des escarpins de scène déformés inspirent un certain malaise. D’ailleurs Leutwyler dira que photographier ces reliques lui inspirait « une grande tristesse ».

    Neverland.jpgGrand photographe, il paraitrait que ce bien triste personnage détient des photographies de l’harmonica de Dylan ou du révolver de Chapman l’assassin de Lennon. En y ajoutant les frusques de Bambi il s’apprête à nous sortir un nouvel ouvrage qui est destiné à recenser les objets mythiques de la culture pop. Pauvre Michael, pauvre Leutwyler.

    Lyon, le 9 août 2010.

    07/08/2010

    M comme "Machiavelli"

    M 2.jpg

    Pour tout vous dire, c’est en lisant mi-juillet dans Libération son portrait par Marcela Iacub que je me suis aperçu que Machiavel avait une descendante et qu’elle descendante ! Dâme de près de quatre-vingt ans, combative, n’ayant pas froid aux yeux et vivant à Rome, Béatrice Rangoni-Machiavelli est donc la descendante de l’auteur du « Prince » (1469-1527). Cette vieille dâme est un personnage hors du commun détestant aussi bien Silvio Berlusconi que les curés, combattante de la cause des femmes et des droits des homosexuels. Cet été elle confiait donc à la chercheuse et écrivaine une de ses petites anecdotes savoureuses concernant son ancêtre dont elle jurait presque de l’authenticité. Machiavel, selon Beatrice Machiavelli, alors qu’il vivait ses derniers instants, reçut la visite d’un prêtre qui s’était fixé comme tâche de chasser le diable niché dans l’agonisant. Face à ce curé bien décidé à en découdre avec le démon, Machiavel aurait répondu, selon Béatrice, « Mais vous croyez que c’est le moment pour se faire des ennemis ». Vrai ou faux, seuls Machiavel et le diable peuvent le dire mais la tentation était grande d’aller voir du côté de la nouvelle biographie de Machiavel publiée il y a quelques semaines par Folio. Son auteur, Hubert Prolongeau, ne rapporte bien entendu pas les propos de Machiavel tels que racontés à Marcela Iacub par la descendante mais, comme dernière parole du maître, le définitif, « Je préfère aller en enfer discuter de politique avec les damnés plutôt que de m’ennuyer au paradis avec des imbéciles ». Pas mal non plus !

    Machiavel.jpeg> Hubert Prolongeau, « Machiavel », Folio biographie, inédit, 7 euros

    > Marcela Iacub, « Retour de Machiavel », Libération du 11 juillet 2010

    Lyon, le 7 août 2010.

    21/06/2010

    Bad boys

    nicolas%20anelka-thumb.JPGPauvre Dominique de Villepin, son appel du 19 juin prévu depuis des lustres s’est perdu dans un week end vampirisé par l’équipe de France de football ou plutôt ce qu’il en reste. Le faux « Bad boy » de la droite française s’est fait piqué la vedette par un Anelka viré, le quotidien de référence du sport français ayant décidé de fabriquer l’évènement en publiant sa « une » grotesque. Cela étant tout le monde pensait en rester là mais en vérité, comme le révèle le site de Libération, l’affaire Anelka n’est que le début du commencement. Alors que le limité Evra, capitaine de l’équipe, nous expliquait, samedi, dans une pitoyable conférence de presse, qu’un traître, au sein du groupe, fournissait des informations à la presse, Grégory Schneider de Libé affirmait quant à lui que Saint-Zidane était probablement à la tête d’un complot contre Domenech. Traître, complot, l’odeur du pâté envahissait le club France et d’ici la rencontre face à l’Afrique du Sud on a la très nette impression que tout peut arriver. Insultes, clans, refus de s’entraîner, disputes, coups, gestes obscènes à l’égard de la presse, les ados attardés et friqués du football français sont définitivement meilleurs pour le bling-bling que pour le foot et Nike qui vient de se payer la tunique bleue pour quelques quarante millions d’euros l’an devrait faire grise mine.

