Avertir le modérateur

05/11/2008

Relisons Bakounine

De Villepin 1.jpgDans une interview au Journal du Dimanche de cette semaine Dominique de Villepin ressort ses accents gaulliens pour évoquer les conséquences d’une victoire d’Obama à l’élection présidentielle. Mais comme l’air du temps fait que le discours de gauche est fashion il ouvre son propos par cette formule : « relisons Bakounine ; nous sommes nos propres maîtres ». Sarko avec ses références à Jaurès apparaît là comme un pâle social-démocrate. Mais Villepin poursuit : « ce sentiment que le candidat démocrate est le candidat de la planète peut introduire une confusion. Obama est séduisant, mais n’allons pas réinventer l’atlantisme s’il était élu ! L’Amérique n’est plus le centre de l’Occident qui n’est plus le centre du monde. Obama défendra les intérêts de son pays qui ne sont pas exactement les nôtres. » Voilà une formule, en effet, qui colle particulièrement à l’actualité de ce temps de crise. Ce point de vue rappelle en creux la distance qu’il y a entre l’ancien premier ministre et l’actuel président plus attaché on le sait à poser ses bottes dans les traces du grand frère américain. Elle ramène aussi un peu de gaullisme en matière de politique étrangère au moment où, simultanément, la droite française redécouvre la nécessaire place de l’Etat pour réguler l’économie et où l’on reparle même d’un ministère du Plan qui pourrait être confié à Henri Guaino lors du prochain remaniement ministériel. Pour revenir à l’élection américaine, Dominique de Villepin affiche aussi un certain réalisme au sujet de Barak Obama. « Attention à la théâtralisation, à l’idéalisation d’un homme providentiel. Obama porte un espoir mais aussi des incertitudes. Il développe des thèmes sociaux qui renvoient à Roosevelt. Mais il est aussi choisi par des lobbies financiers : la moitié de son financement vient des grands groupes, de dollars venus de Goldman Sachs » Cette fois on croirait lire l’Humanité ; mais il n’empêche que l’analyse ne manque pas de pertinence et que la précaution affichée là mérite l’attention.

Philippe Dibilio.

Lyon, le 5 novembre 2008.

03/11/2008

When I’m sixty-four …

Personnes agees.jpgPendant tout le weekend on a entendu les radios, d’heure en heure, nous parler des syndicats d’Air France menaçant de faire grève pour exiger le retrait d’une décision repoussant à 65 ans, l’âge limite d’activité en vol des personnels navigants de l’aviation civile. Chacun s’est donc imaginé que cette affaire relevait du strict corporatisme des pilotes et personnels en vol. En vérité, il n’en est rien. Dans la nuit de vendredi à samedi les députés, dans le cadre de l’examen en première lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009, ont permis aux employeurs, à tous les employeurs, de repousser l’âge limite de départ en retraite à 70 ans. C’est plus exactement le député UMP, Denis Jacquat, qui est l’auteur de cet amendement qui risque de faire parler de lui dans les semaines qui viennent. Le Sarkodillot en question a même poussé un cri du cœur pour légitimer son méfait. « Il n’est plus acceptable » nous a dit l’obscur député « qu’un homme ou une femme âgé de 65 ans soit mis à la retraite contre son gré du seul fait de son âge ».

La chose est donc claire, en début de weekend, on a insidieusement repoussé à 70 ans la possibilité de partir en retraite. Sachant que de moins en moins de salariés totalisent à 60 ans l’ensemble de leurs droits et que dans bien des cas, même à 65 ans, les retraites demeurent malheureusement insuffisantes, on mesure ainsi le danger de cet amendement umpiste qui risque de contraindre de plus en plus de Français à travailler le plus longtemps possible, y compris jusqu’à 70 ans.

En attendant d’avoir la possibilité de prendre sa retraite bien méritée à 70, 75, voire même 80 ans, reprenons ensemble cette bonne vieille chanson d’un McCartney, témoin des temps anciens….

When I get older losing my hair

Many years from now,

Will you still be sending me a valentine

Birthday greetings bottle of wine

If I’d been out till quarter to three

Would you lock the door

Will you still need me, will you still feed me,

When I’m sixty-four

Lyon, le 3 novembre 2008.

