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19/11/2010

Irrespirable ?

ra_94.jpgC'est Denis Lafay, le directeur de la rédaction d'Acteurs de l'Economie qui rapporte dans le tout récent et dernier numéro de sa revue les propos d'un industriel concernant la guerre qui se mène pour le contrôle de la chambre de commerce. "Le climat dans la ville" nous dit le chef d'entreprise "est devenu irrespirable".

Denis Lafay n'est pas non plus le dernier à brosser un tableau préoccupant de l'ambiance qu'il croit être celle de Lyon alors que la CCI est en surchauffe électorale. "La gouvernance institutionnelle lyonnaise est lézardée" nous dit le journaliste. Pour illustrer son propos Denis Lafay indique que le "départ du Grand Lyon de Christophe Cizeron à l'été 2009, (le) remaniement du cabinet du Maire de Lyon, (le) flottement post-élections à la région, (les) rivalités des structures publiques internationales" comme la bataille consulaire actuellement à l'œuvre laisseront, précise le patron d'Acteurs de l'Economie, d'"irréversibles stigmates".

Contestable ou pas, dotée ou pas d'un trait trop dur, cette analyse est suffisamment nouvelle et inédite pour mériter l'attention qui convient. Même si de toute évidence les éléments de crise qui émergent ne convergent pas nécessairement notons qu'entre les coups qui volent bas ici, les contradictions motrices qui travaillent en profondeur là-bas ou les tendances centrifuges qui risquent de se manifester ailleurs en raison d'une gouvernance enivrée de solitude, les raisons de s'inquiéter sont bien réelles. Même si certains se rassureront en expliquant que Denis Lafay va un peu vite en besogne, force est de constater qu'un peu partout, respirer devient une épreuve. A suivre !

Lyon, le 19 novembre 2010.

21/10/2009

Cagnotte

CAGNOTTE2.jpgC’est finalement une idée du député socialiste Gaëtan Gorce qui va peut être permettre à Nicolas Sarkozy de se sortir de la polémique autour de la candidature de son fils à la présidence de l’EPAD. Vite reprise par le porte parole du gouvernement, Luc Chatel, la proposition consiste à ce que les représentants de l’Etat dans cet organisme public ne prennent pas part au vote. Ainsi, Jean Sarkozy sera élu (ou pas) par ses pairs et le soupçon d’une intervention de l’Elysée s’éloignera.

Une idée au demeurant intelligente qui en revanche met le représentant de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris au sein de l’EPAD dans une situation délicate. En effet, dans cette configuration il y aura 9 votants : 4 élus de droite, 4 élus de gauche et le représentant de la CCI. S’il ne votait pas avec la droite, ce qui est peu probable, Jean Sarkozy ne serait pas élu même en cas d’abstention car il perdrait au 3ème tour au bénéfice de l’age. Certes la présence en face de lui d’un candidat communiste, le maire de Nanterre, ne facilitera pas un vote de l’élu consulaire contre le fils de. On peut quand même imaginer les pressions que va subir ce brave homme avec un effet crescendo jusqu’au 4 décembre.

Quand au fond de cette affaire on peut entendre que l’age de Jean Sarkozy ne peut faire figure d’argument, quant à sa capacité à gérer l’EPAD je ne sais plus qui a très justement dit que l’organisme avait un directeur général et une équipe administrative suffisamment compétente pour assurer la continuité. Et puis on sait à Lyon depuis le cas de Thomas Collomb l’injustice qu’il y a lorsque l’on pénalise un fils au nom du père.

De mon point de vue le problème n’est pas là il se situe dans le fait que Jean Sarkozy élu il aura une influence majeure sur les décisions nécessaires au développement du quartier de la Défense et une capacité de pressions en tout genre sur les intervenants économiques et financiers. Et sur ce terrain on ne peut pas ne pas faire le lien entre le père et le fils, entre l’EPAD et l’Elysée. Or comme on peut l’imaginer le père sera candidat en 2012 et l’on a vu se constituer des cagnottes de campagne avec des outils moins performants. D’ailleurs ce n’est peut être pas un hasard si l’idée de désigner Jean Sarkozy pour ce poste vient du couple Balkany, des experts en la matière.

Philippe Dibilio

Photo:DR

04/06/2009

Sévère

mathiolon.jpgQu’il est sévère le portrait de Guy Mathiolon, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, que trace dans son dernier numéro le mensuel « Acteurs de l’Economie ». Sévère et peut-être annonciateur des nuages qui s’amoncellent sur le mariage du Medef et de la CGPME pour présider aux destinés de la CCI. Hormis son groupe, Serfim, considéré non sans raison comme une réussite qui lui doit beaucoup, tout ce qu’entreprend Guy Mathiolon serait suspect.

