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17/03/2010

Cuba libre

 

Cuba libre !.jpgDécidément Cuba ne me lâchera pas. Voici que, la semaine passée, un autre gréviste de la faim et de la soif, Guillermo Farinas, a pris le risque de laisser sa vie sur l’ile. Il n’est pas en prison comme Orlando Zapata Tamayo récemment : Cyberjournaliste de 48 ans, Guillermo est libre, mais à l’hôpital de Santa Clara. Déjà malade, il a entamé sa grève après la mort d’Orlando pour réclamer la libération de 26 prisonniers politiques, malades eux aussi, que le gouvernement cubain refuse de reconnaître comme tels les qualifiant de mercenaires à la solde de ces États Unis.

Les médias s’en émeuvent et l’UE en appelle au régime castriste.

Redoutable admonestation à ce gouvernement cubain qui accuse Farinas de délits de droit commun. Redoutable parce qu’elle met une fois de plus le régime face à la nécessaire évolution vers plus de droits humains pour les Cubains alors même que ses capacités à le faire sont très faibles : Raul le petit frère serait prêt à plus d’ouverture face au conservatisme de son frère ainé et du gouvernement en place. Rien ne bouge semble-t-il dans ce pouvoir congelé dans ses reflexes de défense face aux menées US et à l’embargo qui étouffe Cuba depuis 48 ans. Redoutable aussi car c’est la 23ème grève de la faim de Guillermo.

Il y a-t-il une soixantaine de détenus pour délit d’opinion à Cuba comme le dit Amnesty International ? Le chiffre de 200 donné par la dissidence, essentiellement réfugiée aux États Unis, est-il crédible ? Quoi qu’il en soit, il est fort peu probable qu’il n’y en ait aucun, comme l’affirment les dirigeants cubains qui montrent du doigt les droits de l’homme bafoués à Guantanamo et à Abou Graib.

En soulignant uniquement les manquements de Cuba, fait-on le jeu de tous ceux qui ont intérêt à démontrer que la révolution cubaine (ou ce qu’il en est advenu) a mis en place le pire des goulags ? Et faut-il alors noyer nos dénonciations dans je ne sais quel « Cuba est loin d’être le plus mauvais des élèves de la classe mondiale en matière de respect des droits de l’homme » comme l’affirmait le journaliste français Salim Lamrani, spécialisé dans les relations entre Cuba et les États Unis dans son livre « Double morale : Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme » (Paris, Editions Estrella, 2008) ? Non. Notre devoir est de réagir et de dénoncer, sans pour autant jouer les idiots utiles.

« Allons Raul, encore un pas : libère tes prisonniers d’opinion et évite que ce nouveau gréviste de la faim ne meure ! »

« Lorsque quelqu'un a décidé de mettre fin à ses jours et qu'il est très déterminé à le faire, qu'il soit en liberté ou en prison, […] aucune mesure ne l'empêchera ». Ce n’est pas la réponse de Raul. C’est celle d’un secrétaire d’Etat à la Justice français, Jean-Marie Bockel, à propos des 122 suicides dans les prisons françaises en 2009. Prisons où l’on compte annuellement près de 1000 tentatives de suicide et près de 1000 débuts de grève de la faim…

Hasta la libertad siempre !

Jean-Paul Schmitt

03/03/2010

Cuba deux

Cuba Libre.jpgRetour en douce France après trois semaines passées à Cuba. Cinq jours à la Havane plus 2500 kilomètres à sillonner l’ile de tous les contrastes et de tous les fantasmes. 2500 kilomètres de bitume souvent troué, obligeant à des conduites aux trajectoires sinusoïdales et incertaines dignes d’un retour de samba trop arrosée (attention : 0 gramme d’alcool si vous conduisez à Cuba !). De casa particular en casa particular (chambres d’hôtes chez l‘habitant), de ville en ville, de rencontre en rencontre (Anne parle l’espagnol et comme beaucoup de latins je comprend un peu).

Des citations - du Che la plupart du temps, très morales – bordent les routes. Inscrites à même la pierre, elles rappellent aussi les noms des héros de la Révolucion.