    Quant à Laurent Blanc entre la probable volonté de reconstruire avec Gourcuff, son désir de ne pas rompre avec Zidane, nous préférons lui souhaiter bonne chance ce d’autant que peu à peu les langues vont se délier avec comme toile de fond un champ de ruines jonché des cadavres d’Escalette, Domenech, Anelka, Houiller et quelques autres. D’ailleurs si Blanc veut réussir, il doit se convaincre de repartir de zéro en se passant définitivement non seulement de Anelka mais aussi de Henry, Ribéry, Gallas, bref de toute cette vieille garde avariée. Avec les Toulalan, Gourcuff, Lloris, Diabi et Malouda, le retour des tricards comme Benzema, Nasri et voire même Ben Arfa ainsi que l’intégration de plus jeunes, Blanc peut envisager reconstruire sur la durée à condition bien entendu de rompre définitivement avec le « yaourt qui pense » et toute la génération 98.

    Bonne fête de la musique à tous.

    Lyon, le 21 juin 2010.

    04/06/2010

    Dangers du portable

    ?id=725X1342&site=combuzz.wordpress.com&url=http%3A%2F%2Fcombuzz.files.wordpress.com%2F2010%2F03%2Fsteve-jobs-with-iphone.jpg&sref=http%3A%2F%2Fcombuzz.wordpress.com%2F2010%2F03%2F27%2Fsteve-jobs-apple-comment-reussir-ses-presentations%2FLa chose est assez terrible. Pris en tenaille entre la nécessité d’aider financièrement leurs familles demeurées au pays et une forme de refus d’un travail abrutissant fort mal payé, certains ouvriers chinois de l’usine Foxcomm préfèreraient en finir avec la vie sachant qu’après leur disparition leur employeur verserait à la famille une somme allant de 10 000 à 40 000 euros. Pour évoquer le succès de l’iPhone, de certains appareils Nokia, de la console de jeu Sony ou des ordinateurs Dell on mettait jusqu’ici en avant le design, l’ergonomie, la technologie ou la convivialité, il convient d’y ajouter aussi la déprime et le stress d’ouvriers payés 150 euros par mois pour douze heures de travail par jour, des chaines fonctionnant 24 heures sur 24 avec une pression sans mesure.

    Ce malaise généralisé et ces suicides traduisent une situation déplorable qui accouche aussi de grèves sauvages organisées clandestinement. D’ailleurs les experts de la Chine commencent à pronostiquer des tensions et le fait que Honda vienne d’accorder à ses salariés chinois quelques 24% d’augmentation de salaires est, à cet égard, assez significatif.

    Bienfaiteur de l’humanité et du peuple chinois, Steve Jobs le charismatique patron d’Apple est bien le seul à nier le calvaire des ouvriers de Foxcomm qui dépriment tout en agençant son foutu iPhone. Jobs, arpentant il y a quelques jours un salon californien a déclaré confus que les ouvriers de Foxcomm disposaient tout de même de restaurants, de cinémas, d’hôpitaux ainsi que de piscines précisant au final, et je cite, que « c’était plutôt chouette » (Libération du 3 juin). L’histoire ne dit pas si emporté par l’émotion, le patron d’Apple était prêt à offrir une morgue toute neuve à ceux de Foxcomm. Il n’empêche que nous pouvons tous nous demander s’il nous est vraiment indispensable d’acquérir un iPhone bien que, très officiellement, après enquête, Apple a tenu à préciser que toutes ces rumeurs concernant Foxcomm étaient infondées.

    Lyon, le 4 juin 2010.

    Photo: DR

    04:35 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iphone, apple, dell, chine, sony, honda, libération, foxcomm, steve jobs, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

    13/02/2010

    Elevage

    Mardi dernier, Bernard Cathelat, l’ancien gourou des eighties, celui du Centre de Communication Avancée du groupe Havas repointait son nez dans Libé. Dans une intéressante interview il nous disait, entre autre, que « depuis cinquante années, les marques avaient délaissé la chasse pour passer à l’élevage de leurs clients.». Je ne suis pas certain qu’aux Etats-Unis le temps de l’élevage des clients n’est pas encore d’actualité en particulier quand on a à portée de main un lieu de gavage comme « le Super Bowl », c'est-à-dire 106,5 millions de téléspectateurs en guise de record national d’audience détenu jusqu’ici par la série « Mash » en 1983. Voici donc comment, il y a quelques jours, les consommateurs américains élevés au foot ont été traités. A regarder certaines de ces pubs, avouez qu’il y a de quoi être emporté par la jalousie….

