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17/07/2010

C comme "Collectionneur"

C 1.jpg

S’il y a un bouquin particulièrement bien formaté pour connaitre, entraînant le plaisir, le succès pour cet été, c’est bien « Le collectionneur d’impostures » de Frédéric Rouvillois. Cet ouvrage, somme de ce qui se fait de mieux en matière d’impostures est un véritable plaisir à lire. De l’émission radiophonique d’Orson Welles à la fin des années trente à Françoise Giroud, quarante ans plus tard, qui s’était attribué illicitement la médaille de la résistance, Frédéric Rouvillois l’auteur de ce livre taillé pour la glande estivale, réalise un coup de maître.

De canulars en provocations, de tricheries en tromperies ce florilège du faux et de son usage qui peut en toute confiance vous accompagner pour ces vacances est, chose par ailleurs assez rare de nos jours, un objet particulièrement bien fabriqué et mis à la disposition du lecteur pour un prix « anti-crise » puisque de seize euros. Alors s’il vous accompagne sur la plage évitez de beurrer l’ouvrage de crème solaire avec cette légère couche de sable qui, de retour au bercail, vous empêcherait de ranger le bouquin dans votre bibliothèque ce « Collectionneur d’Impostures » ressemblant définitivement au produit de l’accouplement d’une plaquette Vapona et d’un filet d’églefin surgelé de chez Capitaine Cook.

> - Frédéric Rouvillois, « Le collectionneur d’Impostures », Flammarion, 16 euros.

bandeaux_small-summertime.jpgRappelez vous que l'Opéra de Lyon organise ce soir son "summer time Grand Bal", place des terreaux.

> Dès 18h, hommage à Ella Fitzgerald au Péristyle Café-Jazz

> 21h: Concert "Porgy and Bess" dans une version revisitée jazz sur la place des terreaux

>22h30 jusqu'à 1h: Grand Bal-concert aux rythmes africains, antillais et brésiliens.

Lyon, le 17 juillet 2010.

12/05/2010

Assurance Tout-Risque

Hamontourix-1.jpgCDS : tous les experts qui inondent nos radios et télévisions nous en abreuvent à longueur d’antenne. Les CDS sont ces fameux Credit Default Swap qui inondent la finance pour le plus grand bonheur des spéculateurs et le plus grand malheur des Grecs.

Le CDS est une sorte de contrat d’assurance par lequel une institution financière assure un prêteur contre le risque de non-paiement de son emprunteur. Si l’emprunteur fait défaut, c’est l’assureur qui paie le prêteur, moyennant une prime d’assurance versée par ce dernier bien entendu. L’assureur s’en sort – normalement – car il en souscrit beaucoup des contrats comme celui-là et le total des primes perçues est en règle générale plus important que les remboursements de capital qu’il est contraint de faire suite aux quelques inévitables défaillances qui surviennent. Sauf quand la bulle en question éclate parce qu’on a trop joué à ce petit jeu.

Je passe sur les différentes astuces techniques inhérentes à ces fameux CDS comme par exemple celles qui permettent de les comptabiliser hors bilan. Imaginez des papiers tout ce qu’il y a de plus sérieux et qui peuvent se revendre sans problème. Même à quelqu’un qui est tout à fait étranger au contrat initial ; même à quelqu’un qui n’est pas soumis aux risques de non remboursement qui ont justifié ces assurances. Des contrats qui peuvent être échangé de gré à gré sans qu’il soit nécessaire d’avoir de fonds de garantie ! Et le tout, sans aucun contrôle. Une aubaine pour ceux qui achètent ces CDS dès lors que les difficultés de l’emprunteur augmentent : pour le paiement d’une prime, somme toute modique de quelques % du capital qu’ils reluquent, l’assureur va leur apporter un joli paquet cadeau. Il leur suffit donc de parier sur l’échec de l’emprunteur et d’affoler tout le monde car plus les autres seront inquiets, plus les papiers en question achetés de gré à gré vont pouvoir se revendre cher. Et plus ils vont se revendre cher, moins on aura confiance dans l’emprunteur qui va se trouver obligé d’emprunter à des taux de plus en plus élevés.