30/10/2008

Heureux qui comme Ulysse …

coureur.jpgIl suffisait dimanche dernier de lire le JDD et en particulier l’article de Virginie Le Guay pour se convaincre que nous avions beaucoup de chance d’avoir un Président comme Nicolas Sarkozy capable d’enfiler les fuseaux horaires comme d’autres les perles. Pour nous convaincre des exploits présidentiels, le célèbre quotidien du dimanche nous compilait même les miles parcourus par le petit Nicolas depuis le milieu de l’été. Pékin (24 000 km), Kaboul (11 000 km), Moscou (5 000 km), New York (11 000 km), Camp David (12 000 km) sans oublier la dernière randonnée pékinoise, soit au total 30 voyages en France et à l’étranger depuis les J.O.
Pour moi qui arrivait lundi soir usé à Erevan autant vous dire que notre Président est un exemple même si lui, quand il débarque dans un aéroport, ne poireaute pas une éternité pour obtenir un visa et changer quelques euros. Alors, comment fait le Président pour être toujours en bonne forme malgré ce va-et-vient incessant autour de la planète ?
Comme vous le savez le jogging est le premier des secrets de notre homme. Doté depuis quelques temps d’une coach amie de Carla Bruni qui lui conseille du « fractionné » deux fois la semaine, Nicolas Sarkozy est un peu notre Zatopeck.
Deuxième règle, pour le président qui aime tant voir les Français travailler plus, il s’agit paradoxalement d’en faire un peu moins. C’est ainsi que les rendez-vous quotidiens du président sont passés de vingt à sept au maximum. Pour son entourage, ce temps gagné s’appelle un « espace d’aération », un gain utilisé pour téléphoner ou fumer un cigare. Côté nourriture, on tente bien entendu de nous expliquer que Nicolas Sarkozy n’est absolument pas boulimique. Le régime présidentiel officiel est donc composé de fromage blanc et de pommes, jamais d’alcool et encore moins de chocolat comme certains se plaisent à le dire.
Jogging, plages d’aération, régime de sportif de haut niveau composé de viande blanche, de poisson et de légumes, il semblerait que même Claude Guéant veille sur le bide présidentiel en faisant , nous dit le JDD, « la chasse aux calories ». Cette vie disciplinée s’organise en 3 temps : lever à 7 heures, départ de l’Elysée à 20 heures, coucher à minuit. D’ailleurs explique le décidemment très précis journal, Sarko doit dormir au moins 7 heures par nuit et il profite de ses longs voyages en avion pour « faire ses nuits » (sic !) comme un bébé.
Résistant au stress et aux décalages horaires, Nicolas Sarkozy est donc, ce qui nous rassure, plus qu’à la hauteur de la situation. Si avec tout ça on ne réforme pas le système capitaliste, c’est à désespérer.

Erevan, le 30 octobre 2008

15/10/2008

Neruda apprends-leur à se parler

Sarko Merkel.jpgJe t’aime, moi non plus… susurre le couple enlacé.
Tango sensuel à l’ombre de la croix ou bal tragique à Colombey ?

Ne craignez rien amis, le Figaro l’atteste qui, parlant des retrouvailles d’Angela et de Nicolas sous la grande croix de Colombey et jamais à court de cirage, quand il estime que l’« opération de charme  à l'ombre de la croix de Lorraine a manifestement provoqué un déclic. »
Des clics ou de nouvelles claques qui se perdent?
Car le cher Nicolas n’a pu s’empêcher, avec toute sa finesse habituelle, de piquer les conseillers de la chère Angela d’un péremptoire «J'ai beaucoup de mal avec eux. Gross, gross problem !»
Ce serait un beau happy end si ces deux-là arrivaient à se comprendre et, pourquoi pas, réussissaient à se mettre en communauté de biens dans un contrat gérant ensemble leurs intérêts économiques et politiques.
J’entends fuser les ricanements (ce n’est pas parce que Dame Ségo l’a suggéré que c’est une bêtise).
En tout cas, cela aurait une autre allure que ce remake de la drague de Guy Bedos dansant avec Sophie Daumier.
Qui plus est, une mauvaise drague, dans un mauvais film.
Mais dans un film français, s’il vous plait, me direz-vous, fiers comme des TGV pelliculés aux armes présidentielles et européennes à quelques centaines de milliers d’euros !
À quoi je répondrais que le nanar est tourné en jour européen, la trouvaille cinématographique du réalisateur élyséen qui renoue-là avec un procédé cinématographique qu’il maîtrise à perfection, inspiré de ce qu’on appelle la nuit américaine - cette technique où l’on tourne de jour en faisant croire que c’est la nuit – sauf qu’ici c’est encore la nuit et l’on veut nous fait croire que c’est le jour.

