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17/11/2010

Cranach naturalisé ?

les-trois-graces©lucas-cranach.jpgNotre grand musée national, le Louvre, en appelle au mécénat individuel (http://www.troisgraces.fr) pour acquérir une œuvre de Lucas Cranach, Les Trois Grâces.

Il s’agit ici de Lucas Cranach le Vieux et le tableau est estimé à quatre millions d’euros. Pourquoi pas, me direz-vous.

Soit. Mais l’accroche que j’ai trouvée sur le site dédié à l’acquisition du tableau m’a de prime abord quelque peu agacé : l’œuvre est déclarée « trésor national ». Bigre ! Certes l’art n’a pas de frontière - et c’est heureux - mais s’agissant de Cranach, peintre allemand fameux du XVIème siècle, l’appellation « trésor national » est quand même excessive, non ?

J’avais tout simplement oublié qu’il s’agit en fait d’une bien curieuse qualification, une sorte d’astuce légale, décidée par une commission ad’hoc pour refuser la délivrance du certificat qui, seul, permet à son propriétaire de sortir un bien artistique du territoire. Une astuce qui, pendant 30 mois, permet aussi à l’État et à ses musées de l’acheter au prix fixé par une commission d’experts (encore une). Et si le propriétaire n’est toujours pas d’accord pour la vendre, on prononce une nouvelle interdiction de sortie. Ad vitam. Voilà comment les Trois Grâces allemandes sont devenues « trésor national ».

Il n’empêche, cette appellation continue à m’apparaître comme un ersatz de cocorico national tout-à-fait boursouflé.

Quant à la manière consistant à en appeler au mécénat individuel, elle me pose elle aussi problème. C’est en effet une niche fiscale pour le moins contestable que celle qui est utilisée en l’occurrence et qui permet une déduction d’impôt au donateur. Ainsi, pour un don de 100 euros, 66 euros de réduction fiscale sont octroyés à un particulier et 90 euros à une entreprise. Naturellement, ces euros seront pris sur les autres contribuables et, puisque l’impôt versé est insuffisant pour permettre d’assurer tout le fonctionnement « social et culturel » nécessaire, ils seront pris sur d’autres budgets. In fine, il est tout à fait possible qu’ils soient pris sur les moyens nécessaires au développement culturel de nos rejetons. Un comble quand on sait que le chapitre « accès à la culture » du budget 2010 a baissé de près de 10 millions d’euros !

Jean-Paul Schmitt

Illustration: Les Trois Grâces, 1531, Lucas Cranach, dit l’Ancien, huile sur bois (© 2010 musée du Louvre).

10/11/2010

Massacre des innocents

Ben.jpgDepuis sept ans, 300.000 Chrétiens ont disparus d’Irak. Ils étaient 1,2 million sur les 23 millions que comptait l’Irak à la fin des années 80. Ils ne sont plus guère que 300.000 à 500.000 aujourd’hui. Des centaines sont, depuis 2003 notamment, les victimes d’un fanatisme terroriste. Les 52 morts de la semaine passée dans la cathédrale de Bagdad, parmi lesquels 35 fidèles et deux prêtres, rajoutent encore de l’horreur à l’horreur.

Revendiqués par une mouvance d’Al-Qaïda en Irak, ils s’inscrivent dans une volonté déterminée d’éliminer des humains, femmes et enfants compris, pour leur seule appartenance à la religion chrétienne.

De nombreux témoignages décrivent les atrocités que subissent aujourd’hui ces communautés chrétiennes irakiennes. Le Secours Catholique a recueilli en juin 2010 celui de Nageeb Mekhail, supérieur des dominicains de Mossoul. Lui n’hésite pas à parler de génocide. Le silence assourdissant sur ce sujet est habituel de la part des médias et des intellectuels de tous poils. Hormis lorsque des hauts faits d’horreur, vite oubliés, permettent un gros titre bien sanglant.

