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31/05/2010

Au nom du réel

Jean-Baptiste_Marie_Pierre_-_Vieillard.jpgSouvent, et à juste titre, on ne peut qu’être, si ce n’est effrayés tout du moins peinés, par l’irréalisme mêlé de populisme de certains secteurs de la gauche. Le refus de se coltiner la réalité telle qu’elle se présente demeure la maladie sénile d’une partie de la gauche et il est heureux de constater, en particulier au sein du Parti socialiste, que l’idée de se confronter à la réalité telle qu’elle s’impose, est très majoritaire. C’est ce que certains nomment le socialisme réformiste.

Concernant la question des retraites, c’est malheureusement parmi ceux qui ont pour habitude de convoquer le réel que l’on semble parfois faire le moins de cas de la réalité des choses. Dans cette réforme que touche par touche Sarkozy nous invite à adouber, les secteurs qui militent en général pour un socialisme fondé sur le réel sont paradoxalement ceux qui refusent, au nom d’une certaine idéologie, de voir la réalité dans toute sa nudité. En effet dans le combat des retraites qui s’offre à nous le réalisme ne peut que se conjuguer avec la lutte contre les inégalités et l’injustice.

Cette réforme des retraites qui va être proposée par la droite correspond ni plus ni moins qu’à pénaliser les ouvriers et les employés car repousser l’âge légal de 60 à 62 ou 63 ans c’est punir ceux qui connaissent les carrières les plus longues combinées la plupart du temps avec les salaires les plus courts. Par ailleurs en repoussant la décote au-delà de 65 ans, probablement vers 67 ou 68 ans, c’est également pénaliser les mêmes couches qui pour jouir de retraites à taux pleins devront s’user au travail jusqu’à des âges frisant leur espérance de vie. Face à cette situation aggravante et injuste, la réalité qui frappe les plus riches est autrement plus enviable puisque chacun sait que leurs niveaux d’imposition devraient être, au pire, proche de celui de l’avant bouclier-fiscal. Enfin, toujours au chapitre de l’injustice, nous savons que pour les carrières les plus courtes, celles des femmes par exemple, les inégalités risquent d’être encore plus criantes.

Face à ce projet gouvernemental, c’est donc au nom du réel que nous devons construire une opposition. Même si dans ce débat certains secteurs de gauche charrient encore leurs options démagogiques et populistes, ce n’est probablement pas une raison pour aller se perdre, au nom de je ne sais quel réalisme, dans des discours incompréhensibles qui, à tort ou à raison, apparaîtront inévitablement comme les cache-sexes de politiques injustes.

Lyon, le 31 mai 2010

Image: DR

26/05/2010

Pleure Margot !

Pleure Margot!.jpgUne de mes amies, enseignante à Villiers le Bel, vient de m’adresser un courriel de colère : une fois de plus, les médias – de droite comme de gauche – traitent de la vie des gens en choisissant de colorer la vie de peur et d’angoisse, plutôt que d’en montrer aussi la lumière :

« Bonjour à tous,

J'aime peu cet exercice du mail collectif mais il m'apparaît nécessaire aujourd'hui de contrecarrer les médias, de donner une autre parole sur le quotidien des personnes qui vivent, aiment, apprennent, travaillent, désespèrent, se recroquevillent, dans cette ville de Villiers le Bel.

Hier après-midi une de mes élèves de 5° a été poignardée par une autre du même âge. Elle n'est plus en danger, les professeurs titulaires d'un brevet de secourisme sont intervenus très vite, le SAMU et les pompiers ont suivi. Puis la police : interrogatoire pour ces petits témoins de 11 - 12 ans, reconstitution de la scène, photos, etc. Quadrillage du quartier pendant la soirée. Ce matin cellule d'écoute, présence de la police, du recteur. Et, et c'est là le problème, des télévisions.

