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07/10/2010

Nobel

philip_roth_jrgen_frank2.thumbnail.jpgA quoi peuvent bien songer ceux du jury Nobel, des gens que j’imagine vieux, vieux et progressistes mais également dotés du sens de l’histoire. A quoi pense donc ce satané jury quand il phosphore sur qui pourrait-être le Lauréat du Nobel de littérature qui sera remis à 13h00. La planète entière des lettres milite pour l’évidence, la désignation de Philip Roth car il serait grand temps que l’un des grands écrivains américains de ce temps bénéficie enfin d’une telle reconnaissance.

A soixante-dix-sept ans, cheminant encore alerte dans la république internationale des lettres, Roth est loin d’être semblable à son héro Zuckerman, fatigué. Entre l’Upper west side hivernal et les beaux jours dans le connecticut, Philip Roth écrit, il écrit et écrit encore. « Indignation » vient d’être traduit ici par Gallimard alors que quelques jours plus tôt « Nemesis », un roman qui évoque la polio intervenue en 1944 dans son New Jersey natal triomphe aux Etats-Unis. Le plaisir et la nécessité d’écrire, avec l’âge, deviennent un combat pour Roth. Un combat, car Roth, torturé par son mal de dos continue d’écrire, debout. Alors, tant qu’il est debout, espérons que du côté de Stockholm un jury jugera que cette affaire a trop duré et que le Prix Nobel 2010 de littérature est donc attribué à …. Philip Roth.

Lyon, le 7 octobre 2010.

Photo: DR

27/11/2009

« Tutu »

Tutu.jpgDans trois semaines, le 22 décembre, Marcus Miller se produit sur la scène de l’auditorium de la Part Dieu en recréant le mythique album de Miles Davis, « Tutu », un des symboles avec « We want Miles » de la dernière période du Maître et du retour en studio après ses problèmes de santé. Le jazz Funky de Miles part alors vers la conquête du très grand public en compagnie de jeunes inconnus du nom de Mike Stern, Mino Cinelu et du bassiste Marcus Miller qui deviendra peu à peu l’une des chevilles ouvrières de la magnifique machine conduite par Davis. En quittant Columbia pour Warner, nous sommes en 1986, Davis va proposer ce « Tutu » hommage à Desmond Tutu l’archevêque anglican de Cape-Town qui a reçu le Nobel de la Paix deux ans auparavant. Miller est aux manettes, crédité à la composition puisque Davis est en conflit concernant les droits de ses propres compositions, veillant au grain en ce qui concerne les arrangements, le bassiste laissant le soin à Miles de poser sa trompette sur la magnifique mécanique usinée également par George Duke, Adam Hozman, Bernard Wright, Omar Hakim et quelques autres.

C’est l’équipe de « Jazz à Vienne » qui est à l’initiative de ce concert lyonnais qui nous permettra quelques mois après son passage au dernier festival viennois de revoir Marcus Miller sans SMV.

Avec cette fois-ci Miller le jazz de Miles toujours réinventé avait alors pris très nettement un nouveau virage aux accents et sonorités neuves. Même si nombre d’amateurs de Davis continuent de considérer cette période comme secondaire dans l’œuvre du génial trompettiste, je ne peux qu’inviter les jeunes générations qui parfois méconnaissent l’œuvre de Miles Davis à écouter ce jazz fusion des années quatre-vingt qui baigné de synthétiseurs et parfois même d’échantillonnages devrait leur aller droit au coeur.

Marcus Miller avait été l’un des artisans de ce énième virage de Davis, l’homme qui faisait reculer depuis des décennies les limites du jazz. Le 22 décembre le talentueux bassiste nous proposera donc une nouvelle vision de « Tutu ». Je voulais vous en parler dès aujourd’hui car il n’y aura probablement pas de places pour tout le monde.

  • « Marcus Miller Tutu », Mardi 22 décembre 2009, 20h30, Auditorium de Lyon. Renseignement et réservations au 04 78 95 95 95 et sur www.auditorium-lyon.com

Lyon, le 27 novembre 2009.

