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11/09/2010

Forum durable ?

Forum Libé 2010.jpgC’est donc fait. Depuis la semaine passée le menu du deuxième forum lyonnais de Libération n’est plus sous embargo. Intitulé, on a connu mieux, « Planète Durable », l’évènement a bien du mal à ne pas générer la déception tant le contenu est dans l’ensemble convenu et prévisible et même, sur certains points, dispensable. Si le pari de Libé est de nous agiter les neurones, de réfléchir à une nouvelle échelle et de ripoliner une bonne couche sur nos vieux repères, nous pouvons donc craindre de faire du sur-place. En effet avec son énième débat sur le nucléaire, sur ses déchets ou autour d’un vibrant « comment aider les pays pauvres ? », sauf à ce qu’ils se considèrent comme intouchables, il est bon d’expliquer à Joffrin et Armanet que leur évènement risque de s’enliser. En convoquant à nouveau les éternels Jean-Daniel, Nicolas Vanier, Arthus Bertrand, Pascal Lamy ou Bruckner, Libé nous repasse de vieux plats tout juste réchauffés et le risque est grand qu’en guise de Forum on assiste à une convention. Cela étant de salutaires joutes demeurent au programme. Je ne pense bien entendu pas à notre politologue local, Aries, qui, après Mac Do et la Sciento prospère sur la décroissance. Encore moins à un Alain Minc dont on se demande en quoi il est qualifié pour parler de démocratie. Sûrement pas au sommet que devrait être le face à face entre les philosophes Séguéla et Enthoven sur la pub, le pubard n’étant nécessairement celui à qui vous pensez. Plus sérieusement la rencontre entre Alphandéry et Brauman sur « Faut-il empêcher les riches de s’enrichir ? » devrait valoir une affluence méritée. Idem concernant le débat entre le boss de Total et la leadeuse des verts et la perspective de voir enfin souffrir Eva Joly face à Andrew Simms (New Economics Foundation) un débat que devrait apporter son lot de cacahuètes équitables. Cela étant, le pompon de ce Forum est ailleurs et, pour tout dire me trouble. En invitant Jean-Louis Borloo à parler de « pensée durable » Libé me laisse expectatif. Qui plus est en demandant à Hollande, je le sais en soif d’exposition, à débattre avec le chou-chou de Sarko sur cette thématique me laisse encore plus interrogatif.

Bref, vous l’avez compris c’est avec une certaine hantise que j’attends ce Forum lyonnais des 24, 25 et 26 septembre en espérant au final m’être trompé car faisant partie de celles et ceux qui pardonnent presque tout à Libé. On ne se refait pas.

  • > « Planète Durable » Forum Libération les 24, 25 et 26 septembre à l’Hôtel de Ville de Lyon et à l’Opéra

Entrée libre et gratuite sur inscription à www.forum-lyon-liberation.org

Lyon, le 11 septembre 2010.

25/03/2009

Avantages acquis

crise--co.jpgDans un récent communiqué François Turcas au titre de la CGPME, qu’il préside dans la région, évoque la situation économique du moment. Après avoir souligné les difficultés, réelles, des petites et moyennes entreprises il tombe dans les lieux communs en écrivant : « monter les français les uns contre les autres… ne constitue en rien une réponse à la crise ». Puis il passe son message : « préparons dès maintenant le retour à l’emploi de ceux qui en ont besoin » ce qui se situe pour lui « bien loin de la seule défense catégorielle des avantages acquis ». A la lecture de ces derniers mots je me suis dit que notre François montrait du doigt les parachutes dorés, paquets de stocks options, bonus en tout genre ou autres « rémunérations variables » selon la formule hypocrite d’Alain Minc, et je m’en félicitais. J’avais seulement un instant oublié la langue de bois syndicale, et oui il y en a une aussi, qui donne un sens particuliers à la formule « avantages acquis ». Il s’agît, en effet, de conditions particulières relevant de la convention collective de certaines corporations. Des avantages qui touchent aussi bien des éléments de rémunération que de couverture sociale , des conditions d’horaires de travail allant même jusqu’à un regard sur l’embauche. Des avantages acquis à des moments forts de l’histoire de France, pour l’essentiel à la Libération et que les salariés ont su conserver à travers le temps. Des avantages qui ne font pas de leurs bénéficiaires des riches et encore moins des spéculateurs. Mais il est de bon ton à droite de pointer ces éléments pour expliquer les difficultés de l’économie française, pourtant même avec la meilleure mauvaise volonté du monde on n’atteindra jamais en mettant bout à bout le coût de ces avantages le plancher le plus bas soit-il des profits du CAC 40. Aussi ce serpent de mer apparaît bien dérisoire en particuliers au moment où la dernière étude du CREDOC nous apprend que les classes moyennes, dans lesquelles se situent en général les bénéficiaires des dits avantages, représentent 50% des salariés et perçoivent un revenu mensuel entre 1120 et 2600 euros dont pour 30% d’entre eux au dessous de 1750. Ce qui, selon les calculs du CREDOC, laisse une fois les dépenses incontournables réalisées, 294 euros pour l’habillement, l’équipement et les loisirs. Ce qui amène l’organisme à constater que les classes moyennes rognent sur les dépenses de confort : en 2008 , 48% ne sont pas parties en vacances, 37% se sont privés de cinéma, 34% n’ont pas de voitures, 50% n’ont pas Internet à domicile et 40% n’ont pas de produit d’épargne liquide. Il n’est pas sûr dans ces conditions que la chasse aux avantages acquis rapporte gros ; une véritable taxation des profits serait certainement plus efficace. En revanche ce constat justifie de défiler derrière les banderoles syndicales tout en travaillant à une perspective pour demain.

Philippe Dibilio

Lyon, le 25 mars 2009.

Illustration: DR

11/12/2008

Content et déçu

Sarkozy NB.jpgContent, le Président se dit l’être à propos d’Eric Besson son ministre en charge de l’avenir. Ne me demandez pas pourquoi vu qu’a part la notation des Ministres, les clubs de foot et quelques trucs sans importance sur l’internet nul ne sait exactement ce que peut bien faire « le transfuge ».

Content mais surtout admiratif, notre Président l’est également au sujet de Claude Allègre. Ici aussi inutile de me demander de fournir une explication puisque après les sciences de la terre, celles de l’éducation, l’art de la politique, la couche d’ozone, l’ami de Lionel est aujourd’hui devenu, comme Alain Minc, un historien. Notre homme est donc compétent en tout ce qui explique peut-être l’admiration sans borne du Président.

Content, Sarkozy se dit l’être aussi à l’égard de Nadine Murano dont la gouaille, façon populasse, botte bien à l’ancien Maire de Neuilly. Mais attention, le Président n’est pas seulement content de lui-même et de quelques autres, il est aussi déçu.

Il est déçu par Patrick Devedjian d’où la nomination au poste de Ministre de l’UMP du « chouchou ». Déçu aussi Jean-Pierre Jouyet qui vient de filer à l’anglaise et qui va surveiller les marchés. Déçu par Rama Yade qui ose refuser de prendre la tête d’une liste UMP au prétexte qu’elle souhaite demeurer ministre, Sarko est aussi peiné par quelques députés qui ne veulent pas faire travailler les Français le dimanche. Le Président semble également pensif à l’égard de quelques autres ministres et en particulier de Rachida Dati. Heureusement que Nicolas Sarkozy a encore une saine haine chevillée au corps à l’égard de Villepin sans quoi cette déception affichée et quasi généralisée pourrait se transformer en déprime au point de voir réapparaître cette célèbre migraine dont on ne nous parle plus depuis son élection.

Reste le cas Kouchner dont la quasi inutilité commence à se faire sentir et qui, tel un Jean-Louis Debré Sarkozyste, en est rendu à jouer les utilités en tirant le tapis sur lequel marche Rama Yade.

Tout ceci est donc très moyen. Moyen comme le sondage du dévoué Paris-Match qui note, de quoi être déçu, une baisse de popularité pour le Président mais qui fort heureusement indique dans le même temps une hausse d’opinions favorables parmi les classes populaires. Justement, à propos des classes populaires, si vous les croisez, il convient de leur expliquer que le PS fait le maximum pour être à gauche et les voilà à honorer le Président. Pour tout vous dire cela me laisse froid, mais avouez que si vous étiez à la place de Martine Aubry et Benoît Hamon vous auriez de quoi être déçu.

Lyon, le 11 décembre 2008.

09/12/2008

En attendant demain

medium_313780.jpg« Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain », c’est cette formule éculée, attribuée à Willy Brand, qu’ a osé ressortir Alain Minc sur le plateau de Serge Moati dimanche lors de l’émission « ripostes » sur la Cinq et ce pour justifier le plan de anti-crise de Sarkozy qui privilégie les investissements plutôt que la relance par la consommation. Ce « monsieur je sais tout » qui met sa gouaille plus que son savoir au service des puissants du pays, tous proches du président de la République, se foutait une fois encore de nous. Si cette formule, prononcée dans les années soixante dix avait eu un effet il y a bien longtemps que l’on n'aurait plus de problèmes d’emploi tant les profits ont surfé sur les sommets depuis ce temps là. Mais les profits, c’est bien connu, y compris d’Alain Minc, profitent par nature à ceux qui les réalisent lesquels ne situent pas dans le camp de ceux qui partagent.

Dès lors la relance Sarkozy aura le même effet que les autres ; elle permettra à ceux qui ont joué avec l’argent des autres de refaire leur pactole. D’ailleurs les premiers exemples pointent à l’horizon. Ainsi un groupe de banques dont Daxia, la Caisse d’Epargne et le Crédit Agricole, toutes recapitalisées par l’état, ne se sont partagé que la moitié des prêts locatifs sociaux attribués par le gouvernement. Hic politique ces crédits devaient servir à racheter les logements programmés mais pas construits tel que le souhaitait Nicolas Sarkozy pour donner un coup de pouce au bâtiment en particulier. Voilà donc un volet de la relance qui démarre mal. L’explication de cette frilosité nous est donnée par le secrétaire général de la Caisse des Dépôts (un expert) : « ce secteur (du logement social) n’intéresse pas les banques, elles préfèrent faire du logement à loyer libre où elles obtiennent de meilleurs rendements ». Des profits d’aujourd’hui donc qui ne serviront pas plus à la relance qu’ à l’emploi de demain et qui révèle la supercherie de Minc.

Quant au plan de Sarkozy il ne s’annonce pas sous les meilleures auspices. D’ailleurs son conseiller spécial Henri Gauino craint une révolte des classes moyennes qui vont être touchées de plein fouet par la crise. Aussi il veut donner des signes de moralisation du capitalisme, lui au moins il est sûr d’avoir du travail pour longtemps.

Philippe Dibilio

Lyon, le 9 décembre 2008.

DR

 
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