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03/12/2009

Nausées

« Cette question des minarets est un piège. Un piège parfait. Quoi qu’ils disent, les promoteurs de l’initiative visant à interdire la construction de nouveaux minarets s’en prennent à un symbole de l’islam et des musulmans. Or cet amalgame est non seulement insupportable, mais inacceptable : la démocratie directe ne doit pas être le prétexte pour s’en prendre à une communauté et la blesser. La limite démocratique est à mes yeux franchie. Je suis pour une démocratie directe « encadrée » par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n’importe quoi. Une votation comme celle des minarets, qui cible une communauté en particulier, restera une tache noire sur la réputation de la Confédération. Pour l’effacer, les Suisses n’ont qu’une solution : se mobiliser et revoter » expliquait fort justement hier Dany Cohn-Bendit dans le quotidien suisse « Le temps ».

Cette affaire des minarets helvétiques qui vient par ailleurs de relancer la polémique la plus nauséabonde au sujet de la construction de mosquée en France intervient alors que Besson essaye de faire tourner à plein régime sa machinerie sur « l’Identité Nationale ». D’ailleurs à ce propos, d’après ce que j’entendais sur RMC info hier vers 7h30, le site du Félon réserve quant à lui de bien tristes commentaires. Celui qui aime tant faire le ménage dans la jungle de Calais serait inspiré de nettoyer au karcher sa babasse ministérielle. De Besson à l’UMP, il n’y a désormais plus qu’un pas qu’il convient de franchir. Le maire UMP d’un bled de la Meuse, un certain Valentin qui doit être lui aussi un bienheureux, n’a rien trouvé de mieux que de déclarer à France 2, je cite, « il est temps qu’on réagisse, on va se faire bouffer ». Par qui lui demande alors de journaliste. « Y’en a déjà dix millions, dix millions que l’on paye à rien foutre » poursuit alors notre Valentin qui peut-être rassuré. Toujours hier matin sur RTL, Copé s’est abstenu de tout commentaire à propos de son compagnon Valentin, le patron des députés UMP semblant expliquer que de telles déclarations sont essentiellement dues à l’absence de débat quant à « l’Identité Nationale ».

Début 1968 dans un célèbre éditorial, Le Monde expliquait que la France s’ennuyait. On pourrait rajouter que fin 2009, elle sent mauvais.

Lyon, le 3 décembre 2009.

17/07/2009

B comme « Barbuda »

B Abécédaire.jpgJe suis tombé par hasard sur une reproduction d’un tableau peint par Ribera en 1631 et dont l’original est à Tolède. Au premier regard, je n’ai retenu que la barbe. Les pensées encore envahies par une controverse récente concernant la liberté des femmes, je n’ai vu d’abord que l’un de ces barbus  que l’on voit parfois marcher quelques mètres devant un fantôme noir. Puis j’ai vu le sein ample et dénudé. Gonflé.

Fichtre, me suis-je dit, un barbu avec un sein à l’air, au milieu du XVIIe siècle espagnol, bien après qu’Al Andalus ait disparu depuis longtemps et bien avant tous les progrès actuels de la chirurgie plastique ?...Un homme d’Islam ancien revendiquant avec force sa part de féminité et qui, bien loin de l’enfermer sous une chape grillagée, l’exhibe !…

Une image entraînant l’autre, je me suis mis à dériver vers des temps lointains et probablement mythiques où des femmes altières allaient à visage découvert pendant que leurs hommes voilés les suivaient en silence, cachant sous un tissu sombre une soumission aussi aveugle qu’une burqa.

La barbe ! Pourquoi la barbe me dis-je in petto ? La réponse m’apparut évidente : en affublant sa mujer d’une telle pilosité noire, Ribera qui craignait quelque fatwa ou quelque excommunication à laisser ainsi déambuler un sein nu, avait sûrement voulu faire une concession aux barbus et aux inquisiteurs de tous les temps. Foin des rêves. Les tableaux ne devraient jamais être légendés.

Mujer barbuda Ribera.jpg

« Mujer barbuda, La femme à barbe ». Ce n’était que le portrait d’une certaine Madeleine Ventura (peut-être la femme d’un ancêtre de Lino, qui sait ?), allaitant son enfant.