Le pays est sous embargo et cela se sent partout. Jusque dans la chasse aux devises étrangères qui se fait par le biais de la double monnaie : le peso convertible pour les touristes (0,8 euro) et le peso national (25 fois moins). Le système de santé est remarquable, malgré la pénurie de médicaments. Le système scolaire a fait du pays un champion de l’alphabétisation et de la culture pour tous.

Mais aussi, lancinante, cette non liberté d’aller ailleurs, cette absence d’opposition politique qui se sent dès l’abord à la lecture des journaux : dans Granma, la voix du parti socialiste, Trabadojes et Juventud Rebelde, les articles parfois intéressants n’émettent aucune critique : les libertés d’expression et de la presse sont reconnues à Cuba, mais seulement « en conformité avec les objectifs de la société socialiste » (article 53 de la Constitution de 1976). Amnesty International dans son rapport de 2009 parrainait encore 55 détenus pour délit d’opinion. Pour celui qui reconnaît les réussites du socialisme cubain c’est un crève-cœur. Les survivants de ces héros de la Révolucion – de vrais héros à l’idéal élevé – qu’étaient Ernesto Che Guevara, Camilo Cienfuegos, Fidel et Raul Castro et tant d’autres  n’ont pas su prendre le tournant de la démocratie. Peut-être ne l’ont-ils pas pu : crise du sucre, fin du soutien économique soviétique à la chute du mur, embargo dément et véritable crime contre le peuple cubain, crise économique actuelle,…

Les Cubains semblent résignés. Si beaucoup regrettent de ne pas pouvoir aller facilement à l’étranger (un médecin urgentiste que nous avons rencontré demande depuis 7 ans un visa sans réponse), ceux qui sont restés à Cuba et qui ont plus de 50 ans comprennent la politique menée à défaut de la soutenir avec fougue. Les plus jeunes, qui n’ont connus que Fidel, aspirent à plus de souplesse : les restrictions, la distribution contingentée de nourriture ou de biens de première nécessité leur pèsent. Tous ceux avec qui nous avons discuté et qui espéraient qu’avec Obama l’embargo cesserait, sont fatalistes. L’un d’entre eux nous a même confié qu’il croyait Fidel mort et qu’avec Raul rien ne changerait.

Tous, pourtant sont fiers de leur pays. Ils forcent l’admiration. Dire que leurs conditions d’habitation et de vie sont précaires - à nos yeux d’occidentaux habitués au confort – est un doux euphémisme. Malgré cela, ils sont debout, gais, dignes, cultivés, vêtus proprement. Leurs corps, souvent très beaux et aux multiples couleurs, sont assumés sans pudibonderie et sans provocation. Leurs intérieurs parfois délabrés sont bien tenus. Leur générosité est évidente. Après nos échanges, nous avions souvent l’impression émue d’avoir pris une leçon de vie.

Les Cubains ont fait des prouesses. Leurs médecins en Amérique du sud font merveille en ophtalmologie et dans d’autres domaines comme tout récemment à Haïti où ils ont soigné près de 10.000 personnes. Qui en a parlé ?

Fidel est un homme de pouvoir. Le régime est-il pour autant cette dictature épouvantable trop souvent décrite par les exilés cubains de Floride et les médias occidentaux ?

Quoi qu’il en soit, la mort d’Orlando Zapata, opposant emprisonné et en grève de la faim - le 22 février, jour où nous quittions Cuba - est inadmissible et tache profondément ce régime.

La transition doit advenir. Elle sera celle de tous les risques. Des risques à prendre pour renouveler les acquis de cette belle révolution de 59. Des acquis que même l’ONU reconnaissait dans son rapport de décembre 2001 : « la politique sociale est indiscutablement un secteur où Cuba a excellé en garantissant une distribution équitable du revenu et le bien-être de la population, en investissant dans le capital humain ».

Allons Raul, encore un effort et Hasta la victoria siempre !

