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10/11/2010

Massacre des innocents

Ben.jpgDepuis sept ans, 300.000 Chrétiens ont disparus d’Irak. Ils étaient 1,2 million sur les 23 millions que comptait l’Irak à la fin des années 80. Ils ne sont plus guère que 300.000 à 500.000 aujourd’hui. Des centaines sont, depuis 2003 notamment, les victimes d’un fanatisme terroriste. Les 52 morts de la semaine passée dans la cathédrale de Bagdad, parmi lesquels 35 fidèles et deux prêtres, rajoutent encore de l’horreur à l’horreur.

Revendiqués par une mouvance d’Al-Qaïda en Irak, ils s’inscrivent dans une volonté déterminée d’éliminer des humains, femmes et enfants compris, pour leur seule appartenance à la religion chrétienne.

De nombreux témoignages décrivent les atrocités que subissent aujourd’hui ces communautés chrétiennes irakiennes. Le Secours Catholique a recueilli en juin 2010 celui de Nageeb Mekhail, supérieur des dominicains de Mossoul. Lui n’hésite pas à parler de génocide. Le silence assourdissant sur ce sujet est habituel de la part des médias et des intellectuels de tous poils. Hormis lorsque des hauts faits d’horreur, vite oubliés, permettent un gros titre bien sanglant.

Raison de plus pour signaler le trop lointain mais néanmoins excellent article de l’ami Romain Blachier sur Lyonnitude(s) de novembre 2007. Déjà, il parlait des « Chrétiens d’Orient oubliés ». Mais – pardon Romain – permets-moi un petit tacle : à la date du 5 novembre 2010, à part les manifs, l’autocongratulation et le slow, nada sur ce sujet ? Seraient-ce tes recettes de cuisine qui ont fait grimper ton blog dans le top ten ?

Plus sérieusement, à part celle de Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, les voix des musulmans ne sont pas très fortes non plus sur ce sujet. Que je sache, à la même date du 5 novembre, je n’ai toujours rien lu de tonitruant de la part du recteur Kaptane. Me trompais-je ?

Allons, amis musulmans pratiquants ou autres, faites-vous entendre !

Jean-Paul Schmitt

29/10/2010

pendaison

trek-aziz-2221.jpg

Depuis la liquidation physique et assez expéditive de Saddam on savait le nouvel Irak libéré encore très éloigné des standards démocratiques. Alors qu’il pensait mourir incarcéré après en avoir pris pour successivement 15 et 7 ans, l’ancien ministre des Affaires Etrangères de Saddam Hussein vient d’être condamné à mort à 74 ans passés. Depuis le début de la semaine, le compte à rebours est donc en marche. Tarek Aziz dispose désormais de moins de 30 jours pour faire appel.

Longtemps affublé de qualités de fin négociateur oriental, titulaire d’un brevet de compatibilité avec l’occident et surtout comme un homme « à part » dans l’appareil du Parti Baas puisque chrétien de rite Assyro-chaldéen, Tarek a longtemps joué au dandy au milieu du club de bouchers fédéré par la dictature. D’ailleurs, contrairement à la plupart de ses collègues, l’ex diplomate s’était rendu aux américains avant la fin des combats, en avril 2003, pensant ainsi pouvoir bénéficier de quelque mansuétude. Pour une fois un peu naïf, l’ancien ministre s’était retrouvé dans les mailles des filets du nouveau pouvoir remis en main propre par les G.I à la nouvelle justice de Bagdad. Canaille certifiée pur sucre, le sort de Tarek Aziz ne doit pourtant pas nous plonger dans l’indifférence. Puisque nous sommes opposés à la peine de mort à Paris comme à Bagdad la condamnation de Tarek Aziz nous est insupportable.

Par ailleurs, les méandres de la politique irakienne ne doivent pas nous faire perdre de vue que la pendaison promise à l’ex est le produit d’une vengeance du Parti Dawa et de la communauté Chiite, Tarek Aziz n’ayant pas été le dernier sous Saddam, à couvrir la liquidation de Mohammed Baqr Sadr il y a trente ans de cela. Pilier du régime de Saddam Hussein, artisan de la politique du dictateur, Tarek Aziz ne peut en aucune façon espérer que sa responsabilité puisse passer par pertes et profit. Pourtant le condamner à mort est une autre histoire ou plutôt la terrible reconnaissance d’un échec suite au pari engagé par l’Irak après la chute de Saddam. Une histoire qui touche à sa fin et au cours de laquelle Tarek Aziz sait qu’il ne pourra compter sur l’appui de ces nombreux occidentaux qui négociaient avec lui il y a trente ou quarante ans, une centrale nucléaire par ci, de l’armement par là.

