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05/10/2010

De l'injure

bukowski.jpgEn ces temps où outrage et caviardage sont devenus, dans un élan nauséeux, les deux mamelles de la Sarkozye, je ne saurais que trop vous conduire à la lecture de l'excellent "Ta gueule Bukowski. Dictionnaire des injures littéraires" (Pierre Chalmin, L'Editeur, septembre 2010) afin de renouer avec l'aimable temps où l'on savait villipender son prochain avec un talent certain et très éloigné des bassesses racistes estivales de comptoir répandues à gorges déployées contre les Auvergnats par un membre éminent du sarkozysme.

A mille lieux des unes du Figaro dont les manchettes exhibent fièrement leurs traces de cirage et de résidus "d'inflation", des "Casse-toi pauv'con" et autres "La France, tu l'aimes ou tu la quittes", ce bréviaire de l'injure nous rappelle cruellement que ce qu'il y a de pire dans le sarkozysme, ce n'est sans doute pas le volume d'immondices qu'il déverse sur la Constitution, la République, et autres textes futiles mais c'est le manque de talent, l'inculture crasse qui orne désormais les frontons de nos ministères.

Plutôt que de vous livrer quelques morceaux choisis de cette Bible de l'offense, je vous propose de deviner en faveur de qui les adresses suivantes ont été fomentées. Un X masquera éventuellement le patronyme de l'injurié; ceci est évidemment un jeu à la faveur duquel l'injurié est conduit à une hasardeuse, fortuite, accidentelle mitoyenneté de QCM avec une kyrielle d'individus pour lesquels vous imaginez le niveau de considération qui leur sera bien évidemment dû. Loin de moi l'idée de les confondre, les assimiler, les comparer, les mesurer même avec l'injurié susévoqué. Mais pour faire un QCM, il faut de multiples choix.

1. "Le plus con des veaux est celui qui court après son boucher. X fut de ce genre là"
A. Dieudonné
B. Brasillach
C. Céline
D. Martin Hirsch

2."Ce vieillard avide se ruant à la Table Sainte pour y bâfrer des honneurs ... Misère !"
A. Maurice Druon
B. Marc Fumaroli
C. Paul Claudel
D. Maurice Quénet, recteur honoraire qui est à l'Académie de Paris ce que Jack Lang fut à la culture ...

3."Inquiétant et banal comme un poignard du Caucase"
A. Eric Besson
B. Brice Hortefeux
C. Vladimir Poutine
D. Staline

4. "J'ai cru qu'il était du marbre dont on fait les statues. Il n'était que de l'émail dont on fait les bidets"
A. Nicolas Sarkozy
B. Jacques Chirac
C. François Bayrou
D. Michel Rocard

5."C'est un homme qui s'est fait tout seul, qui s'est hissé au premier plan, malgré une inculture et une pauvreté d'esprit qu'on ne rencontre plus guère que chez les animateurs de radios libres. Un homme qui a fait une carrière politique remarquable en étant persuadé toute sa vie que Marceau, Berthier et Périphérique étaient des maréchaux d'Empire"
A. Nicolas Sarkozy
B. Georges Marchais
C. Jean-Michel Baylet
D. Bernard Tapie

6. "Avec X, il faudrait deux quotidiens. Un pour la connerie du matin et un du soir pour démentir la connerie du matin"
A. Nadine Morano
B. Nicolas Sarkozy
C. Fadela Amara
D. Rama Yade

7. "Monsieur X fait dans la culture comme d'autres font dans leur culotte. Monsieur X fait de l'incontinence ministérielle. Il ne peut pas se retenir"
A. André Malraux
B. Jack Lang
C. Frédéric Mitterrand
D. Renaud Donnedieu de Vabres

8. "La littérature de X méritera de demeurer comme témoignage des ravages que peuvent occasionner , sur les esprits simples, le décervelage en règle de ce qu'on nomme encore l'Education Nationale et la lecture hebdomadaire de Télérama"
A. Marc Lévy
B. Marc Lambron
C. Philippe Delerm
D. Guillaume Musso