À Arrêt sur Images, face à un Touati qui n’arrivait pas à en placer une, Mélenchon en bon tribun « plus à gauche que moi tu meurs » a ramassé toute cette explication un peu laborieuse en quelques mots brillants et très clairs. Je vous conseille de juger par vous-même.

Pauvres amis Grecs : Sarkozy et son gouvernement vont vous prêter 6 milliards d’euros à 5%. Des euros qu’ils auront eux-mêmes empruntés à 3,5%... Il n’y a pas de petits profits, il n’y a qu’un seul et grand « chacun pour soi » qui nous fera tous couler. L’Europe, elle, va jouer pour nous tous le rôle de grand pourvoyeur de CDS. Une affaire de 750 milliards. Diantre !

Quant au PS, Mélenchon n’a pas toujours tort : il aurait mieux valu ne pas donner sa caution à cette façon d’aider et s’abstenir de voter un tel prêt sous de telles conditions…

Jean-Paul Schmitt

19/04/2010

"Réfugié" volcanique

islande_01.jpgEn ce lundi ensoleillé, je fais partie des personnes affectées par l'éruption volcanique islandaise. Les conséquences du nuage de cendres sur le traffic aérien en Europe et dans le monde sont saisissantes. Me voilà depuis quelques jours membre du club des "réfugiés" volcaniques, "victimes" de l'Eyjafjöll !

Coincé à Madrid, il m'est impossible de rentrer à Lyon en avion à temps. Impossible de réserver un billet retour en autocar, plus de voitures de locations disponibles.  Impossible donc de traverser la frontière espagnole et les Pyrénées. Pire encore, le tarif prohibitif des taxis autour de 1500 euros. Nous cherchons, comme beaucoup, un moyen de rentrer au plus vite à Lyon.

En parcourant rapidement la presse j'ai lu que les conséquences économiques de l'éruption, d'après l'IATA (L'Association internationale du transport aérien) sont évaluées, pour les compagnies aériennes, à 148 millions d'euros par jour (200 millions de dollars). 63000 vols annulés depuis dont 20000 pour la seule journée de dimanche. Voila des chiffres impressionnants. Je vous renvoie à l'article du Monde consacré aux conséquences économiques de cette éruption au delà des seuls transports.

Je vous tiendrais au courant. D'ici là je vous souhaite une bonne journée. Voici une vidéo au coeur du volcan.

Madrid, le 19 avril 2010.

02/03/2010

Crise de nerfs

C’est une histoire aussi saisissante que vraie que m’a racontée l’autre jour Hélène Geoffroy, conseillère générale socialiste de Vaulx en Velin. Lors d’une assemblée générale des salariés de l’entreprise Florence et Peillon, une entreprise industrielle en difficulté, mais c’est là aujourd’hui un pléonasme tant le monde de la finance soutenu par le gouvernement a pris le pas sur l’industrie malgré les discours toujours ronflants de Sarkozy.

Lors de cette assemblée générale on annonçait la liste des personnes licenciées. Soudain l’une des salariés est prise d’une violente crise de nerfs et doit être conduite d’urgence à l’hôpital. C’est le choc de la perte de son emploi pense-t-on alors. Et bien non c’est parce qu’elle n’est PAS sur la liste des licenciés que cette personne a craqué. Voila bien une situation qui interpelle sérieusement. On peut d’ailleurs la rapprocher de l’action de ces travailleurs de Meyzieu qui ont retenu leur direction non pour maintenir leur emploi mais pour obtenir une prime supra légale de licenciement. Ainsi donc les salariés ont aujourd’hui intégré le déclin de l’activité et ne posent plus vraiment dans une perspective inverse. Dès lors le montant de la prime de licenciement devient l’objet principal des luttes du désespoir. Le « no future » est entré dans les mœurs. Derrière cela il y l’endettement des familles qui, avec cette prime, effacent pour un temps l’ardoise ; quant à demain on verra bien, on fera avec. Voila qui modifie complètement l’approche des luttes sociales aujourd’hui et il n’est pas étonnant que les actions pour des hausses de salaires reviennent plus fort à l’ordre du jour.

