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22/09/2010

Brice et les juges

Brice banzaï.jpgBrice, boutefeu de la Sarkozie, prône l’élection du juge d’application des peines.

Après avoir monté « ceux qui se lèvent le matin » contre les « assistés », les salariés du secteur privé contre les fonctionnaires, les riches pauvres qu’il faut doter d’un bouclier contre les pauvres riches de leurs RSA, CMU et autres avantages à abolir lors d’une prochaine nuit du 4 août, les jeunes contre les retraités, les Français de souche contre les Roms, le pouvoir mène aujourd’hui l’attaque contre les juges. Habilement – l’équipe est passée maître en matière d’intox – il laisse entendre que des juges en phase avec l’opinion majoritaire seraient moins laxistes.

Il pense qu’à force de seriner que l’insécurité est de la faute des juges et autres syndicats de la magistrature, l’opinion du bon peuple, si précieuse lors des élections, finira bien par intégrer que ce n’est pas la faute aux ministres successifs de l’Intérieur si la politique sécuritaire menée depuis huit ans est un échec. Haro donc sur ces magistrats gauchistes - ou peut-être Auvergnats – qui osent aller jusqu’à condamner un auguste politique pour injure raciale (Auguste : un nom prestigieux à Rome et dans les cirques) !

Brice trouve là à la fois de quoi contrer MAM en vue du futur remaniement et de quoi attirer l’attention des médias loin des affaires Woerth, Bettencourt, Roms et autres condamnations par les plus hautes instances européennes et internationales. Il sort de son chapeau un vieux lapin et, en bon gardien, il jappe contre le JAP. Le JAP élu : voilà la solution aux problèmes d’insécurité...

Pour mémoire, le JAP n’habite ni Tokyo ni Hiroshima : le Juge d’Application des Peines est le juge chargé de prononcer des mesures d’aménagement des peines qui peuvent aller jusqu’au bracelet électronique ou à la semi liberté. Il peut même dans certains cas suspendre des peines. C’est aussi le JAP qui suit l’exécution de la peine en milieu ouvert, qu’il s’agisse d’un sursis avec mise à l’épreuve ou d’un travail d’intérêt général.

Ici et là, d’aucuns enfourchent déjà la bicyclette uémpiste et tentent de nous expliquer que les juges de commerce et ceux des Prud’hommes sont élus et que cela ne choque personne. J’en lis même qui rappellent la Commune de Paris pour justifier cette lumineuse idée.

Je crois profondément que lorsqu’il s’agit de juger et de condamner un homme, l’opinion populaire, naturellement momentanée voire instrumentalisée, ne disposera jamais de suffisamment d’éléments pour déterminer la part de responsabilité réelle de celui que l’on juge ni sa capacité de réinsertion dans la société. En la matière, un juge bien formé, sans l’inflation phénoménale des textes de loi votés depuis 2002 – à chaque crime sa loi particulière aujourd’hui - , une justice indépendante du pouvoir exécutif valent mieux qu’un juge soucieux d’être réélu, fut-il compétent.

Comme le disait le poète argentin Antonio Porchia « L’homme juge tout dans la minute présente, sans comprendre qu’il ne juge qu’une minute : la minute présente ».

Jean-Paul Schmitt

31/05/2010

Au nom du réel

Jean-Baptiste_Marie_Pierre_-_Vieillard.jpgSouvent, et à juste titre, on ne peut qu’être, si ce n’est effrayés tout du moins peinés, par l’irréalisme mêlé de populisme de certains secteurs de la gauche. Le refus de se coltiner la réalité telle qu’elle se présente demeure la maladie sénile d’une partie de la gauche et il est heureux de constater, en particulier au sein du Parti socialiste, que l’idée de se confronter à la réalité telle qu’elle s’impose, est très majoritaire. C’est ce que certains nomment le socialisme réformiste.

Concernant la question des retraites, c’est malheureusement parmi ceux qui ont pour habitude de convoquer le réel que l’on semble parfois faire le moins de cas de la réalité des choses. Dans cette réforme que touche par touche Sarkozy nous invite à adouber, les secteurs qui militent en général pour un socialisme fondé sur le réel sont paradoxalement ceux qui refusent, au nom d’une certaine idéologie, de voir la réalité dans toute sa nudité. En effet dans le combat des retraites qui s’offre à nous le réalisme ne peut que se conjuguer avec la lutte contre les inégalités et l’injustice.