9. "Vous savez à quoi on reconnaît que X est en train d'écrire un nouveau livre ? On entend les ciseaux et la photocopieuse !"
A. Alain Minc
B. Paul-Loup Sulitzer
C. Jacques Attali
D. Bernard-Henry Lévy

10. "Quand ça débande dans la société humaine, une femme en général, se dévoue, en tablant sur la virginité et la frigidité primordiales. Ca refait bander illico"
A. Ségolène Royal
B. Jeanne d'Arc
C. Marie-France Garaud
D. Carla Bruni

Les réponses à ces insoutenables questions la semaine prochaine.

Stéphane Nivet

07/06/2010

Charlots

0_other_portraits_-_general_de_gaulle_by_yerbury.jpgIl y a tellement peu d'écrivains en France qu'un quarteron d'inspecteurs zélés vient de décider d'intégrer "les mémoires de guerre" de De Gaulle parmi les textes littéraires soumis à la sagacité des lycéens de Première L pour leur épreuve anticipée de Français au Bac. Editorialiste souvent commis d'office, Yves Thréard du Figaro est illico monté au créneau pour défendre ce choix ne craignant pas, pour l'occasion, de passer pour un vulgaire factotum lettré et dévoué d'un pouvoir bling-bling fouettant de plus en plus la moisissure. Ne craignant donc pas le ridicule, le journaliste appliqué nous a expliqué que l'on ne pouvait contester la qualité d'écrivain ainsi que le style du Général. Parlant de la valeur littéraire de la plume de l'homme du 18 juin et s'en prenant à la pétition du Snes, le plumitif du Figaro nous a expédié à la face un De Gaulle "outragé" par les pétitionnaires de gauche. Avec des types comme Thréard susceptibles de faire le job en toutes circonstances pourvu que l'ordre vienne d'en haut nous pouvons craindre le pire. Que, par exemple le premier châtel venu inscrive la musique militaire en option musique, qu'en théâtre l'étude de l'œuvre de Louis De Funes devienne fortement conseillée ou que la peinture de Pal Sarkozy serve de boussole aux lycéens toqués d'arts plastiques. Après les ridicules consignes à propos de Guy Mocquet, les péroraisons lamentables sur la Princesse de Clèves, les opérations de communication sur la vertueuse culture cheap du président on pensait que les leçons étaient définitivement tirées. Ce n'est manifestement pas le cas.

Lyon, le 7 juin 2010.

19/02/2010

Sud (profond)

82593292croix-occitane-1-jpg.jpgPour convaincre les socialistes locaux d’apporter leur aide, non pas à Frêche, mais à Hélène Mandroux, Claude Bartolone lançait il y peu une sorte de menace aux socialistes récalcitrants en disant qu’ils avaient « intérêt à ne pas insulter l’avenir » et selon la formule généralement consacrée en ce genre de circonstance, « à ne pas se mettre d’eux-mêmes en dehors du PS ». C’est donc en vertu de l’article 11 des statuts que Bartolone fait aujourd’hui la morale à qui veut bien l’entendre lui qui, il y a quelques années, avait fait activement campagne pour le « Non » au référendum alors que démocratiquement son Parti, le Parti Socialiste, s’était déclaré pour le « Oui »

Même si un sondage ne fait pas l’élection, constatons que celui réalisé pour « LCI-Le Figaro » par Opinion Way en créditant la liste socialiste disposant du label Solferino de quelques maigres 6% va poser problème à la direction nationale du PS. D’ailleurs, malgré les foucades de Bartolone, du côté du Porte Parole Socialiste on ne joue plus au malin. « On ne va pas faire du disciplinaire » nous dit désormais un Benoît Hamon qui semble anticiper la décapitulotade car si l’on en croit ce sondage c’est avec 41% que Frêche serait élu au 2ème tour devançant la droite de 10 points et l’alliance Ecolo-socialiste-NPA de 14 c’est çà dire, au final, le meilleur score jamais enregistré par Frêche. Tel est semble-t-il le prix de l’âme de Bartolone et espérons qu’au train ou vont les choses, d’ici quelques temps, il n’y aura au sein du PS plus grand monde pour voter pour lui.