    Superbowl.jpg

    Lyon, le 13 février 2010.

    15/01/2010

    Ellroy circus

    arton15403-2c4a8.jpgTout à la fois croyant et pratiquant en matière de polars, Claude Chabrol indiquait hier dans un entretien au Figaro son admiration sans borne pour James Ellroy qui livre cette semaine aux français, « Underwold USA », le troisième et dernier volet d’une trilogie entamée avec « American Tabloïd » et continuée avec « Death Trip ». Pas très loin de penser qu’Ellroy est l’un des monuments de la littérature de l’Amérique contemporaine, Chabrol prenait tout de même bien soin de nous préciser que le romancier de L.A était difficile à supporter « quand il se met à aboyer et à faire son cirque devant les médias ». Justement, toujours hier, c’était du côté de la concurrence, dans les cahiers livres de Libération, qu’il convenait de se tourner pour vérifier la judicieuse remarque de Claude Chabrol.

    Interrogé par Sabrina Champenois on avait donc droit à une représentation du « Ellroy circus » sur trois colonnes bien serrées, un show littéraire de première bourre, autrement dit du grand Ellroy. Interpellé sur la promotion de son bouquin (« J’adore. Ça fait vendre des livres, et ce livre est génial »), le ricain n’hésitait pas à endosser le costume de rock star non sans préciser que l’affaire était importante « en termes de ventes, la France (étant) pour moi le pays le plus important » rappelant à l’occasion que c’était d’ailleurs un article de Jean-Patrick Manchette dans Libération, qui l’avait lancé. Après avoir examiné presque dans le détail sa dépression et ses conquêtes féminines, suite à une question de la journaliste persuadée que notre homme était un ermite militant, le ricain-réac répondait du tac-au-tac, « Non. J’ai une amoureuse, j’ai un réseau social, des amis, j’aime Dieu, je prie, je vais à l’église, j’ai deux ex-femmes, j’écoute de la musique classique, Beethoven… ». C’est en crescendo que se terminait l’interview. Barack Obama, « je ne sais pas, je n’ai pas suivi, et je me refuse à commenter l’actualité contemporaine », Michael Jackson, « violeur d’enfants, il est mort comme il a vécu, dans le sordide » non sans que l’immense Ellroy nous indique que son nouveau projet de quatre volumes concernerait Los Angeles pendant la deuxième guerre mondiale.

    Je n’ai bien entendu pas encore fréquenté cet « Underworld USA » qui, de l’avis général de la critique n’est peut-être pas loin d’être le meilleur des trois bouquins de la série. A voir le cirque promotionnel du mauvais génie de l’Amérique on ne peut qu’en être persuadé. Après une passe difficile, l’inquiétant Ellroy nous revient en forme quasi-olympique, à la hauteur d’une réputation parfaitement justifiée.

    • > James Ellroy, « Underworld USA », Rivages-Noir, Traduction Jean-Paul Gratias, 24,50 euros.

    Lyon, le 15 janvier 2010.

    19/12/2009

    Nostradamus

    duhamel.1171620777.jpgComme moi, beaucoup d’entre-vous, en lisant jeudi dernier libération se sont subitement trouvés démunis et paumés. Au bas de la chronique si enrichissante de notre meilleur expert politique, je parle vous l’avez compris de Alain Duhamel, une terrible mention figurait. Je vous la livre tel quel. « La chronique d’Alain Duhamel reprendra le jeudi 7 janvier » nous disait Libé sans prendre la moindre précaution. Rendez-vous compte, pendant plus de vingt jours nous allons être nombreux à végéter pendant la trêve des confiseurs sans bénéficier des analyses les plus pointues.

    La chose est d’autant plus terrible qu’avec un papier intitulé « Il y a foule au bal des prétendants socialistes » Alain Duhamel terminait 2009 avec un brio que l’on osait plus espérer. Le seul titre de ce billet de Duhamel résumait la difficulté de l’entreprise. Chapeau l’artiste !

