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02/03/2010

Crise de nerfs

C’est une histoire aussi saisissante que vraie que m’a racontée l’autre jour Hélène Geoffroy, conseillère générale socialiste de Vaulx en Velin. Lors d’une assemblée générale des salariés de l’entreprise Florence et Peillon, une entreprise industrielle en difficulté, mais c’est là aujourd’hui un pléonasme tant le monde de la finance soutenu par le gouvernement a pris le pas sur l’industrie malgré les discours toujours ronflants de Sarkozy.

Lors de cette assemblée générale on annonçait la liste des personnes licenciées. Soudain l’une des salariés est prise d’une violente crise de nerfs et doit être conduite d’urgence à l’hôpital. C’est le choc de la perte de son emploi pense-t-on alors. Et bien non c’est parce qu’elle n’est PAS sur la liste des licenciés que cette personne a craqué. Voila bien une situation qui interpelle sérieusement. On peut d’ailleurs la rapprocher de l’action de ces travailleurs de Meyzieu qui ont retenu leur direction non pour maintenir leur emploi mais pour obtenir une prime supra légale de licenciement. Ainsi donc les salariés ont aujourd’hui intégré le déclin de l’activité et ne posent plus vraiment dans une perspective inverse. Dès lors le montant de la prime de licenciement devient l’objet principal des luttes du désespoir. Le « no future » est entré dans les mœurs. Derrière cela il y l’endettement des familles qui, avec cette prime, effacent pour un temps l’ardoise ; quant à demain on verra bien, on fera avec. Voila qui modifie complètement l’approche des luttes sociales aujourd’hui et il n’est pas étonnant que les actions pour des hausses de salaires reviennent plus fort à l’ordre du jour.

Voila qui doit aussi amener le monde syndical et la gauche à se pencher sur le problème et à proposer des issues totalement revisitées aux conflits sociaux. Quant aux perspectives politiques elles ne pourront pas se résumer à des propositions économiques construites au tableau noir par quelques experts fussent ils internationaux. La situation exige au contraire un vrai travail de fond qui passe par une analyse approfondie de ce qui fait craquer une salariée parce qu’elle n’est pas licenciée.

Philippe Dibilio

08/10/2009

Hortesson et Beffeux

eric-besson.jpgOn se souvient, il y a quelques semaines, ayant invité les télévisions à venir l’interroger à New-York, Nicolas Sarkozy avait expliqué que l’heure de savoir s’il devait se représenter pour un second mandat était loin d’être venue. Pire la chose paraissait incongrue à notre président tant les tâches l’attendant pour l’avenir de la planète et du pays étaient immenses.

Hier, dans le Figaro, c’était donc « à titre personnel » que Claude Guéant, le faisant-fonction de premier ministre auprès du Président, exprimait son désir de deuxième mandat. Ça tombe bien car les grands préparatifs pour le renouvellement du mandat sont d’ores et déjà lancés. Côté logistique politique, la messe est dite, et c’est autour d’un périmètre qui va de l’UMP à de Villiers que s’organise la majorité. Coté thématiques, il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir qu’avec l’immigration et la sécurité on prépare la tambouille. Adieu déficit public. Ciao chômage et misère. Bye-bye la crise. Pour Sarkozy il s’agit de reprendre les standards, ceux qui ne déçoivent jamais.

Il va y avoir du sang et des larmes, de la peur et du stress dans l’électorat. Pour mettre en musique cette symphonie pathétique, deux chefs sont pressentis. Hortefeux et Besson qui travaillent actuellement tous les deux leur image. D’ailleurs le second bénéficie depuis quelques jours d’une couverture médiatique hors du commun. Il faut dire que commence à suinter l’idée que l’un de ces deux cerbères présidentiels devrait être le futur premier ministre capable de conduire à la victoire Nicolas Sarkozy pour un deuxième mandat.

En attendant « Le traitre » multiplie les exactions. Il nettoie la jungle, veut expédier les Afghans à domicile. Besson le félon, l’homme qui a éclaté de rire la dernière fois qu’il s’est brûlé est sur orbite. L’homme qui en deux ans est devenu Ministre et n°3 de l’UMP a-t-il pour autant une tronche de locataire de Matignon ? Allez-savoir ! De toute façon c’est Sarkozy qui décide.