Raison de plus pour signaler le trop lointain mais néanmoins excellent article de l’ami Romain Blachier sur Lyonnitude(s) de novembre 2007. Déjà, il parlait des « Chrétiens d’Orient oubliés ». Mais – pardon Romain – permets-moi un petit tacle : à la date du 5 novembre 2010, à part les manifs, l’autocongratulation et le slow, nada sur ce sujet ? Seraient-ce tes recettes de cuisine qui ont fait grimper ton blog dans le top ten ?

Plus sérieusement, à part celle de Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, les voix des musulmans ne sont pas très fortes non plus sur ce sujet. Que je sache, à la même date du 5 novembre, je n’ai toujours rien lu de tonitruant de la part du recteur Kaptane. Me trompais-je ?

Allons, amis musulmans pratiquants ou autres, faites-vous entendre !

Jean-Paul Schmitt

03/11/2010

Gauguin, un trader de génie

gauguin.christ-jaune.jpgPaul Gauguin à Paul Sérusier peignant un paysage : « Comment voyez-vous ces arbres ? Plutôt jaunes, non ? Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre plutôt bleue peignez-là avec de l’outremer pur ; ces feuilles plutôt rouges avec du vermillon ! »

Quand Gauguin peint des citrons, ils sont d’un jaune acide comme leur jus. Quand il peint son Christ, il est d’un jaune plus mystique que l’or des icônes byzantines. Les robes des femmes à genoux près du calvaire sont d’un bleu plus proche du lapis-lazuli des atours d’antiques Égyptiennes que de celui des robes brutes des bretonnes bretonnantes.

Les toiles de celui qui fut appelé un temps le génial peintre du dimanche font rêver les amateurs aux pinceaux maladroits. Je rêve donc. Gauguin est mort, mais ses œuvres traversent de temps à autres les murailles de riches propriétaires pour rejoindre leurs sœurs dans les salles toujours trop lointaines des musées.

Peut-être feront-elles rêver aussi certain trader de la Société Générale : l’art ne nourrissant pas son homme, Gauguin fut agent de change et peintre en même temps. Jusqu’à la grande crise de 1882...

Petit rappel du bégaiement de l’histoire : 1882 c’est l’année de la crise de l’Union Générale à Lyon, une banque catholique et légitimiste dans le capital de laquelle le secrétaire du pape d’alors est partie prenante. Croissance rapide, investissements risqués, création de la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage, la banque spécule en bourse. Suite à la manipulation des cours, c’est la faillite. La Bourse de Paris est touchée. La crise gagne l’ensemble du pays et dure plusieurs années touchant durement les mines, la métallurgie, le bâtiment avec l’habituel et désespérant cortège funèbre de misère et de conflits sociaux.

Comme j’ai un peu l’esprit d’escalier, après Gauguin et l’Union Générale je reviens à la peinture : la faillite de la banque lyonnaise oblige un certain Paul Durand-Ruel, marchand d’art, à rembourser immédiatement ses créanciers. Il doit vendre nombre de ses toiles, mais grâce au directeur de l’American Art Association, il peut exposer en 1886 les œuvres des impressionnistes à New York : c’est enfin la reconnaissance des artistes de ce courant.

Quelques années après la crise, les grands fauves arrivent. Pas les Lehman Brothers et consort, mais Matisse, Derain et les autres.

La Tate Modern expose les œuvres de Gauguin jusqu’au 11 juin 2011. À voir et revoir.

Jean-Paul Schmitt

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27/10/2010

Stratégie de présence et d’influence ou mise à sac du politique ?

SAC.jpgLobbying !... Si en France, depuis 1995, les entreprises ne peuvent plus faire de dons aux partis politiques, en revanche c’est autorisé aux Etats-Unis. Mais aux Etats-Unis au moins, les affaires en question sont connues et publiées et l’on trouve sur les sites montants et bénéficiaires.