    Pour tout vous avouer, j’avais tout de même quelque appréhension dans la mesure où la dernière fois où l’expert avait passé en détail les socialistes pour pronostiquer qui pourrait être candidat aux dernières présidentielles, Duhamel avait juste oublié de citer le nom de Ségolène Royal. Que l’on se rassure. Cette fois-ci, au sommet de son art, Duhamel n’a oublié personne. L’œil du maître est toujours aussi exercé et je peux, sans je l’espère trahir le fécond esprit de cet analyste de la vie politique française vous dire qu’au « bal des prétendants socialistes » figurent, tout d’abord Martine Aubry, François Hollande, Ségolène Royal mais aussi Manuel Valls (pour prendre date), Pierre Moscovici (le plus doué et le plus cultivé), Bertrand Delanoë et pourquoi pas DSK. Je sais cela vous en bouche un coin. Poussant encore plus loin le remue-méninge, Alain Duhamel, qui n’est pas du genre à la jouer défensive, se risque à un commentaire dont la portée historique devrait dépasser bien des lecteurs. Je vous la livre : « On peut penser que parmi ceux qui affichent leurs intentions, un tri se fera peu à peu ». Face à une telle puissance chacun doit admettre que Duhamel peut légitimement prendre une vingtaine de jours de vacances ce d’autant que, cerise sur la bûche de Noël, le plus fin limier de la vie politique française s’autorise à penser qu’il y a peut-être un « trop plein de prétendants ».

    Avant de vous laisser réfléchir pendant tout ce week-end à tant de science, je voudrais tout de même faire valoir un bémol. Hier j’évoquais l’étonnante candidature de l’inrockuptible Mathieu Pigasse. Sachant que le nom du banquier de gauche n’est même pas évoqué par Duhamel, sans vouloir me transformer en supporter de Pigasse, je veux juste dire à ce sympathique candidat aux primaires que ses chances sont intactes. Ne pas figurer dans « ce bal des prétendants » inventorié par Alain Duhamel pouvant s’avérer le signe d’un authentique destin politique.

    Lyon, le 19 décembre 2009

    14/10/2009

    Goût bizarre

    journaux1.jpgJ’avais bien aimé cet été les billets qu’écrivait régulièrement Pascal Jalabert dans le « Progrès », ils me redonnaient un certain attrait à la lecture du journal. En quelques lignes en effet, l’auteur donnait un vrai point de vue, pas forcement politique et engagé, mais un point de vue tant sur des sujets politiques que de société.

    Cela me rappelait un peu la belle période des années 70 où la presse quotidienne lyonnaise connût un moment de vraie diversité. Henri Amouroux éditorialisait chaque jour sur les positons de droite dans « Le Journal Rhône-Alpes » (ancêtre du Figaro Rhône-Alpes) et je lui répondais dans l’édition régionale de « L’Humanité » ; l’équipe de « Libération Rhône-Alpes » composée des Claude Jaget, Albert Agostino et autre Bernard Shalcha donnait ses points de vue toujours cinglants (Robert Marmoz n’était pas encore là, il a la chance d’être plus jeune) et Bernard Elie s’exprimait dans «  Le Monde » régional lui aussi. Quant au « Progrès » il livrait chaque jour un édito signé d’un « P » transpercé d’une plume.

    Ce moment de nostalgie passé j’ajoute que je lis régulièrement Jacques Boucaud ou Michel Rivet Paturel les journalistes politiques du « Progrès » d’aujourd’hui.

    Pour revenir à l’ami Jalabert il signait hier un article sur les soucis de Sarkozy à mi mandat et la liste est longue, depuis les questions économiques jusqu’aux frasques de ses ministres en passant par les dossiers à venir : retraites, lycées etc. Même les Régionales ne s’annoncent pas comme une promenade de santé, les ministres se défilant les uns après les autres pour conduire les listes et les objectifs de conquête sont plus que réduits à la baisse. En fait, à force de gesticuler dans tous les sens Sarkozy a fait perdre la boussole à ses propres troupes et au-delà à ses électeurs. Il paraît que ça le rend nerveux, on peut le comprendre ; ça le rend aussi irascible à l’endroit de ses ministres aussi il s’enferme avec ses collaborateurs de l’Elysée ce qui est le pire des réflexes et de plus dangereux pour lui car face aux combats à venir ce ne sont pas les gens de l’ombre qui iront au contact de l’électeur. Une telle situation laisse en principe un boulevard au le PS qui malheureusement n’arrive pas à l’emprunter.