Lyon, le 19 février 2010.

15/01/2010

Ellroy circus

arton15403-2c4a8.jpgTout à la fois croyant et pratiquant en matière de polars, Claude Chabrol indiquait hier dans un entretien au Figaro son admiration sans borne pour James Ellroy qui livre cette semaine aux français, « Underwold USA », le troisième et dernier volet d’une trilogie entamée avec « American Tabloïd » et continuée avec « Death Trip ». Pas très loin de penser qu’Ellroy est l’un des monuments de la littérature de l’Amérique contemporaine, Chabrol prenait tout de même bien soin de nous préciser que le romancier de L.A était difficile à supporter « quand il se met à aboyer et à faire son cirque devant les médias ». Justement, toujours hier, c’était du côté de la concurrence, dans les cahiers livres de Libération, qu’il convenait de se tourner pour vérifier la judicieuse remarque de Claude Chabrol.

Interrogé par Sabrina Champenois on avait donc droit à une représentation du « Ellroy circus » sur trois colonnes bien serrées, un show littéraire de première bourre, autrement dit du grand Ellroy. Interpellé sur la promotion de son bouquin (« J’adore. Ça fait vendre des livres, et ce livre est génial »), le ricain n’hésitait pas à endosser le costume de rock star non sans préciser que l’affaire était importante « en termes de ventes, la France (étant) pour moi le pays le plus important » rappelant à l’occasion que c’était d’ailleurs un article de Jean-Patrick Manchette dans Libération, qui l’avait lancé. Après avoir examiné presque dans le détail sa dépression et ses conquêtes féminines, suite à une question de la journaliste persuadée que notre homme était un ermite militant, le ricain-réac répondait du tac-au-tac, « Non. J’ai une amoureuse, j’ai un réseau social, des amis, j’aime Dieu, je prie, je vais à l’église, j’ai deux ex-femmes, j’écoute de la musique classique, Beethoven… ». C’est en crescendo que se terminait l’interview. Barack Obama, « je ne sais pas, je n’ai pas suivi, et je me refuse à commenter l’actualité contemporaine », Michael Jackson, « violeur d’enfants, il est mort comme il a vécu, dans le sordide » non sans que l’immense Ellroy nous indique que son nouveau projet de quatre volumes concernerait Los Angeles pendant la deuxième guerre mondiale.

Je n’ai bien entendu pas encore fréquenté cet « Underworld USA » qui, de l’avis général de la critique n’est peut-être pas loin d’être le meilleur des trois bouquins de la série. A voir le cirque promotionnel du mauvais génie de l’Amérique on ne peut qu’en être persuadé. Après une passe difficile, l’inquiétant Ellroy nous revient en forme quasi-olympique, à la hauteur d’une réputation parfaitement justifiée.

  • > James Ellroy, « Underworld USA », Rivages-Noir, Traduction Jean-Paul Gratias, 24,50 euros.

Lyon, le 15 janvier 2010.

23/11/2009

"SOS"

diams.jpgAlors que la première décennie du nouveau siècle est sur le point de laisser place nette, on commence à voir fleurir les premiers palmarès chargés de pointer évènements, livres ou disques susceptibles de laisser quelques traces. Le Figaro s’est par exemple déjà essayé à cet exercice dangereux et nous pouvons parier que dans les semaines qui viennent la tentation d’en faire autant va être forte, tous médias confondus. Tout cela pour dire qu’avec la sortie de « SOS », le nouvel album de diam’s, on peut légitimement s’interroger sur la portée, osons le terme, politique, d’une livraison qui pourrait faire date.

