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03/11/2010

Gauguin, un trader de génie

gauguin.christ-jaune.jpgPaul Gauguin à Paul Sérusier peignant un paysage : « Comment voyez-vous ces arbres ? Plutôt jaunes, non ? Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre plutôt bleue peignez-là avec de l’outremer pur ; ces feuilles plutôt rouges avec du vermillon ! »

Quand Gauguin peint des citrons, ils sont d’un jaune acide comme leur jus. Quand il peint son Christ, il est d’un jaune plus mystique que l’or des icônes byzantines. Les robes des femmes à genoux près du calvaire sont d’un bleu plus proche du lapis-lazuli des atours d’antiques Égyptiennes que de celui des robes brutes des bretonnes bretonnantes.

Les toiles de celui qui fut appelé un temps le génial peintre du dimanche font rêver les amateurs aux pinceaux maladroits. Je rêve donc. Gauguin est mort, mais ses œuvres traversent de temps à autres les murailles de riches propriétaires pour rejoindre leurs sœurs dans les salles toujours trop lointaines des musées.

Peut-être feront-elles rêver aussi certain trader de la Société Générale : l’art ne nourrissant pas son homme, Gauguin fut agent de change et peintre en même temps. Jusqu’à la grande crise de 1882...

Petit rappel du bégaiement de l’histoire : 1882 c’est l’année de la crise de l’Union Générale à Lyon, une banque catholique et légitimiste dans le capital de laquelle le secrétaire du pape d’alors est partie prenante. Croissance rapide, investissements risqués, création de la Société lyonnaise des eaux et de l’éclairage, la banque spécule en bourse. Suite à la manipulation des cours, c’est la faillite. La Bourse de Paris est touchée. La crise gagne l’ensemble du pays et dure plusieurs années touchant durement les mines, la métallurgie, le bâtiment avec l’habituel et désespérant cortège funèbre de misère et de conflits sociaux.

Comme j’ai un peu l’esprit d’escalier, après Gauguin et l’Union Générale je reviens à la peinture : la faillite de la banque lyonnaise oblige un certain Paul Durand-Ruel, marchand d’art, à rembourser immédiatement ses créanciers. Il doit vendre nombre de ses toiles, mais grâce au directeur de l’American Art Association, il peut exposer en 1886 les œuvres des impressionnistes à New York : c’est enfin la reconnaissance des artistes de ce courant.

Quelques années après la crise, les grands fauves arrivent. Pas les Lehman Brothers et consort, mais Matisse, Derain et les autres.

La Tate Modern expose les œuvres de Gauguin jusqu’au 11 juin 2011. À voir et revoir.

Jean-Paul Schmitt

00:49 Publié dans Jean-Paul Schmitt | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, gauguin, jean-paul schmitt | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

02/11/2010

Meunier, tu mords ...

meunier.jpgPhilippe Meunier, député UMP du Rhône, ne semble pas être à l'aise au sein de sa formation politique, inquiet qu'il est de la dérive gauchiste de l'UMP. Il a d'ailleurs rejoint le collectif de la "droite populaire", appellation intrépide qui pourrait laisser alléguer, on ne sait par quelle aberration fantaisiste, qu'il existerait actuellement en France une droite "impopulaire".

La semaine dernière, à l'occasion des émeutes de la place Bellecour, le député de l'est lyonnais s'est sublimé à la faveur de déclarations qui feraient passer Bruno Gollnisch pour le président de la Ligue des Droits de l'Homme :

"Nous sommes en face de prédateurs qui n'ont pour objectif que de casser, de piller et d'agresser la population française. Face à ces casseurs prédateurs, il n'y a que deux solutions possibles. Premièrement : condamner très lourdement ces délinquants qui ne respectent rien et qui remettent en cause l'existence même de notre contrat social. Deuxièmement : expulser de notre territoire national les casseurs de nationalités étrangères."

Les amateurs d'audace apprécieront la distinction opérée par M. Meunier entre d'un côté "les prédateurs" et de l'autre "la population française". C'est sans doute mutatis mutandis la même audace qui avait poussé Raymond Barre, les cendres de la rue Copernic encore tièdes, à grabeler les Juifs des Français innocents. Et M. Meunier de rebondir sur son postulat pour requérir, en bon populiste, que ces "prédateurs" réputés étrangers regagnassent leur pays.

