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22/01/2010

Tarascon

602116883.jpgAndré Gerin, le député communiste de Vénissieux, celui qui organise des safaris parlementaires anti-burqua avec son ami Eric Raoult, avait hier les honneurs du Figaro. Il en profitait pour s’en prendre à ses camarades accusés « d’angélisme », de ne pas avoir conduit ce débat avec sérieux, d’être « complaisants ». Rien de neuf me direz-vous cependant, au détour de l’interview Gerin en profitait pour avancer quelques pions mais Sophie Huet, la journaliste en charge de l’opération, s’abstenait d’exercer son droit de poursuite préférant s’en tenir aux insinuations du député communiste. Que disait donc André Gerin ?

« Dans certaines entreprises du CAC 40 » expliquait l’honorable parlementaire, « se constituent des syndicats religieux ou communautaristes qui remettent en cause la mixité au travail ou la tenue vestimentaire des femmes. » « Dans certains établissements scolaires » ajoutait l’ancien maire de Vénissieux, « 50% des jeunes filles mineures sont exonérées de gymnastique ou de piscine, et des gamins contestent les cours d’histoire ou de sciences naturelles ». Pour très probablement enfoncer le clou, Gerin concluait en indiquant qu’en « Milieu hospitalier, des médecins hommes sont menacés individuellement par des gourous qui accompagnent des femmes voilées et qui exigent que leurs médecins soient des femmes. »

C’est donc un député de la république particulièrement informé qui s’exprimait hier dans le Figaro, un parlementaire qui rapportait des faits gravissimes. Un élu : qui doit maintenant nous en dire plus, autrement dit nous indiquer :

1 - Le nom et la localisation des entreprises du CAC 40 concernées par l’émergence des syndicats religieux qui mettent en cause la mixité au travail et la tenue vestimentaire des femmes

2 - Le nom et la localisation des établissements scolaires au sein desquels 50% des jeunes filles sont dispensées d’EPS et de piscine

3 - Le nom, la localisation et l’identification des faits pour les hôpitaux incriminés.

J’imagine que certaines de ces insinuations concernent le département du Rhône. A Gerin de nous en dire plus sous peine d’apparaître, non seulement pour un chasseur de burquas mais pire pour un tartarin.

Lyon, le 22 janvier 2010.

14/12/2009

Avatars

avatar-film-james-cameron-200x300.jpgAu moment ou Copenhague bat son plein, la sortie mercredi prochain de « Avatar » le nouveau film de James Cameron devrait faire évènement. Inspiré très fortement du livre de Kunstler, « La fin du pétrole », Cameron décrit dans son film une planète qui va avec certitude à sa perte. On connaît le propos du canadien. L’ancien marine Jake Sully est expédié, malgré sa paralysie des jambes, vers Pandora à bord d’un caisson depuis lequel il va mentalement diriger son avatar afin de faire déguerpir la tribu des Na’vi et ainsi récupérer l’énergie nécessaire pour sauver la terre. Heureusement Sally va trahir les commanditaires de l’opération. L’apocalypse est donc une nouvelle fois au menu du cinéma de Cameron et j’imagine, y compris dans les milieux politiques, que les commentaires à propos de « Avatar » vont être nombreux. Celui de Claude Allègre sera de toute évidence recherché, le pourfendeur de Copenhague ayant à propos de ce film un véritable boulevard devant lui. Il saura très certainement en profiter.