Femmes que j’aime, jamais n’acceptez ces vers du Molière des femmes savantes :

  • - Votre sexe n’est là que pour la dépendance
  • - Du côté de la barbe est la toute puissance

Jean-Paul Schmitt

08:21 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ribera, madeleine ventura, molière, tolede, islam, tableau, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

23/06/2009

Burqa ou niqab ?

Gérin.jpgLe député maire de Vénissieux, André Gérin, agite la chronique avec une soixantaine de députés de tous bords politiques. Ils demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la pratique du port de la burqa ou du niqab en vue de « définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ». On sait le communiste un brin provocateur. Ce n’est pas son coup d’essai, pourtant, il aborde-là une vraie question de société.

J’ai parfois des réactions primaires en amont de tout raisonnement. Par exemple, avant de songer aux révoltes adolescentes et au conformisme qui l’accompagne, je suis vite agacé par la tenue vestimentaire d’un gamin qui enfonce sa tête casquettée sous une capuche ample pour dissimuler son visage et me faire voir davantage ses pieds et ses Nike que son regard hardi ; je suis mal à l’aise devant un curé en soutane probablement parce que, sachant l’évolution qu’a voulu faire l’institution catholique (et il reste tant à faire), tout uniforme chrétien dans la rue m’est symbole d’intégrisme ; je suis naturellement révolté par les casseurs encagoulés de fin de manifestation….

Fi donc des réactions primaires. Raisonnons donc ensemble.

À entendre les avis contradictoires sur le sujet, il faut faire la part entre ceux et celles qui revendiquent l’usage de cet habillement au nom de la liberté individuelle et ceux et celles qui condamnent cette attitude au nom de l’égalité entre hommes et femmes.

Admettons qu’il existe des femmes portant par choix la burqa - le grillage comme seule transparence permise au regard - ou le niqab - le regard aperçu à travers la fente étroite du tissu. Combien sont-elles ? Heureusement les statistiques sur le sujet n’existent pas. Affirmation identitaire et/ou choix religieux ?

Prenons acte du fait que le choix soit celui d’une foi prêchée par un Islam importé qui leur demande de cacher leur féminité. Je sais que c’est difficile à accepter pour notre culture et pour notre histoire, somme toute récente, de combat pour l’égalité. À celles-ci, faisons entendre Malek Chebel qui vient de faire paraître chez Fayard une nouvelle traduction du Coran et un dictionnaire encyclopédique de l’Islam : « Mon Islam n’a pas besoin d’artifices, il est dans le cœur, pas dans les vêtements ».

Et puis enfin, quittons la thématique religieuse qui attise les conflits et examinons le problème du seul point de vue de trois concepts qui structurent notre notion républicaine de laïcité : le primat d’une même loi laïque pour tous, la non-aliénation de la personne et l’adhésion aux valeurs essentielles de la communauté des citoyens français. Aucun accommodement de pratiques culturelles et religieuses qui permettrait à chaque communauté – quelle qu’elle soit - d’appliquer son propre droit et de vivre selon ses propres valeurs en niant les principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité n’est alors acceptable.

Oui, il y a choc de deux revendications de liberté : revendication individuelle et culturelle de celles qui veulent se voiler totalement si bon leur semble et revendication de liberté de la femme égale de l’homme. Mais ces deux revendications n’ont pas le même poids dans la balance de la liberté.

Celles qui revendiquent le droit de porter la burqa ou le niqab dans l’espace commun, aussi sincères soient-elles, utilisent un vêtement qui est, pour la collectivité où elles vivent et pour toutes celles qui sont obligées de se vêtir ainsi dans le monde, le symbole évident de l’aliénation de la femme.

Un sujet de réflexion à faire circuler sous le manteau, fut-il islamique….

Jean-Paul Schmitt

09/03/2009

Bruno Etienne

bruno etienne.jpgBeaucoup de monde se souvient de sa fougue et de son accent chantant. Pendant deux décennies il avait éclairé notre lanterne, toujours avec conviction et pédagogie, à propos d’un islam dont il aimait dire que sa fraction radicalisée puisait beaucoup plus dans la modernité de l’occident que dans la tradition. Fréquentant avec régularité les médias « grand-public », il était un de ces universitaires qui n’hésitaient pas à descendre dans l’arène pour expliquer et défendre ses idées nous faisant ainsi découvrir le monde.

