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11/07/2010

A comme "Arroyo (Eduardo)"

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J’aime Arroyo, Eduardo Arroyo, ce peintre qui s’exile en France en 1958 et qui va être le pivot nécessaire de cette « figuration narrative » encore injustement reconnue. C’est à la mort de Franco que Arroyo va refaire le chemin inverse pour au final revivre une sorte d’exil au point de s’imaginer étranger dans son propre pays. Après quelques bouquins dont le « Panama Al Brown » inspiré par l’autre passion d’Arroyo, la boxe, le peintre espagnol nous propose aujourd’hui, « Minutes d’un testament », un ouvrage qui trace dans la mémoire de son auteur des souvenirs compliqués qui à force de chambouler la chronologie finissent par perdre le lecteur. « Le présent testament » écrit Arroyo avec amusement « annule les précédents, qui ont été nombreux étant donné mon goût précoce pour la rédaction de ce genre de documents ». Pour Arroyo, tout commence à Madrid et plus précisément au 19 de la rue Argensola pour ce fils de pharmacien, croyant, pratiquant et phalangiste. Tout se poursuit à Paris à la fin des années cinquante pour se concrétiser en une peinture illuminée par la politique et l’Espagne, vers les mineurs des Asturies, un pays réprimé mais combattant. Le parcours d’Edouardo Arroyo est aussi celui d’un intellectuel en peinture qui lorgne un temps très lourdement vers la Havane, qui est au cœur du fracas de Mai 68 et scrute l’agonie du Caudillo.

arroyotestament.jpgArroyo aurait probablement souhaité être un écrivain. Son œuvre magnifique nous confirme qu’il a pourtant emprunté le bon chemin et la lecture de ce labyrinthique testament que Grasset vient de faire traduire ne fait que nous confirmer que la véritable mémoire d’une époque est dans la peinture d’un artiste dont il serait temps que l’on admette qu’il est majeur. Contestataire, politisé, ouvert sur la vie, Arroyo est donc un des peintres les plus importants de l’après-guerre et avec Aillaud, Télémaque, Adami et Rancillac, il représente la force de cette nouvelle figuration.

Eduardo Arroyo, « Minutes d’un testament », Grasset, 2010, 21.50 euros.

Lyon, le 11 juillet 2010.

28/11/2009

Violences

symbole-femme.jpgIl est souvent de bon ton de persifler à propos de Zapatero, en particulier quand au sein du Parti Socialiste français on affiche volontiers des positions « de gauche » qui selon la formule de Caillois confèrent « une gloire du meilleur aloi ». Alors que la lutte contre la violence faite aux femmes est à nouveau dans l’actualité, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que pratiquement dès son installation, le gouvernement socialiste espagnol s’est doté en 2004 d’une loi dite organique « contre la violence de genre » visant à prendre en compte l’ensemble des aspects de ces violences. Dans un pays encore particulièrement marqué par certains réflexes datés issus des rangs de l’Eglise (souvenons-nous des récentes manifestations contre l’avortement), le gouvernement Zapatero, en faisant même mention de l’oppression spécifique des femmes dans les attendus de la loi, a pris cette question frontalement au point qu’aujourd’hui la loi espagnole pourrait aller jusqu’à représenter un véritable modèle en Europe.

De toute évidence notre pays devrait trouver quelque inspiration dans une telle démarche. On nous dit qu’une proposition de loi devrait émerger suite à la mission parlementaire qui a produit l’été dernier un rapport. Comme le disait cette semaine le « collectif national pour les droits des femmes » par l’intermédiaire de ses porte-parole, en indiquant sans cesse que notre pays est celui « des lumières » on pourrait avoir la triste impression que « cela le dispense de tout ». En s’affichant comme le pays des droits de l’homme il serait vraiment temps que la France devienne aussi celui des droits des femmes.

  • Le Monde du jeudi 26 novembre, Tribune de Suzy Rotjtman et Maya Surduts, Co-Porte-parole du collectif national pour les droits des femmes.

Lyon, le 28 novembre 2009.