Nous, professeurs, artistes, éducateurs, historiens, associations, travaillons au quotidien à dénouer comme nous le pouvons tout ce qui peut être porteur de violence, nous tentons par divers dispositifs de libérer la parole, d'affiner les sensibilités. D'apporter le savoir que nous avons reçu en tant que spécialistes de nos disciplines, en cherchant à le faire s'entrechoquer avec celui encore embryonnaire et fruste des jeunes, pour que nous grandissions tous en intelligence. Je dis nous tous, parce que ces enfants et adolescents, tout engoncés dans leur mal-être, les influences qu'ils subissent de la part de groupes parfois violents et sectaires, dans leurs rancoeurs vis-à-vis des représentants de l'état, sont pour beaucoup des intelligences vives et qui nous bousculent, nous évitent la sclérose mentale et morale.

Bref, on bosse, oui, nous les faignasses de fonctionnaires avec nos 4 mois de vacances par an, et notre étendard c'est ça : "Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre". Einstein à Freud.

Malheureusement les émeutes de 2007 et tout ce qui s'en est suivi ont déjà émoussé de façon frappante la motivation des élèves, leur désir de se construire un avenir. La violence des événements ne fut pas la seule responsable. Le "travail" ravageur des médias sur l'image donnée à toute une population y est pour beaucoup. On devrait revoir le terme d'"objectif" d'appareil photo ou de caméra. Derrière la lentille il y a un journaliste, et derrière lui un directeur de presse, derrière encore des politiques, eux aussi largement engoncés dans leurs représentations, leur tour d'ivoire intellectuelle d'"élite" française, et leurs luttes de pouvoir et d'influence.Lorsque nous avons créé, patiemment, des ateliers, des événements culturels fortement mobilisateurs pour les jeunes et dans lesquels ils se déployaient, commençaient à prendre leur place d'individu et de citoyen, et que nous avons convié les médias pour rendre compte de cette réalité concrète et positive, pas un seul n'est venu. Pas même la presse de gauche. Le Canard Enchaîné est allé se planquer.

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23/03/2010

Et maintenant

Regions roses.jpgDimanche la gauche a presque réussi le grand chelem en gagnant 21 régions sur 22 en métropole, seule l’Alsace ayant résistée à la vague rose-vert-rouge. Encore qu’il eut été intéressant de voir ce qu’aurait donné une candidature écologique au second tour d’autant qu’elle aurait représenté un signe fort pour les alliés du PS en terme de respect de ses partenaires aujourd’hui et demain. Mais n’en demandons pas trop.

Dimanche c’était aussi la chronique d’une victoire annoncée qui a remis en selle l’union de la gauche que les électeurs qui se sont exprimés ont semblé appréciée. Une union de la gauche recomposée avec les verts, ou plutôt Europe écologie, dans le rôle de numéro 2 en lieu et place d’un PCF qui aura vu disparaître jusqu’à son sigle lors de cette échéance politique. De ce point de vue J.L Melenchon a réussi son OPA et peut se poser en candidat à la présidentielle de 2012, il a des chances de voir sa campagne remboursée. Une fois donc ce bon résultat acquis une question se pose : et maintenant ? Maintenant il y a les « primaires à gauche » qui se dessinent. Initiative inédite elles représentent un enjeu capital. Si elles sont réussies, c'est-à-dire si leur organisation est irréprochable et que le peuple de gauche dans toute sa diversité se déplace en nombre, elles deviendront une force majeure pour le candidat ou la candidate choisi. Elles bousculeront aussi définitivement la vie et les pratiques politiques en France en installant une nouvelle forme de légitimité aux candidats. Sinon elles peuvent s’enliser dans une monstrueuse cacophonie qui discréditera la gauche. C’est peut être là le grand défi du PS.

Et maintenant ? C’est aussi ce que vont faire les régions de leur victoire. Vont-elles, contrairement au mandat précédent, mutualiser leurs initiatives et fonctionner en réseau pour esquisser les contours d’une politique nationale alternative au moins dans leurs domaines de compétences ? La réponse à cette question tiendra aussi un rôle dans la préparation de 2012.

Philippe Dibilio

17/12/2009

Laboratoires

drapeau-chili.jpgCertains se souviennent probablement de l’époque où le Gouvernement d’Unité Populaire conduit par Salvador Allende faisait office de laboratoire pour la gauche française. C’était l’époque où l’on expliquait aussi que l’armée chilienne était la plus légaliste du monde. On connaît la suite. Grève des camionneurs. Coup d’état de Pinochet et de ses généraux barbares appuyés par Washington. Allende martyr. C’était un 11 septembre, celui de 1973. Très vite les militants et élus de gauche étaient pourchassés, torturés, assassinés. La nuit noire s’abattait sur le Chili.

