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28/10/2010

A star is born

philippe-muray-1.jpg

C’est Lucchini qui est sur le point de faire du défunt Philippe Muray une sorte de rock-star de ce début de siècle et c’est bien entendu à chacun de nous d’imaginer comment, de là-haut, l’essayiste peut bien prendre la chose. Coup de chance, alors que l’acteur fétiche des abonnés de Télérama triomphe au théâtre de l’Atelier avec Muray, les éditions des Belles Lettres livrent en un seul volume, sous le nom de « Essais », l’ »Empire du Bien », « Après l’Histoire » ainsi que « Exorcismes Spirituels ».

Le paveton gris en question, lourd comme du granit, est une véritable arme par destination qui permettra au public le plus large de connaître, mieux que Lucchini ne pourra jamais le faire, une œuvre polémique jamais prise en défaut de faiblesse sur quelques 1800 pages. Si l’objet que vous allez vous offrir sans délais coûte ses 33 euros, avec « Essais » dîtes-vous bien que l’intelligence et l’ironie critique rodent au détour de chaque page. Je certifie la chose et légitime donc un achat d’autant plus indispensable qu’il vous permettra de picorer presque chaque jour, pendant des mois et des mois, dans ce labyrinthe parfois un peu dingo.

Il y a presque une quinzaine d’années, j’avais découvert ce Muray qui ne ressemblait à rien de connu dans l’intelligence nationale et j’ai le souvenir d’en avoir souvent parlé, entre deux candidats à l’oral du CAPES, avec un ami universitaire dijonnais savoureusement réac de gauche qui, découvrant lui aussi Philippe Muray, s’emportait au-delà du raisonnable pour un auteur désormais au zénith.

Même si comme moi, vos inclinaisons politiques et idéologiques ne vous conduisent pas nécessairement vers lui, lisez Muray. Même si vos choix politiques peuvent se retrouver estourbis par ce brillant polémiste qu’il convient de ne pas laisser au Figaro et à la droite, lisez « Essais ». Lisez un auteur drôle, cassant, à l’esprit extravagant et décapant. Un enragé, un pourfendeur souvent injuste, un as comme on disait dans le temps. Embarquez-vous sans retenue dans cette descente aux enfers de Muray, un type à qui vous ne donnerez que rarement le bon dieu sans confession mais un auteur formidable qui nous rend plus intelligent et pétillant tout en demeurant injuste, iconoclaste, provocateur à souhait et à l’occasion réac.

  • Philippe Muray, « Essais », Les Belles Lettres, 33 euros.

Lyon, le 28 octobre 2010

Photo:DR

22/07/2009

C comme « Comptoir »

C 3.jpgVous en rêvez depuis des mois. Sous la treille, dans un confortable fauteuil de jardin, petit coussin dans les reins, verre de rosé bien frais à portée de main, vous parcourez légèrement somnolent un de ces bouquins sans importance dont au fil des pages vous savez que vous n’arriverez jamais au bout. En pareille circonstance il convient de toujours veiller à se saisir d’un livre sans importance. Dans le cas contraire vous risquez de culpabiliser et de vous ruiner ainsi la journée. Prenez les types qui avant de partir en vacances sont passés chez leur libraire pour acheter la réédition des Essais de Montaigne. Imaginez-les en ce moment, vautrés sous la treille, deux coussins derrière les fesses, les doigts tétanisés par un lourd Quarto-Gallimard entrain d’essayer de faire bonne figure devant leurs ami(e)s. Péniblement ils éclusent un lot de dix pages dans l’heure et les trois verres de rosé avalés les obligent à faire marche arrière pour reprendre le fil d’une lecture qu’ils abandonneront dès que la compagnie aura tourné le dos. En pareille circonstance, assis sous la treille, avec les coussins et le verre de rosé il convient de ne pas faire le malin. Il faut assumer.

Pour ce faire les « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio vont faire plus que l’affaire. Même si dans votre entourage un poseur traine dans les parages avec votre bon Gourio il n’osera pas ricaner. Une treille, un fauteuil, des coussins, un rosé et un Gourio, ne vous inquiétez pas ça le fait autant qu’un Bourdieu.

hamac.jpgDepuis bien plus de vingt ans, Jean-Marie Gourio nous livre son œuvre sans pareil, sa somme de nourritures sociologiques les plus nécessaires et tel un glaneur de bistro il nous enchante avec ses petites citations puisées au « Bar le Jaguar » ou au « Midi Pile ».

En voici quelques-unes pour la route et vous verrez qu’assis confortablement sous la treille, le rosé frais à portée de main, il n’y a pas mieux pour somnoler agréablement tout en ayant la certitude, au fil de l’été, d’aller au terme des 370 pages.

. Pratique, « Dans une région, je prends toujours un vin de la région et dans un pays, un vin du pays.»

. Ecologique, « Pas étonnant que la forêt brûle, tout est en bois.»

. Catastrophique, « La fin du monde, c’est mieux à la campagne, tu te fais pas piétiner. »

. Catholique, « Le Pape connait quatre-cents langues, mais c’est toujours les mêmes mots. »

. Philosophique, « Je vois pas du tout à quoi ça sert les ongles des pieds. »

. Et enfin, « Faut être con pour calculer son Q.I. »

Bonne sieste à tous.

  • Jean-Marie Gourio, « Brèves de comptoir- L’anniversaire », Pocket 6,50 euros non compris les 0,32 euros de remise autorisée.

Lyon, le 22 juillet 2009.

 
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