04/10/2009

Pamuk à Lyon

Orhanpamuk.jpgMercredi prochain, le Maire de Lyon remettra la médaille de la ville à Orhan Pamuk avant que le Prix Nobel de Littérature 2006 ne dialogue, à l’invitation de la Villa Gillet, avec la journaliste du Monde Raphaëlle Rérolle. Cette manifestation organisée dans le cadre de la saison de la Turquie en France est un évènement majeur au moment ou Gallimard met à disposition du public français « D’autres couleurs », un recueil d’une soixantaine de récits et discours d’Orhan Pamuk qui permettra au lecteur d’encore mieux saisir le point de vue et la personnalité de l’auteur de « Neige ».

Esprit libre et auteur d’exception, Pamuk occupe une place importante dans la vie culturelle et démocratique de son pays. Citoyen particulièrement engagé et conteur hors-pair, avec Orhan Pamuk, le public de la Villa Gillet découvrira la dimension intellectuelle et politique d’un écrivain majeur de la littérature contemporaine, un auteur qu’il appréhende jusque là uniquement par ses romans mais aussi par le magnifique portrait qu’il a fait de sa ville d’Istanbul.

Pamuk, comme beaucoup d’intellectuels Turcs n’a jamais voulu négocier de compromis sur la question des droits et des libertés dans son pays. Sur l’épineuse question du génocide des arméniens et de sa nécessaire reconnaissance, comme des dizaines d’universitaires, journalistes et artistes, Orhan Pamuk s’est toujours exposé, son Prix Nobel lui servant par ailleurs d’efficace bouclier. A un moment ou la question arménienne interpelle de manière presque frontale l’histoire de la Turquie, ou intellectuels Turcs et arméniens amorcent d’utiles dialogues, la présence de Pamuk est presque une bénédiction. Que Guy Walter et son équipe soient remerciés.

  • > Orhan Pamuk à Lyon le 7 octobre 2009

- 18h00, Salons de l’Hôtel de ville, remise de la médaille de la ville par Gérard Collomb. Une cérémonie ouverte à tous et gratuite à condition de réserver.

- 19h30, Institution des Chartreux, 11 rue Pierre Dupont, Lyon 1er arrondissement. Rencontre avec l’auteur. Réservation obligatoire, tarifs de 2 à 8 euros.

Lyon, le 4 octobre 2009.

18/08/2007

S comme Stiglitz (Joseph E.)

medium_S_1.2.jpgSoyons clairs. La plupart du temps, l'idée de lire un bouquin d'économie fait plus que me rebuter, elle me déprime. En attente depuis plusieurs mois le livre du Prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz intitulé "Un autre Monde" dormait sous une pile d'ouvrages et sa lecture début août n'est pas loin de me réconcilier avec le genre. En vérité Stiglitz est presque un conteur et le DVD d'entretiens diffusé par l'hebdomadaire "Challenges" cet hiver ne peut qu'encourager des lecteurs aussi fainéants que moi à poursuivre. C'est ce qui a été fait et je m'en porte que mieux.

Autour de l'idée que Wall Street et la mondialisation débridée en cours sont antagoniques aux perspectives de développement, l'ancien conseiller de Bill Clinton avance l'idée qu'une certaine forme de capitalisme, celui en vigueur aux Etats-Unis pour parler court, est à proscrire. Autour de l'idée du retour à un Etat modernisé et à des processus de décisions issus de choix démocratiques, un nouvel équilibre peut émerger entre l'Etat et le marché permettant ainsi non seulement aux sociétés de maîtriser le marché, de protéger travailleurs comme consommateurs au Nord comme au Sud mais, et c'est essentiel pour Stiglitz, d'être soucieux de l'avenir de la planète.

S'il fallait très grossièrement caser l'économiste américain parmi les références qui s'imposent  en matière de projet de société il est clair que le Nobel 2001 pourrait se situer entre la démarche sociale démocrate suédoise, les positionnements d'une bonne partie du PS français (de DSK à Royale) et certaines velléités de Clinton ou Al Gore.