Plus de 25 ans après ces horreurs, le Chili, est à nouveau à la « une » des gazettes européennes mais pour des raisons fort heureusement bien différentes même si ce qui se joue actuellement là-bas mérite quelques commentaires. Michelle Bachelet quitte la présidence forte d’une côte de popularité à faire pâlir les trois-quarts de la planète démocratique. La dirigeante socialiste est en effet créditée de plus de 75% d’opinions favorables. Impressionnant. Cette performance ne doit pourtant pas masquer la situation politique livrée par le premier tour de l’élection du successeur de Michelle Bachelet.

Arrivé en tête avec 44% des voix, Sebastian Piñera est une sorte de Berlusconi local, propriétaire de médias et du Colo-Colo, le grand club de football professionnel. Un milliardaire qui en appelle « au changement » tout en traînant dans ses valises les héritiers de Pinochet. En face de lui, à plus de 15 points, Eduardo Frei, l’ancien président et champion du courant démocrate-chrétien. Et la gauche dans tout cela ? Elle est incarnée par l’ex socialiste Marco Enriquez, le fils du Fondateur du MIR, Miguel Enriquez, assassiné par la dictature en 1974. Avec 20% des voix, donc non qualifié pour le second tour, Enriquez refuse d’appeler à voter pour l’un ou l’autre des candidats en lice pour ce deuxième tour. Le Chili est donc à un carrefour important de son histoire politique.

Me méfiant par principe de ceux qui proclament régulièrement l’émergence de laboratoires aux quatre coins de la planète et singulièrement quand il s’agit du Chili, constatons tout de même que la responsabilité de Marco Enriquez est importante dans cette affaire ce d’autant qu’un tiers de ses électeurs seraient disposés à voter pour Frei. Positionné à gauche, militant de la réforme fiscale, favorable à une évolution de la constitution votée sous Pinochet, décidé à mettre en œuvre de profondes réformes sociales, mes sympathies vont bien entendu à ce jeune candidat qui commence à se construire une véritable assise populaire en particulier parmi les jeunes du pays. Cela étant, Enriquez en refusant pour l’instant de choisir, est lui aussi à la croisée des chemins même si nous comprenons qu’à la tête d’un premier capital non négligeable il peut se dire que l’avenir est devant lui. En attendant, si au terme du second tour, le milliardaire Pinera était élu, rien n’indique que sa victoire serait sans lendemain et que des jours meilleurs seraient automatiquement réservés à Enriquez. Si Pinera s’avérait être ce « Berlusconi de Santiago » il conviendrait tout de même de rappeler à la gauche chilienne que l’Italien domine peu ou prou la vie politique de la péninsule depuis des lustres malgré ses frasques, ses alliances nauséabondes et une politique honteuse.

Lyon, le 17 décembre 2009.

24/11/2009

L'Etat de la France

9782110684769FS.gifJe me suis abonné à Siné-Hebdo le jour où les biens pensants en tout genre ont décidé de faire un procès à ce vieil anar de Siné pour des propos qui sont des broutilles à côté de ceux d’Hortefeux. Je n’ai jamais aimé les gauchistes et les anars sauf mon ami Albert Agostino qui, en partant trop tôt (putain de tabac) nous prive de son Clairon et de son amitié rugueuse. ; Je pensais donc ne regarder que les dessins, parfois bons de ce nouvel hebdo. Et j’y découvre de l'information, y compris pertinente.

Ce fût le cas la semaine dernière lorsque dans un bref article ils sont revenu sur le discours de Sarkozy dans la Drôme où le président était à la relance sur le fameux débat sur l’identité nationale. « Débat foireux, tombé de nulle part, dont personne n’ignore qu’il s’agît d’une énorme bouse lancée à la face de la gauche molle et du Front National réunis dans une même tentation de tomber dans le piège à pieds joints » comme l’écrit l’auteur Olivier Marbot. Mais là n’est pas la pertinence, non, elle réside dans le fait de poser la question pourquoi Sarko relance ce débat ce jour là dans la Drôme où il devait parler d’agriculture. Et Siné-hebdo de nous donner la réponse.