Je ne sais pas si André Gerin, le député communiste de Vénissieux compte se mêler au débat qui nécessairement va apparaître avec la sortie de « Avatar ». En attendant, dans un éditorial de sa lettre politique intitulée, je le rappelle, « J’aime le Rouge dans le respect du blanc et du bleu », André Gerin commémore à sa façon les 20 ans de la fin du mur de Berlin. Son papier titré « Le communisme, j’y crois » réaffirme que le capitalisme est entré « dans une lente agonie » et vous l’avez compris, André Gerin ne va pas aller chercher le sauvetage de l’humanité en se téléportant sur Pandora. Pour Gerin il y a de sérieuses raisons d’espérer puisque, nous dit le député, « il y quand même un point sur lequel la chute du mur de Berlin a eu un côté salutaire » (Sic !) c’est que « le jeu redevient ouvert ». Tel un véritable Avatar à l’ancienne, André Gerin écrit que « Comme nos aînés dans les années 1940, c’est tout un esprit de résistance pour défendre notre nation, nos valeurs, notre identité et notre mode de vie que nous avons à mener aujourd’hui ». André Gerin n’a nul besoin de signer un pacte avec les Na’vi de Pandora, la force est selon lui en nous puisque finissant son éditorial, le député écrit que « Les valeurs et idéaux du communisme sont plus que jamais d’actualité ». J’espère que James Cameron est destinataire de la lettre trimestrielle du Député de la 14ème circonscription du Rhône, en s’en pénétrant il pourra ainsi se convaincre qu’il fait fausse route.

Lyon, le 14 décembre 2009.

10/09/2009

Chasseurs français

burqa1.jpg?w=171&h=222Alors qu’en août nous nous prélassions, le ministère de l’intérieur travaillait, pas seulement au charcutage de la carte électorale, il œuvrait pour comptabiliser les burqas.

Rappelez-vous, en juillet, dans une note de la direction de la police, on dénombrait dans le pays 367 femmes portant la burqa. Aujourd’hui, dans une note tout aussi confidentielle de la direction de l’information générale du même ministère, on découvre que le chiffre de 2000 est désormais le bon.

Le nouveau total semble satisfaire André Gerin, le député communiste de Vénissieux, initiateur de la croisade et membre de la mission parlementaire présidée par l’UMP Raoult. Gerin en rajoute même en indiquant que le chiffre de 367 jadis avancé était totalement « absurde » dans la mesure, je cite « on en compte plus dans la seule agglomération lyonnaise ».

De tels chiffres qui semblent pleinement satisfaire André Gerin devraient également donner « du peps » aux autres chasseurs de burqas pour l’essentiel membres de l’UMP. En vérité, la chose n’est pas si évidente puisque les coups de mentons ne suffisent plus et, de Copé à Raoult, on commence à se gratter la tête. Copé, qui par exemple pousse à une loi anti-burqa s’interroge sur la possibilité d’établir une période de transition pour que, nous dit le patron des députés UMP, « l’interdit ne tombe pas comme une sanction » (sic !)

Raoult, quant à lui, au nom du sens pratique, commence à percevoir les limites de l’agitation. « Nous n’allons pas créer » nous dit le chef des chasseurs, « une police de la burqa ». Seule Fadela Amara, qui décidemment bien en peine dans le dossier des banlieues trouve là l’occasion d’exister, envisage, sans rire, d’interdire la burqa dans les services publics, les mairies, les transports et, écoutez bien, les écoles…

La plupart des associations et des religieux musulmans, même s’ils sont opposés au port de la burqa, devraient d’ici quelques temps trouver la plaisanterie de nos chasseurs agités un peu longue. Il serait donc temps que Raoult et Gerin prennent conscience que leur ramdam a assez duré quitte à inviter le député de Vénissieux à continuer de compter les burqas dans la région lyonnaise avec le risque, parce que sa croisade intempestive peut donner des idées à certaines, de dénombrer d’ici quelques temps un bon millier d’adeptes trop contentes de lui faire la nique.

Lyon, le 10 septembre 2009.

Photo: DR.

24/06/2009

Etapes

congres-versailles.jpgLe discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès était-il creux comme le prétend Laurent Fabius ? J’ai presque envie de dire qu’importe tellement ce jugement de valeur a peu d’impact et met une fois encore le PS en situation de réagir avant de réfléchir.

