Avertir le modérateur

10/12/2008

En revenant du marché

Crise-financiere-Placide.jpgAvant la crise, trop rares étaient les dirigeants de grands groupes qui s’interrogeaient publiquement sur le fait que seule la logique financière conduisait leurs entreprises. C’est le cas d’Alain Godard, ancien président de Rhône-Poulenc Agro et d’Aventis CropScience. Sous le titre « Le rôle pervers des banques d’affaires », il vient de réitérer son jugement dans le Monde du 29 octobre dernier.

Il y décrit le mécanisme simple et malsain mis en œuvre par les banquiers d’affaires:

  • > bricoler des produits financiers qui rapportent au moins 15% par an
  • > pousser les actionnaires à obtenir au moins la même rentabilité en leur demandant de restructurer, puis de fusionner ou d’acheter un autre groupe, (ce qui en clair se traduit par des plans de licenciement et permet aux banques de faire en plus quelques bonnes affaires)
  • > convaincre les équipes dirigeantes de passer à l’acte en multipliant par 10 leur salaire en 15 ans et encore par 2 ensuite grâce aux stock-options.

La saga de son groupe est édifiante. La plupart des grands dirigeants se sont tus, quand ils n’ont pas accompli avec zèle et reconnaissance les écrasements humains de ces restructurations.

Quand Alain Godard dénonce les bonus des golden boys et la frilosité des équipes dirigeantes sans réelles marges de manoeuvre, j’entends. Mais que diable, la parole est libre dans nos pays, au risque certes de perdre quelques avantages, mais sans risque vital. Davantage de réactions de grands patrons d’entreprise dans les medias - comme la sienne en 2001, déjà tardive - auraient peut-être permis d’alerter plus tôt.

Son idée de taxer très fortement les titres conservés moins de trois mois est concrète, mais l’ingéniosité des rapaces financiers est sans limites et de nouvelles formes verront le jour tant que l’ensemble des règles de capitalisation financière ne seront pas revues, surveillées et sanctionnées à bon niveau.

Jean-Paul Schmitt

Lire la suite

09/12/2008

En attendant demain

medium_313780.jpg« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain », c’est cette formule éculée, attribuée à Willy Brand, qu’ a osé ressortir Alain Minc sur le plateau de Serge Moati dimanche lors de l’émission « ripostes » sur la Cinq et ce pour justifier le plan de anti-crise de Sarkozy qui privilégie les investissements plutôt que la relance par la consommation. Ce « monsieur je sais tout » qui met sa gouaille plus que son savoir au service des puissants du pays, tous proches du président de la République, se foutait une fois encore de nous. Si cette formule, prononcée dans les années soixante dix avait eu un effet il y a bien longtemps que l’on n'aurait plus de problèmes d’emploi tant les profits ont surfé sur les sommets depuis ce temps là. Mais les profits, c’est bien connu, y compris d’Alain Minc, profitent par nature à ceux qui les réalisent lesquels ne situent pas dans le camp de ceux qui partagent.

Dès lors la relance Sarkozy aura le même effet que les autres ; elle permettra à ceux qui ont joué avec l’argent des autres de refaire leur pactole. D’ailleurs les premiers exemples pointent à l’horizon. Ainsi un groupe de banques dont Daxia, la Caisse d’Epargne et le Crédit Agricole, toutes recapitalisées par l’état, ne se sont partagé que la moitié des prêts locatifs sociaux attribués par le gouvernement. Hic politique ces crédits devaient servir à racheter les logements programmés mais pas construits tel que le souhaitait Nicolas Sarkozy pour donner un coup de pouce au bâtiment en particulier. Voilà donc un volet de la relance qui démarre mal. L’explication de cette frilosité nous est donnée par le secrétaire général de la Caisse des Dépôts (un expert) : « ce secteur (du logement social) n’intéresse pas les banques, elles préfèrent faire du logement à loyer libre où elles obtiennent de meilleurs rendements ». Des profits d’aujourd’hui donc qui ne serviront pas plus à la relance qu’ à l’emploi de demain et qui révèle la supercherie de Minc.

Quant au plan de Sarkozy il ne s’annonce pas sous les meilleures auspices. D’ailleurs son conseiller spécial Henri Gauino craint une révolte des classes moyennes qui vont être touchées de plein fouet par la crise. Aussi il veut donner des signes de moralisation du capitalisme, lui au moins il est sûr d’avoir du travail pour longtemps.