Cette réforme des retraites qui va être proposée par la droite correspond ni plus ni moins qu’à pénaliser les ouvriers et les employés car repousser l’âge légal de 60 à 62 ou 63 ans c’est punir ceux qui connaissent les carrières les plus longues combinées la plupart du temps avec les salaires les plus courts. Par ailleurs en repoussant la décote au-delà de 65 ans, probablement vers 67 ou 68 ans, c’est également pénaliser les mêmes couches qui pour jouir de retraites à taux pleins devront s’user au travail jusqu’à des âges frisant leur espérance de vie. Face à cette situation aggravante et injuste, la réalité qui frappe les plus riches est autrement plus enviable puisque chacun sait que leurs niveaux d’imposition devraient être, au pire, proche de celui de l’avant bouclier-fiscal. Enfin, toujours au chapitre de l’injustice, nous savons que pour les carrières les plus courtes, celles des femmes par exemple, les inégalités risquent d’être encore plus criantes.

Face à ce projet gouvernemental, c’est donc au nom du réel que nous devons construire une opposition. Même si dans ce débat certains secteurs de gauche charrient encore leurs options démagogiques et populistes, ce n’est probablement pas une raison pour aller se perdre, au nom de je ne sais quel réalisme, dans des discours incompréhensibles qui, à tort ou à raison, apparaîtront inévitablement comme les cache-sexes de politiques injustes.

Lyon, le 31 mai 2010

Image: DR

07/04/2010

Sottise et bouclier

Un Havard fiscal.jpgSottise que ce bouclier fiscal et sottises doctement énoncées par ces pauvres ministres envoyés en défenseurs par Nicolas Sarkozy. Sottises bêlées par les députés UMP du Rhône, petit doigt sur la couture du pantalon.

Sottises têtues. Ânonnées par Philippe Cochet. Le député-maire de Caluire-et-Cuire, en bon godillot, y va de son « Ce serait la pire des choses que de renoncer sur des engagements pris devant les citoyens ». Il ignore délibérément les écarts incommensurables entre ce que gagnent la plupart des citoyens et les quelques riches épargnants pour lesquels une plus grande solidarité serait scandaleuse quand d’autres manquent et s’endettent pour consommer le nécessaire.

Sottises simplistes. Rabâchées par Michel Havard : « Si nous voulons que les contribuables les plus riches quittent le pays, il faut le supprimer. Je pense que c’est la volonté du PS qui fait la chasse à ceux qui réussissent. Je suis favorable au bouclier fiscal ».

L’idéologie débridée qui nous a mis dans cette crise aliène leur bon sens. Ils en sont réduits à radoter les vieilles antiennes d’un PS lutteur de classes et de foire. Ils refusent de voir qu’il y a deux sortes de ce qu’ils appellent les « contribuables les plus riches » : ceux qui épargnent et ceux qui investissent dans l’économie, ceux qui vivent de leurs rentes et les capitaines d’industrie. Ceux qui épargnent déjà ont largement de quoi vivre très bien et tant mieux pour eux. Faut-il leur permettre d’augmenter encore leur épargne ? Les 100 restitutions les plus élevées faites par l’État (un tiers du coût) vont à des ménages qui détiennent 16 millions d’euros en moyenne. « Merci Nicolas, on va rajouter ça dans le bas de soie » ! Ceux qui investissent et qui fuiraient ne sont pas à craindre. S’ils sont des investisseurs, c’est dans les pays industrialisés et non dans les paradis fiscaux qu’ils investiront. Et la France, en matière d’investissements étrangers est plutôt bien placée.

Les Michel, les Philippe et toute la confrérie locale de l’UMP sont-ils aveugles et sourds pour ne pas voir ni entendre que ce bouclier reporte la fiscalité des plus riches vers les moins riches ? Est-il normal par exemple que le RSA soit financé par 1,1% des revenus fonciers et de l’épargne – un impôt payé par tous… sauf ceux qui sont cachés derrière le fameux bouclier ?

Non. Ils savent bien qu’il ne s’agit là que d’un élément d’une idéologie plus large dont ils sont les hérauts et dont la réforme de 2007 sur les droits de succession, l’ISF, la baisse de la TVA sur la restauration, le refus de remettre en cause les niches fiscales constituent les marqueurs. Toutes ces mesures vont dans le même sens : reporter la fiscalité des plus riches vers les moins riches. L’ensemble de la politique fiscale du pouvoir va dans ce sens… avec les résultats que l’on connaît.

