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28/07/2010

H comme "Hasta Guevarra siempre"

H 2.jpgPrès de la fontaine sèche, deux musiciens - une vieille femme au bandeau rouge et à la voix éraillée et un petit homme souriant - deux solitudes solidaires et fripées grattent leur guitare en répétant les accords usés de Commandante Guevarra.

Tout à l’entour, La Havane fait la sieste.

Hasta Guevarra siempre.jpg

À la terrasse du restaurant à toile verte, vers Obispo, Raphael croque des touristes qui mâchent bruyamment. Le trait est vif. Ils oublieront de laisser le peso convertible pour lequel il a posé quelques touches de mauvaise aquarelle sur du papier récupéré.

Je le croque croquant. Il rit, me donne un peso cubain à l’effigie du Che puis appelle son ami endormi sur le banc voisin. Longiligne, les yeux clairs, l’homme s’adosse et regarde Raphael me croquer à son tour.

Rires. Échange de dessins. Pont par dessus la mer. Promesses d’au revoir.

L’enfant brun demande un dessin. Raphael hume ma boite de peinture et laisse l’envie glisser des éclats dans ses yeux. Sur le papier que Raphael lui a donné, l’enfant brun a dessiné la blondeur d’Anne et son dessin naïf efface doucement les graphes du Che qui inondent nos souvenirs.

Hasta la libertad siempre.

Hasta Guevarra, acrylique sur toile, 60x60 cm

Jean-Paul Schmitt

08:34 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : che guevarra, cuba, la havane, comandante, che | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

03/03/2010

Cuba deux

Cuba Libre.jpgRetour en douce France après trois semaines passées à Cuba. Cinq jours à la Havane plus 2500 kilomètres à sillonner l’ile de tous les contrastes et de tous les fantasmes. 2500 kilomètres de bitume souvent troué, obligeant à des conduites aux trajectoires sinusoïdales et incertaines dignes d’un retour de samba trop arrosée (attention : 0 gramme d’alcool si vous conduisez à Cuba !). De casa particular en casa particular (chambres d’hôtes chez l‘habitant), de ville en ville, de rencontre en rencontre (Anne parle l’espagnol et comme beaucoup de latins je comprend un peu).

Des citations - du Che la plupart du temps, très morales – bordent les routes. Inscrites à même la pierre, elles rappellent aussi les noms des héros de la Révolucion.

Le pays est sous embargo et cela se sent partout. Jusque dans la chasse aux devises étrangères qui se fait par le biais de la double monnaie : le peso convertible pour les touristes (0,8 euro) et le peso national (25 fois moins). Le système de santé est remarquable, malgré la pénurie de médicaments. Le système scolaire a fait du pays un champion de l’alphabétisation et de la culture pour tous.

Mais aussi, lancinante, cette non liberté d’aller ailleurs, cette absence d’opposition politique qui se sent dès l’abord à la lecture des journaux : dans Granma, la voix du parti socialiste, Trabadojes et Juventud Rebelde, les articles parfois intéressants n’émettent aucune critique : les libertés d’expression et de la presse sont reconnues à Cuba, mais seulement « en conformité avec les objectifs de la société socialiste » (article 53 de la Constitution de 1976). Amnesty International dans son rapport de 2009 parrainait encore 55 détenus pour délit d’opinion. Pour celui qui reconnaît les réussites du socialisme cubain c’est un crève-cœur. Les survivants de ces héros de la Révolucion – de vrais héros à l’idéal élevé – qu’étaient Ernesto Che Guevara, Camilo Cienfuegos, Fidel et Raul Castro et tant d’autres  n’ont pas su prendre le tournant de la démocratie. Peut-être ne l’ont-ils pas pu : crise du sucre, fin du soutien économique soviétique à la chute du mur, embargo dément et véritable crime contre le peuple cubain, crise économique actuelle,…

Les Cubains semblent résignés. Si beaucoup regrettent de ne pas pouvoir aller facilement à l’étranger (un médecin urgentiste que nous avons rencontré demande depuis 7 ans un visa sans réponse), ceux qui sont restés à Cuba et qui ont plus de 50 ans comprennent la politique menée à défaut de la soutenir avec fougue. Les plus jeunes, qui n’ont connus que Fidel, aspirent à plus de souplesse : les restrictions, la distribution contingentée de nourriture ou de biens de première nécessité leur pèsent. Tous ceux avec qui nous avons discuté et qui espéraient qu’avec Obama l’embargo cesserait, sont fatalistes. L’un d’entre eux nous a même confié qu’il croyait Fidel mort et qu’avec Raul rien ne changerait.