16/11/2009

I'm from Barcelona

drapeau%20catalan.bmpSamedi matin, après quelques jours passés à Barcelone pour parler « métropolisation », j’étais de retour dans notre bonne ville. Il est toujours amusant de constater sur une période aussi brève les quelques petits évènements qui font l’actualité d’une telle métropole sans que jamais la moindre information ne suinte jusque chez nous. Mis à part la probable fusion « Iberia-BA » et de nombreux articles situant l’Espagne en crise par rapport à ses voisins européens deux informations dominaient. La première concernait la mise en détention d’un Maire par le célèbre juge Garzón dont les agissements sont loin de faire l’unanimité. Le Parti Socialiste Catalan ayant désigné une jeune femme de 32 ans, genre sciences-po et végétarienne, pour succéder à cet élu indélicat, j’imagine que le type en question, du fond de sa cellule, a du se résigner au fait qu’en l’espace de quelques heures il avait basculé dans l’histoire ancienne, la jeune élue lui piquant la vedette. Encore plus catalino-centrée, l’annonce par l’actuel président du F.C. Barcelone qu’au terme de son mandat, il irait bien faire un petit tour en politique. Vous l’imaginez l’information à produit son petit effet ce d’autant que le dénommé Laporta ne compte pas aller coller des affiches pour les nationalistes mais bien être candidat lors de prochaines élections.

Un Bernard Tapie catalan est peut-être né la semaine passée ?

Toujours à propos de l’Espagne mais plus rock’n’roll, en parcourant le mensuel culturel « Go mag », je me suis aperçu que sans la « bibine » nos amis ibériques seraient bien en peine d’accéder au rock et à l’électro. C’est ainsi que « Heineken » fait du naming avec une salle de Madrid et dispose d’un site pour acheter des tickets de concert (heineken.es). La concurrence, en l’occurrence « Vetrins », coule de doux amours sponsorisés avec « Live Nation » et « Budweiser » invente là-bas la « Genvine music » (sic !) en soutenant la techno sans oublier « Jack Daniel’s » qui roucoule dans les oreilles des rockeurs en finançant un concours de maquettes depuis son site. Il conviendrait de signaler tout cela à notre Jean-Louis Murat national qui après son « portrait-pochtron » dans Libération il y a quelques temps (voir billet ici) pourrait avoir une ouverture sur un marché espagnol que Benjamin Biolay occupe presque à lui seul concernant les artistes français.

La France justement, bien que voisine, attriste nos amis catalans qui attendent toujours un TGV de plus en plus hypothétique qui connecterait Barcelone à Lyon en trois heures et des poussières. Nos voisins qui connaissent pourtant des difficultés en cette période de crise avec leur flux d’immigration sud-américaine, produit d’accords bilatéraux, ne comprennent pas pour autant « notre » débat sur « l’identité nationale ». Fort heureusement l’image de Bachelot se faisant piquer contre la grippe a été reprise par toutes les télévisions, confirmant ainsi notre sens du ridicule et mettant les rieurs de notre côté.

Lyon, le 16 novembre 2009.

28/07/2009

Fraises d’Espagne

F 1.jpgC’est en Espagne, paraît-il, que les fraises d’Europe sont le plus cultivées. Et cela ne date pas d’hier.

Je sais que vous vous dites que je vais ramener la mienne de fraise et gâcher vos vacances à Ibiza ou sur la Costa Brava en remâchant des propos déjà entendus. Je sais que vous savez tout à propos de ces fruits qui envahissent régulièrement nos marchés et qui sont beaucoup moins bons que nos Gariguettes de France, bien plus coûteuses, bien moins goûteuses, autrement plus polluantes avec leur bromure de méthyle à effet de serre et leur transport non payé au juste prix de pollution, etc…

Pardon, mais j’avais seulement envie de vous parler des fraises que l’on voit sur les portraits réalisés par quelques-uns des grands maîtres tels Rubens et autres Vélasquez.

Chez Rubens, par exemple, je voulais vous faire admirer la perfection de la fraise sur la robe de l’Infante Clara Eugenia ou celle qui est sur l’habit de ce jeune homme qu’il a peint alors qu’il avait à peine vingt ans. Je voulais vous convaincre que les touches qu’il utilise pour rendre délectable ce col-fruit y sont autrement plus frémissantes que les brumes de chaleur du parc national de Donana où la terre se meurt des excès de la culture folle.

Velasquez.jpg

Je pourrais aussi vous parler des fraises de son disciple Van Dyck dans le portrait de Frans Snyders et de sa femme.

Ou encore et surtout des fraises espagnoles du plus grand parmi les grands : Vélasquez, dont les portraits sont remplis de cols à tarte de toutes sortes. Voyez les fraises de l’Infante Dona Maria, reine de Hongrie ou celles du portrait en pied de Philippe IV.

Mais, de vous à moi et au risque d’être un peu facile, je vous avoue que, fruits pour fruits, je préfère de loin l’émotion que m’offrent ceux du dos de sa « Vénus à son miroir ».

N’en déplaise aux suffragettes qui rêvent de taillader le seul nu que l’on connaisse de celui qui, comme le disait Francis Bacon, « a trouvé le parfait équilibre entre l’image idéale qu’on lui demandait de reproduire et l’émotion qui submerge le spectateur »

Jean-Paul Schmitt

 
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