17.11.2010
Cranach naturalisé ?
Notre grand musée national, le Louvre, en appelle au mécénat individuel (http://www.troisgraces.fr) pour acquérir une œuvre de Lucas Cranach, Les Trois Grâces.
Il s’agit ici de Lucas Cranach le Vieux et le tableau est estimé à quatre millions d’euros. Pourquoi pas, me direz-vous.
Soit. Mais l’accroche que j’ai trouvée sur le site dédié à l’acquisition du tableau m’a de prime abord quelque peu agacé : l’œuvre est déclarée « trésor national ». Bigre ! Certes l’art n’a pas de frontière - et c’est heureux - mais s’agissant de Cranach, peintre allemand fameux du XVIème siècle, l’appellation « trésor national » est quand même excessive, non ?
J’avais tout simplement oublié qu’il s’agit en fait d’une bien curieuse qualification, une sorte d’astuce légale, décidée par une commission ad’hoc pour refuser la délivrance du certificat qui, seul, permet à son propriétaire de sortir un bien artistique du territoire. Une astuce qui, pendant 30 mois, permet aussi à l’État et à ses musées de l’acheter au prix fixé par une commission d’experts (encore une). Et si le propriétaire n’est toujours pas d’accord pour la vendre, on prononce une nouvelle interdiction de sortie. Ad vitam. Voilà comment les Trois Grâces allemandes sont devenues « trésor national ».
Il n’empêche, cette appellation continue à m’apparaître comme un ersatz de cocorico national tout-à-fait boursouflé.
Quant à la manière consistant à en appeler au mécénat individuel, elle me pose elle aussi problème. C’est en effet une niche fiscale pour le moins contestable que celle qui est utilisée en l’occurrence et qui permet une déduction d’impôt au donateur. Ainsi, pour un don de 100 euros, 66 euros de réduction fiscale sont octroyés à un particulier et 90 euros à une entreprise. Naturellement, ces euros seront pris sur les autres contribuables et, puisque l’impôt versé est insuffisant pour permettre d’assurer tout le fonctionnement « social et culturel » nécessaire, ils seront pris sur d’autres budgets. In fine, il est tout à fait possible qu’ils soient pris sur les moyens nécessaires au développement culturel de nos rejetons. Un comble quand on sait que le chapitre « accès à la culture » du budget 2010 a baissé de près de 10 millions d’euros !
Jean-Paul Schmitt
Illustration: Les Trois Grâces, 1531, Lucas Cranach, dit l’Ancien, huile sur bois (© 2010 musée du Louvre).
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15.11.2010
Chaud et froid
Il y a fort à parier que la nomination du gouvernement nouveau ne fasse ni chaud ni froid aux français à l'instar du match OL-Nice d'hier soir qui a laissé de marbre tout Gerland. Cela étant, pour en rester aux différences de températures c'est aujourd'hui à Lyon que s'ouvre "Sibérie inconnue" ce festival de création russe imaginé par la Fondation Mickhail Prokhorov et sa fondatrice Irina Prokhorova, un événement qui s'achèvera, le 21 novembre prochain. Comme le disent les Inrockuptibles de la semaine l'initiative de la manifestation, "La Sibérie est une métaphore de la Russie puisque elle a toujours été le centre symbolique du pays, le point névralgique de tous ses paradoxes culturels et historiques". Russie et Sibérie, pourrait-on dire, sont toutes deux malheureusement aussi des territoires de censure, de soumission à cet ordre aux allures de pas de l'oie qui règne à Moscou, à cette poutinisation intolérable mais aussi fort heureusement, à des actions de résistance. L'événement lyonnais qui se veut et est, aussi divers que varié, s'il tient ses promesses, devrait donc faire date.