Le lendemain, en effet, l’INSEE publiait le portrait social de la France, ce que devait commenter toutes les rédactions. Et que dit-il ce portrait ? Le taux de chômage a atteint 9,1% contre 7,1% début 2008 et celui des jeunes monte à 23,9% soit le taux le plus élevé depuis trente ans. Sans oublier les huit millions d’entre eux qui vivent au dessous du seuil de pauvreté. Pas bon pour Sarko tout ça. Mais de cela il n’y eut pas trace dans les média. Même pas le moindre communiqué d’un parti de gauche quelconque ce qui révèle combien ce terrain de la dure réalité populaire est abandonné par ceux qui ne cherchent une alternative à Sarko que dans des combinaisons politiciennes. Et les think tanks ont d’autres sujets plus nobles et plus sérieux à approfondir, cela va de soi.. Il eut pourtant été salutaire de dénoncer tant la situation faite à la jeune génération que la méthode marketing du « camarade » Sarko.

Philippe Dibilio.

27/10/2009

L'homme contamine les dindons

 

EPADATRAS.jpgÀ entendre et à lire les volte-face des dindons qui, sur ordre du gallinacé en chef, avaient défendu le dindonneau prodige, on est épadé : après l’avoir défendu bec et ongles, ils glougloutent désormais en chœur sur la sagesse du petit sacrifié.

Seule une oiselle de l’élevage avec une personnalité plus affirmée avait osé chanter que les volatiles des autres espèces se rebelleraient contre la façon dont dindes et dindons se comportent et ne comprendraient pas qu’un dindonneau, fut-il mignon, précoce et princier, devienne si vite un chef dindon. L’oiselle fut priée illico d’aller chanter dans une basse-cour voisine où paraît-il son glouglou sera plus admiré. Soucieuse de ses jolies pattes et de ses beaux yeux sombres, elle obtempérera certainement car les dindes, c’est bien connu de tous les éleveurs, deviennent agressives quand elles sont stressées et alors attaquent les yeux ou les doigts des pattes de leurs voisines. Vivre serrées les unes contre les autres en batterie, forcément, les rend très nerveuses. D’autant que la nourriture qu’on leur donne manque cruellement de variété, toujours préparée par des spécialistes chargés de mijoter des rations destinées à faire que tout l’élevage glougloute à l’unisson.

Prenons garde à ce que dindes et dindons, trop standardisés, ne se révoltent et n’attaquent nos mollets comme le faisaient les vulgaires oies et jars de mon enfance. À moins que – et le risque est grand si j’en crois les nouvelles de la semaine passée – le virus H1N1 ne les décime comme ce fut le cas au Canada. Un passage du virus de l’homme aux dindes était pourtant réputé fort improbable par les experts. À trop jouer les dindons pour ceux qui les gouvernent, il y a un risque pour que les volatiles, jusque-là sagement Unis Mouvementés et Pondeurs, ne voient leurs rangs éclaircis par un virus électif (ceci étant, le dindon ni la dinde ne font partie de mes plats préférés comme vous vous en doutez).

Il y a aussi le risque que la maladie atteigne les autres espèces. Le chef des dindons, poursuivant son rêve de régner à jamais sur tous les élevages, n’a-t-il pas ouvert sa basse-cour à des spécimens d’une espèce réputée plutôt gauche quoique bondissante, encore que leurs bonds sont rares en ce moment ?

Méfiance ! « Le fermier qui aura réussi à croiser une dinde avec un kangourou aura créé la première volaille que l‘on puisse farcir de l’extérieur » disait Cavanna, l’inénarrable et ex de Charlie Hebdo.