Tous, pourtant sont fiers de leur pays. Ils forcent l’admiration. Dire que leurs conditions d’habitation et de vie sont précaires - à nos yeux d’occidentaux habitués au confort – est un doux euphémisme. Malgré cela, ils sont debout, gais, dignes, cultivés, vêtus proprement. Leurs corps, souvent très beaux et aux multiples couleurs, sont assumés sans pudibonderie et sans provocation. Leurs intérieurs parfois délabrés sont bien tenus. Leur générosité est évidente. Après nos échanges, nous avions souvent l’impression émue d’avoir pris une leçon de vie.

Les Cubains ont fait des prouesses. Leurs médecins en Amérique du sud font merveille en ophtalmologie et dans d’autres domaines comme tout récemment à Haïti où ils ont soigné près de 10.000 personnes. Qui en a parlé ?

Fidel est un homme de pouvoir. Le régime est-il pour autant cette dictature épouvantable trop souvent décrite par les exilés cubains de Floride et les médias occidentaux ?

Quoi qu’il en soit, la mort d’Orlando Zapata, opposant emprisonné et en grève de la faim - le 22 février, jour où nous quittions Cuba - est inadmissible et tache profondément ce régime.

La transition doit advenir. Elle sera celle de tous les risques. Des risques à prendre pour renouveler les acquis de cette belle révolution de 59. Des acquis que même l’ONU reconnaissait dans son rapport de décembre 2001 : « la politique sociale est indiscutablement un secteur où Cuba a excellé en garantissant une distribution équitable du revenu et le bien-être de la population, en investissant dans le capital humain ».

Allons Raul, encore un effort et Hasta la victoria siempre !

Jean-Paul Schmitt

10/02/2010

Cuba un

Fidel+Castro.jpgCette semaine et la prochaine je suis dans la Cuba du presqu’après Fidel Castro. À La Havane où je loge en chambre d’hôte chez la charmante Migdalia, calle Santa Clara, en plein cœur de la vieille ville avant de partir sillonner les routes.

Je fais partie pour deux semaines des quelques deux millions et demi de touristes qui visitent l’ile annuellement et je m’apprête paraît-il à rencontrer des Québécois à chaque coin de rue. Curieux, l’accent du jeune pays lorsqu’il articule l’espagnol. Ombre !

Je pourrais vous la faire brève, façon Lang de bois : « mon sentiment est qu’aujourd’hui une page se tourne, un nouveau chapitre de l’histoire peut s’écrire. » (c’est le genre de poncifs que Jack nous a servi à son retour de chez le commandante Fidel où il est allé l’an passé sur commande de notre commandante à nous, histoire d’essayer de faire la nique à Obama et histoire aussi de conforter Bouygues et Alcatel sur l’ile). De crainte de vexer mes amis cubains, je ne pousserai pas la caricature aussi loin que notre éternel ministre de la culture qui affirmait alors « la richesse ça ne s'exprime pas qu'en tonnes de matériaux, Cuba dispose d'une énorme influence dans le monde grâce à sa musique, à sa matière grise et à sa chorégraphie ! ».

J’essaierai de vous raconter simplement – et à mon retour – les quelques sensations fortes que j’aurais eues de ce pays et de ses habitants pour beaucoup desquels il semblerait que Fidel soit aujourd’hui devenu le « compañero Fidel », un simple « soldat des idées » en quelque sorte pendant que son peu charismatique frangin Raul se donne du souci pour maintenir son radeau dans la mer des Caraïbes.

Je vous en dirai plus à mon retour. Hasta luego amigos !

Jean-Paul Schmitt

 
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