Homme aux multiples activités, au cœur de réseaux qu’il investit dans le théâtre des lieux de pouvoir lyonnais il serait à la poursuite d’un but que lui seul connaît si tant est qu’il existe. Mystérieux donc suspect ce qui pour l’auteur jette le doute sur tout ce que l’homme entreprend. Alors son action au LOU-rugby, à l’OL ou ailleurs sont frappées du sceau de l’intrigue. Quant à son action à la tête de la CCI, hier saluée elle devient désuète et inefficace. Car c’est bien ce statut de président qui est principalement visé par un étonnant tir croisé. Il est vrai que l’accord passé lors des dernières élections consulaires avait un goût étrange et une forte connotation tactique. En faisant liste commune les deux syndicats patronaux se mettaient d’accord pour que le Medef (Jean Paul Mauduy) préside la Chambre pendant trois ans puis la CGPME (Guy Mathiolon) prenait la suite les six années suivantes avant de rendre le poste pour trois ans au Medef. Bref cet accord sur deux mandats a évité une guerre fratricide mais pas les tensions.

Il est toujours difficile de vivre avec un fauteuil pour deux d’autant que dans le contexte actuel de crise ce n’est pas forcement le grand amour entre les patrons du CAC 40 et ceux des PME. Le Medef qui a présidé aux destinés de la CCI depuis des lustres laissant les grandes familles lyonnaises envoyer l’un de leur salarié assurer les mondanités à la présidence et les affaires au directeur général a eu du mal à voir un représentants des petits patrons prendre les choses en main avec un certain succès. D’ou la charge violente des ses hiérarques qui fustigent chez Mathiolon ce qu’ils appellent « le croisement excessif d’intérêts qui peut aboutir au conflit d’intérêts. La logique des copains qui peut déboucher sur celle des coquins ». Mais on n’est pas plus tendre de l’autre côté où François Turcas (président de la CGPME) dit de Mathiolon « qu’il se prend pour un empereur » et d’autres « qu’il paiera les erreurs stratégiques qu’il a commises et les aises qu’il a voulu prendre à l’égard de François Turcas ». En fait l’accord improbable en vigueur a laissé vivre un non dit qui voulait que les représentants de chaque syndicat s’imaginait présider par procuration et ramener le président au rang du Directeur Général d’hier. Alors au moment où s’annoncent les prochaines élections la tentation de revenir sur l’accord peut percer dans les esprits car il n’y a pas meilleure opportunité. Dès lors on sent que la tension monte. Et ce portrait risque d’ être le premier round d’un combat qui ne fait que commencer.

Philippe Dibilio

[EDIT JYS]: Hier, alors que la plouf économie allait imposer, sur le coup de 20h09, son concept à un monde en crise, j'en oubliais de vous indiquer que l'initiateur de ce mouvement, le plasticien Philippe Montcorgé, exposait à Lyon. Cette erreur est désormais réparée.

"Terre ploufique" de Philippe Moncorgé. Du 1er au 30 juin 2009. Gallerie Woallas, 32 rue Auguste Comte, Lyon 2ème arrondissement.

Photo: DR

14/11/2008

Métropolisation

small_ra_78.jpgMardi 11 novembre, Philippe Dibilio en parlait ici même fort bien. Le sujet fait rarement « La une » de la presse et pourtant il n’est pas sans importance. La réforme de la carte des Chambres de Commerce (CCI) va rentrer prochainement dans une phase active non sans poser des problèmes et provoquer des divisions. A Lyon les discussions sont tendues entre Guy Mathiolon, l’actuel patron de la CCI, un des promoteurs de l’idée de Métropolisation des Chambres de Commerce (avec Saint-Etienne, Roanne, Vienne) et les tenants, dans le sillage du gouvernement, d’une régionalisation pratiquement à marche-forcée qui produirait l’émergence d’une seule CCI Rhône-Alpine, éloignée en vérité de bien des territoires.
Cette idée de Métropolisation est d’autant intéressante que la CCI de Lille en a déjà fait un axe fort de son développement dès 2007 en assurant la fusion de celles d’Armentières, Hazebrouck, Douai, Lille et Saint-Omer. Cette grande première nordiste fait déjà de la CCI-Grand Lille la 5ème de France démontrant ainsi qu’une vision métropolitaine se situant au plus près de la dynamique des territoires pouvait être un atout gagnant.
Chacun le sait, les logiques métropolitaines sont porteuses d’avenir pour l’ensemble des entités qui composent leur territoire. De ce point de vue la position défendue, ici à Lyon, avec ses alter-ego de Saint-Etienne, par le Président Mathiolon mérite plus que de la considération, un véritable droit à l’expérimentation.
En vous indiquant dans la partie initiale de ce billet que la presse semblait bouder ce genre de débat je n’étais pas tout à fait dans le vrai puisque le mensuel « Acteurs de l’économie » consacre un dossier complet et de qualité à ce sujet nous livrant ainsi des éléments importants pour un débat qui dépasse celui des strictes CCI mais qui concerne l’ensemble des acteurs de la métropole lyonnaise et au premier chef l’ensemble de nos concitoyens.