    Alors que Martine Aubry commence tant bien que mal à mettre un peu d’ordre dans la maison voilà que les incurables des petites phrases remettent ça quasiment tous les jours. Il n’y avait pas assez des couacs sur l’affaire Mitterrand que Daniel Vaillant sortait le serpent de mer de la légalisation du cannabis pour que la cacophonie reprenne. Bref si le PS voulait laisser passer son tour en 2010 comme en 2012 il ne s’y prendrait pas autrement. Au fond si Sarkozy devait trébucher ce ne serait sûrement à cause du PS mais des transfuges de la gauche qui deviennent de plus en plus encombrants pour lui et indigestes pour ses amis politiques. Ce serait tout de même une victoire au goût bizarre.

    Philippe Dibilio

    Photo: DR

    23/09/2009

    Cohn rit à l’Opéra

    Cohnerie d'Aubry1.jpgVendredi dernier, à l’Opéra. La pièce s’intitulait « Quels termes pour une alliance ? ». Histoire de ne pas pleurer, je vous la fais façon gala Karsenty-Herbert pour les plus anciens et, pour les plus jeunes, façon Tête d’Or.

    Le programme annonçait « Mise en scène : Laurent Joffrin ; décors : Jean Nouvel ; dans le rôle du trublion donneur de leçons impénitent : Daniel Cohn-Bendit ; dans le rôle de l’administrateur des biens de la Gauche Plurielle et remplaçant au pied levé la diva Martine Aubry : Claude Bartolone. »

    Laurent Joffrin est sur scène et dort. À sa droite Dany désormais plus gris-bleu que rouge, mais toujours flamboyant, vitupère l’absence de la diva absente et empêche Claude, à la mine coincée et au sourire jaune, de défendre la gauche plurielle morte il y a cinq ans. Les deux hommes, habitués à battre les estrades, se tutoient. Extrait :

    « Claude, avec ta gauche plurielle tu m’agaces. Avec elle, on est tous morts ! »

    « Ah mais pardon… »

    En expert du feu nourri et à l’instinct, Dany le coupe. Il pratique un tir aux pigeons tous azimuts, un art qu’il partage avec d’autres habitués des chasses présidentielles. « Ne me parle pas de Mélenchon ! »

    Lire la suite

    21/09/2009

    Les auvergnats sont-ils tous des beaufs ?

    JL Murat.jpgC’est aujourd’hui que sort « Le cours ordinaire des choses » le nouvel album de Jean-Louis Murat dont je vais vous dire probablement le plus grand bien d’ici quelques temps. Pour en savoir d’ores et déjà plus sur cette nouvelle aventure de l’auvergnat en Amérique on peut se reporter à « Xroads » du mois en cours qui consacre sa une à « L’enfant terrible », une interview de six pages et huit autres à une rétrospective de sa discographie. La messe semble dite, le millésime 2009 de Murat sera excellent. Les fans savent très bien par ailleurs que quand notre homme monte à Paris pour assurer la nécessaire promotion d’un nouveau disque, il se débrouille toujours pour faire un minimum de « provoc », parfois heureuse, parfois pathétique. En rencontrant Sabrina Champenois il y a quelques temps pour se faire faire le portrait dans Libération Murat semble avoir été au-delà du pathétique, il est devenu définitivement un beauf. D’après ce que l’on peut lire dans l’édition du 14 septembre dernier du quotidien forum à Lyon ce week end, c’est un Murat vautré sur le lit de sa piaule, dos tourné à la journaliste, qui a joué à la diva désagréable. Attitude calculée s’interroge la journaliste ? C’est évident. « Il est de ma responsabilité » dit le pequeneau à Libé « de rendre ce moment inoubliable » en guise de préambule après avoir pesté sur les quarante interviews à donner. Si Murat est un merveilleux auteur-compositeur-interprète, il faut savoir qu’il est doublé de talents en photographie dont il doit être le seul à être persuadé du caractère génial. Qu’à cela ne tienne, le photographe et chanteur auvergnat d’enchaîner par un définitif, la « photographie c’est pas un art, pas un métier, rien » histoire de caser un de ses minables auto portraits qui illustrera l’article en question. Passons sur « Le photographe devrait être un esclave », débouchant sur « A l’école, j’étais chef, au foot ou au rugby, j’étais toujours capitaine. J’ai jamais été sous-fifre » puis sur un, à la maison « Pareil, c’est moi le patron ».