Comme le signalait Rue89, les entreprises françaises ne sont pas en reste pour arroser les candidats aux élections intermédiaires américaines. Il leur suffit pour cela de créer un comité d’action politique (Political Action Committee). Comme pour Obama ces élections risquent d’être difficiles, certains démocrates dénoncent les firmes étrangères qui interviennent de cette façon dans leur politique nationale. C’est le cas de certains fleurons français comme Areva, AXA, GDF Suez, Vivendi et autres Lafarge pour ne citer que les meilleurs donateurs parmi la douzaine d’entreprises citées et qui, pour la seule année en cours ont déjà versé plus de 625.000 $ et bien davantage depuis 2009 (voir Rue89). Que les « partisans » de tous bords se rassurent : 2/3 vont aux candidats démocrates et 1/3 aux républicains. Organisation actuelle du pouvoir oblige. Ouf !

S’il fallait une preuve nouvelle de l’intervention du système financier capitaliste dans les campagnes électorales…

Nous en France, nous sommes plus malins : nous créons des « premiers cercles » de donateurs dont la plupart sont des chefs de nos grandes entreprises et/ou de familles les contrôlant. Nous créons des micro-partis dont le Monde disait après enquête que : « le total des budgets des satellites du parti présidentiel atteint 4 938 451 euros. Une somme très supérieure à celle de l’ensemble des petits partis proche du PS, dont les budgets cumulés atteignent 796 964 euros ».

Et puisque nous en sommes à compter les points dans notre démocratie malmenée où les règles financières aveugles semblent supplanter les règles de la République issues de la Révolution et des Lumières, le rapprochement des comptes est éclairant :

- USA, Démocrates contre Républicains : gain 2 contre 1

- FRANCE, UMP contre PS : gain 6 contre 1

Espérons que le décompte des votes en 2012 soit inverse.

Qu’elles paraissent lointaines ces paroles d’Abraham Lincoln dans son premier message annuel au Congrès : « le capital est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait tout d’abord existé. »

Certainement parole de bolchevik !

Jean-Paul Schmitt

20/10/2010

Embrasser le passé…

L'Origine du monde.jpgKiss the Past Hello fait scandale paraît-il. L’exposition du photographe Larry Clarck au Musée d’Art Moderne de Paris est interdite aux mineurs. Les « déviances » des adolescents de celui qui est aussi l’auteur de Ken Park font crier à la pornographie.

Curieuse époque. Et parfois sinistre dans son rejet de ce qui en fait est vital. Même nos amis Suisses s’y mettent : le musée des beaux-arts de Berne et le centre Paul Klee qui devaient exposer deux photos de Clarck dans l’exposition « Vice et Volupté » consacrée aux sept péchés capitaux viennent de décider d'exclure deux clichés jugés trop choquants.

Kiss the Past ?

Quel passé embrassons-nous et avec quel manque de confiance ? Faut-il que nous revenions aux excès de pudeur, à la pudibonderie de certains passés qu’on croyait révolus ? Si dans d’autres cultures que la nôtre la nudité n’est justifiée qu’en privé tout comme le dévoilement de la sexualité, faut-il désormais mettre au ban des musées des mineurs à cause de représentations que certains jugent pornographiques ? Les mêmes qui souvent se soucient comme d’une guigne de la violence de certains jeux de rôle qu’ils laissent au libre arbitre de leur mineur chéri ?

Je ne suis pas un fervent admirateur de Larry Clarck. Les grands adolescents à la mine havre qu’il met en scène se shootant devant son objectif ne sont pas ce que je préfère et j’ai admiré des œuvres d’art avec d’autres ambigüités, beaucoup plus fortes. Mais la censure des œuvres de Clarck me gêne bien plus que leur exposition. Les corps nus de son couple d’ados faisant l’amour dans une baignoire sont plutôt beaux, même si je leur préfère l’érotisme brûlant de l’origine du monde de Courbet. Quant à la leçon de guitare de Balthus, elle est infiniment plus forte, plus fiévreuse, plus provocante et plus mystérieuse. Là déjà, les pudibonds de service hurlaient à la pornographie et si le mot avait couru comme il court aujourd’hui ils auraient aussi hurlé à la pédophilie…

«  Aujourd’hui, l’érotisme dans l’art est la seule chose qui fasse encore sursauter les pantins… » écrivait Balthus en 1934. Parole d’actualité.

