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03/02/2009

La guerre asymétrique

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L’annonce faite ce week-end par Elhut Olmert de « riposte disproportionnée » d’Israël aux reprises de tirs du Hamas vient comme en écho à un étonnant et décapant article d’un général italien, publié dans « La Republica » et repris par le « Courrier International ». Fabio Mini, c’est son nom, général d’infanterie, fût commandant de la KFOR au Kosovo, dans cet article il nous explique comment les victimes civiles sont redevenues les véritables objectifs de guerres. Il écrit : «  les dégâts collatéraux sont, par définition, ceux qui sont causés à des civils lorsque l’on tente d’atteindre des cibles militaires. Ce sont des dégâts, prévus ou imprévus, dus au manque de précision des armes ou à l’erreur. Pendant la guerre du Kosovo en 1999, le porte-parole de l’OTAN avait abondamment utilisé ce terme pour se dédouaner, y compris lorsque les frappes sur des bâtiments civils étaient intentionnelles. Cela revenait à minimiser un acte qui pouvait être assimilé à un crime de guerre et à rendre les victimes responsables de s’être trouvées au mauvais endroit au mauvais moment. Le cas du Kosovo a fait école… En Tchétchénie, en Afghanistan, au Liban et tout récemment à Gaza, la stratégie délibérée de frapper les civils pour affaiblir le soutien de la population aux insurgés, aux rebelles et aux dits terroristes est une autre régression, qui nous ramène aux guerres contre-révolutionnaires, qui du reste ont toujours abouties à la victoire des rebelles, et aux exactions du temps des occupations coloniales. Le recours à la propagande pour justifier et dissimuler ces régressions a des airs de déjà-vu… La guerre psychologique visant à démontrer que les civils ne font pas partie de nos objectifs mais sont victimes de l’adversaire qui s’en sert comme boucliers n’a pas changé depuis des millénaires, et c’est pourquoi l’ennemi a toujours été un scélérat. »

Cette situation qu’il interprète comme une régression par rapport au temps où l’on a cherché à établir une distinction entre forces combattantes et non combattantes, au nom de l’éthique et de l’intérêt à limiter les dégâts car « l’ennemi d’aujourd’hui est le client de demain et l’allié du futur ». Cette situation d’aujourd’hui découle pour lui de ce qu’il appelle la « guerre asymétrique » dont les armées les plus modernes ne savent pas reconnaître ni affronter les nouvelles formes « elles ne savent pas pénétrer, identifier, sélectionner et opérer avec précision. Elles ne savent pas gérer leur excès de puissance et elles ont perdu la conscience de l’inutilité et de l’illégalité des destructions civiles. Elles ne comprennent pas que cela ne sert qu’à rendre la guerre encore plus barbare. C’est un luxe que les terroristes peuvent se permettre. Pas nous. »

J’avoue n’avoir que très rarement trouvé une profondeur intellectuelle dans un texte de militaire, j’avais donc envie de faire partager ce moment.

Philippe Dibilio

Lyon, le 3 février 2009

15/01/2009

La cause de la paix

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C'est je crois, Raymond Aron qui en substance avait écrit ou dit qu’Israël avait moins de difficulté pour faire la guerre que la paix. L’actuelle opération conduite à Gaza semble une nouvelle fois donner raison à Aron tant la victoire militaire semble évidente et les conséquences politiques catastrophiques. Pire, on peut même se demander si au-delà de l’issue des combats, la bataille politique ne semble déjà pas perdue pour un Etat Hébreux en prise avec des difficultés intérieures et diplomatiques plus que sévères. Ne serait-ce que dans notre pays, au-delà des improbables et parfois douteux quarteront qui descendent dans la rue à chaque fois que leur besoin se fait sentir, depuis des lustres on n’avait pas connu des mobilisations aussi importantes dans les rues de nos cités. Nombreux sont en effet les jeunes et singulièrement ceux de nos quartiers à rejoindre les cortèges. On nous objectera que ces derniers sont « travaillés » par les forces obscures de l’Islam radicalisé. Baliverne. Il y a du monde dans les rues et ce fait n’est en rien subalterne.

Par ailleurs la guerre des images, ou plutôt des non images, et la stratégie de communication distillée par l’Armée et le gouvernement israéliens jettent le trouble dans les opinions même si en regard de cela bien peu de monde ne se berce d’illusions sur la nature profonde du Hamas. Il n’empêche que la gestion médiatique du conflit risque plus vite que les experts ne l’imaginent de se retourner au désavantage d’Israël.