Pendant que le froid Sibérien s'installera dans l'atrium de l'Hôtel de Ville avec l'exposition "Qui devenir ?", le Conseil Municipal, quelques mètres plus loin, sous la chaleur des spots de la télévision, éclusera, heure après heure, l'égotisme pesant des uns plus que des autres. Sauf s'ils aspirent à ressembler à leur propre caricature, il convient donc de mettre en alerte ceux qui souhaitent faire de l'art de pérorer le degré ultime de la politique. Une tuile arrivant rarement seule, l'idée saugrenue de l'exécutif de réduire le nombre de séances publiques risque dans les temps qui s'annoncent de provoquer un allongement insupportable et inutilement à risque de nos Conseils Municipaux qui ressembleront ainsi à ces pérégrinations devenues désuètes de l'Orient Express vers la Russie éternelle, du chaud vers le froid.
> "Sibérie inconnue", du 15 au 21 novembre 2010 à l'Opéra, les Célestins, l'Auditorium, l'Hôtel de Ville, le Conservatoire National supérieur de musique, la Galerie des Terreaux, les Subsistances…Renseignements sur le site culturel de la Ville, sur www.france-russie2010.fr et www.prokhorovfund.rv
> Séance publique du Conseil Municipal, 15 heures, Hôtel de Ville, entrée place de la Comédie
> Le Collectif des Morts sans toi(t) et le Conseil Lyonnais pour le Respect des Droits organisent le mercredi 17 novembre à 18h30 leur traditionnelle cérémonie annuelle d'hommage aux lyonnais disparus dans la solitude. C'est à l'Hôtel de Ville et ouvert à tous.
Lyon, le 15 novembre 2010.
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17.08.2010
R comme "Rock and Roll"

Depuis quelques temps, le monde du rock connaissait ses prix de tickets prohibitifs, son goût pour les places assises et parfois même numérotées, aujourd’hui les fans les plus friqués exigent d’occuper des places VIP pour assister au concert de leur idole. Il y a peu, le New York Times nous racontait l’histoire de fans qui pour 1750 dollars avaient droit, sur la tournée de Bon Jovi, à un siège au premier rang ainsi qu’une chaise pliante en métal noir dont le coussin était frappé d’un logo rouge et or aux armes du chanteur. Mieux, les répétitions du bébé chantant Justin Bieber sont à l’occasion facturées 350 dollars, pour 800 dollars Christina Aguilera pose pour une photo et pour 900 dollars on peut même dîner avec Les Eagles l’histoire ne disant pas si c’est au restau de l’Hôtel California.
Au terme de son excellent ouvrage « Culture d’en haut, culture d’en bas » sous-titré « l’émergence des hiérarchies culturelles aux Etats-Unis », Lawrence W. Levine, grand spécialiste de l’histoire culturelle, cite avec une certaine délectation Allan Bloom l’auteur à succès de « l’âme désarmée » un pensum réactionnaire qui, en son temps, s’en était pris à « la crise intellectuelle » qui, disait-il, minait le pays et à cette dégénérescence culturelle qui frappait en particulier la jeunesse. La musique classique, pratiquée par ceux qui avaient une bonne éducation, y était saluée, la musique rock symbole de la culture d’en bas, condamnée sans appel. D’ailleurs le réquisitoire de Bloom largement partagé par les élites faisait du rock une musique qui ne contenait « rien de noble, de sublime, de profond, de délicat, de savoureux ou même de décent ». Bloom assurait que la musique rock ne pouvait accueillir que ce qui était « changeant, grossier et immédiat », Bloom précisant que cela vérifiait l’intuition de Tocqueville sur « le caractère de l’art démocratique ». Le rock n’était donc qu’une « nourriture de pacotille pour les âmes », un « phénomène fangeux » bref une « descente aux enfers ».
Je suis certain que s’il était encore parmi nous, Bloom réviserait sa position, le rock étant devenu parfois « une nourriture de pacotille pour les âmes bien nées ou les blaireaux les plus friqués ».
Lawrence W. Levine, « Culture d’en haut, culture d’en bas », La Découverte, 26 euros.
Lyon, le 17 août 2010.
