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16/11/2010

France des années 2020. Roman d'anticipation

carte_elections_2e_tour.jpgNous sommes le 1er février 2020. J'ai bientôt 40 ans, plus que 30 ans avant de pouvoir prendre ma retraite.

Hier soir à la télévision, le président Strauss-Kahn, âgé de 71 ans, a d'ores et déjà annoncé qu'il ne briguerait pas un troisième mandat, laissant ainsi les mains libres à son premier ministre, Arnaud Montebourg, pour être candidat aux présidentielles de 2022. Jean-François Copé, avocat fiscaliste aujourd'hui retiré de la vie politique depuis son score croupion aux élections présidentielles de 2017- surclassant de quelques milliers de voix seulement celui de Gaston Defferre en 1969 - n'a pas souhaité réagir à cette annonce. Xavier Bertrand, assureur militant, a déclaré "être disponible afin de mettre fin à la politique du gouvernement socialo--modemo-écologiste qui a ruiné la France depuis 2012". Toutefois, les travaux de la commission d'enquête "Droit d'inventaire après Kärcher" risquent d'entraver derechef les ambitions du conseiller territorial de Picardie, le président de ladite commission, le député-maire d'Antony Alain Morvan, ayant déjà annoncé qu'il envisageait de l'auditionner "à toutes fins utiles" d'ici la fin de l'année.

Beaucoup de départ en retraite à droite et au centre. Jean-Louis Borloo a quitté tous ses mandats électifs pour prendre la tête de la Fondation "France-Six Roses". Brice Hortefeux, sénateur-maire de Vichy, a été déclaré inéligible pour sa énième déclaration sur les auvergnats. Voilà qui devrait renvoyer aux oubliettes la proposition de rétablissement de la peine de mort pour les français naturalisés depuis moins de dix ans. Christine Lagarde est annoncée à la présidence du FMI tandis que Dominique de Villepin a remplacé à la tête du Conseil Constitutionnel Jean Sarkozy, fraichement licencié en droit après huit années de dur labeur et nommé à cette fonction le dernier jour du mandat de son père. Xavier Darcos a été quant à lui élu nouveau secrétaire perpétuel de l'Académie Française après la modification du règlement de 1635 qui interdisait, jusqu'à présent, d'être membre de la Compagnie immortelle à ceux qui ne maitrisaient pas totalement la règle de trois et le passé antérieur. Ces nouvelles dispositions sont de nature à susciter quantités de vocations, à l'instar de Frédéric Lefebvre,maire d'Issy-les-Moulineaux depuis l'épectase de Santini, auteur du célèbre "J'ai été sarkozyste : itinéraire d'un malgré-nous" et à qui il tarde de remplacer le joyau toujours vert Valéry Giscard d'Estaing au fauteuil n°16 jadis "Occupé" par Charles Maurras.

A gauche, quelques nouveautés. Ségolène Royal, ministre de l'Intérieur et de la Fra-ter-ni-té, a soulevé un tollé lors du débat sur la loi portant création d'internats militaires pour les jeunes en difficulté. Gérard Collomb, maire de Lyon depuis 19 ans en campagne pour son 4ème mandat, actuellement ministre de l'aménagement du territoire, espère que l'OL, désormais présidé par Olivier Faron, remontera en CFA 2 dès cette saison. Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, ministres d'ouverture du gouvernement Montebourg, ne cachent plus leurs divergences de plus en plus fortes avec le président Strauss-Kahn. Jean-Luc Mélenchon aurait rédigé, sans l'envoyer, sa douzième lettre de démission. Bruno Julliard, ministre de l'Education Nationale, a déclaré penser à la Mairie de Paris "en se rasant le matin".

Nouvelle polémique sur l'île d'Yeu depuis que Eric Besson, qu'on aurait aperçu aux bras de sa femme Marine en Amérique du Sud, a fait discrètement fleurir la tombe de son beau-père ainsi que celle de son voisin de tranchée.