Il était évident que Sarkozy allait faire du Sarkozy et que son discours allait une fois de plus relever du propos électoral, mais en attendant ça marche puisque les électeurs sont au rendez-vous de l’UMP. Alors le président de la République peut rebondir sur l’actualité comme à propos de la burqa ce débat lancé aujourd’hui on ne sait trop pourquoi par notre ami André Gerin mais que Sarko saisît au bond non sans malice. Il peut lancer des idées dont on ne sait pas si elles prendront corps mais qui résonnent dans les esprits comme le lancement d’un emprunt national pour affronter la crise ou le paiement d’un an de salaire et de formation pour tout licencié économique.

La question reste de savoir s’il sera entendu des français qui pour se faire une idée sur ce discours auraient peut-être besoin de quelques éclairages politiques accompagnés de propositions solides. Car, au fond, les français n’ont aujourd’hui que « l’offre politique » que leur propose Sarkozy et cela lui donne de l’avance. Il est vrai que lorsque Ségolène Royal réunit quelques pointures, comme elle l’a fait récemment à Paris, pour analyser la crise et ouvrir des pistes pour en sortir, c’est le silence total dans les média. Mais c’est aussi malheureusement le black out au PS. Dommage ! Et pourtant il faudra bien à un moment ou à un autre se relever les manches pour construire ce projet qui réveillera la gauche et qu’amis et militants attendent avec une impatience qui en devient lancinante. Un projet qu’il serait plus efficace de préparer ensemble plutôt que chacun dans son coin en s’occupant ensuite de celui ou celle qui le portera. Après tout on peut toujours faire un rêve et même penser que ce processus se mette en route avant le prochain discours d’étape de Nicolas Sarkozy.

Philippe Dibilio

Photo: DR

23/06/2009

Burqa ou niqab ?

Gérin.jpgLe député maire de Vénissieux, André Gérin, agite la chronique avec une soixantaine de députés de tous bords politiques. Ils demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la pratique du port de la burqa ou du niqab en vue de « définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ». On sait le communiste un brin provocateur. Ce n’est pas son coup d’essai, pourtant, il aborde-là une vraie question de société.

J’ai parfois des réactions primaires en amont de tout raisonnement. Par exemple, avant de songer aux révoltes adolescentes et au conformisme qui l’accompagne, je suis vite agacé par la tenue vestimentaire d’un gamin qui enfonce sa tête casquettée sous une capuche ample pour dissimuler son visage et me faire voir davantage ses pieds et ses Nike que son regard hardi ; je suis mal à l’aise devant un curé en soutane probablement parce que, sachant l’évolution qu’a voulu faire l’institution catholique (et il reste tant à faire), tout uniforme chrétien dans la rue m’est symbole d’intégrisme ; je suis naturellement révolté par les casseurs encagoulés de fin de manifestation….

Fi donc des réactions primaires. Raisonnons donc ensemble.

À entendre les avis contradictoires sur le sujet, il faut faire la part entre ceux et celles qui revendiquent l’usage de cet habillement au nom de la liberté individuelle et ceux et celles qui condamnent cette attitude au nom de l’égalité entre hommes et femmes.

Admettons qu’il existe des femmes portant par choix la burqa - le grillage comme seule transparence permise au regard - ou le niqab - le regard aperçu à travers la fente étroite du tissu. Combien sont-elles ? Heureusement les statistiques sur le sujet n’existent pas. Affirmation identitaire et/ou choix religieux ?

Prenons acte du fait que le choix soit celui d’une foi prêchée par un Islam importé qui leur demande de cacher leur féminité. Je sais que c’est difficile à accepter pour notre culture et pour notre histoire, somme toute récente, de combat pour l’égalité. À celles-ci, faisons entendre Malek Chebel qui vient de faire paraître chez Fayard une nouvelle traduction du Coran et un dictionnaire encyclopédique de l’Islam : « Mon Islam n’a pas besoin d’artifices, il est dans le cœur, pas dans les vêtements ».