  • • « Acteurs de l’économie », novembre 2008 - 4,50 Euros

Contact : www.acteursdeleconomie.com

Lyon, le 14 novembre 2008.

11/11/2008

Le retour de Colbert

20080823_124911.jpgLa réforme de la carte des Chambres de Commerce et d’Industrie en France fait l’objet d’un très intéressant dossier dans le dernier numéro d’Acteurs de l’Economie. Un dossier qui nous révèle les nouvelles intentions centralisatrices de l’Etat qui est à la manœuvre tout en laissant le président national des CCI faire le travail. En voulant, en effet, calquer le nombre de CCI sur le nombre de régions administratives et en leur donnant des pouvoirs étendus, Sarkozy et son gouvernement réaffirment leur penchant jacobiniste. Un penchant que l’on sent poindre avec plus de persistance en ces temps de crise. Ainsi va la volonté du président de reprendre en main la vie de la finance et de l’économie avec des méthodes dignes de Colbert lui-même. En témoigne la récente convocation des préfets et des trésoriers payeurs généraux à l’Elysée en vue de les renvoyer sur le terrain avec des directives impératives dignes de celles du grand intendant de Louis XIV. Dans le monde consulaire régional s’opposent donc les tenants de la réforme nationale qui fait de chaque CCI régionale l’interlocuteur officiel et leur donne une main mise sur des antennes locales sans structures ni budgets autonomes. Ce qui en fait des entités dotées d’un statut supérieur à celui d’une préfecture de Région. Face à cela Guy Mathiolon, président de la CCI de Lyon, avec ses collègues de Saint-Etienne et de Roanne en particuliers, a lancé l’idée d’une CCI « métropolitaine » épousant le schéma de la Région Urbaine de Lyon (de Vienne à Villefranche, de Bourg à Bourgoin, Saint Etienne et Roanne) et qui s’intégrerait dans un processus régional. Et ce débat est essentiel car aujourd’hui les régions n’avanceront que fortes de métropoles rayonnant en Europe et dans le monde en s’adossant à un potentiel économique et humain suffisant. Dès lors la métropolisation des CCI mais aussi celle des institutions représente un enjeu vital y compris pour les régions elles même. Car, comme le dit Guy Mathiolon : « que serait la Catalogne sans Barcelone ? »Dans cette confrontation, et ce n’est pas la moindre des surprises, François Turcas se pose en défenseur du projet national qui, selon lui, s’inscrit dans la perspective d’évolution des régions voulue par le gouvernement. Outre l’ambiguïté de ce positionnement qui tourne à l’affrontement entre le président de la CGPME et l’un de ses adhérents emblématique placé à la présidence de la CCI par les soins de François Turcas lui-même il faut dire que ce dernier analyse mal la situation. Car ce débat ne fait que préfigurer celui qu’auront les politiques sur les futures institutions régionales et locales. La question sera la même quant il s’agira de rationaliser les relations entre le conseil régional, les conseils généraux et les communautés de communes. Alors s’il est peut être un peu fort de dire comme Guy Mathiolon qu’il s’agit : « d’un combat des visionnaires contre des réactionnaires » le sujet est bien de savoir si après deux lois de décentralisation arrêtées en chemin au nom d’un réflexe centralisateur, pour le coup réellement réactionnaire, on va cette fois aller jusqu’au bout de la logique qui veut que le fait régional ne peut être que multipolaire. Autrement dit, admettre qu’une métropole lyonnaise confortée ne peut pas nuire à l’institution régionale dont le rôle sera essentiellement fédérateur. Alors autant fédérer des territoires pertinents et dynamiques, autant respecter des atavismes historiques comme ceux des Savoie et du Dauphiné, en vivant ensemble dans le cadre d’un développement coordonné. Le chantier certes est vaste et il est heureux que le président de la CCI de Lyon l’ait entamé. Les politiques feraient bien de s’y mettre aussi car c’est à l’ordre du jour.

Philippe Dibilio.

Lyon, le 11 novembre 2008.

 
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