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19/11/2008

Et pendant ce temps là, la méditerranée

62471589uj4.jpg« Et pendant ce temps là, la Méditerranée joue avec les galets » déclamait une chanson de Gilbert Becaud, je crois, car il me souvient de l’écouter en un temps où je portais des culottes courtes pas seulement l’été au bord de la plage, un temps où la date de mon anniversaire passait « comme une lettre à la Poste » ce qui ne fût pas le cas ce week-end. Certes Reims se situe loin de la Méditerranée mais il s’y passait des choses qui n’ont pas ébranlé le rythme des océans et des mers réunies. On s’y est allégrement étripé au nom des valeurs de gauche, une gauche qui ces deux derniers siècles, ou presque, a fait vibrer le peuple au rythme des espoirs qu’elle portait et des actions qu’elle menait. On y chantait même des chansons révolutionnaires jusque dans les congrès. Deux siècles ou presque parce que le rêve s’est éteint en 1983 lorsque François Mitterrand à peine élu lui a imposé une real-politique qui l’a engoncée dans les travers de ce capitalisme dont le premier secrétaire du congrès d’Epinay avait juré du haut de la tribune que pour être socialiste il fallait rompre avec ce système. Bien sûr il est inutile de ressasser le passé car, comme le disait Héraclite : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Il n’en demeure pas moins que le PS d’aujourd’hui bégaye son histoire ce qui ne clarifie pas les choses. Car la question centrale qui se présente à lui et de savoir s’il s’engage dans un renouvellement du jeu politique national, ce qui suppose d’aller au bout du processus et afficher la perspective d’un bi-partisme à l’anglo-saxone plus proche du parti démocrate de Barak Obama que du parti socialiste de Jaurès. Dès lors il faut accepter de transformer les militants en supporters et s’adresser directement à eux en chuintant les processus de réflexion et de décisions toujours en vigueur. Un parti qui s’installe dans la société capitaliste avec la volonté de l’amender ; sans plus. Ou bien, maintenir valeurs et méthodes jusqu’alors en cours tout en affirmant plus clairement un discours de rupture. Le pire serait en tout cas un éternel compromis dont on a vu depuis onze ans qu’il ne menait qu’à l’impasse et pourtant c’est bien ce qui risque d’arriver, et pendant ce temps là, la Méditerranée continuera de jouer avec les galets.

Philippe Dibilio

Lyon, le 19 novembre 2008.

24/04/2007

Jaurès et eux

medium_Jaures-fluo.jpgAujourd'hui, comme chaque 24 avril, nous rendons hommage aux victimes du génocide des Arméniens de 1915. Pour la deuxième fois, le rassemblement Lyonnais se tiendra Place Antonin Poncet, au pied de ce mémorial qui, chacun s'en souvient, a vu la droite lyonnaise mener de sordides batailles destinées à s'opposer à sa réalisation. A un moment où Sarkozy le démagogue en appelle à Jaurès, je voudrais rafraîchir la mémoire de ceux qui ont oubliés que Jaurès fut un ardent défenseur de la cause arménienne, un humaniste bref un socialiste.

C'est pendant l'été 1894 que vont se produire les premiers grands massacres des Arméniens commis par le Sultan Abdul Hamid. Ils ne sont en vérité que le premier maillon d'une chaîne de l'horreur qui conduira en 1915 le "gouvernement Jeune Turc" à mettre en œuvre un processus génocidaire.

Jean Jaurès quant à lui sera assassiné le 31 juillet 1914 mais dès les premiers jours de 1895, Jean Jaurès entamera, contre toute attente, sa lutte inlassable pour dénoncer les crimes contre les Arméniens. Dans la presse, à la tribune de l'Assemblée, le député de Carmaux dénoncera ces massacres et la haine nationaliste qui montait en Europe sous les yeux d'une politique étrangère française aveugle, sourde et aphone.