Le professeur Bruno Etienne, puisque c’est de lui dont il s’agit, s’est éteint la semaine passée. Islamologue et érudit, Bruno Etienne, comme le dit Benjamin Stora dans le Figaro, « n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait » et ce professeur de l’IEP d’Aix-en-Provence était pour bien des lecteurs et auditeurs une personnalité attachante qui avait permis de saisir bien des réalités et des enjeux sur un islam mal connu à l’époque et souvent voué à la caricature.

Parmi sa trentaine d’ouvrages, je n’avais bien entendu lu que le seul « La France et Islam » (1989) et les contours de sa vie m’étaient inconnus jusqu’à l’annonce de la triste nouvelle de son décès. Si vous souhaitez mieux percevoir la personnalité de cet universitaire qui s’affichait comme musulman et franc-maçon, je vous conseille de vous reporter au « blog éduc » qui, en septembre dernier, consacrait un billet et proposait une interview de Bruno Etienne. (blogs.laprovence.com) ainsi qu’à la république des lettres qui propose une bio-bibliographie de l’auteur (www.republique-des-lettres.fr)

Lyon, le 9 mars 2009

Photo:DR

 

15/01/2009

La cause de la paix

guerre gaza.jpg

C'est je crois, Raymond Aron qui en substance avait écrit ou dit qu’Israël avait moins de difficulté pour faire la guerre que la paix. L’actuelle opération conduite à Gaza semble une nouvelle fois donner raison à Aron tant la victoire militaire semble évidente et les conséquences politiques catastrophiques. Pire, on peut même se demander si au-delà de l’issue des combats, la bataille politique ne semble déjà pas perdue pour un Etat Hébreux en prise avec des difficultés intérieures et diplomatiques plus que sévères. Ne serait-ce que dans notre pays, au-delà des improbables et parfois douteux quarteront qui descendent dans la rue à chaque fois que leur besoin se fait sentir, depuis des lustres on n’avait pas connu des mobilisations aussi importantes dans les rues de nos cités. Nombreux sont en effet les jeunes et singulièrement ceux de nos quartiers à rejoindre les cortèges. On nous objectera que ces derniers sont « travaillés » par les forces obscures de l’Islam radicalisé. Baliverne. Il y a du monde dans les rues et ce fait n’est en rien subalterne.

Par ailleurs la guerre des images, ou plutôt des non images, et la stratégie de communication distillée par l’Armée et le gouvernement israéliens jettent le trouble dans les opinions même si en regard de cela bien peu de monde ne se berce d’illusions sur la nature profonde du Hamas. Il n’empêche que la gestion médiatique du conflit risque plus vite que les experts ne l’imaginent de se retourner au désavantage d’Israël.

Dire cela, comme s’interroger d’ailleurs sur de probables lendemains qui risquent de déchanter n’est peut-être pas neutre mais en aucun cas une attaque contre l’Etat d’Israël.

Constatant les torrents d’insanités qui se déversaient sur le net je m’étais jusqu’ici abstenu d’aborder la question de Gaza. Le fait que régulièrement les sites et forums de Libération ou 20 minutes jettent l’éponge en baissant le rideau ne me rendaient pas très enclin à m’aventurer sur ce sujet. Aujourd’hui, en guise de conclusion, je voudrais vous livrer quelques lignes du célèbre exposé de Raymond Aron intitulé « Kippour 5734 ». C’était dans les années soixante-dix et Aron disait à son auditoire :

«Je suis convaincu que mes amis israéliens savent les sentiments que j’éprouve ; ils savent que dans toute la mesure du possible, en fonction de l’effort de probité intellectuelle que j’essaie d’accomplir chaque jour, je fais tout mon possible pour les aider - mais les aider ce n’est pas plus être sur tous les points, et en toutes circonstances, d’accord avec le gouvernement de Jérusalem qu’il n’est nécessaire pour un citoyen français d’être tous les jours d’accord avec son gouvernement, et c’est en conservant autant de sang froid que possible dans les moments où nous pouvons, je crois, servir la cause à laquelle nous sommes tous profondément attachés. »

Je veux juste rajouter pour ma part qu’il y a une seule cause à laquelle il convient d’être attaché. C’est celle de la paix et c’est ici que les choses se compliquent …

Lyon, le 15 janvier 2009

 
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