Philippe Dibilio

Lyon, le 9 décembre 2008.

DR

05/10/2008

Lèche (vitrine)

Ouf ! Pendant que le Dow Jones et le Nasdaq prennent des gadins, pendant que les sauvetages d’Hypo Real Estate, Bradford & Bingley ou Fortis s’organisent, bref, pendant que tout va mal, quelques bonnes nouvelles arrivent cependant à transpirer. L’ouverture d’une boutique Rolex, ou plus exactement 100% Rolex, place Vendôme est l’un de ces trop rares morceaux de ciel bleu de l’automne français.

En effet, alors que les Breguet, Jaeger et autres Lecoultre pavanaient à l’ombre de la colonne, Rolex était obligé de partager quelques coûteux mètres carrés chez quelques bijoutiers la plupart du temps avec des marques tout juste bonne à équiper un poignet de cadre moyen. Fort heureusement c’est dans l’ancien hôtel particulier de Villemaré construit par Mansart que le spécialiste de la vente de montres multimarques, Dubail, vient enfin d’offrir l’écrin qui convenait à Rolex. Sur les trois niveaux de cette nouvelle boutique nous allons enfin pouvoir nous ruer, avec le secret espoir de voir Le Président, pour acheter une de ces toquantes qui posent homme. Rolex étant une marque universelle mais aussi fédérative, les plus pauvres pourront se procurer une petite Air-King en acier à mouvement automatique à seulement 3 200 Euros, les faux-riches une Daytona II en or rose pour 23 000 Euros, plus sérieux certains bénéficiaires du bouclier fiscal pourront craquer sur une GMT-II bourrée de diamants pour la moitié des émoluments mensuels d’un PDG incompétent.

Boutique Rolex, 9 place Vendôme dans le 1er arrondissement de Paris. Malheureusement je n’arrive pas à savoir si ce nouveau « Flagship » français de la marque genevoise est ouvert le dimanche. Si tel n’était pas le cas, vous pouvez toujours vous rendre via Montenapoleone à Milan ou depuis le 21 mai la boutique en nom propre de la marque est ouverte, y compris le dimanche matin. Inutile de me dire merci, c’est juste pour rendre service.

Lyon, le 5 octobre 2008.

02/10/2008

Best of

Deplacement%20a%20la%20canne.jpgIgnares de tous les pays, consultez-les. Il y a quelques temps le site l’Express.fr avait la bonne idée de compiler, alors que la crise financière commençait à battre son plein, quelques-unes des déclarations des « meilleurs experts » de la planète. Cette terrible compilation n’exige pas vraiment de commentaires. Par ordre d’entrée en scène voici donc dans la famille « Les aveugles », Alan Greenspan, Dominique Strauss-Kahn, Henry Paulson et Christine Lagarde.
Dans la famille des « visionnaires », selon la terminologie de l’Express.fr, Jacques Attali, George Soros, Jean-Claude Trichet.
Heureux les pauvres d’esprit que nous sommes …

"Voyons d'abord les aveugles

 

  • Alan Greenspan, AVEUGLE

1er octobre 2007
« Est-ce que cette crise d’août septembre est sur le point de s’achever ? peut-être…. »

15 septembre 2008
« Je n'ai rien vu de pareil et ce n'est pas encore fini et cela prendra encore du temps. Il s’agit d’un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle »

  • Dominique Strauss-Kahn, AVEUGLE

1er octobre 2007
« La crise financière ne devrait pas avoir d’effets dramatiques sur la croissance mondiale3. La situation est maintenant sous contrôle »

16 septembre 2008-09-21
« Nous sommes face à une crise financière jamais vue. Certaines parties du monde sont plus ou moins touchées, mais le ralentissement est général. Toute l’économie mondiale va ralentir d’un demi-point à 2 points »

  • Henry Paulson, AVEUGLE

Septembre 2007
« Nous commençons à voir des signes encourageants. Cela va prendre du temps pour que les ajustements en cours fonctionnent, mais pour moi, la force sous-jacente de l’économie devrait permettre une poursuite de la croissance »