Au Sénat, il y a néanmoins fort à craindre d'un basculement à droite de la haute assemblée lors du renouvellement de septembre. Michel Mercier, ancien garde Sceaux et désormais benjamin du Palais du Luxembourg, fait figure de favori pour succéder à Laurent Fabius au perchoir sénatorial. Il faut dire que le projet de loi portant interdiction impérative du cumul des mandats a réveillé, en pleine sieste et en plein gigot, quantités de barons sur lesquels, vous l'imaginez bien, l'étique Mercier ne manquera pas de surfer à la vitesse du Rhône Express fondant sur Saint Exupéry.

A Corbeil-Essonnes, le toujours fringant Serge Dassault, 95 ans, a dû se résoudre à ne pas se succéder à lui-même et convoiter le suffrages des électeurs, vivants ou morts, une décision souveraine du conseil constitutionnel ayant établi que le risque d'énurésie était incompatible avec l'exercice d'une fonction élective, notamment en ce que "la présence ininterrompue d'infirmières au cours des séances du conseil municipal pouvait être de nature à empêcher la bonne tenue des débats".

Michel Sardou a sorti son dernier album, "Nicolas, reviens, ils sont devenus fous". Carla Bruni vient d'épouser en huitièmes noces Silvio Berlusconi.

Il est huit heures, mon réveil sonne. Nous sommes le 16 novembre 2010. François Fillon est toujours Premier Ministre et Frédéric Lefebvre est membre du gouvernement. Pour atténuer cette légitime torpeur matinale, on m'apprend que le préfet Gérault a glissé à un poste parisien. J'ai repris deux fois des moules.

A la semaine prochaine

Stéphane Nivet

21/04/2010

À la niche !

Copéniche.jpgChaque chien a sa niche. C’est son repaire à lui. Tous les toutouphiles vous le diront, le chien aime la présence des personnes de SA famille et apprécie que SA niche soit près d’elle. Tous savent aussi qu’il faut éviter d’exciter le toutou lorsqu’il s’agit de sa niche. Il déteste ça. Surtout quand on lui a confié le rôle de gardien de la maison. S’il s’agit de construire la niche, se souvenir qu’elle doit lui ressembler. Conséquence immédiate – si le chien est suffisamment savant et dressé – faites la lui construire lui-même. S’il ne le fait pas pour son propre usage, il le fera pour ses compagnons.

J’en connais un, très propret sur lui, très belles dents, très photogénique qui l’a fait. Si, si ! Il faut dire qu’il a passé quelques temps dans une niche déposée et consignée, nourri aux croquettes Dexia et qu’il a déjà officié, poils noirs brillants et discrète collerette blanche, très affairé dans l’une des plus belles niches de France avant d’être un des cabots les plus médiatisés du monde politique.

La niche de Copé est un os à 22 milliards… Dans le chenil gouvernemental, ça fait tache.

Songez donc : en trois ans elle a coûté à elle seule le tiers du prix de toutes les niches de France. Si vous traduisez en langage wouah-wouah sa notice de montage, c’est assez compliqué. En traduction simplifiée : si une société (pas forcément canine) fait une plus-value en vendant une de ses filiales ou des titres de participation qu’elle détient depuis plus de deux ans, on lui fait cadeau de son impôt sur les sociétés. Tous les cadors de Bercy ont juré que cela allait faire venir plein d’entreprises (soi dit en passant grâce à un dumping fiscal pas très pro-européen) dans notre beau pays.

Du monde il y en a eu. Personne ne sait s’il est venu s’installer, mais ce qui est sûr c’est que, parmi les principaux bénéficiaires, figurent des fonds d’investissement spécialisés dans les opérations de rachat et de revente rapide d’entreprise achetées par endettement (en langage canin cela s’appelle des opérations de LBO) qui de toute façon auraient réalisé leurs opérations, souvent de destruction sociale. Et c’est double bingo pour Bolloré, Lagardère, Danone, Suez et autres fonds type PAI Partners et banques diverses. Pas pour des PME ni des TPE. Pas pour des start-up. Pas pour des chefs d’entreprise que la collectivité pourrait légitimement aider. Mais pour des boîtes déjà, heureusement, bien profitables. Rien que pour Danone, l’os donné en cadeau a été d’un demi milliard d’impôt qu’elle aurait dû payer si Copé n’avait pas construit sa belle niche. 