Jean-Paul Schmitt

Image: (c) Courbet : l’Origine du Monde

13/10/2010

Le storytelling et DSK

DSKstory.jpgC’est l’âge des histoires. On n’achète plus des produits, on achète grâce à des histoires… Fini les marques.

Un qui prend le temps de prendre ses marques c’est DSK. Un peu trop selon Gérard Collomb qui rappelle à son ami qu’il a « le devoir moral » de répondre à l’attente des Français. Amis et ennemis de DSK se chargent donc en ce moment de préparer le terrain avec des histoires : c’est le storytelling appliqué à la politique. L’homo politicus entre dans l’âge des contes et légendes racontées aux enfants pour leur faire passer commande au Père Noël.

À droite, Fillon murmure à certains de ses invités que « le FMI ne veut plus de DSK pour un second mandat », histoire de faire comprendre que l’engagement du bonhomme dans la présidentielle à venir ne se ferait que faute de mieux.

À gauche, on raconte que « le bonheur, Dominique le connaît au poste qu’il occupe aujourd’hui. Il a tous les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il n’a de compte à rendre à personne, si ce n’est deux fois par an lors des AG du FMI » ou qu’il ne se soustraira pas à l’appel des Français car c’est pour lui un devoir moral. Tout cela, histoire de montrer l’esprit de sacrifice d’un homme absolument désintéressé…

Et pour ne pas être en reste, des conteurs solférinesques nous expliquent que « Les Français ne verront pas en Dominique le candidat des riches. La place est déjà occupée ! ». Gare au double tranchant que souvent la morale des fables comporte : les Français se souviendront peut-être aussi d’autres histoires racontées aux veillées ou des conseils dominicains au Cercle de l’Industrie, ce must de PDG qui préservaient leurs intérêts auprès de Bruxelles.

Les communicants de DSK sont informés heure par heure semble-t-il des histoires de l’adversaire et des attentes de merveilleux du bon peuple : du côté de Sarkozy, les faiseurs d’histoire sont regroupés au sein de « la firme » et du côté de DSK dans « le gang ». Le chef des deux bandes de storytelling est le même discret Stéphane Fouks et le Sarcellois Ramzi Khiroun, l’inamovible conseiller com’ de Dominique et actuel porte-parole d’Arnaud Lagardère fait partie du gang.

Rhamzi Khiroun ? Remember : en novembre 2006, il menait les partisans de DSK qui chahutaient Ségolène au Zénith… (voir l’article d’Ariane Chemin dans le Nouvel Obs d'avril 2010. Si DSK « y va » et gagne, RK a de beaux jours devant lui.

Jean-Paul Schmitt

06/10/2010

Our body or not our body ?

_L'homme à la mandibule_, par Honoré Fragonard.jpgL'homme à la mandibule, Honoré Fragonard, Maison-Alfort

Peut-on faire payer pour exposer des cadavres ? Non a estimé mi septembre dernier la Cour de Cassation. Exit la possibilité d’exposer quelque chose comme « Our body, à corps ouvert » comme ce fut le cas à la Sucrière en 2008.

Si la France n’est plus première en matière de Droits de l’Homme, que notre éminent président se rassure la voilà première à statuer contre les expositions payantes de cadavres humains. Gunther von Hagens – anatomiste de l’université de Heidelberg promu au rang d’artiste - est invité à aller plastiner ailleurs (il a inventé la plastination pour conserver les corps et leur éviter la putréfaction et les odeurs qui vont avec). Dommage ! En France l’odeur de pourriture frôle parfois l’insupportable en ce moment.

Vous m’objecterez qu’il y avait soupçon sur l’origine des corps et qu’on craignait qu’ils ne proviennent des 6000 condamnés à mort annuels en Chine. Pour cette cause-là, une telle interdiction serait justifiée. Las, ce n’est pas pour cela que la décision de justice est prise : l’arrêt rendu par la Cour juge seulement que "l'exposition de cadavres à des fins commerciales" est contraire au Code civil qui stipule que "les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence".