Sans doute été frappé nuitamment par une apparition mariale d'Eric Ciotti lui annonçant l'apocalypse et le sac de Lugdunum Caput Galliarum par les hordes vandales , Philippe Meunier n'a pas manqué de gratifier la représentation nationale, mercredi 27 octobre, d'une autre glissade, façon invasions barbares avec une mouillette d'immixtion parlementaire dans le judiciaire :

"La ville de Lyon a subi une semaine de violences perpétrées par des casseurs, véritables prédateurs, qui ont volé, pillé et agressé la population. Dès les premiers jours des décisions de justice ont été rendues : quelques sursis mais surtout des relaxes. Ces décisions sont d'autant plus surprenantes que la justice a emprisonné plusieurs semaines un retraité ayant tiré sur des cambrioleurs surpris à son domicile. Il a fallu l'exaspération des Lyonnais et l'appel du parquet pour qu'enfin les premières décisions de prison ferme soient prononcées par les tribunaux lyonnais."

D'aucuns s'inquiéteront de voir un député de la République blâmer des décisions de justice rendues par des magistrats indépendants. Mais au point où nous en sommes, le pouvoir judiciaire n'en est plus à s'offusquer qu'on lui fasse subir les derniers outrages.

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01/11/2010

Férié

bougie-allummee-noir-20070630.jpgQue l’on ne s’y trompe pas, comme son nom l’indique, la fête d’aujourd’hui est destinée à honorer les saints, tous les saints. Si cette Toussaint est fêtée le 1er novembre c’est au Pape Grégoire III que nous le devons et si, en ce lundi, depuis les cieux, l’ami Grégoire nous faisait le plaisir de nous lire, nous ne pourrions que le saluer tout en le remerciant de nous avoir apporté un jour férié supplémentaire. Contrairement aux croyances les plus enracinées, c’est donc demain 2 novembre que se situe la commémoration des défunts c'est-à-dire de tous les autres autrement dit ceux qui ne sont pas des saints. Cette fête des trépassés située le lendemain de la Toussaint n’est donc pas un jour férié ce qui nous oblige à fêter les communs des mortels le jour où il conviendrait d’honorer uniquement nos saints. Cette sorte de mélange des torchons et des serviettes n’est pas convenable et il serait grand temps, tout en maintenant le 1er novembre jour férié pour honorer les saints, tous les saints, d’instituer le 2 novembre comme un jour férié destiné à avoir une pensée pour les autres trépassés. Sachant par ailleurs que le 3 novembre est jour de Saint Hubert, patron des chasseurs, et que je propose que cette journée devienne la Saint Hortefeux, le plus exemplaire de nos chasseurs, nous pourrions alors tous jouir d’un week end prolongé qui commencerait le 29 octobre au soir pour s’achever le 4 novembre au matin. Je crois que je vais en dire deux mots à De Maistre pour qu’il en parle à Woerth.

 

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Après tant de promenades et déambulations, la vache Lucile chère à Jean-Charles Daclin (jcd@silenceprod.com), va se reposer quelque peu du côté de l’Indo Café, 14 rue de la Thibaudière dans le 7ème arrondissement. En effet, couchée sur une bâche de 3x4m, Lucile se balade un peu partout dans la ville mais aussi jusqu’en Asie. A partir du 3 novembre elle s’expose.

> « Les promenades de Lucile », vernissage le 3 novembre avec DJ Astronome (Electro Saoul et pâturages). Jusqu’au 1er décembre à l’Indo Café.

> Devenez fan de Lucile sur Facebook

      Lyon, le 1er novembre 2010.

      31/10/2010

      Cent-onze

      les-111-des-arts.1206329990.jpgC’est le 10 novembre, sous le grand Dôme de l’Hôtel Dieu, que l’édition lyonnaise de l’exposition 2010 des « 111 des Arts » va s’ouvrir. Rappelons que cette manifestation est destinée à apporter le soutien financier nécessaire aux enfants hospitalisés, en particulier à ceux touchés par le cancer. Depuis sa création en 2003, l’association « les 111 des Arts Lyon » a pu, pour améliorer le sort des enfants hospitalisés, reverser 288 000 euros à l’Institut d’Hématologie et d’Oncologie Pédiatrique de Lyon (IHOP).

      Une nouvelle fois, le grand Dôme de l’Hôtel Dieu va donc accueillir le célèbre « mur des 111 » puisque pour l’association tout s’organise autour du chiffre « 11 », chacun des 111 artistes présentant au moins 11 œuvres qui seront vendues au prix de 111 euros.

      Cette manifestation de soutien à l’IHOP désormais solidement ancrée s’achèvera le dimanche 21 novembre pour renaître à Paris le 26 novembre (Mairie du 8ème) et à Toulouse le 25 novembre (Chapelle de l’Hôtel Dieu).

      Association « les 111 des Arts Lyon », www.les111desarts.org

      Pour adhérer écrire au 4, boulevard des belges, téléphone 06 03 03 41 54

      • > Exposition-vente, grand Dôme de l’Hôtel Dieu – 61, quai Jules Courmont, 69002 Lyon (Metro Bellecour) du 11 au 21 novembre 2010.

      Lyon, le 31 octobre 2010.

      06:01 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lyon, 111 des arts, hotel dieu, ihop, cancer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

      30/10/2010

      Roms, Tsiganes, voyageurs

      9782911939754TN.gif&wmax=70&hmax=108Aux plus forts des coups portés par Hortefeux, je m’étais promis, mais je ne tiens pas toujours mes promesses, de vous conseiller la lecture d’un petit opuscule écrit par Claire Auzias intitulé « Roms, Tsiganes, voyageurs : l’éternité et après ? », édité par Indigène une maison qui vient également de donner la parole au formidable Stéphane Hessel mais revenons à Claire Auzias. Le nom de l’auteur doit parler aux lyonnais puisque Claire est la fille du regretté Jean-Marie Auzias qu’il m’arrivait de côtoyer au sein des éditons Federop. Si Claire Auzias travaille depuis de nombreuses années sur les Tsiganes et les Roms avec cette petite brochure vendue trois petits euros cette spécialiste met à la portée de tous en une trentaine de pages un dossier qui en général est dominé par les faux-semblants, le contre-sens permanent et souvent l’ignorance. Cela étant l’historienne ne se limite pas à pointer uniquement les repères majeurs de l’histoire douloureuse des Roms, Tsiganes et voyageurs. Elle aborde aussi sans fioriture la réalité d’un combat d’aujourd’hui, celui non seulement de la reconnaissance, de la revendication mais aussi de l’auto-détermination.

      « Qui sont les Roms », « Que sont les Roms » s’interroge à la fin de son texte Claire Auzias. Qu’elle est cette ethnie aterritoriale particulièrement diversifiée ? Quel est ce peuple sans Etat ? Comment peut émerger cette nécessaire hospitalité que nous devrons bien un jour lui prodiguer ? Tel un regard rapide et circulaire ce texte donne envie d’en savoir plus sur une question piétinée courant août par le président et ses factotums.

      • Claire Auzias, « Roms, Tsiganes, voyageurs : l’éternité et après ? », éditions Indigène, 3 euros (www.indigene-editions.fr)

      Mais aussi

      • Claire Auzias, « Chœur de femmes tsiganes », Egrégores éditions (2009)
      • Claire Auzias, « Les funambules de l’histoire, les Tsiganes entre préhistoire et modernité », La Digitale (2002)

      Lyon, le 30 octobre 2010

      28/10/2010

      A star is born

      philippe-muray-1.jpg

      C’est Lucchini qui est sur le point de faire du défunt Philippe Muray une sorte de rock-star de ce début de siècle et c’est bien entendu à chacun de nous d’imaginer comment, de là-haut, l’essayiste peut bien prendre la chose. Coup de chance, alors que l’acteur fétiche des abonnés de Télérama triomphe au théâtre de l’Atelier avec Muray, les éditions des Belles Lettres livrent en un seul volume, sous le nom de « Essais », l’ »Empire du Bien », « Après l’Histoire » ainsi que « Exorcismes Spirituels ».

      Le paveton gris en question, lourd comme du granit, est une véritable arme par destination qui permettra au public le plus large de connaître, mieux que Lucchini ne pourra jamais le faire, une œuvre polémique jamais prise en défaut de faiblesse sur quelques 1800 pages. Si l’objet que vous allez vous offrir sans délais coûte ses 33 euros, avec « Essais » dîtes-vous bien que l’intelligence et l’ironie critique rodent au détour de chaque page. Je certifie la chose et légitime donc un achat d’autant plus indispensable qu’il vous permettra de picorer presque chaque jour, pendant des mois et des mois, dans ce labyrinthe parfois un peu dingo.

      Il y a presque une quinzaine d’années, j’avais découvert ce Muray qui ne ressemblait à rien de connu dans l’intelligence nationale et j’ai le souvenir d’en avoir souvent parlé, entre deux candidats à l’oral du CAPES, avec un ami universitaire dijonnais savoureusement réac de gauche qui, découvrant lui aussi Philippe Muray, s’emportait au-delà du raisonnable pour un auteur désormais au zénith.

      Même si comme moi, vos inclinaisons politiques et idéologiques ne vous conduisent pas nécessairement vers lui, lisez Muray. Même si vos choix politiques peuvent se retrouver estourbis par ce brillant polémiste qu’il convient de ne pas laisser au Figaro et à la droite, lisez « Essais ». Lisez un auteur drôle, cassant, à l’esprit extravagant et décapant. Un enragé, un pourfendeur souvent injuste, un as comme on disait dans le temps. Embarquez-vous sans retenue dans cette descente aux enfers de Muray, un type à qui vous ne donnerez que rarement le bon dieu sans confession mais un auteur formidable qui nous rend plus intelligent et pétillant tout en demeurant injuste, iconoclaste, provocateur à souhait et à l’occasion réac.

      • Philippe Muray, « Essais », Les Belles Lettres, 33 euros.

      Lyon, le 28 octobre 2010

      Photo:DR

      27/10/2010

      Stratégie de présence et d’influence ou mise à sac du politique ?

      SAC.jpgLobbying !... Si en France, depuis 1995, les entreprises ne peuvent plus faire de dons aux partis politiques, en revanche c’est autorisé aux Etats-Unis. Mais aux Etats-Unis au moins, les affaires en question sont connues et publiées et l’on trouve sur les sites montants et bénéficiaires.

      Comme le signalait Rue89, les entreprises françaises ne sont pas en reste pour arroser les candidats aux élections intermédiaires américaines. Il leur suffit pour cela de créer un comité d’action politique (Political Action Committee). Comme pour Obama ces élections risquent d’être difficiles, certains démocrates dénoncent les firmes étrangères qui interviennent de cette façon dans leur politique nationale. C’est le cas de certains fleurons français comme Areva, AXA, GDF Suez, Vivendi et autres Lafarge pour ne citer que les meilleurs donateurs parmi la douzaine d’entreprises citées et qui, pour la seule année en cours ont déjà versé plus de 625.000 $ et bien davantage depuis 2009 (voir Rue89). Que les « partisans » de tous bords se rassurent : 2/3 vont aux candidats démocrates et 1/3 aux républicains. Organisation actuelle du pouvoir oblige. Ouf !

      S’il fallait une preuve nouvelle de l’intervention du système financier capitaliste dans les campagnes électorales…

      Nous en France, nous sommes plus malins : nous créons des « premiers cercles » de donateurs dont la plupart sont des chefs de nos grandes entreprises et/ou de familles les contrôlant. Nous créons des micro-partis dont le Monde disait après enquête que : « le total des budgets des satellites du parti présidentiel atteint 4 938 451 euros. Une somme très supérieure à celle de l’ensemble des petits partis proche du PS, dont les budgets cumulés atteignent 796 964 euros ».

      Et puisque nous en sommes à compter les points dans notre démocratie malmenée où les règles financières aveugles semblent supplanter les règles de la République issues de la Révolution et des Lumières, le rapprochement des comptes est éclairant :

      - USA, Démocrates contre Républicains : gain 2 contre 1

      - FRANCE, UMP contre PS : gain 6 contre 1

      Espérons que le décompte des votes en 2012 soit inverse.

      Qu’elles paraissent lointaines ces paroles d’Abraham Lincoln dans son premier message annuel au Congrès : « le capital est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’avait tout d’abord existé. »

      Certainement parole de bolchevik !

      Jean-Paul Schmitt

      26/10/2010

      Pestilence, by Guerlain

      9290-jean-paul-guerlain-recevra-la-legion-637x0-1.jpgFrance 2 a senti brusquement le remugle l'autre jour, lorsque Jean-Paul Guerlain, 73 ans, en pleine promotion de son dernier grimoire, s'est rendu coupable d'une odieuse confidence, furtivement lâchée comme une flatulence à peine honteuse et dont on sentait bien qu'il l'avait fermentée en lui depuis belle lurette : "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin... ». Chacun aura compris que le mot nègre ne renvoie pas ici à l'acception littéraire du terme qui a fait la fortune de la moitié des membres de l'Institut.

      Et lui, sans connaître la moindre interruption de la part d'une Elise Lucet d'ordinaire plus loquace et sans doute affriolée par la réputation et le complet veston du doyen des nez, de continuer son autopromotion, sans rougir, refermant comme il l'avait ouverte, la bonde de son dégazage sauvage.

      Soudain, celui qui passait encore pour un vieux galant ayant passé toute sa vie à embaumer la gent féminine d'effluves orientaux et musqués s'est révélé empuanti au public comme une de ces vieilles bouteilles que l'on rêvait exquise et qui, une fois ouverte, ne saurait dissimuler plus longtemps qu'elle est outrancièrement bouchonnée.

      Soudain, Guerlain a laissé entrevoir sa France intériorisée et imaginaire : une France "monochrome", nostalgique d'un monde colonial qui fleurait comme baume la douceur de vivre et la main d'œuvre aussi pléthorique que corvéable.

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      25/10/2010

      Le bleu et le rouge

      334906.jpgPlutôt que de faire une fixation impuissante sur Claude Puel, les associations de supporters de l’olympique lyonnais devraient plutôt s’occuper de deux députés du coin, l’un étant UMP et s’appelant Philippe Meunier, l’autre communiste et se nommant André Gerin, ces deux-là venant de co-écrire une lettre contre l’ « OL Land » dont je suis l’un des nombreux destinataires. Nos deux « coco », ou plutôt nos deux compères, dénoncent avec appétit « ce foot business et tous ses excès qui n’en finissent plus » sans oublier de préciser, par précaution, leur attachement aux « valeurs du sport ».

      Qu’un député bleu horizon également repérable par quelques taches brunes signe une missive avec un paléo-communiste n’est vraiment pas pour me surprendre ce d’autant que le second a déjà fait ses preuves en exécutant le même type de glissade avec son ami Eric Raoult. Ce qui est intéressant dans la démarche réside aussi dans des arguties qui jusqu’ici étaient la spécialité des discussions avinées dans certains rades de nos quartiers. En effet nos deux députés dénoncent aussi dans les quelques lignes de cette lettre aux relants démagogiques le « cash pour régler les commissions délirantes liées aux transferts » ainsi que « les salaires supérieurs à 400 000 euros par mois ».

      Si cette nouvelle définition du front républicain enfantée par Meunier et Gerin ne fait pas dans la dentelle, nos deux clients poussent un peu loin le ballon au point d’exiger de la ville de Lyon l’agrandissement de son stade municipal de Gerland. On a connu plus élégance de la part de députés de la république mais surtout plus de compétence, sachant que ces deux-là ne sont pas, loin s’en faut, effrayés par leurs propres limites dépassées depuis belle lurette. Il n’empêche qu’au-delà du triste combat de Meunier et Gerin et bien loin du strict dossier de l’OL Land, le football professionnel est sur le point de rentrer dans une zone des tempêtes que nous ne mesurons encore qu’avec imperfection. Devenu spectacle, le football doit s’interroger sur la validité de son modèle économique. Largement sous perfusion des droits versés par les télévisions, le désengagement d'orange ne sera pas sans conséquences et il suffit de voir la sur-activité de Fréderic Thiriez pour la création d’une chaîne de la ligue sur la TNT pour s’en convaincre. Sur un autre registre, la suggestion intéressée du président de Canal Plus visant à diminuer le nombre de club de L1 va dans le même sens. A L’heure ou en Europe la mauvaise santé du football professionnel est sur le point de produire des facteurs de déstabilisation et voire même de véritables dépôts de bilan, ceux qui font profession de nous indiquer l’avenir devraient se montrer particulièrement actifs. Dans cette catégorie ne figurent ni Rama Yade, ni sa surveillante Bachelot, encore moins nos deux agents d’ambiance locaux, je veux parler de Meunier le bleu et Gerin le rouge.

      Lyon, le 25 octobre 2010

      Photo:DR

      10:11 Publié dans Politique & politiques... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : meunier, genin, football, stade, gerland, ol land, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

      23/10/2010

      Vive la Belgique

      belgique.gifTout à l’heure, je devais prendre la direction Gare de la Part-Dieu pour un petit week end à Bruxelles capitale controversée d’un pays dont le noir, le jaune et le rouge du drapeau sont l’emblème du chocolat, de la frite et de la mort subite. Cette mauvaise blague empruntée à la « désencyclopédie » ne doit pas nous laisser croire que la Belgique est un pays qui ne ressemblerait à rien ou à pas grand-chose, une sorte d’entité territoriale bonne à être la première puissance exportatrice de blagues, un ensemble hétéroclite au système politique miné et presque incompréhensible et accueillant à ce titre les institutions européennes. Pour partie, on retrouve si mes souvenirs sont bons, ce désordre jusque dans l’architecture coupable des années soixante et soixante-dix, dans l’organisation urbaine d’une ville qui, sur certaines séquences, ne ressemble à rien tout en offrant parfois un charme presque sans équivalent. Celà étant les pertubations actuelles viennent d'achever mes rêves de week end mais revenons à la Belgique.

      Pour la plupart des français, la Belgique est un pays abstrait qui ne se visite même pas, une sorte de noman’s land sans frontières assisses qui serait, peu ou prou, l’annexe de leur pays et dont la population vivrait assez souvent dans les campings du sud. Avec Johnny Hallyday, Jean-Claude Van Damme, Eddy Mercks et Geluck, le Roi est probablement pour nombre de nos compatriotes le seul belge digne d’intérêt même si, depuis quelques années, Amélie Nothomb vient féminiser, au titre nous dit-on de la littérature, une liste qui comprenait aussi jusqu’ici comme auteurs Adamo et Hergé.

      Berceau des frères Dardenne, des Delvaux, André et Paul, de Magritte mais aussi de Benoit Poelvoorde, la Belgique est probablement plus indispensable à notre culture que les apparences ne pourraient le laisser croire. Si Michaux et Simenon, Yourcenar ou Maeterlinck sont définitivement et abusivement annexés par la France, considérons qu’avec les Brel, Django Reinhardt, André Franquin, Albert Frère comme Noël Godin, notre pays n’aurait par la même gueule. Comme hier avec les Rik Van Looy ou Van Steenbergen les belges avaient la main mise sur le sprint mondial, c’est aujourd’hui avec les magnifiques Klim Clijsters et Justine Hénin que la Belgique domine le tennis international chose au demeurant parfaitement inaténiable pour la France. Bref, avec Arno, Alechinsky, Pierre Mertens et bien d’autres, la Belgique demeure une petite merveille qu’il convient de vénérer, de pratiquer et de visiter régulièrement. Me concernant cela sera pour une prochaine fois ce qui ne m'empêche en aucune façon de vous dire, Vive la Belgique !

      Lyon, le 23 octobre 2010.

      22/10/2010

      Les riches lâchent Sarko

      sarkozy-nb-fond-blanc.jpg?w=113&h=137Vous connaissez tous l’animosité que je peux avoir à l’égard du président de la république et de son gouvernement en phase terminale. Je la sais partagée par beaucoup et dans les cortèges qui parcourent nos villes, parfois chaque jour, les manifestants ne se cachent même plus pour dire que le sujet des retraites est désormais subalterne. Ce qui compte c’est avant tout d’exprimer son « ras-le-bol » en disant au président que le pays ne peut plus le voir, même en peinture.

      Cette sainte colère qui vise sans détours le locataire actuel de l’Elysée est pourtant injuste au moment où Sarkozy est sur le point de connaître un véritable échec. En effet malgré des efforts sans mesure, des décisions financières scandaleuses et parfois des actes aux frontières de l’obscénité, Sarkozy doit se résoudre au fait qu’il n’arrive plus à faire plaisir à ses amis, les vrais, ceux qui sont victimes d’une fiscalisation confiscatoire et des honteuses menées du fisc. Expliquons-nous. Cette semaine la nouvelle est tombée sans prévenir, comme le tranchoir froid de la guillotine sur la nuque du condamné à mort, je vous la livre telle quel, ou plutôt comme vient de l’écrire Le Figaro, « Les ménages fortunés cherchent à nouveau à quitter la France. »

      Vous vous en souvenez, dès son élection à la présidence, Sarkozy avait expliqué au pays que les exilés allaient revenir au bercail, la création du bouclier fiscal étant le signe fort envoyé à destination de ceux qui pantouflaient en Suisse ou en Belgique. A cet égard chacun pouvait également espérer, le retour du chanteur « ni belge - ni suisse », je veux parler de Johnny Hallyday. En fait de retour au pays, ces français dont on nous disait qu’ils avaient été chassés par la gauche, se firent plus que prier puisque depuis l’investiture du président ils continuaient de jouer l’Arlésienne. Reniflant la défaite de Sarko, peinés par la politique du gouvernement, il paraît que d’autres fortunés restés en France se ruent désormais vers les cabinets des meilleurs avocats spécialisés afin de prendre la tangente pour vivre un exil fiscal légitimé par la probable abrogation du bouclier, les coups de rabot de Fillon, l’agonie de quelques niches et la perspective de réaménagement de l’ISF.

      Après les pauvres, les classes moyennes c’est maintenant au tour des riches de lâcher Sarko. Question d’élégance, il serait peut-être temps que les manifestants mettent la pédale douce pour ne pas trop désespérer un président mal aimé.

      Lyon, le 22 octobre 2010

      Photo:DR

      00:05 Publié dans Politique & politiques... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarkozy, manifestant, riche, lyon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

      21/10/2010

      Trésor public

      murat7620bxe6.jpgDe la salle Molière au Ninkasi-Kao en passant par le Transbordeur, je crois avoir vu et apprécié Jean-Louis Murat dans la plupart des salles lyonnaises. Situation étonnante. En 2010, plusieurs mois après la sortie de son album, c’est à Saint-Genis-Laval que l’auvergnat renfrogné se produit, dans cette périphérie-sud de l’agglomération en général négligée.

      Cela étant, vous pouvez me croire, il convient d’avoir beaucoup de détermination et d’envie pour faire ce soir le voyage de Saint-Genis-Laval afin d’accéder à notre Neil Young national. L’histoire commence fin août. La rumeur annonce en effet un concert de Murat à Saint-Genis-Laval, Chaponost, Francheville… dieu seul le sait. Au final, en septembre, la confirmation du show à Saint-Genis arrive mais aucune Fnac, Virgin ou point habituel de location ne semble au parfum. En fait le candidat-spectateur doit contacter les autorités locales, envoyer un chèque de 22 euros à l’ordre du Trésor Public pour, au final, disposer d’un billet ouvrant largement les portes du centre culturel local pour applaudir cet autre Trésor Public qu’est Jean-Louis Murat. Un Murat désormais cela se mérite. Quant à la procédure utilisée par les gones de Saint-Genis, je propose humblement qu’elle puisse être la même que dans le reste du monde, à moins que cela soit trop exiger de cette nouvelle cité du rock and roll que d’acquérir des billets de concerts dans des endroits faits pour cela.

      Lyon, le 21 octobre 2010.

      Photo: DR

      20/10/2010

      Embrasser le passé…

      L'Origine du monde.jpgKiss the Past Hello fait scandale paraît-il. L’exposition du photographe Larry Clarck au Musée d’Art Moderne de Paris est interdite aux mineurs. Les « déviances » des adolescents de celui qui est aussi l’auteur de Ken Park font crier à la pornographie.

      Curieuse époque. Et parfois sinistre dans son rejet de ce qui en fait est vital. Même nos amis Suisses s’y mettent : le musée des beaux-arts de Berne et le centre Paul Klee qui devaient exposer deux photos de Clarck dans l’exposition « Vice et Volupté » consacrée aux sept péchés capitaux viennent de décider d'exclure deux clichés jugés trop choquants.

      Kiss the Past ?

      Quel passé embrassons-nous et avec quel manque de confiance ? Faut-il que nous revenions aux excès de pudeur, à la pudibonderie de certains passés qu’on croyait révolus ? Si dans d’autres cultures que la nôtre la nudité n’est justifiée qu’en privé tout comme le dévoilement de la sexualité, faut-il désormais mettre au ban des musées des mineurs à cause de représentations que certains jugent pornographiques ? Les mêmes qui souvent se soucient comme d’une guigne de la violence de certains jeux de rôle qu’ils laissent au libre arbitre de leur mineur chéri ?

      Je ne suis pas un fervent admirateur de Larry Clarck. Les grands adolescents à la mine havre qu’il met en scène se shootant devant son objectif ne sont pas ce que je préfère et j’ai admiré des œuvres d’art avec d’autres ambigüités, beaucoup plus fortes. Mais la censure des œuvres de Clarck me gêne bien plus que leur exposition. Les corps nus de son couple d’ados faisant l’amour dans une baignoire sont plutôt beaux, même si je leur préfère l’érotisme brûlant de l’origine du monde de Courbet. Quant à la leçon de guitare de Balthus, elle est infiniment plus forte, plus fiévreuse, plus provocante et plus mystérieuse. Là déjà, les pudibonds de service hurlaient à la pornographie et si le mot avait couru comme il court aujourd’hui ils auraient aussi hurlé à la pédophilie…

      «  Aujourd’hui, l’érotisme dans l’art est la seule chose qui fasse encore sursauter les pantins… » écrivait Balthus en 1934. Parole d’actualité.

      Jean-Paul Schmitt

      Image: (c) Courbet : l’Origine du Monde

      19/10/2010

      Ramassée

      rama-yade.jpgLes défenseurs du sarkozyme, en ces temps difficiles pour le pouvoir, sont de plus en plus rares au somme de l'Etat : Frédéric Lefebvre, preuve vivante qu'on peut partir de rien pour arriver nulle part, Dominique Paillé, persuadé que derrière chaque journaliste se cache un bolchévique sanguinaire, et Xavier Bertrand, camelot patte-pelu d'un roi nu, ont cessé d'être audibles, si on peut croire qu'ils l'aient été un jour, exception faite bien sûr des électeurs fascistes inquiets de leur dérive droitière.

      A l'occasion de l'émission "A vous de juger", présentée par la suave Arlette Chabot, flanquée du sémillant Nicolas Beytout, journaliste qui partage sa vie entre la rédaction des Echos et le comité d'éthique du MEDEF - nous voilà rassurés pour la moralisation du capitalisme et du journalisme réunis !- et Alain Duhamel, dernier journaliste vivant avec Jean Daniel à avoir chroniqué tous les présidents de la Veme République, le sarkozysme a envoyé Rama Yade au front défendre les retraites, l'identité nationale, le bessonisme, la brasse coulée et l'athlétisme en salle.

      Mac-Mahon, s'il était encore en vie et Danièle Gilbert, si elle était encore à l'antenne, seraient en droit de déposer plainte pour plagiat, tant la kyrielle de banalités creuses et de conneries cyclopéennes déversées par Rama Yade atteignit un niveau inédit à la télévision depuis Jean-Pierre Raffarin en campagne référendaire, lui ouvrant ainsi séance tenante la route fleurie du Guinness Book des records et par voie de conséquence, celle de l'Académie Française, si Héléne Carrère d'Encausse, ce jeune bourgeon libertaire, daigne casser sa pipe immortelle un jour.

      Subsidiairement en auto-promotion de sa Lettre à la jeunesse qui rendra nécessairement jaloux, de là où ils sont, Pierre-Mendès France et Albert Camus, Rama Yade est venue expliquer combien le sarkozysme, et bien, c'était les "Bisounours", "l'île aux enfants", "Oui-Oui et les lapins roses", "Mary Poppins"... L'occasion d'entrevoir le monde potemkinisé de Rama Yade : l'UMP incarne vous l'aurez compris, la défense des libertés, des droits de l'homme, et, n'ayons pas peur des mots, de la femme, le sens du dialogue, le compromis tandis que le vilain, le méchant PS incite la jeunesse à casser et que dans le même temps Europe Écologie deale du cannabis bio à la sortie des collèges.

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      18/10/2010

      « Nègre » de Sarko

      JacquesAttali.gifPourquoi tant d’hésitation et de circonvolution ? Il paraît que le président hésite encore ne sachant plus faire la part de l’utile entre le choix d’un premier ministre centriste, d’un ancien Villepiniste, d’un troisième Chiraquien ainsi que d’une quatrième Umpiste revêche. Bref, Nicolas Sarkozy pourrait même se laisser aller à faire à nouveau les yeux doux à son collaborateur actuel, François Fillon. Pour Sarkozy comme pour nous parfois dans la vie, nous n’arrivons pas à percevoir une bonne solution qui s’impose pourtant comme le nez au milieu de la figure. Cette solution évidente s’appelle Attali, l’homme qui vient de proposer à la droite un programme clé-en-main jusqu’en 2020. Il faut dire que dans la série des conseillers qui ne méritent pas d’être oubliés, Jacques Attali s’impose. Jadis avec Tonton, aujourd’hui avec Sarko, Attali s’est déjà fait remarquer en 2008 comme chef de la commission destinée à booster la croissance nationale. On connait le résultat et Attali s’est fait, à cette occasion, beaucoup d’amis parmi les chauffeurs de taxis. Attali le larbin nous revient donc deux ans plus tard et en cet automne 2010 il livre le plan d’austérité qui manquait tant à la droite coupant presque l’herbe sous les pieds à des hiérarques de l’Ump qui ne doivent pas en croire leurs yeux. Avec « sa stratégie à dix ans » et son objectif « croissance 2.5% », Attali vient donc de formuler 27 propositions à Sarko. Au rayon des finances publiques et du retour du déficit à 3%, le nouveau conseiller de l’Elysée propose le gel du point d’indice pour les fonctionnaires d’Etat comme de la Fonction publique territoriale ainsi que le remplacement d’un seul fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Au rayon sécu, Attali veut présenter une posture de gauche en s’interrogeant sur la prise en charge de certaines maladies lourdes pour les bénéficiaires de gros revenus ce qui, tout à la fois, représente une attaque contre l’universalité de la sécu mais surtout une probable généralisation, dans un second temps, de ces mesures à des français loins d’être fortunés. Chasse aux niches fiscales, réexamen de la fiscalité du patrimoine, l’héroïque Attali ne nous explique pas ce qu’il compte faire de la TVA réduite dans la restauration, ne semble pas plus très au clair sur la question des retraites ou de la réforme fiscale tout en envisageant sérieusement une hausse de la TVA. Avouez que Attali à Matignon cela aurait une autre gueule que Borloo ou Alliot-Marie et pour une fois Sarkozy pourrait se réjouir d’avoir non seulement comme premier ministre, un collaborateur mais presque « un nègre », une situation pour le moins inédite pour Jacques Attali.

      Lyon, le 18 octobre 2010.

       
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