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06/09/2010

Les chiffres et les lettres

eric_woerth_2.jpg?w=100&h=150On savait l’homme ami des chiffres. Avec sa bobine de comptable, Eric Woerth les manipulait comme personne. Ceux de l’Etat mais aussi ceux de l’UMP n’avaient guère de mystère pour lui. Depuis quelques semaines nous découvrons l’ancien ministre du budget sous un nouveau profil, celui d’homme de lettres. Ses échanges de missives avec De Maistre, l’ex patron de sa femme, sont en passe de devenir plus célèbres que celles de Madame de Sévigné. Woerth est donc un écrivain. Pour une simple question de breloque, il écrit, mais il écrit tant qu’il ne se souvient plus d’avoir écrit. A croire qu’entre Woerth et la veuve Bettencourt le plus sujet à perte de mémoire n’est pas nécessairement celui que l’on croit. Parmi les nombreux échanges épistolaires dont on nous parle aujourd’hui et qui concernent le si exemplaire ex-ministre du budget, Le Canard Enchaîné de la semaine nous révèle l’existence d’une lettre de Gaymard, alors ministre de l’agriculture, faisant un rappel à la loi concernant ces fameuses terres de la forêt de Compiègne dont il conviendrait que Woerth nous offre quelques explications quant au sort. Homme de chiffre devenu homme de lettres, Eric Woerth est, convenons-en, sur le point de devenir une super-star. Pour vous en convaincre, tapez simplement « Eric » sur google et vous constaterez que notre homme ne fait plus simplement partie de la crème de Chantilly, il est aussi en bonne place sur le plat à gratin. Notre alpiniste occasionnel et néanmoins funambule chez Sarkozy arrive donc désormais en tête des « Eric » devançant Zemmour, Cantona, Clapton, Besson, Bompard, l’autre moitié de Ramzy, Abidal et même l’ancien coach de l’OM, le belge Gerets.

Il faut dire que depuis une bonne douzaine de semaines. Chaque jour nous en dit plus sur la vie tumultueuse d’Eric Woerth. La, les affaires Woerth n’en finissent pas d’en finir et la presse, tirant les fils de la bio du ministre, nous fait découvrir peu à peu le petit monde d’Eric Woerth. Madame et son goût du canasson, Liliane Bettencourt, De Maistre, Sérigny et l’affaire Molex, Compiègne, César, des collaborateurs œuvrant généreusement à l’UMP comme dans les ministères. Bref, même si le cas d’Eric Woerth restera dans l’histoire comme subsidiaire au regard de ce que cette affaire nous enseigne sur la déliquescence d’une République cornaquée par Sarkozy, il serait tout de même temps que Woerth se retire, terme aimable pour lui demander de dégager.

Lyon, le 6 septembre 2010.

