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07/10/2009

« Viens au lycée t’auras de la thune »

Hirschthunes.jpgDe l’argent pour renforcer l’assiduité au lycée. Vous avez entendu parler de cette expérimentation lancée dans trois classes de l’académie de Créteil.

On aurait pu parler de projet collectif. On aurait pu parler de budget décentralisé démocratiquement aux élèves (je sais : cela fleure bon Ségolène). On aurait pu – on aurait dû - parler d’aide aux élèves en difficulté, aux « décrochés », aux « largués », cette aide fut-elle financière, pour payer des professeurs ou des cours adaptés à ceux que l’école a éjectés sur ses marges. Au lieu de quoi, on fait du concours à l’argent et à la chasse à la prime, le moteur de la réussite scolaire. Au lieu de quoi, on expérimente le jackpot des tripots et des machines à sous : le bandit manchot outil de réinsertion scolaire. Dans ce qui devrait être encore le haut lieu où l’on vient se préparer à apprendre un métier, où l’on vient apprendre à apprendre, où l’on vient continuer à se construire des valeurs que plus personne n’ose appeler républicaines, on installe désormais une nouvelle compétition, un nouveau défi : le fric, la thune. Une « cagnotte » - le mot est lancé – de 2000 euros. On est à « Qui veut gagner des millions ? ». On joue au Monopoly pour apprendre… comment faire fructifier sa mise de base et toucher le super banco de 10.000 euros. En faisant la nique à d’autres, forcément, car si la dotation et les moyens des lycées était suffisants, cela se saurait.

Prime à l’assiduité disent les participants de la méthode. Et prime collective pour un projet. Car pour eux, l’argent est le deus ex machina qui va résoudre les problèmes d’assiduité en même temps que leur propre impuissance. L’appât du gain va sauver cette génération d’élèves qu’ils s’accordaient à qualifier de perdue : une prime collective pour une assiduité collective, Monsieur ! Et comptez sur les élèves pour qu’ils se donnent le mot et mettent éventuellement au pas le ou la récalcitrante qui aurait tendance à ne pas contribuer à la quête du nouveau graal.

Presqu’aussi navrant : cette idée tordue vient de Martin Hirsch que j’aime plutôt bien. Autonomiser les compagnons d’Emmaüs par le salaire plutôt que par l’aumône est une réussite indéniable de l’abbé Pierre et qui a permis à beaucoup de retrouver une dignité que la vie et la société leur avait enlevée. Utiliser l’argent - fut-ce comme paie collective et pour un projet - comme ressort de l’acquisition des connaissances et du savoir apprendre, c’est préparer des femmes et des hommes encore en devenir à mesurer leur réussite à l’aune du tas d’euros.

C’est leur apprendre à avoir plutôt qu’à être. C’est aussi, comme l’expliquait déjà Simone Weil, reculer devant la complexité des rapports entre le signifiant et le signifié, c’est reculer devant la difficulté à penser les rapports entre l’effort et le résultat de l’effort. Et comme on n’arrive pas à cerner ces rapports qui ne gisent dans aucune pensée, comme en algèbre par exemple, on les remplace par un rapport qui gît dans une chose : l’argent.

« Argent, machinisme, algèbre. Les trois monstres de la civilisation actuelle. Analogie complète » disait la philosophe.

Jean-Paul Schmitt

26/03/2009

D'jeunes

sarkozyjeune.jpgMême Le Figaro-Magazine l’écrit, c’est dire. L’Elysée craindrait par-dessus tout le désespoir des jeunes qui ne trouvent plus d’emplois. Mieux une indiscrétion Elyséenne indique, toujours dans le Fig-Mag que « la mèche qui peut provoquer l’embrasement social, ce sont les jeunes ». Il faut dire que depuis quelques temps, Sarkozy surveille la jeunesse comme le lait sur le feu. Déjà les manifestations étudiantes d’Athènes avaient eu raison de la forme olympique du Président et après quelques semaines de protestations la réforme des lycées concoctée par Darcos sur ordre présidentiel était passée par-dessus-bord, le ministre de l’Education étant perdu pour la cause.