Et si l’on avait pu prouver qu’il s’agissait de corps de personnes consentantes, comment la Cour de cassation aurait-elle interprété la loi ? Se serait-elle placée dans le domaine de la morale ou dans celui de l’éthique ?

Et que dire de cette notion de « fins commerciales » qu’elle évoque, dès lors qu’il s’agit de musées ?

Quant aux écorchés de Fragonard – Honoré, l’anatomiste cousin germain du peintre Jean Honoré Fragonard – conservés au musée Fragonard de Maison-Alfort : seront-ils à jamais soustraits aux yeux des visiteurs pour satisfaire à la morale du temps ?

Our body or not our body ?

Jean-Paul Schmitt

29/09/2010

Après le bain

Après le bain.jpg

Après le bain

Acrylique sur toile, 80x80 cm

Lettre d’Occident, à rebours de l’inspiration magnifique d’Ingres.

À l’insu des maîtres, derrière la toile transparente, impalpable protection, je suis l’apprenti aux doigts maculés de pigments qui rêve désespérément.

Mes odalisques ont le corps interdit des femmes d’ici. Dans mon carré, lieu de fantasmes, le luth ou le tchégour est guitare. J’attends inquiet et tremblant que de la caresse des cordes naissent les sourdes vibrations et les cris clairs.

Je renie les arabesques moelleuses de l’érotisme magistral. Épuisé, j’épouse les longues fées blondes et rousses entrevues dans mes chambres celtiques.

Seuls deux corps emprisonnés dans un souvenir de harem turc, deux ombres sombres, scrutent encore la lumière au-delà des fenêtres à la recherche d’un ailleurs plus libre.

Songeur, j’ai baigné d’eau teintée les corps que je n’ai pas voulu sculpter.

Jean-Paul Schmitt

PS aux amateurs : mon blog « artistique » en tapant http://patmostarse.artblog.fr

04:16 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, occident, harem, jean-paul schmitt, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

22/09/2010

Brice et les juges

Brice banzaï.jpgBrice, boutefeu de la Sarkozie, prône l’élection du juge d’application des peines.

Après avoir monté « ceux qui se lèvent le matin » contre les « assistés », les salariés du secteur privé contre les fonctionnaires, les riches pauvres qu’il faut doter d’un bouclier contre les pauvres riches de leurs RSA, CMU et autres avantages à abolir lors d’une prochaine nuit du 4 août, les jeunes contre les retraités, les Français de souche contre les Roms, le pouvoir mène aujourd’hui l’attaque contre les juges. Habilement – l’équipe est passée maître en matière d’intox – il laisse entendre que des juges en phase avec l’opinion majoritaire seraient moins laxistes.

Il pense qu’à force de seriner que l’insécurité est de la faute des juges et autres syndicats de la magistrature, l’opinion du bon peuple, si précieuse lors des élections, finira bien par intégrer que ce n’est pas la faute aux ministres successifs de l’Intérieur si la politique sécuritaire menée depuis huit ans est un échec. Haro donc sur ces magistrats gauchistes - ou peut-être Auvergnats – qui osent aller jusqu’à condamner un auguste politique pour injure raciale (Auguste : un nom prestigieux à Rome et dans les cirques) !

Brice trouve là à la fois de quoi contrer MAM en vue du futur remaniement et de quoi attirer l’attention des médias loin des affaires Woerth, Bettencourt, Roms et autres condamnations par les plus hautes instances européennes et internationales. Il sort de son chapeau un vieux lapin et, en bon gardien, il jappe contre le JAP. Le JAP élu : voilà la solution aux problèmes d’insécurité...