Dire cela, comme s’interroger d’ailleurs sur de probables lendemains qui risquent de déchanter n’est peut-être pas neutre mais en aucun cas une attaque contre l’Etat d’Israël.

Constatant les torrents d’insanités qui se déversaient sur le net je m’étais jusqu’ici abstenu d’aborder la question de Gaza. Le fait que régulièrement les sites et forums de Libération ou 20 minutes jettent l’éponge en baissant le rideau ne me rendaient pas très enclin à m’aventurer sur ce sujet. Aujourd’hui, en guise de conclusion, je voudrais vous livrer quelques lignes du célèbre exposé de Raymond Aron intitulé « Kippour 5734 ». C’était dans les années soixante-dix et Aron disait à son auditoire :

«Je suis convaincu que mes amis israéliens savent les sentiments que j’éprouve ; ils savent que dans toute la mesure du possible, en fonction de l’effort de probité intellectuelle que j’essaie d’accomplir chaque jour, je fais tout mon possible pour les aider - mais les aider ce n’est pas plus être sur tous les points, et en toutes circonstances, d’accord avec le gouvernement de Jérusalem qu’il n’est nécessaire pour un citoyen français d’être tous les jours d’accord avec son gouvernement, et c’est en conservant autant de sang froid que possible dans les moments où nous pouvons, je crois, servir la cause à laquelle nous sommes tous profondément attachés. »

Je veux juste rajouter pour ma part qu’il y a une seule cause à laquelle il convient d’être attaché. C’est celle de la paix et c’est ici que les choses se compliquent …

Lyon, le 15 janvier 2009

16/10/2007

Soldats musulmans

medium_Soldats_guerre_1914_1918.jpgHiver 1916, depuis un an et demi, le pays est engagé dans une guerre jonchée de morts. Par exemple dans la commune de La Mulatière qui jouxte au Sud la ville de Lyon, on dénombre en février plus de soixante soldats décédés. Quant aux blessés ils sont kyrielle et dans l’agglomération lyonnaise les hôpitaux et infirmiers poussent comme des champignons. 

Toujours en février 1916, le Major Masson, chef de l’hôpital n°21 demande au Maire de la Mulatière l’autorisation d’inhumer des soldats musulmans. Le Conseil Municipal de la commune accorde 72 places. En fait en 1925 les archives indiqueront qu’au total 202 soldats musulmans seront inhumés dans le cimetière communal.

Puis, passe le temps. Au début des années vingt le ministre Maginot signe avec le Maire de la Mulatière une convention d'entretien des tombes. Déjà en 1924 le Maire de la commune intervient pour que l’on entretienne les tombes de ces soldats. Peu à peu les relations entre la commune et les autorités militaires semblent se dégrader et pour finir, en 1928, l’armée indique au Maire de l’époque qu’elle ne compte plus fournir de l’aide pour l’entretien des tombes limitant ainsi sa collaboration au versement d’une allocation pour les 201 tombes, une famille entre temps ayant retiré les restes d’un proche. 

Au cours des années trente la commune qui souhaite la création d’un caveau ne trouve pas l’écoute nécessaire de la part des autorités. Le dossier s’enlise, l’oubli s’installe peu à peu même si d’une manière constante les municipalités successives déploient l’énergie nécessaire pour faire vivre le souvenir de ces soldats.

Aujourd’hui, Frédéric Couffin et l’association La Fontanière travaillent avec constance et efficacité sur cette « histoire oubliée » et plus particulièrement sur les ossuaires du cimetière de la Mulatière.

Ces soldats venaient du Maghreb et principalement d’Algérie, les autres d’Afrique. Ils avaient 25/26 ans. Nous savons peu de chose de leurs vies qui étaient pour certains celles d’ouvriers-auxiliaires.

Les 201 soldats « morts pour la France » sont les aïeux de certains de nos compatriotes d’origine maghrébine ou Africaine et le travail initié à la Mulatière par Frédéric Couffin est plus que précieux, il est exemplaire. C’est un triste mais ô combien significatif épisode que celui « des soldats musulmans de la Mulatière ». Cette énergie déployée pour que cesse cette « histoire oubliée » mérite d’être saluée et remerciée.

Clermont Ferrand, le 16 octobre 2007.

 
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