Neruda, où est ton Angelica à toi lorsque tu murmures :
De su mirada largamente verde
la luz caía como un agua seca,
en transparentes y profundos círculos
de fresca fuerza.

(De son regard longuement vert
la lumière tombait comme une eau sèche,
en de transparents et profonds cercles
de fraîche force.)

Notre Angela à nous, de son regard vert d’où la lumière tombe comme une eau sèche, répond à l’outrecuidant qui la cherche, à ce Nicolas trop cavalier pour être bon danseur et qui lui griffe le dos en la serrant fort contre lui : « À chacun sa merde ».

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 15 octobre 2008

14/10/2008

Saisissant

capitalism.gifPar ces temps de crise financière un cri monte comme une prière, car le vœu est pieux : il faut moraliser le capitalisme. Vaste programme ou plutôt vaste illusion car un système fondé sur l’exploitation du travail des uns au bénéfice d’autres ne rencontrera jamais ni la morale (chrétienne ou pas) ni la justice (sociale ou pas). Un cri relayé par Laurence Parizot samedi soir chez Ruquier. Un cri qui se veut indignation face à ce qui n’est qu’une exagération du système. Certes il y a ceux qui comme Bernard Accoyer, ci-devant président de l’Assemblée Nationale, n’ont rien entendu. Sa proposition de lancer un grand emprunt d’Etat abondé, entre autre, par le retour de capitaux partis à l’étranger et qui dès lors bénéficieraient d’une amnistie fiscale est, en effet, aux antipodes de la morale. Face à ce vrai-faux évangélisme j’ai trouvé saisissant ces propos de Jean Marc Rouillan dans l’Express. Interrogé sur comment il a retrouvé la société française après vingt ans de prison dont plusieurs à l’isolement, il répond : « J’ai été catastrophé. Dans les années 50/60, le gros de la société était fortement politisé. Un militant socialiste pouvait sortir une analyse politique.

Aujourd’hui j’ai l’impression que le marxisme et toutes les théories qui nous permettaient d’appréhender les situations ont été oubliées.. Nous sommes dans une société de classes, dans une société où le conflit impérialisme/anti-impérialisme est crucial. On se perd dans l’aide aux pauvres, à ceux qui souffrent. Non, les pauvres , ceux qui souffrent, les exploités et les opprimés sont des pro-lé-taires ! Aujourd’hui il faut bosser énormément pour convaincre les gens de la réalité du système. Si vous allez dans une cité pour parler de religion vous aurez plus d’attention que si vous venez parler d’oppression, d’exploitation de classes. Cela vient de la dépolitisation qui a été inscrite dans les couches populaires, cette pression médiatique terrible qui a rendu toute tentative d’analyse des situations has been. On a tout résumé à des images d’Epinal. » Au delà d’une certaine nostalgie pour cette phraséologie, moi qui ai toujours combattu l’idéologie et les actes des Rouillan ou autres gauchistes, j’avoue que je trouve ce constat saisissant. Un constat qui appelle à reprendre le chemin de la reconquête de l’opinion en lui donnant les clés qui lui permettront de se prendre en main.

Philippe Dibilio

Lyon, le 14 octobre 2008

--

Guillaume+Depardieu.jpg
[EDIT JYS]: Hier très bon concert de Suzanne Vega mais triste nouvelle...

13/10/2008

Nos cités vont craquer

Grand ensemble.jpgEn fin de semaine passée, j’étais à Brest pour les journées annuelles des Communautés Urbaines de France. Vous ne le savez peut-être pas mais les Communautés Urbaines rassemblent plus d’un Français sur dix et la création, le 1er janvier prochain, de tels instruments de coopération à Toulouse et Nice va renforcer le poids d’agglomérations qui portent des politiques aussi décisives que les transports collectifs, le logement, le développement économique et bien d’autres encore comme l’urbanisation ou le soutien à la recherche. Bref, la place des Communautés Urbaines est telle que l’Etat a toujours reconnu leur importance majeure pour le pays, tellement importante que pour la première fois, aucun Ministre n’a fait le voyage de Brest pour venir expliquer aux élus et techniciens rassemblés dans la cité océane de quoi l’avenir serait fait. Il faut dire, qu’à voir la maltraitance que le gouvernement réserve aux Communautés Urbaines on ne peut que comprendre la politique de la chaise vide pratiquée par nos ministres.
Les Communautés Urbaines sont non seulement toujours en attente des remboursements des pertes fiscales provoquées par la politique du gouvernement depuis quelques années mais, en organisant l’affaiblissement financier des intercommunalités urbaines, ce « modèle pour le développement » dont parlait jadis Sarkozy, l’Etat est en passe d’utiliser nos agglomérations comme une simple variable d’ajustement dans la crise des finances publiques de la France. En pratiquant ainsi, l’Etat non seulement bouscule l’équilibre financier des agglomérations mais pire porte des coups à l’un des meilleurs moteurs de l’investissement local dans un environnement économique et financier semé d’embûches et de risques.
Dans ce contexte, on comprend peut-être mieux pourquoi les Ministres n’étaient pas volontaires pour se précipiter à Brest vendredi dernier. Aujourd’hui, alors qu’il en va non seulement de l’avenir du pays mais aussi de ses collectivités locales, l’Etat doit maintenir en valeur les remboursements de fiscalité aux collectivités. Il doit aussi initier une réforme de la fiscalité locale en concertation avec ces mêmes collectivités. Il doit enfin, tout en respectant ses engagements, admettre de rétablir des liens de confiance avec les collectivités locales et singulièrement les agglomérations.
En début de semaine dernière, les maires des grandes villes de France quant à eux lançaient un cri de colère en apprenant la « réforme » de la dotation de solidarité urbaine (DSU) par un gouvernement qui légifère en vase clos et qui en la circonstance va priver 238 communes de crédits pour leurs quartiers. C’était donc une sale semaine pour nos communes et agglomérations mais malheureusement probablement pas la dernière.

Lyon, le 13 octobre 2008.

25/09/2008

Mc Cain broie du noir

John McCain.jpgSarkozy cherche des coupables à la crise financière actuelle. Je ne sais pas s’il se donne des délais pour atteindre son objectif mais si l’envie lui prenait de trouver des victimes, nous pouvons lui signaler la première, le Sénateur Mc Cain.

Coincé entre l’embarrassant George W. Bush et son bilan catastrophique et le secrétaire au trésor du même Bush, Henry Paulson, le candidat républicain pour se sortir de ce piège tente une nouvelle fois de jouer sa carte fétiche, celle du héro, serviteur de la bannière étoilée.

Suspendant sa campagne, sautant sur Washington comme d’autres jadis plongeaient sur les rizières vietnamiennes, proposant d’annuler son débat avec Obama, Mc Cain s’autoproclamant porte-parole des américains lassés des divisions partisanes joue gros à quelques semaines de l’échéance. Il y a une dizaine de jours je m’interrogeais sur le parcours semé d’embuches qui attendait Barack Obama, aujourd’hui nous pouvons espérer une victoire, la débâcle financière étant passée par là.

La situation de Mc Cain s’est en effet dégradée et sa fructueuse lune de miel politique avec Palin est déjà derrière nous, comme quoi vitesse et politique font parfois un curieux ménage.

Aujourd’hui Mc Cain, celui qui revendiquait jadis comme une médaille son ignorance en économie est entrain de payer au prix fort bien des postures d’antan face à un pays en proie au doute et à la peur. En effet selon un sondage Bloomberg, plus d’un américain sur deux désapprouve le plan Paulson et ses 2300 dollars par capita-bébés compris qui menacent les finances de chaque ménage américain.

Cela étant, broyée par la crise financière, la campagne électorale américaine n’est absolument pas pliée. Les contradictions qui dominent au sein des deux camps, les inévitables pièges que Mc Cain et Bush entendent tendre à Obama mais aussi le temps qui inévitablement travaille pour un Mc Cain aujourd’hui au fond du trou, peuvent réserver de mauvaises surprises à Obama.