Pour mémoire, le JAP n’habite ni Tokyo ni Hiroshima : le Juge d’Application des Peines est le juge chargé de prononcer des mesures d’aménagement des peines qui peuvent aller jusqu’au bracelet électronique ou à la semi liberté. Il peut même dans certains cas suspendre des peines. C’est aussi le JAP qui suit l’exécution de la peine en milieu ouvert, qu’il s’agisse d’un sursis avec mise à l’épreuve ou d’un travail d’intérêt général.

Ici et là, d’aucuns enfourchent déjà la bicyclette uémpiste et tentent de nous expliquer que les juges de commerce et ceux des Prud’hommes sont élus et que cela ne choque personne. J’en lis même qui rappellent la Commune de Paris pour justifier cette lumineuse idée.

Je crois profondément que lorsqu’il s’agit de juger et de condamner un homme, l’opinion populaire, naturellement momentanée voire instrumentalisée, ne disposera jamais de suffisamment d’éléments pour déterminer la part de responsabilité réelle de celui que l’on juge ni sa capacité de réinsertion dans la société. En la matière, un juge bien formé, sans l’inflation phénoménale des textes de loi votés depuis 2002 – à chaque crime sa loi particulière aujourd’hui - , une justice indépendante du pouvoir exécutif valent mieux qu’un juge soucieux d’être réélu, fut-il compétent.

Comme le disait le poète argentin Antonio Porchia « L’homme juge tout dans la minute présente, sans comprendre qu’il ne juge qu’une minute : la minute présente ».

Jean-Paul Schmitt

07/09/2010

Fable centriste lyonnaise

BorlooBerger.jpgUn jour, non loin du pré, le loup trouva une peau d'agneau que le berger avait abandonnée. Ravi de l'aubaine, le loup l'enfila par-dessus sa fourrure et se mêla au troupeau. Personne ne le reconnut car tout le monde croyait que c'était un mouton parmi d'autres.

Borloo berger ou loup déguisé ? Farce radicale ?

Berger ?

Borloo, le radical valoisien joue le berger des troupeaux. Vous savez : ces brebis qui paissent les herbes du Marais, au centre de la quadrature du cercle ; d’un cercle étrange dont le foyer principal est nettement à droite (ce qui, vous en conviendrez, devrait surprendre tous ceux qui ont quelques souvenirs de géométrie). Berger – je ne parle pas ici de l’anis du même nom – Borloo veut « ras-sem-bler autour de Sar-ko-zy ! ». Et bien sûr aller chercher une par une si possible les brebis égarées du Modem.

Voilà une bêlante qui a de quoi réjouir les loups aux aguets qui s’inquiètent d’une éventuelle dispersion de la barbaque en 2012. Unis Mais Prudents, ils sont venus canines rognées aux ateliers – aux râteliers ? - du parti radical à Lyon, le weekend dernier. Imaginez la brochette digne du parc animalier de Courzieu : Lagarde, le chef de file des sénateurs-loups et sa collègue Lamure, les députés-loups Perrut, Verchère et Grossetête. Sans compter le louveteau Havard. C’est vous dire la fibre sociale de la meute.

Loup déguisé ?

L’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu dit le proverbe : le Borloo est vice (admirez la riche polysémie des mots) - président de l’UMP.

Le déguisé, que Forbes donnait il y a quelques années comme l’un des avocats les mieux payés du monde (normal, il était aussi celui du Nanard tapi sous l’aile peu regardante de la gauche) se verrait bien aujourd’hui Premier Berger des loups : un Fillon à creuser.

Farce radicale ?