Pour vous convaincre de visiter Stiglitz et de tenter l'aventure voici quelques bribes de la conclusion de son ouvrage.

"Pour une grande partie du monde" nous dit l'auteur, "la mondialisation telle qu'elle a été gérée ressemble à un pacte avec le diable. Dans le pays, une poignée d'individus s'enrichissent; les statistiques du PIB, à prendre pour ce qu'elles valent, ont meilleure mine, mais les modes de vie et les valeurs fondamentales sont menacées. Dans certaines régions du monde, les gains sont encore plus minces, les coûts plus palpables. Les progrès de l'intégration dans l'économie mondiale ont apporté plus d'instabilité, plus d'insécurité, plus d'inégalité. Et ils ont même compromis des valeurs essentielles.

Ce n'est pas une fatalité. Nous pouvons faire fonctionner la mondialisation, mais pour tout le monde, y compris les habitants des pays pauvres. Ce sera long et difficile. Nous avons déjà beaucoup trop attendu. Nous devons nous y mettre immédiatement ".

Cela vous tente? Cela s'appelle "Un autre Monde", c'est chez Fayard, 448 pages pour 22 Euros mais j'imagine que d'ici quelques mois une version en poche devrait être proposée. A vous de voir si vous préférez attendre.

 

 
Hautes Pyrénées, 18 août 2007.

13/08/2007

P comme Pamuk (Orhan)

medium_P_1.jpgAttention aujourd'hui on ne plaisante pas, je vais essayer de vous parler en quelques lignes d'un Prix nobel de Littérature. Pour tout vous avouer, c'est le premier bouquin de Pamuk que je lis et ce livre est très particulier dans son œuvre car il nous dresse le portrait autobiographique d'une ville, Istambul, sa ville. Puisque j'en suis à vous confier l'étendue du désastre, je dois vous dire aussi que je ne suis jamais allé à Istambul, c'est dire si je souffre d'un handicap grave.

"Istambul, souvenirs d'une ville" (Gallimard, 2007) est à la fois un magnifique récit d'enfance, la biographie d'une ville, un reportage  mêlant intimité, souvenirs, nostalgie et érudition mais aussi des digressions qui permettent au lecteur de rencontrer des voyageurs prestigieux comme Nerval et Flaubert.

Ceux qui chercheront dans ce livre Pamuk le citoyen et démocrate Turc en prise avec le régime reviendront bredouilles après la lecture de ces quelques 450 pages, ceux qui essaieront d'en savoir plus sur cet opposant qui n'a pas hésité à parler du génocide des arméniens et des massacres des kurdes resteront sur leur faim. Pamuk nous parle de lui, de sa jeunesse, de la ville qui l'a vu naître en 1952 et qui ne s'était toujours pas remise de sa gloire ottomane passée, une cité isolée et résignée.

Le magnifique livre de Pamuk se termine alors que ce jeune homme de 21 ans décide de devenir écrivain. Aujourd'hui Orhan Pamuk est partagé entre la Turquie et le monde occidental. Son statut de Nobel le protège et lui permet de dire le monde, de s'inquiéter de la montée du nationalisme turc, de croire comme son ami assassiné Hrant Dink que l'ouverture du pays est la meilleure façon de mettre la Turquie face à son passé. Pamuk souhaite que la Turquie intègre l'Europe en déplorant comme il le disait en mai dernier à www.yevrobatsi.org le site des "Arméniens d'Europe, citoyens du monde" que "le projet européen traverse actuellement un triste processus historique/…/ et que ce rejet a propulsé les nationalistes turcs." Mais ça c'est une autre histoire et comme vous le savez, l'histoire est têtue.

Si vous souhaitez mieux connaître Orhan Pamuk, voici un documentaire de télévision qui donne la parole à son éditeur turc.

Hautes Pyrénées, 13 août 2007.

 
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