Même si certains annoncent déjà que le triomphe de « Dans ma bulle » n’a guère de chance d’être réédité, on peut tout de même avec certitude dire que cet « SOS » est pourtant un album qui devrait marquer. Autobiographique et personnel tout en étant probablement un assez fidèle témoignage générationnel, le nouvel opus de Diam’s capte « l’air du temps » comme l’a écrit avec justesse Stéphane Davet dans le Monde même si parfois d’ailleurs la chanteuse se vautre dans la démagogie. Il n’empêche qu’au delà de son strict contenu, « SOS » est un disque qui devrait marquer, non pas que nous soyons en présence d’un immense album, mais bien parce que dans sa dernière livraison la rappeuse parisienne met « les pieds dans le plat » en s’inscrivant dans, semble-t-il, le rude contexte de sa vie personnelle mais aussi dans celui d’une réalité française têtue. Sur bien des sujets, la question du foulard étant l’un deux, Diam’s devrait trouver quelques échos, non pas chez ceux qui voyaient hier en elle l’expression d’une nouvelle radicalité féminine, mais bien chez celles et ceux qui trouveront dans cet « SOS » l’expression directe de leurs difficultés, de leur mal-être au quotidien mais aussi même d’une volonté d’en découdre.

Nul ne sait bien entendu si ce disque s’avérera comme la fin du parcours de Diam’s ou au contraire la naissance d’un phénomène majeur et inédit à haute portée symbolique. En tout état de cause chacun pourra convenir que « SOS » est un disque important même si de nombreux lecteurs de Télérama compenseront leur désamour à l’égard de la native de Chypre en reportant leur affection et leurs espoirs sur Grand Corps Malade.

Lyon, le 23 novembre 2009

Photo: DR

08/10/2009

Hortesson et Beffeux

eric-besson.jpgOn se souvient, il y a quelques semaines, ayant invité les télévisions à venir l’interroger à New-York, Nicolas Sarkozy avait expliqué que l’heure de savoir s’il devait se représenter pour un second mandat était loin d’être venue. Pire la chose paraissait incongrue à notre président tant les tâches l’attendant pour l’avenir de la planète et du pays étaient immenses.

Hier, dans le Figaro, c’était donc « à titre personnel » que Claude Guéant, le faisant-fonction de premier ministre auprès du Président, exprimait son désir de deuxième mandat. Ça tombe bien car les grands préparatifs pour le renouvellement du mandat sont d’ores et déjà lancés. Côté logistique politique, la messe est dite, et c’est autour d’un périmètre qui va de l’UMP à de Villiers que s’organise la majorité. Coté thématiques, il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir qu’avec l’immigration et la sécurité on prépare la tambouille. Adieu déficit public. Ciao chômage et misère. Bye-bye la crise. Pour Sarkozy il s’agit de reprendre les standards, ceux qui ne déçoivent jamais.

Il va y avoir du sang et des larmes, de la peur et du stress dans l’électorat. Pour mettre en musique cette symphonie pathétique, deux chefs sont pressentis. Hortefeux et Besson qui travaillent actuellement tous les deux leur image. D’ailleurs le second bénéficie depuis quelques jours d’une couverture médiatique hors du commun. Il faut dire que commence à suinter l’idée que l’un de ces deux cerbères présidentiels devrait être le futur premier ministre capable de conduire à la victoire Nicolas Sarkozy pour un deuxième mandat.

En attendant « Le traitre » multiplie les exactions. Il nettoie la jungle, veut expédier les Afghans à domicile. Besson le félon, l’homme qui a éclaté de rire la dernière fois qu’il s’est brûlé est sur orbite. L’homme qui en deux ans est devenu Ministre et n°3 de l’UMP a-t-il pour autant une tronche de locataire de Matignon ? Allez-savoir ! De toute façon c’est Sarkozy qui décide.

Lyon, le 8 octobre 2009.

 

Taisez-vous !

Porte parole de la direction du Parti Socialiste, il est clair que Benoît Hamon n’avait pas à mêler notre Parti aux propos de Marine Le Pen relatifs à un livre de Frédéric Mitterrand paru il y a maintenant quatre ans. Si on écoute bien un de ses amis, Razzy Hamadi, quant à lui Secrétaire National en charge du service public (!), les commentaires livrés par le Porte parole se justifient par le simple fait de ne pas « Laisser ce terrain au Front National ». Martine Aubry doit faire taire ces deux-là.