Agé de seulement trente-sept ans, Jaurès va avec courage et émotion, bouleverser la représentation nationale au point qu'un certain Proust, dans "Jean Santeuil", sous les traits du député Couzon, évoquera le combat de Jaurès pour la cause arménienne.

Dans son discours du 3 novembre 1896, à la tribune de ce que l'on nomme alors la Chambre des députés, Jaurès, avec un souffle et une puissance étonnante, sous les applaudissements de la gauche dit:

"le silence complet, silence dans la presse, dont une partie, je le sais, directement ou indirectement, a été payée pour se taire (applaudissements à gauche), silence dans nos grands journaux, dont les principaux commanditaires sont les bénéficiaires de larges entreprises ottomanes, mais surtout silence du gouvernement de la France! Quoi devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos connivences, et vous avez assisté, muets et, par conséquent, complices, à l'extermination complète."

 

La rumeur et le brouhaha monte alors des divers rangs de l'Assemblée, et le Président de la chambre interrompant Jaurès réplique,

"Il n'est pas possible, monsieur Jaurès, que vous adressiez au Gouvernement de la république des paroles qui seraient insultantes. Il n'est pas possible de dire qu'il a été complice d'un égorgement. Je vous engage à retirer cette parole". 

Sans commentaires. 

Lyon, le 24 avril 2007.

Jaurès et eux

medium_Jaures-fluo.jpgAujourd'hui, comme chaque 24 avril, nous rendons hommage aux victimes du génocide des Arméniens de 1915. Pour la deuxième fois, le rassemblement Lyonnais se tiendra Place Antonin Poncet, au pied de ce mémorial qui, chacun s'en souvient, a vu la droite lyonnaise mener de sordides batailles destinées à s'opposer à sa réalisation. A un moment où Sarkozy le démagogue en appelle à Jaurès, je voudrais rafraîchir la mémoire de ceux qui ont oubliés que Jaurès fut un ardent défenseur de la cause arménienne, un humaniste bref un socialiste.

C'est pendant l'été 1894 que vont se produire les premiers grands massacres des Arméniens commis par le Sultan Abdul Hamid. Ils ne sont en vérité que le premier maillon d'une chaîne de l'horreur qui conduira en 1915 le "gouvernement Jeune Turc" à mettre en œuvre un processus génocidaire.

Jean Jaurès quant à lui sera assassiné le 31 juillet 1914 mais dès les premiers jours de 1895, Jean Jaurès entamera, contre toute attente, sa lutte inlassable pour dénoncer les crimes contre les Arméniens. Dans la presse, à la tribune de l'Assemblée, le député de Carmaux dénoncera ces massacres et la haine nationaliste qui montait en Europe sous les yeux d'une politique étrangère française aveugle, sourde et aphone.

Agé de seulement trente-sept ans, Jaurès va avec courage et émotion, bouleverser la représentation nationale au point qu'un certain Proust, dans "Jean Santeuil", sous les traits du député Couzon, évoquera le combat de Jaurès pour la cause arménienne.

Dans son discours du 3 novembre 1896, à la tribune de ce que l'on nomme alors la Chambre des députés, Jaurès, avec un souffle et une puissance étonnante, sous les applaudissements de la gauche dit:

"le silence complet, silence dans la presse, dont une partie, je le sais, directement ou indirectement, a été payée pour se taire (applaudissements à gauche), silence dans nos grands journaux, dont les principaux commanditaires sont les bénéficiaires de larges entreprises ottomanes, mais surtout silence du gouvernement de la France! Quoi devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos connivences, et vous avez assisté, muets et, par conséquent, complices, à l'extermination complète."

 

La rumeur et le brouhaha monte alors des divers rangs de l'Assemblée, et le Président de la chambre interrompant Jaurès réplique,

"Il n'est pas possible, monsieur Jaurès, que vous adressiez au Gouvernement de la république des paroles qui seraient insultantes. Il n'est pas possible de dire qu'il a été complice d'un égorgement. Je vous engage à retirer cette parole". 

Sans commentaires. 

Lyon, le 24 avril 2007.

 
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