Lyon, le 29 octobre 2010

Photo:DR

27/12/2009

2003 en vrac

Eté de canicule - Attentat suicide en Ossétie du Nord qui détruit un hôpital militaire - Désintégration de la Navette Columbia - Début de la guerre d’Irak - Bush reconnaît qu’il n’y a pas de liens entre Saddam Hussein et les attentas du 11 septembre - Saddam capturé à Tikrit - Installation du premier radar automatique en France - Entrée en vigueur de la loi Sarkozy contre « le racolage passif » et « la mendicité agressive » - Décès de Nina Simone …..

Lannemezan, le 27 décembre 2009.

26/12/2009

2002 en vrac

17 février, dernier jour d’utilisation officielle du Franc - Réélection de Jacques Chirac (82%) face à J.M. Le Pen (18%) - Raffarin est nommé premier ministre - Loi Perben - Maurice Papon libéré pour des raisons médicales - Nicolas Sarkozy fait fermer le centre de Sangatte - Le Congrès américain vote la guerre en Irak - Disparition de Lionel Hampton …

Lyon, le 26 décembre 2009.

26/08/2008

Z comme Zones

1304771457.jpgLa zone verte c’est cette enclave de Bagdad située le long du Tigre, à deux pas de l’ex-Palais Présidentiel, dans laquelle les forces américaines sont retranchées.

Arrivé à Bagdad en Avril 2003, le journaliste américain Rajiv Chandrasekaran nous raconte son séjour dans la capitale Irakienne, au cœur du dispositif yankee, jusqu’à la fin septembre 2004. Près de 400 pages minutieuses, informées et parfois stupéfiantes. Paul Bremer, ex héro de la guerre de la paix imaginée par Bush, est un des personnages centraux de cette sorte de huis-clos ricain peuplé de vieux baroudeurs de l’administration des crises et d’obsédés de l’ordre. Ce petit monde en charge d’apporter le bonheur démocratique aux Irakiens passe des certitudes à une sorte de désespoir démultiplié par l’impréparation, l’incompréhension et l’isolement.

Chandrasekaran signe là un excellent reportage au cœur de cette zone verte décrivant, non sans honnêteté, une machine à produire avant tout de l’ordre, une machine coûteuse qui se grippe au rythme des déconvenues et des contradictions néoconservatrices des boss restés à Washington.

Autre sujet, autre préoccupation, autre point de vue sur l’Irak ou plutôt le quotidien des Irakiens avec le reportage d’Anne Nivat. Cette journaliste indépendante, qui intervenait aussi sur RMC Infos lors du séjour décrit dans son livre, se situe dans une démarche différente de Chandrasekaran puisque elle s’intéresse à la vie au jour le jour des Irakiens et pour une période plus proche de nous. Nivat nous guide donc dans l’univers quotidien des Irakiens et cette journaliste qui nous avait tant appris au sujet de la Tchétchénie réédite avec réussite la même démarche.

Demain nous allons reprendre le cours normal de ce blog avec de probables changements d’ici quelques semaines mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

79746216.jpg
  • Rajiv Chandrasekaran, « Dans la zone verte. Les Américains à Bagdad », L’Olivier, (Traduction G. Berton et R.Clarinard)
  • Anne Nivat, « Bagdad zone rouge », Fayard

Lyon, le 26 août 2008.

02/08/2008

L comme Livres (Histoire Universelle de la destruction des)

335701084.jpg« Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes », cette formule de Heinrich Heine est inscrite au frontispice de cette somme passionnante écrite par Fernando Baez, intitulée « Histoire Universelle de la destruction des livres », publiée par Fayard, un de ces éditeurs qui aime encore le travail bien fait.
Au cours des 500 pages, l’essayiste Vénézuélien nous entraîne de Sumer à la guerre d’Irak au fil des destructions de papyrus et de livres, dans les incendies et les massacres, de guerres en accidents, de désastres en terreur. Saccages de bibliothèques, inquisitions, censures, autodafés, cette sinistre histoire est conduite de main de maître par un érudit qui écrit avec clarté, efficacité et grand respect pour un lecteur qui peut à tout moment craindre d’être submergé par tant de connaissance et de faits.
Il aura fallu 12 ans de travail pour mener à bien ce travail de titan. La liste des remerciements suffit à comprendre l’entreprise et le croisement des réseaux mis en œuvre pour atteindre l’objectif. Intellectuel brillant, Baez est aussi une sorte de militant de la mémoire et de la conservation des biens culturels. Membre de nombreuses commissions internationales, Fernando Baez était présent dès 2003 à Bagdad pour évaluer les destructions. D’ailleurs son livre, qui fait basculer le lecteur dans les pires moments de l’humanité s’ouvre, contre toute attente, sur ce que Baez appelle l’énigme de Bagdad.
« Notre mémoire n’existe plus. Le berceau de la civilisation, de l’écriture et des lois est parti en fumée. Il ne reste que des cendres », tel est le commentaire d’un Universitaire Irakien que rapporte l’auteur dès l’introduction de son « histoire universelle ». Membre du Parti Baas, l’homme sera arrêté, laissant derrière lui une bibliothèque saccagée par les nouveaux maîtres de Bagdad. Justement, c’est au sud de l’Irak actuel, entre Tigre et Euphrate, que quelques milliers d’années plus tôt les premiers livres de l’humanité étaient apparus dans cette région de Sumer.
Destruction des poèmes d’Empédocle, papyrus d’Herculanum, censure contre Maimonide, Codex brûlés au Mexique, Révolution culturelle chinoise, Tchétchénie, attaques contre Joyce, nazis, pilon des éditeurs, tout ce qui concerne la destruction des livres ne peut échapper à Fernando Baez.
Comme le dit l’auteur au terme de cette formidable étude, « Le lecteur curieux de cette chronique de désastres pouvait-il imaginer que le XXIème siècle s’ouvrirait sur la mise à sac et la destruction du berceau de la civilisation ? » Cet aller-retour Sumer-Bagdad à travers l’histoire agitée de l’humanité est à lire.
Lyon, le 2 août 2008