Lyon, le 8 octobre 2009.

 

Taisez-vous !

Porte parole de la direction du Parti Socialiste, il est clair que Benoît Hamon n’avait pas à mêler notre Parti aux propos de Marine Le Pen relatifs à un livre de Frédéric Mitterrand paru il y a maintenant quatre ans. Si on écoute bien un de ses amis, Razzy Hamadi, quant à lui Secrétaire National en charge du service public (!), les commentaires livrés par le Porte parole se justifient par le simple fait de ne pas « Laisser ce terrain au Front National ». Martine Aubry doit faire taire ces deux-là.

Photo:DR

16/09/2009

Camdessus, CROM à tout faire de Sarkozy.

Camdessus au contrôle.jpgEn mai dernier, je maugréais contre Parisot et Bébéar. La patronne du MEDEF, suite à une demande du gouvernement – ou à une de ses innombrables opérations de communication – venait de lui confier une mission de salubrité publique : « Veiller à ce que les dirigeants mandataires sociaux mettant en œuvre un plan social de grande ampleur ou recourant massivement au chômage partiel reconsidèrent l’ensemble de leur rémunération ». Bigre !

Claude Bébéar, un gagneur, un connaisseur. Incontestable. La première couche n’est pas encore sèche que l’on étale déjà la seconde.

Voici Michel Camdessus officiellement investi d’une mission d’analyse des rémunérations au sein des banques ayant reçu une aide publique en fonds propres : le CROM, Contrôleur des Rémunérations des Opérateurs de Marché, est né.

Alléluia ! Nous serons sauvés par l’ancien directeur général du FMI. Un vrai libéral, au sens économique et surtout financier du terme. La politique que le FMI a menée sous son règne a eu les effets paradisiaques que l’on connaît pour les peuples. Ceux de l’Argentine, du Mexique, de la Thaïlande, ou d’Indonésie, pour ne citer que ceux-là, s’en souviennent rendant grâce.

Confiance à celui qui déclarait « la libéralisation financière a mauvaise réputation, mais elle demeure le but final correct ». À défaut d’être totalement crédible en matière sociale, c’est un connaisseur en matière d’équilibre budgétaire et comptable. C’est lui que Nicolas Sarkozy avait mis à la tête de la société de refinancement créée dans le cadre de son plan d’aide au secteur financier.

C’était déjà à lui qu’en mai 2004, Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’économie et des finances, avait demandé des propositions sur « ce qui est bon pour la France ». Ce fameux rapport Camdessus dont il déclarait faire « son livre de chevet ». Un rapport regorgeant de recommandations si joliment libérales et si gentiment noyées dans une sémantique humaniste - l’homme est aussi membre du conseil pontifical Justice et paix. Un rapport qui estimait alors, entre autres, que le contrat de travail à durée indéterminée empêchait les entreprises « de se séparer du salarié qui ne leur convient plus » ; que le salaire minimum semblait « avoir joué contre l’emploi des personnes non qualifiées » ; que la fonction publique n’était pas assez « agilisée » ; fustigeant les 35 heures et estimant que « les Français ne travaillaient pas assez », étaient trop assistés…

Un livre de chevet pour le candidat Sarkozy selon les propres dires du futur président et aussi une manne pour le MEDEF. Voici donc Michel Camdessus officiellement nommé CROM. Mais sans pouvoir de sanction. Ouf !…