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01.07.2010
Dans le coup
Alors que le cinquième numéro du « Coup de grâce » est livré dans nos boites aux lettres, Guillaume Tanhia l'inspirateur et barreur en chef de la revue lance un avis de tempête enattirant notre attention sur la fragilité financière de sa revue. Pourtant dans un édito plutôt vitaminé, l'ami Guillaume nous la joue héroïque en dénonçant l'Etat qui se désengage et,grand classique des élites, l'invasion du divertissement et du spectaculaire qui tient lieu depolitique culturelle de la part des édiles. Bref, il y a encore de la vie du côté du « Coup de grâce » et ce n'est pas moi qui songe à m'en plaindre. Préparation, du côté de Bron, de la biennale de la danse, interview de Bill T. Jones, c'est tout de même en s'interrogeant sur l'avenir des politiques culturelles que ce « Coup de grâce » estival monte au créneau non sans avoir donné la parole à un DRAC qui, ce qui est bien normal, s'autorise à faire le service après vente de l'Etat. Comme c'est désormais la tradition,au travers sa découpe, le magazine culturel lyonnais ne craint pas la dispersion avec des articles sur le Quatuor Debussy, un beau zoom sur le travail de Denis Serre et le plasticien Pierre David qui s'aventure dans un retour étonnant vers la commande. A fourrer dans le sac de plage ou la valise il est important d'acheter ce numéro ne serait-ce que pour soutenir une aventure journalistique qui ne mérite pas de rester en rade. Comme vous n'aurez plus un rond à votre retour de vacances et que le gouvernement nous prépare à affronter le pire pour septembre, abonnez-vous dès maintenant au « Coup de grâce ». Pour se quitter sur une bonne note c'est ce matin vers 11 heures qu'à l'Institut Lumière, Thierry Frémeaux présente la 2ème édition du festival du film piloté par le Grand Lyon. Un de ces évènements imaginé par les édiles dont le caractère divertissant déplait tant à l'ami Tanhia.
- « Le Coup de Grâce », 17 rue du Garet, 69001 Lyon et www.lecoupdegrace.eu
Lyon, le 1er juillet 2010.
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27.05.2010
V.O

Après la cubaine Wendy Guerra et Elif Shafak qui lisaient respectivement en espagnol et turc quelques pages de leurs derniers romans, les lyonnais anglophones peuvent se rendre aujourd’hui et demain à « La Voie aux Chapitres » (Lyon 7ème) et au « Bal des Ardents » Lyon (1er) pour entendre les voix de Sefi Atta et James Frey lisant leurs textes. En effet dans le cadre des dizaines de rendez-vous liés aux Assises Internationales du Roman, quatrièmes du genre, les libraires s’associent activement et gratuitement à l’opération. La romancière nigériane Sefi Atta est donc ce midi dans le 7ème pour lire quelques pages de « Le meilleur reste à venir » (Actes Sud) un ouvrage qui témoigne des ravages du conservatisme dans le Nigeria des années soixante-dix mais aussi de la difficulté de se réaliser pour nombre de femmes. Demain, au « Bal des Ardents » et toujours à la mi-journée, changement de style et de contexte avec James Frey, l’américain nous proposant une descente vertigineuse dans Los Angeles en lisant, en anglais, quelques pages de sa chronique dont on nous dit qu’elle n’est pas sans avoir la puissance de celle de Dos Passos (« Manhattan Transfer ») à une autre époque.
Puisque nous entamons la dernière ligne droite de ces assisses qui s’achèvent dimanche, notons vendredi, aux Subsistances, le dialogue entre Florence Aubenas et Marie Desplechin qui précède la rencontre vers 22h30 avec A.S. Byatt. Le lendemain Percival Everett sera sur le coup de 11h00 à la Bibliothèque du 1er arrondissement puis sous la verrière des Subsistances (avec André Malraux !) de 18h30 à 20h00. Dimanche, au moment du goûter et toujours aux Subs, table ronde avec Sefi Atta, Emmanuel Carrère et Yan Lianke sur le thème de l’autocensure.