Voila qui doit aussi amener le monde syndical et la gauche à se pencher sur le problème et à proposer des issues totalement revisitées aux conflits sociaux. Quant aux perspectives politiques elles ne pourront pas se résumer à des propositions économiques construites au tableau noir par quelques experts fussent ils internationaux. La situation exige au contraire un vrai travail de fond qui passe par une analyse approfondie de ce qui fait craquer une salariée parce qu’elle n’est pas licenciée.

Philippe Dibilio

08/08/2009

M comme « Modigliani »

M 3.jpgEn ces temps de crise, veinard encore à l’abri des lendemains qui déchantent, amoureux de femmes mystérieuses au regard clairs et aux visages longilignes, je n’ai rien trouvé de mieux que de me laisser prendre par les toiles de Modigliani pour oublier Franco dont je venais de découvrir les théories absconses par un ami.

Un peu tard me direz-vous pour une mise à jour sur les infamies du général. Quiproquo voulu (et facile, je le reconnais) : je ne parle pas de l’Espagnol, mais d’un Franco italo-américain.

Un Franco qui s’appelle Modigliani lui aussi. Un éminent économiste à en croire mon ami et qui a formulé, il y a longtemps, avec un autre bulbeux appelé Miller (pas Henry, mais Merton), des théorèmes financiers qui, paraît-il, sont célèbres. Du genre « Le coût du capital est indépendant de la structure financière de la firme, c’est-à-dire de la répartition entre l’appel aux capitaux propres et le recours à l’endettement ». Dette ou fonds propre seraient équivalents. Ah bon ! Si vous le dites…

modigliani_nu_cheveux_denoues_l.jpg

Je ne suis pas économiste et l’ami charitable m’a expliqué des tas de choses sur le sujet. En long, en large et en travers. En travers surtout puisque la plupart de ces choses ont dépassé mes capacités de compréhension fortement handicapées par l’ennui que m’a toujours procuré la matière financière. Je n’ai retenu que le docte commentaire suivant : le duo situait sa démonstration dans un monde que l’État ne distord pas par sa fiscalité et où les banques prêtent avec des taux d’intérêt calés sur l’économie réelle. Cela ne vous rappelle rien ?

Ce Franco Modigliani aurait aussi démontré - belle découverte ! (un Nobel en récompense) – que « La valeur d’une entreprise est indépendante des dividendes distribués » ; autrement dit qu’une augmentation importante des dividendes n’est pas nécessairement souhaitable. Voilà au moins une chose que je comprends à peu près et qui doit réconforter nombre de salariés licenciés, même si cela ne leur apporte pas de beurre dans les épinards.

Vous me comprenez mieux maintenant quand je vous disais que le seul Modigliani qui me fasse rêver vraiment s’appelle Amédeo… Portraits, nus, femmes au regard lointain voilé et grave, couleurs de naissance et de Renaissance, instinct, lignes pures, mains croisées… Douceur et grâce. Élégance aussi, presque mièvre. Pas de révolution – j’en rêve parfois - mais quelque chose de particulier, un peu facile peut-être ; encore que son « Nu couché aux cheveux dénoués » soit autrement plus voluptueux que l’Olympia de Manet tellement admirée.

C’est Carco qui disait qu’il y avait comme un souffle qui s’exhale des nus de Modigliani, « le souffle même de la vie ».

Jean-Paul Schmitt.

30/06/2009

Criminel

Bernard%20Madoff%20large.jpg150 ans de prison c’est la peine requise contre Bernard Madoff, célébrité de l‘escroquerie que l’on ne présente plus. Je ne sais, au moment d’écrire ces lignes quel sera le verdict de la cour américaine mais l’impact de ce chiffre aura fait son effet. 150 ans voilà qui est astronomique au regard de la vie d’un homme surtout lorsqu’il affiche déjà 71 ans.

Certes Madoff ne purgera pas sa peine complètement, entre remise et état de santé il quittera, discrètement, la prison assez rapidement. Mais au fond là n’est pas la problème, ce qui est choquant c’est que le débat glisse sur le terrain de l’anecdote : 150 ans c’est trop ou pas assez, réaliste ou totalement farfelu, il y aura certainement un journal ou une chaîne de TV pour poser la question avec demande de réponse par Internet ; il n’y a pas de petits profits.