D’autres brebis égarées, abritées des loups dans une cabine téléphonique du côté de Seignosse se demandaient si elles n’allaient pas partir pour une nouvelle transhumance avec Tapie comme berger. Atteintes de tremblante, elles en oublient Gambetta leur premier berger et sa création de l’impôt sur le revenu, sa gratuité de l’enseignement secondaire et son initiative préparant ce qui allait devenir la loi de séparation de l’Église et de l’État. De Gambetta à Tapie, en passant par Favre, les chemins d’alpage sont souvent tortueux. Avec le risque de perdre quelques brebis car, comme le dit si bien la fédération des Radicaux de Gauche de la Somme « le centre pur ne représente rien. Baylet souhaite donc la fusion des deux partis pour créer un mouvement de centre-droit, quitte à ce que les derniers républicains de gauche du PRG passent au parti socialiste… »

Jean-Paul Schmitt

31/08/2010

Roms

Kouchnerizroms.jpgLes premières expulsions de camps de Roms dans notre région ont eu lieu. On entend peu nos élus à part la récente déclaration de Gérard Collomb sur Europe 1. Du style : "de la fermeté, et en même temps de l'humanité". C’est presque du Besson dans le texte (pas celui des aires obligatoires pour les gens du voyage, mais celui de la question fumeuse sur l’identité nationale).

Certes, le premier des Strausskaniens lyonnais, après avoir dit "Il faut qu'il y ait des expulsions", a heureusement ajouté "un certain nombre d'entre eux peuvent être intégrés dans nos villes; il faut le faire, et je dis au ministre de l'Intérieur que je suis prêt à le faire avec lui"… C’est un peu court jeune homme et l’on pouvait dire bien d’autres choses en somme…

Je crains fort que, le nez sur les sondages récents, nos élus ne soient trop polarisés par leur volonté de montrer que la gauche n’est pas laxiste au contraire du refrain entonné ad nauseam par la droite. Et étant ainsi polarisés, ils n’entrent, parfois à leur corps défendant, dans le jeu débile et mortel  de la désignation des boucs émissaires.

Je ne sais pas toujours distinguer un étranger d’un bon vieux Français de souche (aujourd’hui, même les gens du voyage rappellent qu’ils sont Français et qu’ils ne veulent pas être confondus avec les Roms), un bon Européen d’un Européen indésirable. C’est certainement un vieil accès d’angélisme soixante-huitard, mais mon cerveau un peu lent a du mal à croire  que les 1500 à 2000 Roms qui squattent et bidonvillent notre belle ville créent une situation si inacceptable qu’elle conduit à dresser de nouvelles frontières.

Certes, l’insuffisance de logements sociaux ne facilite pas le logement de ces familles qui dans leur immense majorité ne demandent qu’à se sédentariser (et dont les enfants sont très souvent scolarisés). Fallait-il soutenir, voire demander, des expulsions qui ne font que rajouter de l’errance à l’errance, du squat au squat et de la misère à la misère ?

Re-certes, la solution est européenne et roumaine, mais fallait-il céder à la manipulation ? Il suffisait d’entendre Gollnisch l’autre jour agiter les vieilles peurs de l’Autre et parler de centaines de milliers de Roms à nos portes pour se rendre compte qu’à mettre les mains dans la boue que remue ce gouvernement elle allait nous polluer tous au plus profond.

Alors, en attendant une éventuelle solution roumaine et européenne qui de toute façon prendra quelques années, pourquoi ne pas mettre en place des sites d’hébergement dédiés aux Roms pour 50 ou 100 personnes ? Le préfabriqué, l’eau et l’électricité sur des terrains aménagés, sont encore dans les moyens d’une société comme la nôtre, fut-elle en crise, et cela permettrait d’attendre que la situation des expulsés de camps illicites soit régularisée… Et, pour en finir avec les idées reçues sur les Roms :

> voir l’exposition « Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l’Europe » avec les photos de Bruno Amsellem au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon ;

> lire l’excellent article de Laurent Burlet dans LyonCapitale (www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Actualit...)

Jean-Paul Schmitt

29/08/2010

Z comme "Zone critique 2010"

Z.jpgLes murs semblent tenir encore quand surgissent les extrêmes.

Les ordres aux visages colorés discutent doctement ou veillent, la violence cachée au creux des robes saintes et des boucliers.

Les peintres sont en bâtiment et le plafond de la Sixtine dégouline. On achète des burkas pendant que les rebelles, visière sur la nuque, bombent rageurs.