Jean-Paul Schmitt

18/05/2009

Nouvelles du futur

courbe.gifIl y a une poignée de semaines, ils s’étaient tous passés le mot, « la fin de la crise » se profilait au terme de 2009 et au pire au début de 2010. Depuis, ceux qui s’acharnent à détruire avec application le fameux « modèle social français » depuis des années s’efforcent désormais de dire à qui veut bien l’entendre que le modèle en question serait le facteur explicatif du fait que « la France tient le coup ».
Dans le lot, il y en a un qui est en passe de devenir le meilleur agent d’ambiance du libéralisme avancé, c’est le Directeur Général de l’agence Global Equities. Il s’appelle Marc Touati et les médias sont particulièrement assoiffés de son crédo. Touati est donc à la manœuvre. Il explique par exemple que la progression de la consommation en France empêche l’effondrement de l’économie, que nous sommes « les moins mauvais élèves de la zone euro » prédisant illico, notez-le bien, non pas une reprise, mais un rebond au troisième trimestre 2009. D’ici quelques temps, en vérité, vous verrez que ceux qui comme Touati, parlaient de reprise hier et de rebond aujourd’hui finiront bien par nous indiquer demain que nous pouvons attendre, pour le 1er trimestre 2010 « l’ouverture d’une séquence pouvant déboucher au printemps prochain sur une phase initiale permettant d’entrevoir un premier rebond au terme de l’été 2010 qui pourrait être le prélude à l’émergence des premiers indicateurs favorables à la reprise qui aurait de bonnes chances d’arriver au cours de l’hiver 2011 ».
Passons donc à des analyses plus sérieuses. Elles étaient exposées dans Le Libération du weekend par Eric Heyer, un des responsables de la prévision à l’OFCE. En résumé, que disait Heyer ?
Tout en admettant que le prochain trimestre pourrait être moins négatif que prévu, mais négatif tout de même, le pire est devant nous. Les près de 140 000 emplois déjà détruits en France ne sont qu’une première « adaptation » qui annonce un mouvement encore plus violent. Pour Heyer le chômage va continuer à s’accroitre jusqu’à la fin 2010 dépassant probablement les 11% en entraînant, je cite, pour les ménages une « situation qui ira en s’aggravant ». L’économiste de l’OFCE annonce donc des jours encore plus noirs, fait l’analyse que le pari du gouvernement français est en passe d’être perdu et que la crise actuelle va se globaliser encore plus, les pays émergents ne pouvant restés déconnectés de la récession généralisée.
Attaquer ainsi la semaine, qui plus est après la déroute de Patricia Kaas, est, j’en conviens difficile. Fort heureusement il nous reste toujours les sourires de Roselyne Bachelot, de Bernard Laporte et de Jean-Louis Borloo.

Lyon, le 18 mai 2009.

09/12/2008

En attendant demain

medium_313780.jpg« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain », c’est cette formule éculée, attribuée à Willy Brand, qu’ a osé ressortir Alain Minc sur le plateau de Serge Moati dimanche lors de l’émission « ripostes » sur la Cinq et ce pour justifier le plan de anti-crise de Sarkozy qui privilégie les investissements plutôt que la relance par la consommation. Ce « monsieur je sais tout » qui met sa gouaille plus que son savoir au service des puissants du pays, tous proches du président de la République, se foutait une fois encore de nous. Si cette formule, prononcée dans les années soixante dix avait eu un effet il y a bien longtemps que l’on n'aurait plus de problèmes d’emploi tant les profits ont surfé sur les sommets depuis ce temps là. Mais les profits, c’est bien connu, y compris d’Alain Minc, profitent par nature à ceux qui les réalisent lesquels ne situent pas dans le camp de ceux qui partagent.

Dès lors la relance Sarkozy aura le même effet que les autres ; elle permettra à ceux qui ont joué avec l’argent des autres de refaire leur pactole. D’ailleurs les premiers exemples pointent à l’horizon. Ainsi un groupe de banques dont Daxia, la Caisse d’Epargne et le Crédit Agricole, toutes recapitalisées par l’état, ne se sont partagé que la moitié des prêts locatifs sociaux attribués par le gouvernement. Hic politique ces crédits devaient servir à racheter les logements programmés mais pas construits tel que le souhaitait Nicolas Sarkozy pour donner un coup de pouce au bâtiment en particulier. Voilà donc un volet de la relance qui démarre mal. L’explication de cette frilosité nous est donnée par le secrétaire général de la Caisse des Dépôts (un expert) : « ce secteur (du logement social) n’intéresse pas les banques, elles préfèrent faire du logement à loyer libre où elles obtiennent de meilleurs rendements ». Des profits d’aujourd’hui donc qui ne serviront pas plus à la relance qu’ à l’emploi de demain et qui révèle la supercherie de Minc.

Quant au plan de Sarkozy il ne s’annonce pas sous les meilleures auspices. D’ailleurs son conseiller spécial Henri Gauino craint une révolte des classes moyennes qui vont être touchées de plein fouet par la crise. Aussi il veut donner des signes de moralisation du capitalisme, lui au moins il est sûr d’avoir du travail pour longtemps.

Philippe Dibilio

Lyon, le 9 décembre 2008.

DR

 
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