Et pendant ce temps l’escroquerie continue avec ceux qui n’ont pas été mis en cause c’est à dire tous les autres escrocs, y compris en France. C’est ce que dit très bien une journaliste qui a tenu la plume de l’auteur du livre « Les confessions d’un banquier pourri ». Interrogée par le « Progrès » sur ce qu’elle a découvert en écrivant ce livre elle répond : » L’arrogance des membres de la classe financière française Ils pensent qu’au fond un krach ce n’est pas si grave, puisqu’ils vont pouvoir effacer leurs dettes et recapitaliser leurs banques. D’une part en demandant l’aide du pouvoir politique, d’autre part en continuant de racler les fonds de portefeuille des clients des guichets. Et l’après krach ne les inquiète pas. Ils font le dos rond, ils estiment qu’il s’agît d’un cycle historique, que c’est donc destiné à ne pas durer et qu’après tout recommencera comme avant ». Et c’est bien comme cela que ça se passe.

Il y a en France des dizaines de banquiers et autres financiers coupables de spoliation de leurs clients en général de modestes investisseurs, souvent jeunes primo-accédants. Et que s’est-il passé ? Rien. Je trouve pour ma part scandaleux qu’aucune voix ne soit élevée (sauf celle de Jean Montaldo dont les écrits ne sont pas ma tasse de thé mais qu’en l’occurrence j’approuve) pour demander la criminalisation de ces actes. En ces temps où l’on vote une loi à propos de tout ou n’importe quoi pas une proposition pour envoyer au pénal les auteurs de ces crimes financiers. Ni à gauche, ni à droite ni à l’extrême gauche. Il faut que tous soient totalement immergés dans le système pour en arriver là et considérer que gagner de l’argent, beaucoup d’argent, même en ruinant les autres demeure un acte de bravoure

Philippe Dibilio.

24/06/2009

Etapes

congres-versailles.jpgLe discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès était-il creux comme le prétend Laurent Fabius ? J’ai presque envie de dire qu’importe tellement ce jugement de valeur a peu d’impact et met une fois encore le PS en situation de réagir avant de réfléchir.

Il était évident que Sarkozy allait faire du Sarkozy et que son discours allait une fois de plus relever du propos électoral, mais en attendant ça marche puisque les électeurs sont au rendez-vous de l’UMP. Alors le président de la République peut rebondir sur l’actualité comme à propos de la burqa ce débat lancé aujourd’hui on ne sait trop pourquoi par notre ami André Gerin mais que Sarko saisît au bond non sans malice. Il peut lancer des idées dont on ne sait pas si elles prendront corps mais qui résonnent dans les esprits comme le lancement d’un emprunt national pour affronter la crise ou le paiement d’un an de salaire et de formation pour tout licencié économique.

La question reste de savoir s’il sera entendu des français qui pour se faire une idée sur ce discours auraient peut-être besoin de quelques éclairages politiques accompagnés de propositions solides. Car, au fond, les français n’ont aujourd’hui que « l’offre politique » que leur propose Sarkozy et cela lui donne de l’avance. Il est vrai que lorsque Ségolène Royal réunit quelques pointures, comme elle l’a fait récemment à Paris, pour analyser la crise et ouvrir des pistes pour en sortir, c’est le silence total dans les média. Mais c’est aussi malheureusement le black out au PS. Dommage ! Et pourtant il faudra bien à un moment ou à un autre se relever les manches pour construire ce projet qui réveillera la gauche et qu’amis et militants attendent avec une impatience qui en devient lancinante. Un projet qu’il serait plus efficace de préparer ensemble plutôt que chacun dans son coin en s’occupant ensuite de celui ou celle qui le portera. Après tout on peut toujours faire un rêve et même penser que ce processus se mette en route avant le prochain discours d’étape de Nicolas Sarkozy.