08:50 Publié dans Culture & cultures... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fernando baez, histoire, irak, bagdad, livres, fayard | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/05/2008

Vérité pour Guy-André Kieffer

La semaine prochaine, plus précisément le vendredi 30 mai, le Comité Lyonnais des journalistes otages ou disparus qui s'était créée en 2005 alors que Florence Aubenas et Hussein Hanoun étaient otages en Irak, organise une soirée de soutien à Guy-André Kieffer, ce journaliste enlevé voici quatre ans en Côte d'Ivoire. (Voir billet du 16 avril 2008 )

Cette initiative est d'autant plus utile que la vérité tarde à se faire connaître quant à la disparition de Guy-André. Les Lyonnais doivent donc se remobiliser pour rappeler aux autorités Françaises et Ivoiriennes que nous exigeons la vérité sur cette disparition.

Kent qui était déjà présent au transbordeur en 2005 pour le concert de soutien à Florence Aubenas a répondu une nouvelle fois positivement au Comité Lyonnais et à la famille de G-A Kieffer. Il sera donc vendredi prochain au Théâtre de la Croix-Rousse pour cette manifestation. Aux côtés de Kent, Nicolas Nourrit, Duo d'en bas, Walking on the beach, les Sales Fées, Weed Académy et Gavroche assureront la partie artistique de l'évènement, sachant que des journalistes et témoins viendront expliquer la situation en Côte d'Ivoire.

En mettant à disposition le Théâtre de la Croix-Rousse, son Directeur et le Maire de Lyon ont voulu témoigner leur solidarité avec Guy-André et sa famille. J'espère que vous serez nombreux à répondre vous aussi présents.

Les places sont en ventes au Progrès, Auchan, Leclerc, Virgin au prix de 5 Euros.

Lyon, le 24 mai 2008

31/12/2006

A chacun sa honte

medium_Saddam_Hussein_320x240_.jpgL’ignoble Saddam a été pendu. Même pour ce qui concerne un tel dictateur, l’application de la peine capitale demeure une honte.

Les propos de Margaret Beckett, la ministre des affaires étrangères de Blair transpirent eux aussi la honte, une autre honte. Après avoir expliqué que Saddam Hussein avait « payé », elle se sent dans l’obligation de rajouter notre bonne Margaret que «le gouvernement britannique ne soutenait pas le recours à la peine de mort en Irak ni nulle par ailleurs. »

Avec Douste-Blazy, comme de bien entendu, il s’agit d’une autre honte, la notre. En déclarant avoir « pris acte » de l’exécution de Saddam il invite des Irakiens « à regarder vers l’avenir ». Pauvre Douste, pauvre de nous.

Avec Bush, c’est plus simple. La Maison Blanche nous a dit, qu’après avoir passé une rude journée à élaguer des cèdres dans son ranch, le Président s’était couché de bonne heure « non sans savoir que la dernière phase de la condamnation de Saddam Hussein était en route. »

Dans je ne sais plus quel discours, Victor Hugo avait dit en substance que les écrivains du 18ème siècle avaient détruits la torture et que ceux du 19ème allaient détruire la peine de mort. Le pauvre Victor Hugo s’était trompé de près d’un siècle en ce qui concerne notre pays. Combien faudra-t-il d’écrivains pour faire tomber la peine capitale du côté de Dallas et de Bagdad ?

Hautes-Pyrénnées, le 31 décembre 2006.

09:00 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Hussein, Saddam, Irak, Douste-Blazy, Bush, Blair, exécution | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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