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26/02/2009

Le dernier des mohicans ?

debord.jpgC’est peut-être, après tout ce qui restera de « l’œuvre » de notre actuelle Ministre de la culture. Christine Albanel vient d’interdire, par un arrêté du 29 janvier et publié récemment au journal officiel, l’exportation des archives de Guy Debord qui étaient convoitées par l’Université de Yale et plus précisément son Centre de Recherche sur les avant-gardes.

Il faut dire qu’outre atlantique on est presque raide-dingue de tout ce qui concerne Debord. Quinze ans après la disparition du Fondateur de l’Internationale Situationniste, tout ce que les states comptent d’Universitaires arty et branchouilles se pament, on se demande en vérité pourquoi. D’ailleurs, à contrario, il suffit de lire Maurice G. Dantec le seul écrivain français néo-catholique, néo-canadien, sioniste et réac assumé et sa prose anti post-hippie-gaucho, pour mesurer, tant sa haine à l’égard de Debord est sans limite, l’audience importante de l’intellectuel et Situationniste Français en Amérique du Nord.

C’est donc Racine, Bruno et non Jean, le patron de la Bibliothèque Nationale de France, qui est à l’origine de cette décision ministérielle. Il faut probablement l’en remercier mais surtout le féliciter pour cette victoire pas si évidente que cela sous Sarkozy 1er.

A propos de Sarkozy, imaginons une seconde qu’un journaliste l’interpelle à l’occasion d’un banal déplacement présidentiel. « Monsieur le Président, Monsieur le Président, SVP » dirait l’un au second. « Monsieur Le Président, comment réagissez-vous au classement des archives de Guy Debord par votre Ministre Christine Albanel » clamerait dans le brouhaha de la foule le premier à l’autre. « Euh ! » répondrait le Président tout en continuant à serrer quelques-mains. « Monsieur le Président, Christine Albanel vient d’interdire l’exportation des archives du fondateur du situationnisme. Quel est votre sentiment ? » reprendrait le journaliste en tendant son micro. « Euh !...c’est bien ! » rétorquerait un Sarkozy tout la fois ennuyé et donc irrité. « Monsieur le Président, vous pourriez nous en dire plus » et là, tout de go, notre Président enchainerait avec un « Casse-toi pauv’con » qui retentirait face à la cohorte des caméras rassemblées pour le déplacement Elyséen.

Tout ça pour vous dire que le dernier situationniste du pays est peut-être après tout notre Président. C’est d’autant plus impressionnant qu’il est peut-être un des seuls à ne pas savoir qui est Guy Debord. Trop fort !

Lyon, le 26 février 2009

photo:DR

09/06/2008

Zagdanski

6374623.GIFToute cette semaine, je suis en déplacement pour faire passer des examens du BTS. Je vais donc en profiter pour vous poster quelques billets relatifs à des livres et des lectures en vous demandant de me pardonner de m’extraire du quotidien de l’actualité. En gros si Sarko démissionne mardi et le Pape autorise l’utilisation du préservatif vendredi, il vous faudra attendre le week-end pour avoir mon grain de sel, et encore, ce n’est pas tout à fait certain.
Aujourd’hui je veux vous parler de Zagdanski, Stéphane Zagdanski, auteur d’un bon bouquin sur Debord intitulé « Debord ou la diffraction du temps » paru récemment.
Je sais qu’un tel titre peut faire fuir le plus peinard des lecteurs et pourtant Zagdanski signe peut-être là une des meilleures introductions à l’œuvre carabinée de Guy Debord. Pour tout vous avouer j’ai acheté ce livre parce que j’avais particulièrement aimé le bouquin « Pauvre De Gaulle » que l’auteur avait écrit il y a sept ou huit ans. Un brûlot anti-gaulliste à l’emporte- pièce pourtant brillant et fort amusant. Depuis je savais que Zagdanski avait écrit sur Céline, Proust et l’antisémitisme mais ces ouvrages n’avaient pas croisé mon chemin.
Précis, parfois chirurgical, Stéphane Zagdanski scrute l’œuvre et la portée de Debord avec une sorte de conviction contagieuse, au point que le lecteur se laisse emporter par le flot des arguments, des références et la fascination de l’auteur pour son sujet. Véritable traversée de la pensée politique des 19ème et 20ème siècles ce « Debord » est aussi un flash-back sur les fourmillements de l’après guerre, son lot d’illusions et d’errances.
Avec Debord, Zagdanski évoque la décolonisation, le stalinisme, les Brigades Rouges mais aussi Serge Lebovici, l’éditeur assassiné.
Ce livre qui n’oublie jamais de nous rappeler l’humour corrosif et le sens de la formule de Guy Debord est un régal dans la mesure où les candides dans mon genre se plongeront, guidés par Zagdanski, dans les écrits majeurs de Debord mais aussi les textes de l’Internationale Situationniste.
En 1970 dans une circulaire, Debord écrivait que « L’imbécile, surtout quand il est scandalisé, est une bonne caisse de résonnance ». Une fois dit que je ne suis pas scandalisé, j’aime à vous dire que j’accepte d’être une caisse de résonnance en espérant que ce billet vous donnera l’envie de lire ce « Debord » de Serge Zagdanski.
Serge Zagdansky, « Debord ou la diffraction du temps », Gallimard, collection blanche, 19 euros.
 
Beaune, le 9 juin 2008.

 
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