Philippe Dibilio

Photo: DR

18/05/2009

Nouvelles du futur

courbe.gifIl y a une poignée de semaines, ils s’étaient tous passés le mot, « la fin de la crise » se profilait au terme de 2009 et au pire au début de 2010. Depuis, ceux qui s’acharnent à détruire avec application le fameux « modèle social français » depuis des années s’efforcent désormais de dire à qui veut bien l’entendre que le modèle en question serait le facteur explicatif du fait que « la France tient le coup ».
Dans le lot, il y en a un qui est en passe de devenir le meilleur agent d’ambiance du libéralisme avancé, c’est le Directeur Général de l’agence Global Equities. Il s’appelle Marc Touati et les médias sont particulièrement assoiffés de son crédo. Touati est donc à la manœuvre. Il explique par exemple que la progression de la consommation en France empêche l’effondrement de l’économie, que nous sommes « les moins mauvais élèves de la zone euro » prédisant illico, notez-le bien, non pas une reprise, mais un rebond au troisième trimestre 2009. D’ici quelques temps, en vérité, vous verrez que ceux qui comme Touati, parlaient de reprise hier et de rebond aujourd’hui finiront bien par nous indiquer demain que nous pouvons attendre, pour le 1er trimestre 2010 « l’ouverture d’une séquence pouvant déboucher au printemps prochain sur une phase initiale permettant d’entrevoir un premier rebond au terme de l’été 2010 qui pourrait être le prélude à l’émergence des premiers indicateurs favorables à la reprise qui aurait de bonnes chances d’arriver au cours de l’hiver 2011 ».
Passons donc à des analyses plus sérieuses. Elles étaient exposées dans Le Libération du weekend par Eric Heyer, un des responsables de la prévision à l’OFCE. En résumé, que disait Heyer ?
Tout en admettant que le prochain trimestre pourrait être moins négatif que prévu, mais négatif tout de même, le pire est devant nous. Les près de 140 000 emplois déjà détruits en France ne sont qu’une première « adaptation » qui annonce un mouvement encore plus violent. Pour Heyer le chômage va continuer à s’accroitre jusqu’à la fin 2010 dépassant probablement les 11% en entraînant, je cite, pour les ménages une « situation qui ira en s’aggravant ». L’économiste de l’OFCE annonce donc des jours encore plus noirs, fait l’analyse que le pari du gouvernement français est en passe d’être perdu et que la crise actuelle va se globaliser encore plus, les pays émergents ne pouvant restés déconnectés de la récession généralisée.
Attaquer ainsi la semaine, qui plus est après la déroute de Patricia Kaas, est, j’en conviens difficile. Fort heureusement il nous reste toujours les sourires de Roselyne Bachelot, de Bernard Laporte et de Jean-Louis Borloo.

Lyon, le 18 mai 2009.

20/04/2009

Ouf !

mille-feuilles.jpgOuf, plus que cinq ou six mois et la crise sera derrière nous. Cela faisait plusieurs semaines que le Figaro, l’organe officiel de l’optimisme français, nous en parlait, maintenant le pronostic se généralise et c’est tant mieux. D’ailleurs il y a des choses qui ne trompent pas. A voir comment David Pujadas positive sur « La France qui gagne » est la preuve évidente que l’on souhaite nous préparer à cette issue favorable que la plupart des Français refusent encore. Complètement intoxiqué par des péripéties comme Caterpillar, Continental, Sony ou Mittal notre pauvre pays résiste à l’évidence alors qu’il n’existe pas un seul jour que Dieu fasse sans que Madame Lagarde annonce des jours meilleurs. Vous qui demeurez des lecteurs informés de ce blog et de bien d’autres vous le savez. La reprise va se situer entre la fin 2009 et le début 2010. Trichet et DSK l’ont dit et face à ce mur d’incompréhension un nouvel indice a été proposé par certains médias. La pâtisserie Holder, située dans le bon village de la Loupe en Eure-et-Loir, bien connue pour la qualité paraît-il remarquable de son mille-feuille. Ce pâtissier a en effet constaté une augmentation des ventes de son gâteau pendant les fêtes de Pâques, signe cette fois-ci incontestable d’un regain de désir de consommation et d’un optimisme retrouvé.