Photo:DR

24/09/2009

Tranches de vie

fillon.jpgChargé de mouiller la chemise pour dire le plus grand bien de la réforme territoriale que souhaite imposer au pas de charge Nicolas Sarkozy, Gérard Larcher moulinait hier dans le Figaro quelques arguments sans grande conviction. Comme pour se justifier, le Président du Sénat nous indiquait, sans trop y croire, qu’il souhaitait que tout cela se fasse « sans précipitation ». Le bon soldat Larcher, dans une ultime tentative pour nous faire croire que sa parole serait susceptible de peser, nous indiquait que François Fillon » lui avait « assuré que nous auront tout le temps nécessaire pour aller au bout du débat ». Larcher devrait pourtant le savoir, dans ce pays ou désormais les ministres comptent pour du beurre, les propos du premier d’entre eux ne valent pas tripette. D’ailleurs, hier mercredi, le conseil des ministres avait été zappé, le président de la république étant Outre-Atlantique. En d’autre temps, l’élégance l’aurait maintenu avec un ordre du jour d’opérette. Telle n’est plus la pratique sous Sarkozy qui n’en oubliait pas de s’inviter hier soir sur les deux principales chaînes de télévision convoquant les deux présentateurs « passe-plats » à New York, faisant ainsi des quelques questions préparées d’avance des références en terme d’équivalent carbone. Dans le même temps l’Elysée distillait l’information comme quoi, depuis les Etats-Unis, le Président téléphonait cinq à six fois par jour à sa tour de contrôle, Claude Guéant, et seulement une malheureuse fois à un premier ministre prié de s’en contenter.

Dans ce monde de brutes heureusement que Giscard est là pour nous rappeler qu’il y a aussi de l’amour, de la séduction et du romantisme. Une attitude que François Fillon devrait également reprendre à son compte, l’actuel premier ministre partageant avec « l’ex » une totale indifférence de la part des Français et le fait de s’être fait pourrir la vie par un président de la république.

Lyon, le 24 septembre 2009.

Photo: DR

29/05/2009

Pousse mousse, on presse et ça mousse

suite hotel.jpgMême si c'est le privilège des "petits", il n'empêche que la chronique hebdomadaire de Nelly Kaprielan dans les Inrockuptibles est en général tout sauf de l'eau tiède. Celle de la semaine intitulée "Objectif pub", frappe fort et dit tout haut ce que nous constatons tous dans notre coin. Que dit l'incorruptible inrockuptible ? Que chacun à leur manière, Franz-Olivier Giesbert (Le Point), Jean Daniel (le Nouvel observateur) bénéficient, à l'occasion de la sortie de leur énième bouquin, d'une couverture hors norme et d'une complaisance presque généralisée et grossière qui malheureusement est habituelle. Mieux la journaliste se demande comment des personnalités aussi "bookées" en arrivent à trouver le temps d'écrire des "bouquins". Pire pourquoi de tels auteurs ne rougissent pas de honte en se mettant en valeur dans leurs hebdos respectifs. L'un dialoguant avec un écrivain connu, l'autre se faisant tresser des lauriers par un collaborateur de sa propre publication.

En mettant ainsi les pieds dans le plat Nelly Kaprielan ne pouvait pourtant dénoncer une chose probablement encore plus étonnante, à savoir un papier de Bertrand de Saint Vincent apparu mardi dans Le Figaro c'est à dire quelques jours après la sortie des Inrockuptibles. On savait nombre de journalistes enclins à renvoyer l'ascenseur suite à quelques douceurs, autrement dit à avoir la reconnaissance du ventre, mais avec Bertrand de Saint-Vincent on dépasse les espérances les plus folles de nombre d'annonceurs. Son éditorial du cahier "Le Figaro et vous" sobrement titré "Sur invitation" on ne fait rien moins que raconter par "le menu" un week-end à Malte manifestement payé par Moët Hennessy.