> Sefi Atta, librairie « La Voie aux Chapitres », 12h30 le 27 mai 4 rue Saint-Jérôme, Lyon 7ème (04 37 70 41 62)
> James Frey, « Le Bal des Ardents », 12h30 le 28 mai, 17 rue Neuve, Lyon 1er (04 72 98 83 36)
Lyon, le 27 mai 2010.
NB: A noter aujourd'hui la manifestation interprofessionnelle sur les retraites qui partira de Jean Macé à 10h30.
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08.05.2010
Mainstream
Comme certains d’entre-vous, c’est avec plaisir et satisfaction que j’avais dévoré, « De la Culture en Amérique » le précédent et assez novateur ouvrage de Frédéric Martel. Aujourd’hui, le même auteur nous propose « Mainstream » un livre sous-titré « Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde ». Cet ouvrage bien moins rigoureux que son prédécesseur demeure pourtant une lecture non seulement utile mais agréable. Au gré des voyages et des rencontres de Martel aux quatre coins du monde, l’auteur s’essaye à dessiner le panorama des industries créatives. Au cœur du bouquin de Martel figurent bien entendu en bonne place l’Amérique. En allant visiter Valenti, Geffen, Eisner, en parcourant Hollywood mais aussi Bollywood et Naccache, en s’intéressant au Prince Al Waleed, à Al Jazzera tout comme à l’aventure de Berry Gordy, la puissance américaine demeure pourtant au cœur de cette enquête mais la force de Frédéric Martel dans son nouveau bouquin est de nous entraîner aussi vers ces contrées que l’on désigne comme émergentes et qui sont déjà de solides machines à rêve et à divertissement.
Chichiteur, comme parfois il affectionne de l’être, le quotidien Le Monde a été une des rares publications à mettre un bémol à son enthousiasme indiquant, à juste titre d’ailleurs, que l’approche européenne est un peu le parent pauvre du bouquin de Martel. Cela étant, ne cachons pas notre joie, cette chevauchée dans les industries du divertissement concoctée par Frédéric Martel est épatante même si, de temps à autre, on a envie de laisser l’auteur interviewer tel ou tel de ses interlocuteurs sans nous. « Mainstream » est donc une lecture nécessaire et qui donnera la salutaire envie à ceux qui découvriront pour l’occasion l’auteur de se ruer sur son précédent ouvrage. Soyez-en certain.
« Mainstream » de Frédéric Martel, Flammarion, 22,50 euros
« De la Culture en Amérique » de Frédéric Martel, Gallimard, 32 euros.
Egalement disponible en Folio-Gallimard
Lyon, le 8 mai 2010.
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07.05.2010
Résister
C’est à partir d’aujourd’hui 7 mai que la Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne va battre son plein. « Résister » est le thème central de l’édition 2010, une thématique que reprenait Raymond Terracher dans l’éditorial de la brochure de présentation, un texte qui était probablement le dernier de l’adjoint à la culture disparu il y a peu.
« Je suis né dans le Limousin, terre de résistance, s’il en fut » écrivait alors Raymond Terracher qui poursuivait en indiquant que dès sa « petite enfance j’entendais parler de maquis, de résistants qui se cachaient et cherchaient à manger, d’Oradour-sur-Glane, de miliciens dont il fallait se méfier surtout lorsque le vieux poste acheté à la « la Manu » était branché sur Londres.
Mais ce n’est que bien plus tard que j’ai pu me rendre compte de ce que recouvrait vraiment la notion même de résistance et ses multiples champs.