A ceux qui douteraient que la crise puisse être en passe d’être derrière nous, je conseille, afin de faire appel à de véritables indicateurs économiques fiables, de prendre régulièrement contact avec la pâtisserie Holder afin de vérifier, par eux-mêmes, la réalité de cette sortie de crise. Je leur propose donc de joindre, courant juin, cette « pâtisserie-étalon » afin de mesurer les ventes de pièces-montées, juin rappelons-le, étant le mois des communions et des mariages. Même opération cette fois-ci aux alentours du 15 août car il serait désespérant que pour la fête de Marie le mille-feuille ne décolle pas chez Holder à moins de quatre mois de la fin de la crise. La dernière vague destinée à évaluer « l’indice Holder de fin de crise » se situera bien entendu pendant la trêve des confiseurs en prenant comme produit de référence la célèbre bûche de Noël. Les plus obtus pourront effectuer une ultime mesure au cours de la première semaine de janvier 2009 afin de constater que la galette des Rois part comme des petits pains.

D’après mes calculs, aux alentours du 15 janvier, Monsieur Holder devrait être pété de thunes et sa boutique mise en vente, notre futur prix Nobel d’Economie étant en passe de terminer sa vie aux bords des plages paradisiaques de l’Ile Maurice ou de Cancun.

Elle est pas belle la sortie de crise ?

Lyon, le 20 avril 2009.

17/04/2009

L'usine à rêve

hollywood.jpgPlus la crise se développe, plus les gens vont au cinéma. Telle est la conclusion assez générale des professionnels du Septième Art qui constatent, ici comme aux Etats-Unis, une augmentation sensible du nombre d’entrées en salles.

Les Sophie Marceau, Brad Pitt, Will Smith, Jim Carrey et Di Caprio seraient donc les nouveaux anti-dépresseurs des temps modernes, le dernier moyen pour oublier un quotidien qui se délite. La salle obscure, plus efficace et surtout moins chère que le cabinet du psy, serait donc en passe de redevenir une sorte de dispensaire des âmes, le moyen de rêver en couleur pour échapper à la grisaille.

L’intéressant dans cette affaire est que le phénomène est mondial. De Bombay à Tokyo, de Los Angeles à Strasbourg on constate la même tendance. Malgré d’ailleurs l’augmentation du prix du ticket moyen, les spectateurs se ruent au cinoche. Selon les historiens la tendance actuelle s’est déjà vérifiée lors de la grande crise économique de 1929. A l’époque, le public cherchait également à se changer les idées. D’ailleurs, comme aujourd’hui, le choix du spectateur se tournait  vers le divertissement mais pas uniquement. Les films dits « sérieux », voire même plus austères, permettant une sorte de meilleure compréhension du monde, tiraient leur épingle du jeu.

Je sais bien que certains, en lisant ce sympathique billet, se diront que le cinéma est le nouvel opium du peuple. Une manière de détourner les masses laborieuses de leur objectif historique. Une énième façon de rejouer l’endormissement du peuple. Ce qui me frappe par les temps actuels c’est surtout la réaction de certains « professionnels de la profession », comme le disait Godard, qui à l’annonce de cette embellie poussent déjà des cris d’horreurs. En vérité le tempo vient d’arriver d’Hollywood et plus particulièrement de la « Motion Picture Association of America » une côterie de lobbyistes qui nous dit que derrière ce nouvel engouement pour le cinéma une chose particulièrement terrible se joue, je cite, « donner encore plus envie aux gens de télécharger illégalement les films et d’acheter des DVD trafiqués ». Dan Glickman, le boss de cette association, déclarait même au Figaro, « il est urgent que chaque gouvernement légifère. C’est une priorité absolue ».

Je le savais bien. Derrière l’usine à rêve il y a toujours un cauchemar.

Hautes-Pyrénées, le 17 avril 2009

Photo:DR

03/04/2009

Unification

Articl2.jpgLes élections professionnelles qui se sont déroulées à la SNCF la semaine passée méritent quelques commentaires. En demeurant une force majeure de l’offre syndicale, la CGT, en flirtant avec les 40%, s’impose comme incontournable. Se hissant à la deuxième place l’UNSA effectue une bonne progression de l’ordre de 4%. Quant à Sud-Rail, le meilleur ennemi du Président, il enregistre une hausse de plus de 2,5%. Pour le reste la balkanisation continue, la CFDT en dépassant les 12,5% ne bouge pour ainsi dire pas, F.O. en approchant les 8% est en progression alors que la CFTC régresse. Il convient de ne surtout pas tirer de ce scrutin des conclusions allant au-delà de la stricte SNCF mais il n’empêche que ces résultats devraient conduire celles et ceux qui se sentent concernés par le paysage syndical français à réfléchir à une situation et un contexte qui risquent d’être pesants dans les temps actuels.