On connaissait le journalisme "Relais et châteaux", les journalistes "relais du château", avec le Figaro on vient d'inventer "la vie de château" puisque, et j'ose espérer que c'était de la part de Bertrand de Saint Vincent un pari arrosé avec des confrères, on décrit avec "luxe" de détails les délices et les charmes de l'hospitalité maltaise.

Avec Bertrand de Saint Vincent un nouveau genre, le "gonzo journalisme mondain" est après tout peut être né ?

Lyon, le 29 mai 2009.

14/05/2009

Malheurs

tf1.jpgFrançois Bayrou est « colère ». Il est interdit, semble-t-il définitivement, de journal télévisé sur TF1 pour promouvoir son livre. Les téléspectateurs de la première chaîne ne vont donc rien savoir de son bouquin qui dit tant de mal de Nicolas Sarkozy. A ceux d’ailleurs qui pensent que le béarnais n’est pas dans l’opposition, je leur suggère de méditer cette anecdote, mais revenons à Bayrou. Il est toujours amusant de voir un type qui a passé l’essentiel de sa carrière à naviguer dans les eaux territoriales contrôlées par le RPR s’apercevoir à plus de 50 ans que ses anciens amis sont des brutes en politique.

Je ne sais si l’information fait plaisir à François Bayrou mais TF1 est en train de souffrir. La chaîne connait en effet une chute de 30% de ses recettes publicitaires au premier trimestre 2009. Comme le dit Le Figaro, on l’imagine la larme à l’œil, « La télévision paie un lourd tribut à la crise ».

Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, alors que TF1 paie son tribut, les chaînes de la TNT pètent la forme. Du coup les malheurs de Martin Bouygues pourraient faire le bonheur de Bolloré et il n’en faut pas plus pour alimenter la rumeur Bouygues Martin, l’ami de Nicolas, pourrait larguer la télé au bénéfice du nucléaire et Bolloré, l’autre ami de Nicolas, pourraient donc récupérer la « Une ».

Vous me direz, et vous aurez raison, tout cela ne changera rien au sort de François Bayrou. Maintenant qu’il est dans l’opposition le leader du Modem pourra toujours se gratter pour accéder au plateau de TF1, car Bouygues ou Bolloré, le boss de TF1 sera toujours Nicolas Sarkozy.

Lyon, le 14 mai 2009.

19/03/2009

Saumon

saumon3.jpgJadis, il y avait la « vie en rose ». Aujourd’hui, c’est presque une évidence, il y a la vie « en saumon ». A celles et ceux qui éprouvent ce sentiment étrange que tout va mal, je suggère la lecture quotidienne des pages économiques du Figaro, les célèbres pages saumon, qui s’avèrent, par ces temps difficiles, un véritable passeport pour le paradis.

Prenez la question de la crise. Inutile de flipper, d’avoir le spleen ou la peur du lendemain. En lisant, ne serait-ce que les titres du quotidien, vous vous rendrez compte que l’issue est une question de mois. On nous annonce en effet tranquillement dans l’édition de mardi « Le rebond fin 2009 » ou bien « La reprise début 2010 » à deux pages d’écart. Pas convaincu, le lecteur ne peut se mettre qu’à planer quand, une page plus loin, on indique en format King-size que « La valeur de la France est estimée à 12 513 milliards d’euros ». Ouf ! se dit-on et en poursuivant le feuilletage du cahier économie on découvre toutes les bonnes nouvelles qui, au garde-à-vous, attendent le lecteur au coin de chaque page. L’engagement de la distribution à baisser les prix, les investissements de la RATP grâce au plan de relance, la baisse de la TVA pour la restauration sont autant d’éléments chargés de nous redonner un moral jusqu’ici en berne. Dans la vie couleur saumon, rassurez-vous, les mauvaises nouvelles existent aussi mais étant de la taille d’un timbre poste, on se dit qu’elles relèvent de l’anecdote au point que « Le plan de sauvegarde de l’emploi » (Sic !) de chez Amora, le conflit de Continental ou la hausse de l’inflation et du chômage dans la zone euro passent par pertes et profits pour Le Figaro.

