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15/01/2009

La cause de la paix

guerre gaza.jpg

C'est je crois, Raymond Aron qui en substance avait écrit ou dit qu’Israël avait moins de difficulté pour faire la guerre que la paix. L’actuelle opération conduite à Gaza semble une nouvelle fois donner raison à Aron tant la victoire militaire semble évidente et les conséquences politiques catastrophiques. Pire, on peut même se demander si au-delà de l’issue des combats, la bataille politique ne semble déjà pas perdue pour un Etat Hébreux en prise avec des difficultés intérieures et diplomatiques plus que sévères. Ne serait-ce que dans notre pays, au-delà des improbables et parfois douteux quarteront qui descendent dans la rue à chaque fois que leur besoin se fait sentir, depuis des lustres on n’avait pas connu des mobilisations aussi importantes dans les rues de nos cités. Nombreux sont en effet les jeunes et singulièrement ceux de nos quartiers à rejoindre les cortèges. On nous objectera que ces derniers sont « travaillés » par les forces obscures de l’Islam radicalisé. Baliverne. Il y a du monde dans les rues et ce fait n’est en rien subalterne.

Par ailleurs la guerre des images, ou plutôt des non images, et la stratégie de communication distillée par l’Armée et le gouvernement israéliens jettent le trouble dans les opinions même si en regard de cela bien peu de monde ne se berce d’illusions sur la nature profonde du Hamas. Il n’empêche que la gestion médiatique du conflit risque plus vite que les experts ne l’imaginent de se retourner au désavantage d’Israël.

Dire cela, comme s’interroger d’ailleurs sur de probables lendemains qui risquent de déchanter n’est peut-être pas neutre mais en aucun cas une attaque contre l’Etat d’Israël.

Constatant les torrents d’insanités qui se déversaient sur le net je m’étais jusqu’ici abstenu d’aborder la question de Gaza. Le fait que régulièrement les sites et forums de Libération ou 20 minutes jettent l’éponge en baissant le rideau ne me rendaient pas très enclin à m’aventurer sur ce sujet. Aujourd’hui, en guise de conclusion, je voudrais vous livrer quelques lignes du célèbre exposé de Raymond Aron intitulé « Kippour 5734 ». C’était dans les années soixante-dix et Aron disait à son auditoire :

«Je suis convaincu que mes amis israéliens savent les sentiments que j’éprouve ; ils savent que dans toute la mesure du possible, en fonction de l’effort de probité intellectuelle que j’essaie d’accomplir chaque jour, je fais tout mon possible pour les aider - mais les aider ce n’est pas plus être sur tous les points, et en toutes circonstances, d’accord avec le gouvernement de Jérusalem qu’il n’est nécessaire pour un citoyen français d’être tous les jours d’accord avec son gouvernement, et c’est en conservant autant de sang froid que possible dans les moments où nous pouvons, je crois, servir la cause à laquelle nous sommes tous profondément attachés. »

Je veux juste rajouter pour ma part qu’il y a une seule cause à laquelle il convient d’être attaché. C’est celle de la paix et c’est ici que les choses se compliquent …

Lyon, le 15 janvier 2009

14/01/2009

Halte au feu !

Arafat.jpgPlus de 700 Palestiniens tués. Plus de 3200 blessés depuis le début de la guerre de Gaza, le 27 décembre. Chiffres terribles où près d’un tiers des morts sont des enfants et des adolescents et où 40% des blessés sont des femmes et des enfants.

L’existence d’un état palestinien viable et la sécurité de l’état d’Israël sont des nécessités absolues pour une paix durable dans cette partie du globe, mais cette guerre est pure folie.

L’attitude radicale du Hamas pour apparaître le seul parti « résistant » de Palestine est, de mon point de vue, entachée par la lutte interne et fratricide menée contre le Fatah. En suggérant que Mahmoud Abbas trahît la cause palestinienne, il fait le jeu des partisans du blocus et d’une occupation sans concession avec ses multiples barrages. Ceci étant, il faut reconnaître qu’il a été élu démocratiquement en promettant notamment de lutter contre la corruption. Hélas, sa prise par la force de Gaza, la mise en danger délibérée des civils palestiniens parmi lesquels ses dispositifs combattants s‘abritent, son rejet systématique de toutes les offres de l’OLP et des médiateurs égyptiens pour réconcilier les parties palestiniennes, notamment en novembre 2008, l’ont mené à un jusqu’au-boutisme qui s’avère catastrophique.