Et puis enfin, quittons la thématique religieuse qui attise les conflits et examinons le problème du seul point de vue de trois concepts qui structurent notre notion républicaine de laïcité : le primat d’une même loi laïque pour tous, la non-aliénation de la personne et l’adhésion aux valeurs essentielles de la communauté des citoyens français. Aucun accommodement de pratiques culturelles et religieuses qui permettrait à chaque communauté – quelle qu’elle soit - d’appliquer son propre droit et de vivre selon ses propres valeurs en niant les principes républicains de liberté, d’égalité et de fraternité n’est alors acceptable.

Oui, il y a choc de deux revendications de liberté : revendication individuelle et culturelle de celles qui veulent se voiler totalement si bon leur semble et revendication de liberté de la femme égale de l’homme. Mais ces deux revendications n’ont pas le même poids dans la balance de la liberté.

Celles qui revendiquent le droit de porter la burqa ou le niqab dans l’espace commun, aussi sincères soient-elles, utilisent un vêtement qui est, pour la collectivité où elles vivent et pour toutes celles qui sont obligées de se vêtir ainsi dans le monde, le symbole évident de l’aliénation de la femme.

Un sujet de réflexion à faire circuler sous le manteau, fut-il islamique….

Jean-Paul Schmitt

07/01/2009

Politique Gadget

Sarkozy NB.jpgSi l’on voulait un exemple de la vacuité des initiatives intempestives de Nicolas Sarkozy la dernière en date est un modèle du genre. En lançant avec sérieux l’idée, qui n’en est pas une, d’ interdire de permis de conduire les incendiaires de voitures jusqu’au remboursement des dégâts le président se couvre de ridicule tant cette « proposition » est irréalisable. Mais il prouve une fois de plus qu’il confond petite phrase et règlement d’un problème qui comme tout problème s’analyse et se travaille avant d’approcher une solution. Mais là n’est pas la question pour Sarko-l’agité qui ne vise qu’une chose : occuper les média qui le suivent comme des toutous sans le moindre recul. Car le phénomène des voitures brûlées, pas seulement au moment de la Saint Sylvestre d’ailleurs, recoupe plusieurs facettes des difficultés qui se sont installées de longue date maintenant dans les quartiers populaires devenus « sensibles ».En homme de terrain qu’il est, André Gerin, qui souvent agace avec ses déclarations intempestives ou iconoclastes, détaillait dans le Progrès les multiples causes possibles qui animent le brûleur de voitures rarement identifié d’ailleurs. « Il y a les escroqueries à l’assurance, la suppression des voitures ventouse sans frais, les règlements de comptes entre personnes, les actes de violences gratuites, les voitures brûlées pour effacer les traces et celles qui brûlent par propagation d’un premier incendie, explique le député maire de Vénissieux avant d’ajouter : mais c’est aussi devenu un jeu de con, un fait culturel qui veut que l’on aille brûler une voiture dans des quartiers mythiques comme les Minguettes ». Il paraît qu’à la Chancellerie on travaille sur ce dossier depuis l’annonce du chef de l’Etat, on souhaite bien du plaisir aux « cranes d’œuf » qui s’y sont collés. En tout cas il est évident que ce phénomène ne concerne pas que les auteurs de violences urbaines qui, effectivement sont plutôt des mineurs. Et donc une fois de plus Sarko montre su doigt les jeunes dans une affaire où ils ne sont pas les seuls concernés. Une mise à l’index de plus qui relève de la provocation et risque de relancer l’effervescence des banlieues à un moment où l’atmosphère est chaud. Mais on ne peut pas comprendre de telle situations vu de Neuilly. Il n’en reste pas moins que Sarko-le-gesticulateur va finir par devenir dangereux dans cette période de crise et d’extrême tension internationale.

Philippe Dibilio

Lyon, le 7 janvier 2009.

 
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