Droite aveugle, crains la réaction de tes électeurs ! Léonard le génial peintre et inventeur le disait déjà : « La sottise est le bouclier de la honte, l’insolence est celui de la pauvreté. »

Jean-Paul Schmitt

01/10/2008

Dommage

Sarkozy NB-Fond blanc.jpgSi l’on en croît les observateurs devant l’ONU puis à Toulon, Nicolas Sarkozy aurait tenu des discours de gauche. C’est vrai si l’on s’en tient à la formule d’Edouard Balladur qui, dans un livre écrit en 1991 prédisait : «  Si le monde devait connaître une crise monétaire alors renaîtraient les tentations étatiques qui font l’essentiel du socialisme ». C’est vrai aussi si l’on considère que la gauche, aurait pu, sinon dû, tenir ce discours. Mais la gauche est aphone en ce moment où « les socialistes parlent aux socialistes » pour ne rien dire sur le fond. Car , alors que nous sommes dans une période « hors vote », ce qui est assez rare, les socialistes ont inventé le leur comme pour mieux se complaire dans ces moments ou l’on tient des propos réducteurs , fussent-ils à usage interne. A cette étape du calendrier politique où il eut été important de créer de l’inédit dans le réel, les formations de gauche piétinent dans le bonheur de leurs querelles intérieures. Aux discours de Sarko ils rétorquent qu’il s’agît de gesticulations verbales sans effets. Mais où sont leurs mots à eux pour affronter la crise.

Interrogé par « le Figaro » Michel Sapin spécialiste des questions financières hier auprès de Ségolène Royal aujourd’hui proche de Delanoë ou d’Aubry car je n’arrive plus à suivre. Michel Sapin donc, déclare qu’il n’y a chez Sarkozy qu’illusions. Certes, mais à la question que proposez vous il répond qu’il ne fallait pas faire le bouclier fiscal. Bien sûr, mais quelles propositions insiste le journaliste. Nous en avons faites à l’Assemblée Nationale en particuliers sur la suppression des parachutes dorés. Dommage qu’elles n’aient pas fait l’objet d’une campagne publique et qu’il faille le pousser dans ses retranchements pour qu’il en parle comme si pour les dirigeants du PS l’essentiel était ailleurs. Alors on peut se demander et le peuple dans tout ça ? Et bien il approuve Sarkozy, selon un sondage commandé par LCI : 90% des personnes sont favorables au renforcement de la réglementation bancaire et 80% à l’encadrement de la rémunération des patrons avec une approbation plus forte parmi les électeurs de gauche. Comment expliquer cet engouement sinon par le silence ravageur de la gauche en général et du PS en particuliers. En se cantonnant dans le seul discours anti-sarkoziste primaire le PS s’enferme sur le même terrain que celui du PC ou de Besancenot, c’est à dire une opposition comme Sarkozy les aime : stérilement tribunitienne.

Il serait donc temps de se sortir de ce piège et de travailler sur les causes de ce retour de la prégnance de l’idéologie de droite. Et peut-être prêter attention à ce conseil d’un neveu de Freud, Bernays, au gouvernement américain soucieux de faire approuver son entrée dans la guerre en 1917: « si l’on veut convaincre quelqu'un il ne faut pas s’adresser à sa conscience mais à son inconscient ». Il inventait là le marketing un outil que Sarkozy a transposé dans le champ politique avec les résultats que l’on sait, en s’appuyant notamment sur les média. Ces outils de communication que Gilles Deleuze appellera dès 1990 « les sociétés de technologies et de contrôle » et dont il dira que le marketing est le principal dispositif. Tout cela a été étudié, pensé, débattu, mais pas dans les partis de gauche disait récemment le philosophe Bernard Stiegler. Il serait peut-être temps d’ouvrir cette discussion. Alors, peut être la gauche française commencera-t-elle à construire un idéal réalisable à l’image de l’ « évolution révolutionnaire » que prônait Jaurès. Car, à un moment ou à un autre il faudra bien répondre à ce besoin de rêve et de solutions concrètes qu’attendent nos concitoyens. Pour cela il faut arrêter de céder à l’instant et prendre le temps de définir un point réel sur lequel tenir coûte que coûte. Elever « l’impuissance à l’impossible » selon le formule de Lacan. Ce pourrait être l’objet d’un congrès, ce ne sera pas le cas pour celui de novembre (PS), pas plus de celui de décembre (PC). Dommage.

Philippe Dibilio

Lyon, le 1er octobre 2008.

 
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