Photo DR

04/11/2009

Le loup et le chien

Lefèbvre de garde.jpgC’est dit, Frédéric Lefèbvre prend la robe. Qu’il devienne bavard, peu me chaut, il l’est déjà trop. Que son phrasé un tantinet vulgaire et lourd aille se vidanger dans des prétoires d’où je suis absent, pas davantage. À chaque fois que je l’entends ou que je le vois, j’ai envie de hurler « taisez-vous enfin et disparaissez !» en me gendarmant pour ne pas crier un « la ferme et tire-toi! » qui ressemblerait par trop à son style.
D’autres plus connus que moi, n’ont pas de ces pudeurs. Il n’est que de voir et d’entendre quelques récentes déclarations à son propos. Elles vont du « Vous dites n’importe quoi » du journaliste Jean-Michel Aphatie sur RTL il y a quinze jours au « Crétin de service » de l’acteur Jacques Weber sur RMC la semaine passée, en passant par un « Frédéric Lefèbvre, qui paraît sorti de ‘réservoir dogs’ de Quentin Tarentino » de Pierre Moscovici. Je pense que ces francs parlers ne mesurent pas à leur juste valeur les pénibilités du dur métier de porte-parole. À lire sur le blog de l’excellent Maître Éolas l’article 1.3 du règlement intérieur national de la profession d’avocat - notamment le passage qui stipule qu’en toutes circonstances l’avocat respecte les principes « de délicatesse, de modération et de courtoisie » – il faut reconnaître la difficile conversion qu’il s’impose.
Messieurs les jurés, prenez donc en considération le poids de la charge qui incombe à l’accusé et la conversion dans laquelle il s’engage !
Non, Monsieur Apathie, Frédéric Lefèbvre ne dit pas n’importe quoi ! Il habille ses propos d’une simplicité qui lui permet de mieux se faire comprendre du peuple et dénoncer ceux qui complotent contre son maître.
Non, Monsieur Moscovici, Frédéric Lefèbvre ne paraît pas sortir de Réservoir dogs : il y tenait vraiment un rôle ! Comment pouvez-vous écrire dans votre blog que chez lui « l’excessif côtoie toujours l’insignifiant, le mur du grotesque – ou du çon, comme on dit au Canard Enchaîné » ?
Non, Monsieur Weber, Frédéric Lefèbvre n’est pas un troisième couteau ! D’ailleurs la vulgarité ne se niche pas que dans les mots : j’en connais qui à coups de charter vers l’Afghanistan ou de taille idiote, aveugle et comptable dans les moyens de la recherche et de l’éducation sont plus vulgaires encore. Non Monsieur Weber, la population ne pense jamais que les politiques qui la gouvernent actuellement la considèrent comme bête et imbécile ! Et vous vous trompez lourdement quand vous déclarez que « ce n’est pas un hasard si on prend le plus vulgaire, le plus c.., le plus effroyable qui soit pour parler à la population. La population est bête et imbécile donc il faut un bête et un imbécile pour leur parler ».
Il ne faut pas crier au loup car la tâche de chien de garde est digne de compassion. Relisez donc ces vers de la Fontaine quand le loup demande « Que me faudra-t-il faire ? » :
« Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »

Jean-Paul Schmitt

01/12/2008

Chasseurs de canard

Canard.jpg

Le « Canard Enchaîné » est depuis la parution de l’enquête de Karl Laske (Libération) et Laurent Valdiguié (Paris Match) au centre d’une polémique allumée par l’Express. « Libération », « Paris Match », « l’Express » : cherchez l’intrus ! Que reprochent en vérité nos deux auteurs à l’hebdomadaire quasi centenaire ? Tout d’abord des liens supposés avec l’Elysée, en particulier avec Pierre Charon, le Conseiller du Président qui serait le grand-inspirateur de la fort moyenne rubrique « Le journal de Carla B » et Brice Hortefeux, l’ami proche du Président. Ensuite le tas d’or que représente le Canard avec sa réserve de 90 millions d’euros. Enfin le collaborationnisme de Robert Gaillard, le père de l’actuel patron du Canard.

Soyons clairs, même si je pense que le Canard Enchaîné est un journal indispensable, je ne goûte que très rarement son humour balourd et « old school ». Nul affect donc entre le lecteur occasionnel que je suis et l’hebdo satyrique du mercredi contrairement aux 500 000 lecteurs qui se précipitent avec avidité chaque semaine vers leur kiosque pour acheter ce titre. Mieux, lecteur fidèle de Libération, j’ai un grand respect pour le travail de Laske. Malgré tout cela je m’étonne, ou plutôt m’attriste, de la sortie de ce bouquin. Parmi les reproches formulés par Laske et Valdiguié, un seul me semble mériter, probablement pas un livre mais au moins un article (pourquoi pas dans Libé ?) au sujet de l’épisode Charon / Carla Bruni / Le Canard.

Pour le reste, on peut toujours exiger la publication des comptes du Canard mais il n’y a pas de quoi casser la moindre patte à un canard.

Passons sur l’article de Libé de jeudi dernier qui atteste qu’en la matière le quotidien a plutôt « le cul entre deux chaises ». Ce qui me choque avant tout dans cette affaire, c’est qu’un journaliste de Paris Match puisse se lancer dans une telle entreprise sachant que le dit hebdomadaire mériterait à lui seul l’investigation du dit Valdiguié. En effet entre le licenciement de son ex-patron « coupable » d’avoir publié une photo de l’ex de Sarko à la « une », la liquidation des bourrelets présidentiels sur une photo estivale et les diverses manipulations d’images dont le magazine est l’auteur, souvenons-nous de la « une » avec Caroline de Monaco, avouons que ce bon Valdiguié dispose, à proximité de son bureau, de nombreuses opportunités pour faire valoir ses talents d’investigation et pourquoi pas de produire un livre sur Paris Match et Lagardère.