Avec le rose saumon du Figaro, le rose-bonbon gouvernemental et le légendaire bleu horizon de l’UMP on peut se dire, qu’en ce printemps naissant, la France est sur le point de reprendre des couleurs. A se demander pourquoi les milliers de manifestants qui vont arpenter les rues de nos villes aujourd’hui ont tendance à voir le pays couleur « gris caserne ».

Lyon, le 19 mars 2009.

15/10/2008

Neruda apprends-leur à se parler

Sarko Merkel.jpgJe t’aime, moi non plus… susurre le couple enlacé.
Tango sensuel à l’ombre de la croix ou bal tragique à Colombey ?

Ne craignez rien amis, le Figaro l’atteste qui, parlant des retrouvailles d’Angela et de Nicolas sous la grande croix de Colombey et jamais à court de cirage, quand il estime que l’« opération de charme  à l'ombre de la croix de Lorraine a manifestement provoqué un déclic. »
Des clics ou de nouvelles claques qui se perdent?
Car le cher Nicolas n’a pu s’empêcher, avec toute sa finesse habituelle, de piquer les conseillers de la chère Angela d’un péremptoire «J'ai beaucoup de mal avec eux. Gross, gross problem !»
Ce serait un beau happy end si ces deux-là arrivaient à se comprendre et, pourquoi pas, réussissaient à se mettre en communauté de biens dans un contrat gérant ensemble leurs intérêts économiques et politiques.
J’entends fuser les ricanements (ce n’est pas parce que Dame Ségo l’a suggéré que c’est une bêtise).
En tout cas, cela aurait une autre allure que ce remake de la drague de Guy Bedos dansant avec Sophie Daumier.
Qui plus est, une mauvaise drague, dans un mauvais film.
Mais dans un film français, s’il vous plait, me direz-vous, fiers comme des TGV pelliculés aux armes présidentielles et européennes à quelques centaines de milliers d’euros !
À quoi je répondrais que le nanar est tourné en jour européen, la trouvaille cinématographique du réalisateur élyséen qui renoue-là avec un procédé cinématographique qu’il maîtrise à perfection, inspiré de ce qu’on appelle la nuit américaine - cette technique où l’on tourne de jour en faisant croire que c’est la nuit – sauf qu’ici c’est encore la nuit et l’on veut nous fait croire que c’est le jour.

Neruda, où est ton Angelica à toi lorsque tu murmures :
De su mirada largamente verde
la luz caía como un agua seca,
en transparentes y profundos círculos
de fresca fuerza.

(De son regard longuement vert
la lumière tombait comme une eau sèche,
en de transparents et profonds cercles
de fraîche force.)

Notre Angela à nous, de son regard vert d’où la lumière tombe comme une eau sèche, répond à l’outrecuidant qui la cherche, à ce Nicolas trop cavalier pour être bon danseur et qui lui griffe le dos en la serrant fort contre lui : « À chacun sa merde ».

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 15 octobre 2008

12/11/2007

Leur ami Ben Ali

medium_Ben_Ali.jpgQuand vous lisez Le Figaro Magazine, armez-vous d’une sacrée dose d’humour. Dans l’édition du week-end, l’incomparable Alain-Gérard Slama, s’en prenait à la gauche française hantée selon lui par le spectre de Lénine. Il accusait même François Hollande d’avoir fait des réserves trop discrètes sur Che Guevara au moment où l’on fête le   40ème anniversaire de sa mort. Vous voyez le niveau.

Notre agent d’ambiance anti-totalitaire du Figaro Magazine devrait tout de même, avant de balancer ses chroniques douteuses, donner un coup de fil à sa rédaction, histoire d’évaluer le contenu de l’édition à venir. C’est un conseil que je lui adresse.