Jean-Paul Schmitt

 

01/09/2009

Primaire

Organiser des « primaires » l’idée nous vient d’un »think tank » Terra Nova en l’occurrence et le « think tank » semble  être la formule magique découverte par la gauche qui se veut moderne mais est surtout un brin bobo-caviar pour s’approprier la pensée et laisser au militant le soin de coller des affiches, arpenter les montées d’escalier et se faire engueuler par les électeurs. La formule magique nous viendrait des USA labellisée par le succès de Barak Obama. Seulement voilà l’Amérique a son histoire et nous la notre et la démocratie américaine n’a jamais réussi à s’imposer ailleurs, ni par la force des baïonnettes, voir l’Irak, ni par les fonds dispensés, voir le plan Marshall. Et puis aux Etats Unis, Etat continent s’il en est, les primaires se déroulent dans chacun des deux camps et les « petits » partis en sont exclus.

Alors si les primaires consistent à faire désigner le candidat socialiste de 2012 par les adhérents et au-delà les sympathisants socialistes qui se déclareront comme tel, pourquoi pas ? ce serait sans doute une belle ouverture démocratique et un excellent baromètre. Mais il ne faut pas négliger le chantier que cela représente et il faudra un certain doigté pour que ce temps là ne se déroule pas au détriment de la vie politique du moment. Mais pour nos penseurs les primaires sont « ouvertes » à toute la gauche et même à tous les opposants à Sarkozy, Modem compris. Comme si l’on pouvait créer le bi-partisme en France par le biais magique de « primaires ». Or la démocratie française a aussi son histoire plus ancienne que celle de states, même si ce n’est pas un argument, et l’on effacera pas les sensibilités de ce pays par le  biais d’une idée, forcement géniale, de la rive gauche parisienne.

Des « primaires « de ce type serait sans aucun doute un merveilleux cadeau à Nicolas Sarkozy. Quelle cacophonie, en effet, que de vouloir faire choisir des opposants plus ou moins bien identifiés entre la pléiade de candidats socialistes, celui des verts, du PCF ou encore entre Melenchon, J.M Baylet ou François Bayrou. D’autant que ce dernier n’a rien à faire dans une opération où il jouerait sur un coup de dès sa chance d’être présent au second tour. Et ce tour de chauffe mobiliserait toute l’opposition dans une action intériorisée qui laisserait des semaines durant la champ libre à Sarko. Lequel d’ailleurs ne se priverait pas de vanter l’unité de sa majorité fermant ainsi la porte à toute candidature alternative à la sienne à droite.

Non, décidément, les « primaires ouvertes » sont la vrai fausse bonne idée qui ne pouvait sortir que de quelques crânes d’œuf toujours réfractaires au bon sens. Dans l’histoire de la démocratie française les « primaires » s’effectuent lors du premier tour d’une élection où, selon le bon sens populaire, on choisit alors qu’au deuxième on élimine. C’est peut-être primaire mais il serait sage d’en rester là.

Philippe Dibilio

11/06/2009

En profondeur

logo PS.gifC’est tout frais. Dans six mois, nous socialistes, auront changé de cap. Comme dirait l’autre, si les socialistes se donnent six mois pour changer de cap c’est que le cap choisi jusqu’ici n’était pas le bon. Ça tombe mal parce que ceux qui parlent aujourd’hui ainsi sont les mêmes qui expliquaient il y a six mois, au moment du congrès de Reims, qu’il convenait surtout de ne pas changer de cap.
Une chose est donc certaine le cap suivi jusqu’à dimanche n’était pas le bon, encore faut-il, et nous avons six mois pour le faire, trouver le bon. Cependant un autre aspect semble inéluctable, si j’écoute bien nos dirigeants, nous atteindrons ce nouveau cap en pratiquant « une refondation profonde ». Attention, disent tous en chœur ceux qui il y a six mois poussaient des cris d’horreur à chaque fois que le simple mot « rénovation » était cité, il s’agit maintenant, non seulement de refonder, qui plus est de le faire en Pro-fon-deur !
Comme dirait l’autre, si les socialistes veulent refonder en profondeur et tout ça en six mois, ils doivent bien dès à présent avoir une petite idée derrière la tête. Scrutons donc ce qui émane du conclave socialiste de mardi soir. Au rayon nouveauté je note que le porte-parole du PS qui tout naturellement demeure dans sa fonction, souhaiterait être aussi chargé « du rassemblement de la gauche ». Voilà une première bonne idée qui sera utile dans le processus profond qui va se mettre en place. Deuxième évolution, Ségolène Royal est nommée représentante du PS à l’Internationale Socialiste, autant dire que ce que nous n’osions imaginer dans nos rêves les plus fous est enfin une réalité. Troisième riche perspective, Martine Aubry et Ségolène Royal ont décidé « d’intervenir ensemble lors des moments forts du Parti ». Le feuilleton ne fait que commencer mais depuis que je sais que nous en avons pour six mois, et en profondeur, je me dis qu’on a tout compte fait de la chance de ne pas avoir de bol.