L’unité syndicale qui s’est imposée lors des récentes mobilisations nationales et qui est à l’ordre du jour pour les manifestations du 1er mai, mériterait quelques prolongements, au moins au plan de la réflexion. S’il convient de s’interroger sur la trajectoire du syndicat Sud qui, pour l’essentiel, prospère sur des défaites qu’il est souvent le premier à initier, pour le reste, compte tenu de la profondeur de la crise et de la modeste syndicalisation enregistrées dans le pays, il serait souhaitable que ce renouveau d’unité puisse déboucher sur un débat reposant la question de l’unification syndicale. Même si souvent les boutiques et leurs boutiquiers n’ont pas véritablement intérêt à se lancer dans une telle perspective, je ne suis pas loin de penser, car la situation l’exige, que le renouveau syndical et donc la capacité des salariés à mieux résister, ne peut que passer par une telle étape. Ne soyons pas naïfs, CGT, CFDT, FSU, FO et UNSA sont loin, et leur silence l’atteste, de poser devant les français cette question passée par dessus-bord depuis des lustres. Il n’empêche qu’il serait opportun, au delà de leurs parts respectives du marché syndical, de leur reposer la question histoire de les mettre en face de leurs responsabilités sous le regard d’un pays en proie à une crise terrible.

Lyon, le 3 avril 2009

Photo: DR

19/03/2009

Saumon

saumon3.jpgJadis, il y avait la « vie en rose ». Aujourd’hui, c’est presque une évidence, il y a la vie « en saumon ». A celles et ceux qui éprouvent ce sentiment étrange que tout va mal, je suggère la lecture quotidienne des pages économiques du Figaro, les célèbres pages saumon, qui s’avèrent, par ces temps difficiles, un véritable passeport pour le paradis.

Prenez la question de la crise. Inutile de flipper, d’avoir le spleen ou la peur du lendemain. En lisant, ne serait-ce que les titres du quotidien, vous vous rendrez compte que l’issue est une question de mois. On nous annonce en effet tranquillement dans l’édition de mardi « Le rebond fin 2009 » ou bien « La reprise début 2010 » à deux pages d’écart. Pas convaincu, le lecteur ne peut se mettre qu’à planer quand, une page plus loin, on indique en format King-size que « La valeur de la France est estimée à 12 513 milliards d’euros ». Ouf ! se dit-on et en poursuivant le feuilletage du cahier économie on découvre toutes les bonnes nouvelles qui, au garde-à-vous, attendent le lecteur au coin de chaque page. L’engagement de la distribution à baisser les prix, les investissements de la RATP grâce au plan de relance, la baisse de la TVA pour la restauration sont autant d’éléments chargés de nous redonner un moral jusqu’ici en berne. Dans la vie couleur saumon, rassurez-vous, les mauvaises nouvelles existent aussi mais étant de la taille d’un timbre poste, on se dit qu’elles relèvent de l’anecdote au point que « Le plan de sauvegarde de l’emploi » (Sic !) de chez Amora, le conflit de Continental ou la hausse de l’inflation et du chômage dans la zone euro passent par pertes et profits pour Le Figaro.

Avec le rose saumon du Figaro, le rose-bonbon gouvernemental et le légendaire bleu horizon de l’UMP on peut se dire, qu’en ce printemps naissant, la France est sur le point de reprendre des couleurs. A se demander pourquoi les milliers de manifestants qui vont arpenter les rues de nos villes aujourd’hui ont tendance à voir le pays couleur « gris caserne ».

Lyon, le 19 mars 2009.

14/03/2009

L'Apocalypse selon Maffesoli

maffesoli.jpgLe Président Sarkozy l’a dit. Nous sommes au milieu d’une crise dont nul ne sait quand elle pourrait s’achever. Vous avez donc un bon bout de temps pour réfléchir à ce propos qui mériterait de figurer dans les « brèves de comptoir ».