Quant à l’attitude du gouvernement d’Israël, au-delà de sa volonté légitime d’assurer la sécurité de l’état et celle de ses habitants, elle est, elle aussi me semble-t-il, entachée par les comptes à régler avec le Hezbollah libanais, par sa volonté d’adresser à tout prix un message ferme à l’Iran du sombre Ahmadinedjad, et par des calculs électoraux, fut-ce au prix de la guerre. Mais, pour enrayer la montée d’insécurité que vit sa population sous les tirs de roquettes, passer par une telle violence guerrière, avec tant de victimes civiles du côté palestinien est un moyen qui, inévitablement, pervertit la fin visée. Le ressentiment d’une - voire de deux ou trois - générations de Palestiniens risque de constituer un frein supplémentaire à l’instauration d’une paix durable. Dans sa volonté d’éreinter le Hamas - qu’il a soutenu face à l’OLP en son temps - Israël le renforce de fait. Ce mouvement était en perte de vitesse tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays : beaucoup de Palestiniens lui reprochaient d’avoir fait échouer les négociations menées sous l’égide égyptienne et sa cote de popularité, de 30% en septembre 2006, est passée progressivement à 17%, fin novembre 2008. N’ayant plus grand chose à perdre en popularité, il a encore davantage radicalisé son action et rompu sa part de trêve pour ne pas se situer sur la même ligne que Mahmoud Abbas. L’entrée en guerre d’Israël, brutale, disproportionnée, est une formidable aubaine pour lui qui, sur le sang du peuple palestinien, se refait une popularité perdue, entraînant dans son sillage les opinions des pays arabes modérés qui auront désormais du mal à afficher une volonté de paix avec Israël.

Dans chaque partie de ce conflit, je sais qu’il y a des femmes et des hommes de bonne volonté qui recherchent la paix. Fassent qu’ils sachent la construire. Vite !

Fasse également que l’action politique et diplomatique du gouvernement français et de l’Europe parvienne, avec l’aide de l’Egypte, à dégager une solution urgente pour épargner les vies des habitants de Palestine et d’Israël.

Fasse enfin que la fraternité des citoyens de ce pays, de toutes confessions et de toutes opinions politiques, évite que ne montent entre nous des haines.

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 14 janvier 2008

[Edit JYS]: Compte tenu de la nature des commentaires, ces derniers seront temporairement "modérés".

13/01/2009

Géopolitique

israel.jpgLes images atroces qui nous arrivent de Gaza ne peuvent laisser personne insensible et la riposte israélienne « surdimensionnée » aux tirs de roquettes du Hamas n’honore pas l’image de cet Etat au centre d’un conflit qui dure depuis sa création. Car l’offensive contre Gaza s’inscrit, à priori, dans la droite ligne du conflit israélo-palestinien devenu moins lisible depuis qu’Israël a réussi le « coup » de soutenir la naissance du Hamas pour, à l’époque, diviser le mouvement palestinien et affaiblir son leader d’alors : Yasser Arafat. Pourtant dans sa dernière livraison le « Courrier International » propose une analyse aussi pertinente que décalée de l‘origine et du but de cette offensive. Une analyse corroborée par un article du journal AL-HAYAT depuis Londres. Une analyse qui fait entrer en ligne de compte des arguments de géopolitique. L’attaque contre Gaza était programmée de longue date, explique le journal, qui prend appui sur la visite préalable de membres éminents du gouvernement de Tel Aviv dans des capitales bien ciblées. Mais la décision était prise. Pourquoi ? Parce que les Etats Unis ayant abandonné en 2008 l’idée de frappes nucléaires contre l’Iran sur fond de dossier nucléaire Washington a laisser dire qu’’ Israël pourrait prendre le relais contre son ennemi principal même unilatéralement et sans participation américaine ; ce qui convenait parfaitement aux dirigeants de l’état Hébreu. Mais la victoire de Barak Obama a changé la donne, le futur président américain ayant décidé au contraire d’ouvrir le dialogue avec Téhéran. Et Tel Aviv sait qu’il ne peut rien faire qui puisse fâcher son allié américain. Mais l’état hébreu avait aussi anticipé le fait que le Hamas ne reconduise pas le cessez le feu en vigueur en 2008. C’était donc l’occasion rêvée d’attaquer de manière hyper violente la bande de Gaza afin de pousser Téhéran à entrer dans le conflit au côté du Hamas et de donner ainsi le prétexte à une deuxième riposte mais cette fois contre l’Iran, objectif qui reste au centre de toutes les stratégies des militaires de Tshaal. Un piège dans lequel l’état iranien n’est pas tombé. Si l’on ajoute à cela l’imminence d’élections en Israël qui se traduiront par une bataille entre « faucons » voilà une approche que l’on ne peut pas balayer d’un revers de main. En attendant ce sont les gosses de Gaza qui paient l’addition.

Philippe Dibilio

Lyon, le 13 janvier 2009

 
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