Lyon, le 11 juin 2009.

10/08/2008

P comme Politique (La politique et le sociologue)

1568050956.jpgCurieux et pour le moins étonnant bouquin que ce « Si la gauche veut des idées » que proposent conjointement Alain Touraine et Ségolène Royal. Ni ouvrage d’entretien, ni même dialogue, ce livre est, sur proposition du sociologue, l’énonciation d’une série de thématiques que chacun des auteurs s’efforce de traiter avec malheureusement le travers qu’apporte cette règle du jeu, c'est-à-dire la simple juxtaposition de deux discours. C’est donc au fil de sept rencontres, un mot qui semble-t-il est impropre, que Ségolène Royal et Alain Touraine échangent. L’économie, le vivre ensemble, l’école, l’Etat et la démocratie, la gauche et la droite, le rôle du politique sont donc peu ou prou les points qui jalonnent un livre ponctué par chacun des deux auteurs. On retrouve dans ce « Si la gauche… » ce qui a fait la vitalité et la démarche initiale de Ségolène Royal avant que dans la campagne présidentielle le PS finisse par avoir raison d’elle.

« A quoi bon réfléchir, si c’est pour ne prendre aucun risque ! » écrit Ségolène Royal dès son introduction. « C’est pour avoir manqué d’attention sur l’évolution de la société que la gauche n’a pas su remettre en cause certains de ses dogmes » poursuit-elle. Malgré ces mises en garde frappées de vérité, force est d’admettre que cet échange entre la politique et le sociologue, bien que vivant, demeure assez général donc décevant.

126208282.jpg

On ne reprochera ni à l’une ni à l’autre de n’apporter que rarement ces fameuses idées qui font si défaut à la gauche. A ce jeu là d’ailleurs, Ségolène Royal a au moins le mérite de susciter une combativité communicative, Alain Touraine se montrant à bien des égards en deçà et en retrait, là-haut sur sa montagne.

Se dégageant avec difficulté des simples constats, mais quel esprit honnête pourrait lui en faire le grief, Ségolène Royal, comme beaucoup d’entre-nous, peine à formuler de manières tranchantes et programmatiques les idées de demain.

Ce livre ne peut constituer qu’une étape dans le débat qui s’engage au sein du Parti Socialiste et de toute la gauche mais, après tout, dans l’esbroufe générale ce n’est déjà pas si mal et Touraine doit être remercié d’avoir été l’initiateur d’un tel projet.

  • Ségolène Royal et Alain Touraine, « Si la gauche veut des idées », Grasset, 20 euros.

Hautes-Pyrénées, le 10 août 2008

05/10/2007

Charles est en forme

medium_Fiterman.jpgElle est peut être passée inaperçue pour certains d'entre-vous, c'est pourquoi je vous recommande tout particulièrement la tribune de mon ami Charles Fiterman publiée ce lundi 1er octobre par Libération. Charles est en forme et cela fait plaisir.

Bonne lecture.

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medium_logo_liberation.pngLionel Jospin dans l’impasse

L’ancien leader socialiste et candidat malheureux à la présidence en 1995 et 2002 persiste et signe dans son refus de remise en question.


Par Charles Fiterman, ancien Ministre. | Edition du lundi 1 octobre 2007.

L'attaque virulente lancée par Lionel Jospin à l’encontre de Ségolène Royal constitue une faute politique majeure.