Le barrage résiste à l’eau, le malade à la maladie, l’homme libre à l’oppresseur…
L’écrivain, le poète, le journaliste, le cinéaste portent souvent ce combat sans fin. Nous devons entendre leurs cris, leurs passions, leurs « coup de gueule. Parfois ils savent aussi manier le silence et c’est alors que nous devons le plus nous interroger et nous-mêmes, entrer en résistance »
Au-delà de l’émotion qui frappe la vie culturelle villeurbannaise après la disparition de son adjoint, l’édition 2010 de cette fête unique dans l’agglomération est une nouvelle fois à la hauteur des espérances de tous. Impossible ici de décrire les moindres recoins de l’évènement, il convient donc de se reporter au site www.fetedulivre.villeurbanne.fr ou au 04 72 65 00 04.
Pour terminer sur une note pétillante et joviale, Villeurbanne accueille cette année Plonk et Replonk avec l’exposition « Le Rezizistan, république oubliée » à la Maison du livre, de l’image et du son mais aussi ce soir à 18h leur très attendue conférence de presse et demain à 11h, lors de l’inauguration, le très officiel discours du roi de Suisse, sa majesté Helvétus IV, protecteur des Alpes.
Lyon, le 7 mai 2010.
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22.04.2010
Mouvement, # 55

Retour à la normale après mon épisode volcanique et quelques larmes pour un pays qui en est réduit à avoir des chefs d’escadrille comme Borloo et Bussereau pour faire face à de telles situations. Quelques mots donc pour évoquer le sort de la culture, un truc désormais quasi perdu pour la cause, autant dire un département ministériel qui pourrait être confié à Bussereau si d’aventure l’UMP arrivait à chasser Mitterrand du gouvernement.
« Avis de décès : sans fleurs ni couronnes, le ministère de la culture est mort dans sa cinquantième année », telle est la formule qui ouvre l’intéressant dossier « Culture, en attendant le crash » proposé par la revue trimestrielle « Mouvement ».
Il faut dire qu’entre les propos, parfois contradictoires mais toujours inquiétants, de Nicolas Sarkozy et ceux zélés et culpabilisateurs de son ministre funambule Mitterrand (Frédéric), « Mouvement » tape juste en proposant une sorte de panorama peu encourageant de la politique culturelle menée au plan national. En laissant la parole à des personnalités avisées mais parfois peu exposées comme Jacques Livchine (Théâtre de l’Unité), François le Pillouër (président du syndicat national des entreprises artistiques et culturelle) ou Emmanuel Wallon (professeur de sociologie à Paris-Ouest Nanterre) la revue artistique qui se veut indisciplinée apporte un point de vue rugueux dans un débat qui, convenons-en, a bien du mal à émerger. A l’instar de ce que tente ces temps-ci « Mouvement » il serait très certainement indispensable que converge un mouvement tout à la fois de contestation de la politique culturelle sarkozyste mais aussi les premiers éléments d’une relance de l’action culturelle dans ce pays. Ce qui s’élabore dans les régions et les grandes villes et agglomérations doit être pris en compte mais nullement suffisant pour définir la totalité des politiques culturelles de demain. Au travail si nous voulons qu’une nécessaire alternance réveille ce pays.
- > « Mouvement », n° 55, avril-juin 2010, 9 euros.
Renseignements sur www.mouvement.net ou au (0)1 43 14 73 70
Lyon, le 22 avril 2010.
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21.01.2010
Depuis que Frédo est tombé de scooter
Ouf ! On commence à en savoir plus sur la politique que Frédéric Mitterrand souhaiterait mettre en œuvre. Vous me direz qu’il était temps mais le problème n’est pas là. Lors de la cérémonie des vœux au Ministère de la culture, devant une assistance sélectionnée, le Ministre a donc annoncé une réorientation aux faux-airs de rupture. Le temps de « la culture pour chacun » est venu. Attention ce nouveau concept de « culture pour chacun » n’a absolument rien à voir avec la fameuse « culture pour tous » jadis mise en œuvre par les prédécesseurs de l’actuel ministre. Dans l’esprit du génial Frédo, « la culture pour tous » équivalait à « la culture pour les mêmes » d’où ce nouveau concept de « culture pour chacun » qui, si je mesure bien les choses, devrait avant tout concerner « les autres » ou plus exactement ceux qui ne bénéficiaient pas, hier, de « la culture pour tous » réservée alors aux « mêmes ». Plaisanterie mise à part, comment vous dire mon inquiétude sur l’état de santé de la culture suite à de pareils propos ?