Un peu plus tard, nul n’avait prêté beaucoup d’attention à la nomination de Hirsh comme super-commissaire à la jeunesse. C’était une erreur. Aujourd’hui Sarkozy dispose avec Martin Hirsh d’un ministre qui mouille sa chemise et qui « s’y croit ». La jeunesse n’est pas sacrifiée ne cesse de répéter, souvent dans le désert, notre commissaire qui, à chaque fois que l’opportunité se présente à lui, n’hésite pas à bomber le torse. Il est même monté, devant le Grand Jury RTL-LCI, au créneau pour contrer Christine Lagarde la gardienne du temple en disant que « d’habitude on endette la France et on demande aux jeunes d’éponger. Là, ce sera l’inverse ».

Darcos et sa réforme out ! Hirsh en première ligne. Sarkozy pétoche et tente donc de multiplier les signes pour calmer une jeunesse scolarisée qui demeure remuante et potentiellement mobilisée. A cet égard, le mouvement des universitaires et chercheurs est lui aussi un des détonateurs que le Président cherche à mettre sous observation tant son potentiel calorifuge est jugé important. Sarkozy est donc sur le point de repartir dans son travers habituel, la bougeotte. C’est le sens de sa nouvelle opération de drague de l’électorat populaire, c’est peut-être aussi l’explication de ces rumeurs qui suintent à propos d’un remaniement gouvernemental dès le lendemain des élections européennes. Remuscler politiquement son gouvernement est une nécessité pour Nicolas Sarkozy ce d’autant qu’à force de l’utiliser comme un paillasson force est de constater que l’équipe de Fillon est de plus en plus indécrottable. C’est ainsi que l’on parle du retour des Juppé et Seguin. Des signes qui devraient de toute façon aller droit au cœur des jeunes qui sont légion parmi les 80000 chômeurs supplémentaires comptabilisés en février.

Lyon, le 26 mars 2009.

Photo:DR

24/12/2008

L’étincelle

[Ce matin, Philippe Dibilio n'avait pas l'humeur à faire des cadeaux, il a préferé réagir à l'actualité. Voici son billet. JYS]

DSC04177.JPGUn mot en cette fin d’année qui s’approche sur ce mouvement étudiant qui secoue l’Europe et pas seulement la France. S’il s’interrompt pendant les vacances il reprendra sans aucun doute à la rentrée malgré les reculades du gouvernement car ce qui apparaît comme étant en jeu dépasse largement les revendications quantitatives certes légitimes et qu’il convient de satisfaire. En Grèce les manifestants agissent avec le sentiment d’être la première génération dont le niveau de vie sera inférieur à celui de leurs parents et les diplômés se nomment eux même « la génération des 700 euros », le salaire moyen auquel ils peuvent prétendre et qui les place au dessous d’un niveau de vie décent. En Espagne ils ont réveillé les craintes sur le « processus de Bologne » cette réforme européenne signée dans la ville italienne en 1999. Une réforme visant à moderniser et internationaliser l’enseignement supérieur et qui débouche sur une privatisation des universités accoucheuse de mercantilisme. D’où la crainte de la disparition des filières lettres faute de rentabilité sur le marché du travail, de la disparition des bourses et du règne des « masters ». En Italie les jeunes ne montent pas à l’assaut d’une autorité abstraite, ne s’en prennent pas à leurs aînés en tant que tel mais à l’héritage qu’ils vont leur laisser : « Nous ne paierons pas votre crise » proclamait une banderole à Milan. Une génération qui souffre parce qu’en bute avec son avenir et qui ne supporte plus les politiques à deux vitesses : coupe sombres pour l’école au moment où le gouvernement sauve les banques et les grandes entreprises en difficulté. Un panorama somme toute équivalent à ce qui se passe en France. Il est donc grand temps de prendre cette situation au sérieux et de ne pas se contenter d’un soutien moral à un mouvement qui touche du doigt les problèmes structurels de notre société et qui veut les affronter sans concessions. Il y a sûrement beaucoup à apprendre en engageant le débat sur le fond avec ces étudiants et lycéens qui, une fois encore, pourraient bien allumer l’étincelle de la révolte.

Philippe Dibilio

Lyon, le 24 décembre 2008.

Photo: DR

16/09/2008

Scoop

Par les moyens dignes des plus grands de l'investigation journalistique nous sommes en mesure de vous divulger la maquette des futurs tableaux d'honneur, fruits de la pensée fécondée de Xavier DARCOS notre Ministre de l'Education nationale.

 

Tab d'honneur Darcos 1 VF.jpg

 

Tab d'honneur Darcos 2 verso VF1.jpg
DR

Lyon, le 16 septembre 2008.
 
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