Faute de méthode d’abord. Lionel Jospin veut écarter la candidate socialiste de 2007 de l’avant-scène politique et de la candidature en 2012. Il devrait savoir, puisqu’il dit la connaître, que l’agression va plutôt l’inciter à vouloir relever un défi aussi provocant. Il va rendre plus difficile un examen critique collectif sérieux de ce qui s’est passé, et obliger à des prises de distance avec la parole inconvenante du maître à penser qu’il veut être. A vouloir juger des capacités de quelqu’un à l’aune d’un résultat électoral, il prend un terrible risque, car la comparaison entre 2002 et 2007 ne plaide certes pas en sa faveur. Comment comprendre un tel aveuglement ?

Faute sur le fond surtout. Ce qui a manqué et ce qui manque encore au Parti socialiste, c’est avant tout un projet politique fondé sur ses valeurs et inscrit dans le XXIe siècle, capable de constituer ainsi une alternative mobilisatrice à la politique de la droite. Un travail avait été engagé dès 1994 en vue de construire à gauche un tel projet sous le label des «assises de la transformation sociale». Or Lionel Jospin qui a d’abord pris appui sur cette initiative l’a par la suite fait interrompre et n’a jamais depuis ni permis ni favorisé sa reprise.

Il a fait perdre une douzaine d’années à son parti et à la gauche tout entière. Il s’est contenté de quelques interventions personnelles et a laissé sans réponse pertinente en 2002 le besoin de proposition d’une véritable perspective politique, ce qui est la cause centrale de la défaite. Il a voulu en 2001 une inversion du calendrier électoral qui a donné le résultat que l’on sait et qui a accentué la présidentialisation et la personnalisation du système politique, favorisant toutes les dérives médiatiques de la campagne de 2007.

Pour ces raisons, je considère Lionel Jospin comme le premier responsable du déficit de projet dont souffre aujourd’hui le Parti socialiste. Cherche-t-il à le faire oublier avec une diversion grossière ? Et puis, il y a la faute de savoir vivre ensemble. C’est peut-être la plus irrémédiable.
En 2002, le projet rassembleur fait défaut, la gauche plurielle se délite, Lionel Jospin perd… et il s’en va. Le peuple de gauche lui a manqué, il n’a pas su reconnaître ses mérites. Lionel Jospin regrette très vite son départ et passe les années qui suivent à tenter d’organiser son retour, en faisant peser sur le parti son ombre tutélaire. Et voilà qu’une «moins que rien» surgie de nulle part se lance dans le vide existant et se fait désigner candidate, s’octroyant au surplus le droit de faire l’inventaire de l’héritage de son prédécesseur.

Pour couronner le tout, le premier secrétaire, sollicité, ne lance pas l’appel au retour du partant d’hier. Une telle outrecuidance ne pouvait rester sans suite. Lionel Jospin remâche son ressentiment et se venge. On ne peut que s’interroger sur les ressorts d’une attitude aussi affligeante. Elle n’aura pour seul effet que d’enfoncer définitivement Lionel Jospin dans l’impasse qu’il a lui-même choisie.


Tournons la page et passons, comme nous y a appelé François Hollande à La Rochelle, au travail d’élaboration d’un projet politique porteur des changements attendus par le pays et d’un parti libéré de ses entraves, capable de réaliser autour de lui un rassemblement victorieux. L’avenir est ouvert.

> Lien vers l'article

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Lyon, le 5 octobre 2007.

11/12/2006

Ambiance

medium_Melenchon-PRS93.jpgMélenchon agent d’ambiance? Il parait que ce week-end à l’Ile-Saint-Denis, dans un climat lourd, le seul moment de franche rigolade s’est produit après l’intervention de René Revol proposant la candidature d’union du sénateur socialiste aux élections présidentielles pour représenter « la gauche de la gauche ».

La chose peut passer pour bien modeste mais on ne peut que se féliciter de ce moment de détente et de générosité à mettre à l’actif du Parti Socialiste au cours d’une messe antilibérale à l’atmosphère pesante et sectaire.

En attendant que ce pauvre Mélenchon puisse enfin faire don de son corps à la gauche dite antilibérale, ce rassemblement improbable de Seine-Saint-Denis, chevauché avec sa dextérité légendaire par le PCF, mérite une revue de détail.

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