J’ai lu quelque part que Frédéric Mitterand était sur le point de faire évoluer son cabinet. On a tous bien compris qu’en se cassant la pipe en scooter, notre ami Frédo s’était fait mal au bras. Cela étant, si un courageux de sa nouvelle équipe avait l’audace de convaincre le Ministre d’aller passer un scanner au Val-de-grâce cela ne serait peut-être pas tout à fait du luxe. En attendant, permettez-moi de vous souhaiter en 2010, non pas une bonne santé pour tous mais bien une bonne santé pour chacun.
Lyon, le 21 janvier 2010.
Image: DR.
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04.01.2010
Ben année à tous
D'ici deux mois, presque jour pour jour, s'ouvrira la très grande et historique rétrospective consacrée à Ben par le Musée d'Art contemporain de Lyon. Je le sais bien, pour beaucoup d'entre vous, Ben, à l'instar de "Clairefontaine" ou "Conquérant", est un fabricant d'objets pour scolaires avec ses trousses, ses carnets, agendas et cahiers, classeurs et autres plumiers. Avouons que la chose n'est pas totalement fausse mais autant être précis. Ben c'est aussi des housses pour Mp3, des réveils, des montres, des sacs à dos et des bérets plus occitans que basques. As de la démonstration de l'Art, Ben est un merchandiseur de première qui fait l'admiration de tous tant sa profondeur de gamme impressionne car de la clé USB au service en porcelaine (6 assiettes et un plat) pour tout juste 800 euros, il y a en a pour tout le monde. Ben s'adresse au budget limité comme à l'accro de la série elle-même limitée. Le niçois est donc un artiste stratège et notre Benjamin Vautier a fait un beau parcours depuis ces années cinquante finissantes alors qu'il attendait le chaland depuis sa petite boutique de la côte d'Azur.
Le 3 mars sur quelques 3000 m², les lyonnais vont donc pouvoir se pénétrer des formules du maitre dessinées avec ces fameuses lettres blanches à l'anglaise sur fond d'un noir définitif. Pourtant, comme dans le cochon, tout est bon dans le Ben et afin que vous puissiez monter en puissance pendant les mois de janvier et février, je vous suggère de fréquenter la prose électronique de l'artiste qui mèle stress, inquiétudes et propos plutôt sympathiques. De Thierry Raspail, le boss du MAC, Ben nous dit qu'il "parle vite et donne des ordres comme un commerçant grec essayant de convaincre un commerçant turc" à Georges Képénékian, notre adjoint à la culture et néanmoins médecin, qui reçoit les remerciements sincères de l'artiste pour "son ordonnance médicale. Depuis chaque fois que je bande, je pense à lui", vous pouvez tout savoir du cheminement de cette exposition. Même si le sexe (et le viagra) constituent des thématiques fortes au même titre qu'un désir profond d'exposer sa nudité en public, Ben nous parle aussi de ses introspections à propos de cette rétrospective. "J'ai peur de caler en route" écrit-il allant même, pris peut être d'un accès terrible de lucidité, à dire, "Arrête tout Ben". Un peu parano Ben n'hésite pas non plus à s'interroger sur un "Raspail qui serait un prédateur" et à nous inquiéter quand il déclare, "Je croyais l'espace trop grand, 3000 m², en vérité c'est trop petit, j'ai trop d'idées, il me faudrait presque le double".
J'en reste là pour aujourd'hui et je vais me ruer sur www.ben-vend-tout.com car sur le site il y a un sac en bandoulière vendu avec une ristourne de 5 euros et un "sac Ben" à 40 euros, cela ne se rate pas. Ben année à tous.
Lyon, le 4 janvier 2010.
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