> Karl Laske et Laurent Valdiguié, « Le vrai canard », Stock.

Lyon, le 1er décembre 2008.

12/11/2008

BD Super-Bubusse

Superbubusse.jpgBD Super-Bubusse sauve la princesse. Selon le Canard Enchaîné du mercredi 5 novembre, Dominique Bussereau a déjoué un odieux attentat contre Pécresse. Petit chemin de fer :

Vignette 1: deux Dominique sont assis dans un TGV Thalys, Bussereau, secrétaire d’État aux Transports et, deux rangées de fauteuils derrière lui, Goutte, représentant à Bruxelles de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Vignette 2 : Goutte, qui n’a pas vu Bussereau, téléphone et se lâche en vilipendant sa supérieure.

Vignette 3 : Bubusse sort comme un diable de sa boite et admoneste publiquement le vilain Goutte.

Vignette 4 : Bubusse appelle la jolie Valérie et dénonce l’odieux attentat qui la visait.

Vignette 5 : exit Goutte qui s’écoule vers la sortie. Il réintègre son corps d’origine : un commissariat… à l’Énergie Atomique.

Réintégrer son corps d’origine… Jolie expression, non ?… Espérons qu’il s’y fera une nouvelle jeunesse.

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17/12/2007

Triqueurs

71c98c7bd448d43668e9288bb316ef30.jpgJe viens de recevoir le numéro deux d’un journal intitulé « Gare aux coups de triques » qui souhaite s’inscrire, dit-il, dans une tradition d’humour satirique et de raillerie qui serait particulière à Lyon. Pour cela les auteurs anonymes de ce bimensuel convoquent l’inévitable Guignol qui ne demandait rien à personne, le « parlé gone » et ce qu’il faut de lyonnaiseries, beaujolais compris, pour tenter de figurer « dans le contexte des municipales » (sic !).
Une fois dit qu’à chaque fois qu’un nouveau journal tentera sa chance, je ne serais bien entendu jamais le dernier à m’en féliciter, je voudrais tout de même signaler quelques uns des travers de ce journal écrit à l’ancienne par des gônes qui ne sont manifestement pas des perdreaux de l’année.
Leur communiqué de presse (non daté et non signé) n’y va pas par quatre chemins puisque après avoir venté « la liberté apolitique » de « Gare aux coups de triques » les rédacteurs nous disent, rien moins, que leur journal « se situe juste à côté du Canard Enchaîné ». Alors les gars, sans vouloir vous faire offense, laissez-moi vous dire que vous vous situez effectivement « à côté » du Canard, mais loin, très loin, de celui-ci.
Passons à l’apolitisme revendiqué. Ce terme dont les lecteurs de ce blog, tout comme moi, ont appris à se méfier tant il cache en général des inclinaisons particulièrement lestées, ne me paraît pas convenir à une publication dont l’aversion militante contre les grèves et les mouvements sociaux est avérée. Même remarque à l’égard de la vie politique, l’humour aviné de « Gare aux coups de triques » traitant Bayrou de « François Biroute », s’emprenant à Mitterrand et plaçant Sarkozy, au niveau de Chirac, mais bien au dessus de Ségolène Royal indiquent que l’apolitisme affiché est un leurre et une posture.
Ces rédacteurs, certains de leur humour et de leur apolitisme, s’intéressent avant tout à un petit monde dont la géographie est dessinée à partir du Beaujolais et de préoccupations qui concernent quelques côteries de l’édition locale et des arts plastiques.
Les deux principales cibles de cette étrange publication sont vous vous en doutez deux femmes car l’éditrice Corine Poirieux et la Vice-présidente du Grand Lyon Nadine Gelas font les frais de nos guignols anonymes qui n’hésiterons pas, dès le troisième numéro, à décliner, j’en suis sûr, leur identité et leur visage, façon de savoir si leur tronche mériterait de figurer dans un casting « d’halloween, la nuit des marques » au cas où John Carpenter envisagerait un troisième remake de ce chef d’œuvre incontournable de la série B.
« Gare aux coups de triques », 2 euros, en kiosques.

Lyon, le 17 décembre 2007.

 
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