Un clown humain dirige le monde et tutoie l’Esprit de son doigt créateur. Il renverse les frontières fraternelles de ses paroles impulsives. Pendant que rêve le spectateur qui dort comme un enfant, d’étranges étrangers incorporés sur des listes d’asile noircies annuellement attendent résignés l’avion qui les emmènera vers le pays inconnu.

Don Quichotte épuisé dort à même le sol. Aux croisements des rues, les vierges ricanent. Qui voit encore Ernest Pignon Ernest sortir le crucifié du tombeau ?

L’état est limite et la zone est grise. Ni démocratie ordinaire, ni dictature. Ferments d’un basculement possible.

Zone critique 2010.jpg

Zone critique 2010, acrylique sur toile, 73x100 cm

Jean-Paul Schmitt

 

28/08/2010

Y comme "Yeshoua"

Y.jpgLe long des trottoirs bleus du midi, dans les pavés disjoints, à ras des murs de la ville, la balsamine ne pousse plus. Plus personne ne sait comment embaumer la plaie du temps.

Seul le vin amer calme encore l’impatience. L’eau est trop rare dans l’été de feu pour l’alegria. Où trouver ailleurs que dans l’ivresse le balsamo pour éviter les stigmates ?

Regarde-moi. Touche moi…

Yeshoua.jpg

Yeshoua, acrylique sur toile, 30x60 cm

Cadavre, l’homme qui titube et que les passantes ignorent tant elles croient le connaître ? Un seul regard les ferait impures pour sept jours ? Déjà enfants, elles courent se rincer avec l’eau des cendres de la vache rousse qui dort là-bas, après la place brûlante et blanche.

Pas une pour toucher ce Yeshoua qui rêve dans un ultime hoquet de leur dire : « Noli me tangere ».

Il a vu tant de Corrège, de Bronzino, de Fra Bartolomé, Mantegna, Holbein, Greco, Guerchin et autres Poussin pour ne pas crever du désir de rencontrer enfin celle qui voudrait le toucher.

Jean-Paul Schmitt

06:49 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, jean-paul schmitt, poussin, lyon, greco | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

25/08/2010

V comme "Valse ou tango ?"

V.jpgSonge de valse ou tango rêvé ?

L’accordéon de Richard Galliano fait rouler des trilles de triolets, billes de verre aux couleurs emprisonnées d’agates, qui claquent en cascades sur les gradins de Fourvière. En bas, dans la rue, des rêves d’amants tournent gouailleurs et nostalgiques devant la tente oubliée d’un bar perdu. Blessures de lumière. Regards accrochés au lointain des horizons intérieurs. La ville tourne, tourne.

Valse.

Ralenti. Arrêt infime. Le bruit d’un rideau ponctue le silence. Argentique argentin au futur de papier glacé trop tôt jauni.

Pas glissés sur l’asphalte.

Tango !

Valse ou tango_.jpg

Valse ou tango ? acrylique sur toile, 73x54 cm

Jean-Paul Schmitt

16/08/2010

R comme "Robe rouge"

R 1.jpgIl imagine le dos de nacre et, sous la robe rouge, la courbe des reins qui joue avec l’ombre de la chambre comme un rappel d’origines enfouies.

Il rêve de mondes oubliés, soyeux et souples, chauds et parfumés d’odeurs roses et rondes d’aréoles.

Il la devine presque cachée derrière le bois de la coiffeuse où Elle se mire, les yeux mi-clos, en tirant lentement sur ses cheveux.

Il entend le froissement de papier crépon de ses cheveux. Il se souvient des jours clairs et blonds et des promesses de moissons.

Sous le lit la lumière se glisse, bleue comme un début de nuit. Comme une longue attente qui respire.

Ils jouent avec le temps et le repoussent. Un peu. À peine. Suffisamment pour laisser monter en eux comme un vouloir de désir assouvi.

Robe rouge.jpg

Robe rouge, acrylique sur toile, 92x65 cm

Jean-Paul Schmitt

07:47 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, été, jean-paul schmitt, abécédaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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