En attendant, sans vouloir nécessairement trouver une réponse à l’énigme présidentielle, je vous conseille une lecture utile. Celle de la brochure de Michel Maffesoli intitulée « Apocalypse » et écrite, est-ce un signe, la nuit du 4 août 2008. Cette petite cinquantaine de pages titille neurones et estomac. Maffesoli attaque d’entrée en nous disant que nous sommes « au seuil d’une ère nouvelle » et qu’il « est vain de vouloir rafistoler les idéologies élaborées au XVIII et XIX siècles, et dont nous fûmes, dans tous les sens du terme, irradiées. Oui, il faut bousculer les idées rancies, rejeter les analyses apprêtées et quelque peu maussades ». En bref, se « dessiller les yeux ».

S’interrogeant, entre autre sur le terme crise et « la grande confusion des esprits », Michel Maffesoli nous le dit tout net dès la page quinze, « l’époque attend sa propre apocalypse ». Après quelques propos sur le culte du présent et une savoureuse dégression sur le design et les objets, le philosophe nous dit que « l’époque a changé de peau » et après un bref passage du côté de chez Marx et du « mythe du progrès », c’est vers les tribus postmodernes qui n’ont « en général, que faire de la primauté du politique » que l’on nous entraîne. Quant aux professeurs et aux élites, notamment celles qui se cachent « derrière leurs barbes de trois jours », Maffesoli les considère comme des voyous.

Vous l’avez compris ce petit bouquin est hygiénique. Il fait du bien car il fait un peu mal là ou cela passe et même si je dois admettre qu’une seconde lecture appliquée s’impose à moi, je voulais vous en conseiller la fréquentation.

  • Michel Maffesoli, « Apocalypse », éditions du CNRS, 2009 – 4 euros

Lyon, le 14 mars 2009

 

09/12/2008

En attendant demain

medium_313780.jpg« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain », c’est cette formule éculée, attribuée à Willy Brand, qu’ a osé ressortir Alain Minc sur le plateau de Serge Moati dimanche lors de l’émission « ripostes » sur la Cinq et ce pour justifier le plan de anti-crise de Sarkozy qui privilégie les investissements plutôt que la relance par la consommation. Ce « monsieur je sais tout » qui met sa gouaille plus que son savoir au service des puissants du pays, tous proches du président de la République, se foutait une fois encore de nous. Si cette formule, prononcée dans les années soixante dix avait eu un effet il y a bien longtemps que l’on n'aurait plus de problèmes d’emploi tant les profits ont surfé sur les sommets depuis ce temps là. Mais les profits, c’est bien connu, y compris d’Alain Minc, profitent par nature à ceux qui les réalisent lesquels ne situent pas dans le camp de ceux qui partagent.

Dès lors la relance Sarkozy aura le même effet que les autres ; elle permettra à ceux qui ont joué avec l’argent des autres de refaire leur pactole. D’ailleurs les premiers exemples pointent à l’horizon. Ainsi un groupe de banques dont Daxia, la Caisse d’Epargne et le Crédit Agricole, toutes recapitalisées par l’état, ne se sont partagé que la moitié des prêts locatifs sociaux attribués par le gouvernement. Hic politique ces crédits devaient servir à racheter les logements programmés mais pas construits tel que le souhaitait Nicolas Sarkozy pour donner un coup de pouce au bâtiment en particulier. Voilà donc un volet de la relance qui démarre mal. L’explication de cette frilosité nous est donnée par le secrétaire général de la Caisse des Dépôts (un expert) : « ce secteur (du logement social) n’intéresse pas les banques, elles préfèrent faire du logement à loyer libre où elles obtiennent de meilleurs rendements ». Des profits d’aujourd’hui donc qui ne serviront pas plus à la relance qu’ à l’emploi de demain et qui révèle la supercherie de Minc.

Quant au plan de Sarkozy il ne s’annonce pas sous les meilleures auspices. D’ailleurs son conseiller spécial Henri Gauino craint une révolte des classes moyennes qui vont être touchées de plein fouet par la crise. Aussi il veut donner des signes de moralisation du capitalisme, lui au moins il est sûr d’avoir du travail pour longtemps.

Philippe Dibilio

Lyon, le 9 décembre 2008.

DR

 
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