Si tel avait été le cas, un certain Olivier Michel, lui aurait gentiment indiqué qu’il convenait de faire attention car si en page 24, Slama pourfendait la gauche française hantée par le Léninisme, quinze pages plus loin, lui Olivier Michel, serveur de questions dans l’hebdo de référence de la droite française, interviewait « pour la première fois depuis des années » (sic !), un certain Zine El-Abidine Ben Ali, Président du même nom.

Chacun connaît la légendaire dimension démocratique du règne de Ben Ali, mais rassurez-vous, je ne vais pas vous commenter les trois pages de larbinage de ce monsieur Olivier Michel qui s’était fait, pour l’occasion, « ouvrir le Palais de Carthage à la presse » (re-sic !).

Toutes les bonnes choses ayant une fin, j’imagine que le collègue de Slama s’était interrogé longuement sur la dernière question qu’il allait poser à Ben Ali avant de repartir pour Paris. En tout état de cause, au terme de l’entretien, le gars du Figaro lâche la question qui tue, « En vingt ans de gouvernance, avez-vous un regret ? » Et Ben Ali d’enchaîner, histoire de terminer en apothéose cette interview exclusive:

« Nous avons beaucoup fait pour asseoir les bases d’une vie politique pluraliste.

  Mais nous aurions souhaité l’émergence d’une opposition plus dynamique et plus constructive.» 

Je me demande si la semaine prochaine, dans le Fig Mag, ce bon vieux Slama ne vas pas commettre une chronique intitulée, « Le Président Ben Ali hanté par la démocratie » ?

Lyon, le 12 novembre 2007

PS : Une pensée pour Norman Mailer. Nous aimons son Amérique qui n’est pas celle de Nicolas Sarkozy.

18/11/2017

"SOS"

diams.jpgAlors que la première décennie du nouveau siècle est sur le point de laisser place nette, on commence à voir fleurir les premiers palmarès chargés de pointer évènements, livres ou disques susceptibles de laisser quelques traces. Le Figaro s’est par exemple déjà essayé à cet exercice dangereux et nous pouvons parier que dans les semaines qui viennent la tentation d’en faire autant va être forte, tous médias confondus. Tout cela pour dire qu’avec la sortie de « SOS », le nouvel album de Diam’s, on peut légitimement s’interroger sur la portée, osons le terme, politique, d’une livraison qui pourrait faire date.

Même si certains annoncent déjà que le triomphe de « Dans ma bulle » n’a guère de chance d’être réédité, on peut tout de même avec certitude dire que cet « SOS » est pourtant un album qui devrait marquer. Autobiographique et personnel tout en étant probablement un assez fidèle témoignage générationnel, le nouvel opus de Diam’s capte « l’air du temps » comme l’a écrit avec justesse Stéphane Davet dans le Monde même si parfois d’ailleurs la chanteuse se vautre dans la démagogie. Il n’empêche qu’au delà de son strict contenu, « SOS » est un disque qui devrait marquer, non pas que nous soyons en présence d’un immense album, mais bien parce que dans sa dernière livraison la rappeuse parisienne met « les pieds dans le plat » en s’inscrivant dans, semble-t-il, le rude contexte de sa vie personnelle mais aussi dans celui d’une réalité française têtue. Sur bien des sujets, la question du foulard étant l’un deux, Diam’s devrait trouver quelques échos, non pas chez ceux qui voyaient hier en elle l’expression d’une nouvelle radicalité féminine, mais bien chez celles et ceux qui trouveront dans cet « SOS » l’expression directe de leurs difficultés, de leur mal-être au quotidien mais aussi même d’une volonté d’en découdre.

Nul ne sait bien entendu si ce disque s’avérera comme la fin du parcours de Diam’s ou au contraire la naissance d’un phénomène majeur et inédit à haute portée symbolique. En tout état de cause chacun pourra convenir que « SOS » est un disque important même si de nombreux lecteurs de Télérama compenseront leur désamour à l’égard de la native de Chypre en reportant leur affection et leurs espoirs sur Grand Corps Malade.

 

Lyon, le 23 novembre 2009

Photo:DR

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