Dans le même temps, Copé en bel animal libéré et libéral, continue à aboyer ; à belles dents, il a détruit la petite niche des accidentés du travail. Gain net selon le cabot : 120 millions d’euros.

Jean-Paul Schmitt

01/02/2010

Soyez stupides !

Diesel4-300x147.jpg« Soyez stupides », telle est la nouvelle campagne publicitaire de la marque de vêtements Diesel. Une communication déclinée à l’envie dans le « Next » de samedi, sur bien des modes mais sur un ton assez unique.

« Nous sommes du côté des stupides », « Les intellos ont le cerveau. Les stupides ont des couilles » nous disent les jeans italiens qui pensent. « Les intellos critiquent. Les stupides créent », « Les intellos écoutent leur tête. Les stupides écoutent leur cœur » rajoutent nos philosophes vénitiens qui, peut-être même sans trop le mesurer, tutoient le pur génie en particulier en écrivant, « Les stupides échouent. Les intellos n’essayent même pas » ou « Seuls les stupides peuvent vraiment être brillants ».

Remplacez comme il vous plaira, intellos par technos, toiseurs, poseurs, par bureaucrate ou commentateur, voire même en utilisant quelques mots ou expressions qu’une bonne éducation réprime, et vous découvrirez que les petites maximes cheaps des fils de pub de chez Diesel valent les bons sentiments qui s’échangent entre Fabius et Frêche, l’inconstance de Manuel Valls, les haines tenaces entre Villepin et Sarko, les mots-doux que s’expédient Raoult et Copé.

Bonne journée et sachez rester stupide en toute circonstance.

Lyon, le 1er février 2010.

08/01/2010

Fin d’une illusion

philippe_seguin-d2.jpgAvec la participation de Philippe Séguin sonne la fin définitive de cette illusion qui perdurait, on ne sait trop pourquoi, dans la vie politique française, je veux parler du gaullisme. Même s’il n’aimait pas que l’on puisse le qualifier de droite, Philippe Séguin était avant tout un « baby Chirac » mais probablement homme à s’amuser du fait que certains commentateurs parlent de « séguinisme ».

Quand on connaît la trajectoire de Fillon et Guaino, le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Séguin, c’est bien entendu de réaffirmer que le « Séguinisme » n’existait pas.

Séguin, lui, par contre, existait et si on ne peut être qu’attristé pas sa disparition nous aussi constater qu’une parenthèse se ferme. Une période où certaines personnalités de la droite française pouvaient incarner une « sensibilité sociale », une volonté républicaine clairement affirmée et revendiquée et le goût de l’intérêt public.

Philippe Séguin disparaissant, le paysage est définitivement dégagé pour laisser la place nette aux clones de Sarkozy et à tel ou tel chou-chou du Président, à un Copé carnassier ou à l’esbroufe d’un Villepin gonflé d’orgueil. On m’objectera que Philippe Séguin n’était pas le dernier des gaullistes puisque Chirac et Pasqua sont encore de ce monde. Même si nous devons souhaiter une longue vie à ces deux-là, constatons tout d’abord que ce duo fondateur du RPR n’est plus dans ce monde politique qu’il pâturait depuis des décennies mais surtout que leur certificat de gaullisme n’est que de complaisance.

Séguin s’en allant, un point de non retour est atteint par la droite française et ne me dites pas que les Sarkozy Copé, Chatel, Bertrand ou autres Fillon peuvent se prévaloir de l’héritage de Séguin et du gaullisme même si, dans les jours qui s’annoncent, ils s’efforceront tous de nous faire croire le contraire.

Lyon, le 8 janvier 2010.

Photo: DR

 
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