    S’en prenant « à ces abrutis de gauche » à propos de la loi Hadopi, à l’écrivaine Marie N’Diaye qui vient de produire « un pissat de femelle », à Bové, à Cohn-Bendit, à la médiocrité des autres, de tous les autres, à la terre entière.

    L’histoire ne dit pas si ce jour là notre beauf était imbibé, pour sa défense on aimerait croire que oui. D’ailleurs la question de l’alcool est le dernier morceau de bravoure de Murat face à Libé car le chanteur déteste paraît-il les gens qui ne boivent pas. Je vous confie d’ailleurs en guise de conclusion cette citation qui ponctue le portrait dessiné par cette pauvre Sabrina Champenois. « J’aime bien Keith Richards » confie l’artiste, « il peut se faire dix fix, tomber une bouteille de vodka, il reste impeccable. C’est pas comme ces p’tits cons qu’ont bu trois verres de rouge et qui se pissent dessus sur scène. »

    Une chose avant d’en rester là. C’est confirmé, Murat est un beauf qui fait de bons albums. Après la sortie de Hortefeux, mes amitiés aux Auvergnats qui ne méritent pas tant de honte.

    Lyon, le 21 septembre 2009.

    18/09/2009

    Les François

    Forum_Liberation_Lyon-v2.jpgA ceux qui n’assistent pas à ce Forum lyonnais de Libération, rappelons, alors que le débat entre les François Bayrou et Hollande vient de se terminer, qu’une vingtaine de rencontres viennent d’avoir lieu. Du côté des acteurs politiques, Rama Yade, Daniel Cohn-Bendit, Claude Bartolone, Jean-Luc Mélenchon, Dominique Voynet, Gérard Collomb et bien d’autres se sont succédé mais force est de constater que cette rencontre entre « Les François » faisait office de sommet.

    En ouvrant la discussion autour de l'idée, pour préparer l'alternance à Sarkozy, de "se rencontrer et de débattre", François Bayrou a tiré une première cartouche appelant de ce fait à la nécessité d'oeuvrer à la création d'un socle commun après selon François Hollande  "plus de 35 ans de vie séparée". Si le constat sur la caractérisation du pouvoir Sarkozyste semble commun, François Hollande a, quant à lui, insisté sur la division de ceux qui s'y oppose.

    En vérité dans cette rencontre Hollande-Sarkozy, tout était dit, dans la première demi-heure. En effet, pour l'un comme pour l'autre, il y a accord pour débattre entre ceux qui  en ont le désir , autant dire qu'on est loin de la position paleo-programme commun exprimée par Bartolone ce matin même.

    Deuxième élément de convergence, la nécessité de conduire un débat transparent et sans tractations.
    Troisième point ne pas hésiter à aller au coeur des clivages et des antagonismes.

    Cette rencontre lyonnaise, bien que positive, n'est en aucune façon "historique". Ce premier pas, qui indique une convergence forte sur la nécessité de débattre, cache encore mal les postures tactiques nichées dans le panorama politique d'une opposition qui entame un long cheminement. D'ailleurs histoire de ne pas se bercer d'illusions, François Hollande a invité le public à se convaincre qu'il n'y aura pas de candidat commun lors des prochaines présidentielles. Il a ainsi clairement pensé à François Bayrou mais probablement aussi... à lui.

    Jean-Yves Sécheresse

    Daniel "show" Bendit

    Forum_Liberation_Lyon-v2.jpgHorreur ! Malheur ! Je me faisais une joie d’assister au débat « Le zapping aura-t-il la peau de la civilisation » qui devait réunir Bertrand de Saint-Vincent, l’excellent chroniqueur du Figaro qui exerce l’épatant métier qui consiste à nous raconter ses week-end « relais et châteaux » financés par des partenaires dont il dit toujours le plus grand bien et Joy Sorman dont le bouquin sur NTM (Gallimard) est une merveille. Vous l’avez compris l’écrivaine et chroniqueuse de Paris Première était zappée au profit du Directeur de la rédaction de France 24. Le charme étant rompu, je voulais donc aller poser mes oreilles du côté du débat des stars de la journée, je veux parler de Martine Aubry et Dany Cohn-Bendit. La Première Secrétaire du PS étant absente, c’est Claude Bartolone qui était commis d’office. Cette absence a, vous vous en doutez, provoqué des remous, dans un public venu en nombre et qui s’est bien amusé des réparties d’un Cohn-Bendit très en forme persiflant sur l’absence de l’absente.

    Deux doigts d’humour, un zeste de démagogie, quelques fondamentaux écolos déclinés à l’envie, Daniel Cohn-Bendit a donné le tempo dans un débat qu’il a écrasé souvent d’ailleurs avec des arguments embrouillés. Comme me le disait Gérard Collomb venu jeter un œil dans le premier quart d’heure, « Ça commence bien ! », au sens ou parfois la joute était plutôt « cheap ».
    Plus intéressante était la confrontation sur la contribution « climat-énergie » et la possibilité de convergences avec le Modem. En proposant de réunir au Pic du Midi la gauche et « Europe-Ecologie » autour de ce thème, Claude Bartolone a été bien en peine de justifier le fait d’écarter Bayrou d’une telle initiative. Poussant son avantage, Daniel Cohn-Bendit a même proposé de rassembler autour d’un projet de loi reposant sur le rapport Rocard, socialistes, écologistes et amis de F. Bayrou, c'est-à-dire les forces qui acceptent la logique de taxation-Carbone excluant ainsi le PCF et le NPA. Moulinant un discours épuisé et épuisant, Bartolone s’en est tenu au catéchisme de Solferino. Parfois avec frime et suffisance Cohn- Bendit a encore une fois démontré des qualités de débatteur, anesthésiant souvent sa crédibilité en privilégiant uniquement le « show ».

    Jean-Yves Sécheresse (www.jysecheresse.com)

    Sport where ?

    Forum_Liberation_Lyon-v2.jpgSi ce premier débat devait être un sport, cela ne serait sûrement pas de la boxe, même pas du fleuret moucheté, encore moins du ping-pong.

    Quelque chose entre le curling et le croquet. Autant vous dire l’ennui.

    Soyons clairs, le charme de Rama Yade est évident, sa sincérité probablement réelle, ses convictions en chantier. Son interlocuteur Arnaud Mourot était peut-être quant à lui sous le charme de la ministre mais des convictions en plus. Bref cet échange plutôt convenu restera très certainement subalterne à l’heure du bilan de ce forum lyonnais.

    C’est avec quelques trente minutes de retard que le débat s’est ouvert par une intervention fluide mais scolaire de la ministre qui cette fois en appelait à Paul Morand, François Mauriac, les Lagrange et Michel Platini. Dotée d’une certaine aisance naturelle et de cette touche d’intelligence pétillante qui fait d’elle un personnage, à part, donc au potentiel réel dans notre vie politique, Rama Yade n’a guère jouée ce matin à Lyon la carte de la surprise.

    Vous l’avez compris, comme je le voyais poindre dès 9 heures ce matin dans mon premier billet, il convenait de ne pas trop se faire d’illusions sur ce premier débat qui s’est avéré plat et banal, la ministre manifestant tout de même quelques talents pour chevaucher avec un certain opportunisme, les valeurs, les idéologies, les uns et les autres, le sport spectacle comme la pratique amateur.

    Deux mots pour vous dire du bien du discours de Arnaud Mourot qui est « vrai », plutôt novateur et libéré de certaines contraintes. La Secrétaire d’Etat devrait le consulter pour faire avancer sa barque qui, n’en doutons pas, ne se limite pas au sport. On me dit qu’un certain nombre d’invités de ce Forum manquent à l’appel. Tel est paraît-il le cas de Martine Aubry ?

    Jean-Yves Sécheresse (www.jysecheresse.com)

     
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