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01/10/2009

Dialogue

Ahmet insel michel marian.jpgJ’ai appris à me méfier de ces bouquins d’entretiens qui désormais se multiplient comme des hamsters. Encore plus de ceux constitués de dialogues souvent arrangés mis en scène par un éditeur flairant le bon coup. Celui dont je veux vous parler aujourd’hui est pourtant un dialogue et l’éditeur qui nous le propose un professionnel parmi les plus sérieux. Autant dire que je vous en recommande la lecture. Il s’agit, vous l’avez compris de « Dialogue sur le Tabou Arménien » un ouvrage co-signé par deux intellectuels, l’un Turc, Ahmet Insel, l’autre Français d’origine Arménienne, Michel Marian. Ces deux protagonistes, qui sont respectivement économiste et philosophe, se sont rencontrés alors que Turquie et Arménie posaient les premiers jalons d’une normalisation encore hypothétique. Ahmet Insel est signataire de la pétition « demandant pardon aux Arméniens pour la grande catastrophe », Michel Marian dont on peut lire assez régulièrement les textes dans « Esprit » est l’un de ceux qui ont remercié publiquement pour ce geste les signataires de la dite pétition. Nos deux hommes ont été, je le crois, très marqués par l’assassinat du journaliste Hrank Dink et expriment dans leur échange une volonté commune de faire ensemble un bout de chemin, celui du dialogue sur le long parcours qui s’annonce bien mal balisé et qui devrait, espérons-le, conduire à la reconnaissance d’un génocide et à la réconciliation encore lointaine de ces deux peuples.

Si cet ouvrage plutôt ramassé avec ses 150 pages permet l’évocation d’une famille arménienne, celle de Marian, et de Garnik l’un des trois fils de la grand-mère Hripsimé qui sera le seul à échapper à l’ordre de déportation des Arméniens. Il permet aussi à Insel de parler du second mariage de son grand-père quelques quatre ans avant le génocide précédant la naissance d’un père né quant à lui en 1916 du côté d’Izmir. Si ces courtes approches biographiques familiales permettent utilement, non seulement de planter le décor, mais surtout de mieux comprendre des itinéraires proches mais jamais convergents du Turc et du Français Arménien d’origine, on comprendra aisément que ce n’est pas le cœur de ce dialogue qui n’hésite pas à se coltiner de façon simple et directe un problème plus qu’épineux enraciné dans l’inconscient des deux hommes. Des difficiles années soixante à l’assassinat de Dink la question du génocide hante un dialogue fait de respect, d’humanité et des arguments les plus fondés. Même si la politique conduite aujourd’hui par Erevan, la place de la diaspora et le contexte international ne sont qu’assez peu pris en compte dans l’ouvrage on ne peut que féliciter Insel et Marian d’avoir noué ce débat, l’éditeur Liana Levi de l’avoir porté à notre connaissance et à la journaliste Ariane Bonzon de l’avoir rendu possible. Recommandé!

Lyon, le 1er octobre 2009.

PS : Rappel, c’est samedi 3 octobre à 20h30 que se tient à Ainay le concert organisé par le comité de soutien à Guy-André Kieffer.

27/03/2009

Iain Levison

petit boulot.jpgC’est ce soir que décolle l’édition 2009 de « Quais du Polar ». Tout au long de ces trois jours le festival lyonnais va accueillir écrivains et critiques par dizaines. Parmi les très nombreux invités de cette année, je ne vais rien dire de Jean-Christophe Grangé dont je n’ai rien lu mais plutôt quelques mots d’un auteur pour le moins cabossé et qui doit beaucoup au travail de son éditeur français, Liana Levi, au point que je ne suis pas très certain que Iain Levison, car c’est de lui dont il va être question, est actuellement édité aux Etats-Unis.

L’auteur, bien qu’Ecossais, a immigré en Amérique et ses « Tribulations d’un précaire » traduites en 2007 ont été une véritable révélation ici. Ce bouquin, sorte d’illustration de « travailler plus pour gagner moins » n’est, vous l’avez compris, pas du tout un roman mais plutôt l’itinéraire vraiment noir d’un Levison qui exerce, par dizaines, des petits boulots pour survivre. Telle est en vérité la vie de Iain Levison, celle d’un écrivain tour à tour charpentier, employé dans la restauration ou ambulancier. Pour revenir au roman, le premier de Levison, édité déjà chez Liana Levi en 2003, s’appelait « Un petit boulot ».

Sur fond d’Amérique sinistrée, l’auteur nous racontait le quotidien de Jake, un type qui ne possède plus rien mis à part quelques dettes. Fort heureusement, un beau jour, on va lui proposer la chose la plus nécessaire, un « petit boulot ». Le problème c’est que le job en question n’est pas très commun puisqu’il s’agit d’être tueur à gage. Je vous laisserais lire la suite.

« Tribulation d’un précaire », « Un petit boulot », si comme moi vous devenez mordu de ce Levison si acide et les yeux rivés sur le quotidien, vous dévorerez aussi « Une canaille et demie », roman cette fois-ci plus conforme aux règles du polar qui nous parle d’un personnage qui va accéder au crime après une erreur judiciaire. Suite à un braquage qui bien entendu devait être le dernier, Dixon, c’est le nom du héros, se retrouve en cavale. Lors de cette fuite il va rencontrer un petit prof et une nénette agent du FBI, bref de quoi s’interroger sur les canailles…

Iain Levison sera donc à « Quais du Polar », allez lui serrer une bonne pogne pour lui dire que nous l’aimons. Cela lui remontera peut-être le moral car, dès son retour, la vie devra continuer. Ambulancier ? Charpentier ? Serveur ?...

« Un petit boulot », Liana Levi, 8 euros

« Une canaille et demie », Liana Levi, 9 euros

« Tribulations d’un précaire », Liana Levi, 16 euros

Lyon, le 27 mars 2009

 

 

 
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