Jean-Paul Schmitt

01/03/2010

Cuba (libre ?)

fidel.jpegC’est cette semaine que mon ami Jean-Paul Schmitt va reprendre du service après quelques jours de vacances à Cuba sujet que j’imagine il va aborder mercredi. Il y a quelques jours, Orlando Zapata est mort à l’hôpital pénitentiaire au terme d’une grève de la faim de 85 jours. Il faisait partie de ce groupe de dissidents arrêtés en 2003 et dont Amnesty International exigeait la libération. On a entendu peu de monde, notamment à gauche, dénoncer ce que l’on peut appeler un assassinat en règle. En vérité, les droits de l’homme à Cuba raisonnent de façon très particulière dans le cœur d’une gauche qui n’arrive pas à se résigner au fait que les frères Castro sont de bien tristes sires. A gauche Fidel demeure l’incarnation d’une sorte de romantisme révolutionnaire et certains, de temps à autre, pensent même voir dans Chavez une sorte de sympathique réincarnation du barbu des sixties. Tout laisse penser que le fait d’avoir nettoyé dans les années soixante « le bordel des Etats-Unis » assure à Castro et aux siens une sorte d’immunité révolutionnaire. Ceux qui hurlent comme des gorets que l’on égorge à la simple vue d’une caméra de vidéo-surveillance rue de la République à Lyon sont les mêmes, arborant parfois un magnifique T-shirt du Che, à parfois nous expliquer qu’à Cuba les 200 prisonniers politiques répertoriés ne pèsent vraiment pas lourd face à l’alphabétisation du pays, ses structures de santé et au courage de ce petit pays victime du blocus yankee.

Zapata mort, encore fallait-il l’enterrer. A titre préventif, probablement pour que le maximum de recueillement puisse exister, les autorités cubaines ont aussitôt mis en détention temporaire une trentaine d’opposants afin de les empêcher d’aller faire du chahut au cimetière lors des funérailles. Il serait donc temps que la gauche se réveille à propos de Cuba tout en sachant que seule une issue social-démocrate peut garantir un avenir digne au peuple Cubain une fois que la famille régnante aura disparue. Comme Zapatero et Lula, l’Internationale socialiste semble sourde et aphone quand il s’agit d’évoquer aujourd’hui Cuba. C’est une erreur profonde à moins de souhaiter, d’ici quelques années, qu’après une parenthèse castriste, Cuba redevienne « le bordel des Etats-Unis » ?

Lyon, le 1er mars 2010

 

Photo: DR

 

01/04/2009

Silence on tue

Guillotine.jpgXXIème siècle : le monde continue à ânonner la mortelle et effroyable conjugaison du meurtre légal :

Je décapitais (avec une machine, il n’y a pas très longtemps)
Tu pends (haut et court, l’homme étranglé aux vertèbres vives)
Ils électrocutent (l’homme assis et sanglé)
Elles piquent (l’homme aux yeux bandés)
Nous fusillions (il n’y a pas très longtemps non plus)
Vous lapidez (à 50 une fille de 13 ans dans un stade de 1000 personnes)
Ils sabrent (en incisant d’abord le cou, quand la foule hurle que Dieu est grand)
Elles gazent.(au cyanure et en disant que la mort est douce)

Amnesty International, dans son rapport 2008, révèle que 2400 personnes – chiffres sous-évalués – ont été exécutées l’année dernière. Des morts qui ont souvent les traits asiatiques : l’ex Empire du Milieu en a tué légalement 1700 et probablement beaucoup plus car la statistique y est classée « secret d’État ». Ailleurs, comme dans l’ancien empire perse, on pend et on lapide en moyenne une personne chaque jour. Dans le pays phare de la démocratie occidentale, on a encore tué 3 personnes chaque mois en moyenne, dont 2 dans le seul Texas.

Certes, on peut aussi voir un progrès dans le fait que sur les 59 pays qui maintiennent officiellement la peine de mort, moins de la moitié l’ont appliqué l’année dernière.

Rester optimiste devant l’effroyable ?
En tout cas, relire ces mots :
« À ce moment de mon existence déjà longue, me retournant vers ce qui fut un combat passionné, je mesure le chemin parcouru vers l’abolition universelle. Mais, tant qu’on fusillera, qu’on empoisonnera, qu’on décapitera, qu’on lapidera, qu’on pendra, qu’on suppliciera dans ce monde, il n’y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l’humanité tout entière, la valeur suprême, et qu’il ne peut y avoir de justice qui tue. Le jour viendra où il n’y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent »

Des mots de foi et de combat. Les mots d’un homme dont le siècle gardera le nom : Robert Badinter.

Jean-Paul Schmitt

 
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