Septembre 2008
« Il nous faudra aller bien au-delà de fin 2008 pour surmonter les problèmes de l’immobilier. La principale question est celle de savoir quand la plus grande partie de la correction de l’immobilier sera derrière nous car jusqu’à ce que nous le sachions nous allons continuer à connaître une instabilité dans nos marchés des capitaux »

  • Christine Lagarde, AVEUGLE

Septembre 2007
« La crise n’est pas un krach. Il s’agit d’une correction financière, certes brutale mais prévisible. L’économie réelle a ses fondamentaux bien orientés »

Septembre 2008
« Ce qui s’est passé sur le marché américain est une combinaison de plusieurs éléments qui ne se sont jamais vus au cours des 50 dernières années. Cela va forcement entraîner des conséquences »

Maintenant les visionnaires...

  • Jacques Attali, VISIONNAIRE

Décembre 2007
« Si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 1929. En quelques mois, nous sommes passés d’une économie de l’euphorie à une économie de panique et c’est cela qui risque de provoquer une récession »
Août 2008
« C’est un tsunami qui approche. Certains espèrent qu’il passera au large sans affecter l’économie réelle, mais on voit déjà aux États-Unis et en Europe, que nous aurons une croissance zéro en 2009. En espérant que cela ne soit pas pire »

  • George Soros, VISIONNAIRE

Avril 2008
« Ils assurent qu’il va y avoir une reprise dans la seconde partie de l’année. Je ne peux pas le croire. C’est une crise qui trouve son origine dans la croyance, fausse, que les marchés corrigent aux mêmes leurs erreurs. Cela va prendre beaucoup de temps avant que tous les effets du déclin immobilier se fassent sentir »

Septembre 2008
« Il ne faut pas se bercer d'illusions. La récession aux Etats-Unis est inévitable, même si elle arrive plus lentement qu'attendu. Tous les effets de la crise financière ne se sont pas encore fait sentir »

  • Jean Claude Trichet, VISIONNAIRE

Septembre 2007
« Il y a un risque de contagion à l’économie réelle aux Etats-Unis de la crise des subprimes. Nous devons suivre très attentivement ce qui va se passer. Il ne peut-être question de complaisance »

Septembre 2008
« Actuellement il n’y a aucune place pour la complaisance, mais il faut être en alerte permanente » "

Lyon, le 2 octobre 2008.

17/09/2008

Oh ! Brothers

Lehman brothers.pngCela fait maintenant quelques jours que je voulais y aller de mon grain de sel sur la situation de la banque américaine Lehman brothers. Après mon billet « revivaliste » de lundi sur le retour du « collectivisme » et « la nationalisation des moyens de production et du système bancaire », je me disais qu'il convenait d'écrire quelques mots sur cette nouvelle débacle. Le problème c'est qu'à chaque fois que je m'installais devant le clavier, les dépêches fusaient indiquant ainsi une évolution de la situation quasi heure par heure.

Lundi en sortant du Conseil Municipal, je m'arrêtais devant l'écran figé sur Bloomberg TV dans la vitrine du CIC: Lehman Brothers était KO debout: le cours dévissant de plus de 90% ! Le lendemain, alors que le ministre Woerth sur RMC Info annonçait, presque fou de joie, le retour à l'équilibre des finances publiques en 2012, la Fed US injectait 50 milliards de dollars dans le circuit bancaire. Quelques heures plus tard la BCE tentait un bouche à bouche à 70 milliards d'Euros tandis que les bourses étaient toujours à la baisse. Comment voulez-vous, dans un tel contexte, qu'un quidam comme moi trouve temps et quiétude pour réfléchir au sort de Lehman et Frères ?

Reprenant le dessus j'essayais pourtant de m'atteler à la tâche et patatras, l'association des constructeurs automobiles européens annonçait que les ventes de véhicules plongeaient de plus de 7% sur un an et qu'en août le saut était de 15,6%. Stoïque et digne, je reprenais le dessus et voilà que le Monde.fr nous indiquait que nos frères jumeaux Sarkozy et Fillon reprenaient du poil de la bête car selon le baromètre mensuel BVA-L'Express nos deux « brothers » remontaient dans l'opinion. Franchement, il y a des jours c'est à vous dégoûter de faire un blog.

Lyon, le 18 septembre 2008.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu