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19/10/2009

Votch

sarksian.jpg« Votch » cela signifie « Non » en arménien et actuellement sur de nombreuses pancartes qui surgissent lors des manifestations ces « Votch » fleurissent tant, de Los Angeles à Beyrouth et de New York à Paris, on s’oppose dans la diaspora aux protocoles qui viennent d’être signés entre la République d’Arménie et la Turquie. Dans son éditorial, le magazine « France-Arménie » parle, à propos de l’accord Arméno-Turc signé à Zurich « d’une fracture entre les deux pôles de la nation arménienne » pointant le risque « d’un durcissement vis-à-vis de l’Arménie » ou d’une « désaffection généralisée ». Le risque nous dit par ailleurs Varoujan Mardikian dans son éditorial est que la diaspora arménienne se retrouve « face à elle-même ».

Il y a peu je vous disais le plus grand bien de l’esprit qui régnait entre Ahmet Insel et Michel Marian, ces deux intellectuels Turcs et Français dans leur ouvrage « dialogue sur le tabou arménien » en indiquant que ce long chemin vers la réconciliation serait semé d’embuches. Il convient de le reconnaître, les premières embuches sont devant nous mais aujourd’hui elles concernent les rapports au sein du peuple arménien puisque ces désaccords se situent entre Erevan et la diaspora. Il est clair que ce hyatus cache aussi des arrière-pensées, qu’en rejouant la scène de la défense de la cause arménienne à porter les intérêts d’un seul pays, fut-il la République d’Arménie, le président Sarksian et sa diplomatie viennent de prendre quelques risques. Les protestations qui apparaissent dans la diaspora mettent le doigt là ou cela fait très mal car les protocoles signés entre les deux pays semblent ne pas vouloir prendre en compte la question du génocide sans parler de la difficile situation des minorités au Djavakh.

Au terme de leur dialogue Ahmet Insel et Michel Marian écrivaient, et nous étions en juin 2009, « jusqu’ici ces gestes diplomatiques ont manqué de mots, ils ont été embarrassés et opaques, comme si seul l’intérêt pouvait en démontrer le bien fondé. Or, dans cette affaire, on a absolument besoin de mots parce que ce sont aussi et surtout des sentiments, des mémoires et des émotions qui sont en jeu, et qu’il faut trouver les mots pour les exprimer ». Le président Sarksian en mettant en œuvre, avant la signature des accords de Zurich, son « Diaspora Tour » a démontré que les mots, les sentiments, les émotions et la mémoire n’étaient plus des choses initialisées dans son esprit. C’est pourtant cela qu’attendait aussi la diaspora. Aujourd’hui ce début de divorce ne semble pas effaroucher Erevan qui, en bon adepte de la Real-politique a manifestement décidé que ce « désaccord avec les accords »  était subalterne. Au final, il n’est pas certain que le président Sarksian sorte gagnant de cet imbroglio. Il sera alors trop tard pour comprendre que dans la situation de l’Arménie, les mots, les sentiments, la mémoire et l’émotion sont des choses qui comptent en politique.

Lyon, le 19 octobre 2009

Photo:DR

 
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