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03/11/2010

Gauguin, un trader de génie

gauguin.christ-jaune.jpgPaul Gauguin à Paul Sérusier peignant un paysage : « Comment voyez-vous ces arbres ? Plutôt jaunes, non ? Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre plutôt bleue peignez-là avec de l’outremer pur ; ces feuilles plutôt rouges avec du vermillon ! »

Quand Gauguin peint des citrons, ils sont d’un jaune acide comme leur jus. Quand il peint son Christ, il est d’un jaune plus mystique que l’or des icônes byzantines. Les robes des femmes à genoux près du calvaire sont d’un bleu plus proche du lapis-lazuli des atours d’antiques Égyptiennes que de celui des robes brutes des bretonnes bretonnantes.

Les toiles de celui qui fut appelé un temps le génial peintre du dimanche font rêver les amateurs aux pinceaux maladroits. Je rêve donc. Gauguin est mort, mais ses œuvres traversent de temps à autres les murailles de riches propriétaires pour rejoindre leurs sœurs dans les salles toujours trop lointaines des musées.

Peut-être feront-elles rêver aussi certain trader de la Société Générale : l’art ne nourrissant pas son homme, Gauguin fut agent de change et peintre en même temps. Jusqu’à la grande crise de 1882...

Petit rappel du bégaiement de l’histoire : 1882 c’est l’année de la crise de l’Union Générale à Lyon, une banque catholique et légitimiste dans le capital de laquelle le secrétaire du pape d’alors est partie prenante. Croissance rapide, investissements risqués, création de la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage, la banque spécule en bourse. Suite à la manipulation des cours, c’est la faillite. La Bourse de Paris est touchée. La crise gagne l’ensemble du pays et dure plusieurs années touchant durement les mines, la métallurgie, le bâtiment avec l’habituel et désespérant cortège funèbre de misère et de conflits sociaux.

Comme j’ai un peu l’esprit d’escalier, après Gauguin et l’Union Générale je reviens à la peinture : la faillite de la banque lyonnaise oblige un certain Paul Durand-Ruel, marchand d’art, à rembourser immédiatement ses créanciers. Il doit vendre nombre de ses toiles, mais grâce au directeur de l’American Art Association, il peut exposer en 1886 les œuvres des impressionnistes à New York : c’est enfin la reconnaissance des artistes de ce courant.

Quelques années après la crise, les grands fauves arrivent. Pas les Lehman Brothers et consort, mais Matisse, Derain et les autres.

La Tate Modern expose les œuvres de Gauguin jusqu’au 11 juin 2011. À voir et revoir.

Jean-Paul Schmitt

00:49 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, gauguin, jean-paul schmitt | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/04/2010

Thyssen

margit_thyssen.jpgC’est bête mais c’est ainsi. Cela me fait toujours bizarre d’aller faire mon petit tour au Musée Thyssen-Bornemisza qui porte le nom de la collection acquise à la famille en question par l’Etat Espagnol au début des années quatre-vingt-dix. C’est d’autant plus bête qu’en 2004, Carmen, la veuve de Hans Heinrich Von Thyssen a permis la dotation de 200 œuvres supplémentaires faisant, il faut bien le dire, du Palais de Villahermosa un des plus épatant musée d’Europe. Gauguin, Dürer, Holbein, Canaletto sont quelques unes des super-stars d’une collection accumulée par la famille Thyssen jusqu’à la disparition de Hans Heinrich à San Feliu en Catalogne.

Bien entendu le truc qui choque et qui peut fâcher est lié à la très forte implication des Thyssen dans la montée du nazisme au point de participer très activement à son financement et donc à son armement. Cerise sur le gâteau, si la famille Thyssen a toujours démontré un talent évident pour constituer des collections allant du XVème siècle au Pop Art, Fritz Thyssen en créant l’Union Banking Corporation, outil de gestion des investissements de la famille en Amérique, a montré également une redoutable capacité à dénicher les talents, en particulier en plaçant à la tête de la structure américaine de la famille un certain Prescott Bush, père et grand-père des deux George.

Pour revenir à ce musée, pas d’odeur de souffre mais un vrai plaisir des œuvres et des lieux sans oublier la fort sympathique cafétéria dont la terrasse est un plaisir réel dès que le soleil est de la partie. Pour compléter la journée une petite visite à la gare d’Atocha s’impose, le détour par le proche Musée Reina Sofia étant pour demain. Je profite de Madrid mais pense à vous.

Madrid, le 14 avril 2010.

Photo: DR

 
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