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26/08/2008

Z comme Zones

1304771457.jpgLa zone verte c’est cette enclave de Bagdad située le long du Tigre, à deux pas de l’ex-Palais Présidentiel, dans laquelle les forces américaines sont retranchées.

Arrivé à Bagdad en Avril 2003, le journaliste américain Rajiv Chandrasekaran nous raconte son séjour dans la capitale Irakienne, au cœur du dispositif yankee, jusqu’à la fin septembre 2004. Près de 400 pages minutieuses, informées et parfois stupéfiantes. Paul Bremer, ex héro de la guerre de la paix imaginée par Bush, est un des personnages centraux de cette sorte de huis-clos ricain peuplé de vieux baroudeurs de l’administration des crises et d’obsédés de l’ordre. Ce petit monde en charge d’apporter le bonheur démocratique aux Irakiens passe des certitudes à une sorte de désespoir démultiplié par l’impréparation, l’incompréhension et l’isolement.

Chandrasekaran signe là un excellent reportage au cœur de cette zone verte décrivant, non sans honnêteté, une machine à produire avant tout de l’ordre, une machine coûteuse qui se grippe au rythme des déconvenues et des contradictions néoconservatrices des boss restés à Washington.

Autre sujet, autre préoccupation, autre point de vue sur l’Irak ou plutôt le quotidien des Irakiens avec le reportage d’Anne Nivat. Cette journaliste indépendante, qui intervenait aussi sur RMC Infos lors du séjour décrit dans son livre, se situe dans une démarche différente de Chandrasekaran puisque elle s’intéresse à la vie au jour le jour des Irakiens et pour une période plus proche de nous. Nivat nous guide donc dans l’univers quotidien des Irakiens et cette journaliste qui nous avait tant appris au sujet de la Tchétchénie réédite avec réussite la même démarche.

Demain nous allons reprendre le cours normal de ce blog avec de probables changements d’ici quelques semaines mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

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  • Rajiv Chandrasekaran, « Dans la zone verte. Les Américains à Bagdad », L’Olivier, (Traduction G. Berton et R.Clarinard)
  • Anne Nivat, « Bagdad zone rouge », Fayard

Lyon, le 26 août 2008.

02/08/2008

L comme Livres (Histoire Universelle de la destruction des)

335701084.jpg« Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes », cette formule de Heinrich Heine est inscrite au frontispice de cette somme passionnante écrite par Fernando Baez, intitulée « Histoire Universelle de la destruction des livres », publiée par Fayard, un de ces éditeurs qui aime encore le travail bien fait.
Au cours des 500 pages, l’essayiste Vénézuélien nous entraîne de Sumer à la guerre d’Irak au fil des destructions de papyrus et de livres, dans les incendies et les massacres, de guerres en accidents, de désastres en terreur. Saccages de bibliothèques, inquisitions, censures, autodafés, cette sinistre histoire est conduite de main de maître par un érudit qui écrit avec clarté, efficacité et grand respect pour un lecteur qui peut à tout moment craindre d’être submergé par tant de connaissance et de faits.
Il aura fallu 12 ans de travail pour mener à bien ce travail de titan. La liste des remerciements suffit à comprendre l’entreprise et le croisement des réseaux mis en œuvre pour atteindre l’objectif. Intellectuel brillant, Baez est aussi une sorte de militant de la mémoire et de la conservation des biens culturels. Membre de nombreuses commissions internationales, Fernando Baez était présent dès 2003 à Bagdad pour évaluer les destructions. D’ailleurs son livre, qui fait basculer le lecteur dans les pires moments de l’humanité s’ouvre, contre toute attente, sur ce que Baez appelle l’énigme de Bagdad.
« Notre mémoire n’existe plus. Le berceau de la civilisation, de l’écriture et des lois est parti en fumée. Il ne reste que des cendres », tel est le commentaire d’un Universitaire Irakien que rapporte l’auteur dès l’introduction de son « histoire universelle ». Membre du Parti Baas, l’homme sera arrêté, laissant derrière lui une bibliothèque saccagée par les nouveaux maîtres de Bagdad. Justement, c’est au sud de l’Irak actuel, entre Tigre et Euphrate, que quelques milliers d’années plus tôt les premiers livres de l’humanité étaient apparus dans cette région de Sumer.
Destruction des poèmes d’Empédocle, papyrus d’Herculanum, censure contre Maimonide, Codex brûlés au Mexique, Révolution culturelle chinoise, Tchétchénie, attaques contre Joyce, nazis, pilon des éditeurs, tout ce qui concerne la destruction des livres ne peut échapper à Fernando Baez.
Comme le dit l’auteur au terme de cette formidable étude, « Le lecteur curieux de cette chronique de désastres pouvait-il imaginer que le XXIème siècle s’ouvrirait sur la mise à sac et la destruction du berceau de la civilisation ? » Cet aller-retour Sumer-Bagdad à travers l’histoire agitée de l’humanité est à lire.
Lyon, le 2 août 2008

08:50 Publié dans Culture & cultures... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : fernando baez, histoire, irak, bagdad, livres, fayard | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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