En attendant, malgré cette catastrophe financière qui risque de frapper durement les classes moyennes et populaires américaines, Barack Obama semble reprendre la main.

Sachons apprécier cet instant.

Lyon, le 25 septembre 2008.

 

16/09/2008

Scoop

Par les moyens dignes des plus grands de l'investigation journalistique nous sommes en mesure de vous divulger la maquette des futurs tableaux d'honneur, fruits de la pensée fécondée de Xavier DARCOS notre Ministre de l'Education nationale.

 

Tab d'honneur Darcos 1 VF.jpg

 

Tab d'honneur Darcos 2 verso VF1.jpg
DR

Lyon, le 16 septembre 2008.

06/09/2008

Voyage au bout de l’ennui

1388882055.jpgPhilippe Vecchi, dans sa rubrique de « L’Obs Télé » de la semaine, nous rapporte des propos qui pour ma part m’étaient passés au dessus de la tête. Il s’agit de ceux de Carla Bruni (Sarkozy) parus dans VSD. L’épouse présidentielle y parlait de Louis-Ferdinand Céline même si c’est une drôle d’idée que de parler de Céline dans VSD. Bref, Carla Bruni indiquait que Céline « était dans la poésie » et comparable à Houellebecq, car ces deux là donnent «  dans le romantisme et la douceur » au point d’aboutir à quelque chose de « presque intolérable de beauté ».

Puisque notre actuel Ministre de l’Education, Xavier Darcos, s’imagine de temps à autre successeur de François Fillon, je lui suggère, la lèche n’étant pas inutile en pareille situation, de formuler à partir des propos de Madame Bruni un sujet pour le Bac de français.

Si pris de honte Darcos hésitait à se lancer dans une telle opération, il pourrait toujours se rabattre sur ceux de Bernadette Chirac qui, grâce au concours de Patrick de Carolis avait écrit dans son ouvrage « Conversation » (disponible en livre de poche), « Aimer, c’est forcement être optimiste ». Inviter nos élèves de Terminales philo à commenter la pensée de l’ex-première dame de France aurait également de la gueule.

Lyon, le 6 septembre 2008.

03/09/2008

Bayrou a raison

505814739.2.jpgJeudi dernier, ici même, je tentais modestement de dénoncer la mise en place du fichier EDVIGE tout en invitant les uns et les autres à s’associer à la campagne mise en place par la Ligue des Droits de l’homme.

Dimanche, devant l’Université Socialiste de La Rochelle, François Hollande se limitait à une molle et vague allusion à cette tentative généralisée de fichage instaurée par le gouvernement, on ne peut donc que se féliciter de l’appel lancé hier en direction des élus par François Bayrou visant à appuyer son propre recours devant le Conseil d’Etat.

On pourra toujours objecter que Bayrou joue « Solo » en liant son appel à un recours individuel alors que déjà les organisations syndicales sont actives sur le plan juridique. Certains s’interrogeront sur les arrière-pensées du leader du Modem. Il n’empêche que Bayrou à raison de passer à l’offensive, Bayrou a raison d’en appeler à une mobilisation des élus pour faire barrage à EDVIGE en organisant le refus républicain, Bayrou a raison de dénoncer une telle dérive. Retroussons donc tous les manches pour exiger le retrait du décret gouvernemental…. même si Bayrou a raison.

Lyon, le 3 septembre 2008

06:38 Publié dans Politique & politiques... | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : edvige, fichier, fichiers, fichage, cnil, bayrou, sarkozy | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

28/08/2008

Dans les bras d’Edvige

1407203634.jpg

Le 1er juillet, alors que le pays s’engageait dans sa traditionnelle trêve estivale, le Journal Officiel publiait le décret instituant le nouveau fichier dénommé Edvige pour « Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale » autrement dit la généralisation du fichage des personnes de plus de 13 ans ayant « sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique » ou jouant un rôle « institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Chacun l’aura compris, nous sommes légion à pouvoir prétendre être jeté dans les bras grands ouverts d’Edvige sachant par ailleurs que « tout individu, groupe ou organisation dont l’activité est susceptible de troubler l’ordre public » a également vocation à être fiché par Edvige. Cerise sur le gâteau, l’ensemble des données confiées par la police à Edvige sont toutes à caractère personnel, sans limite dans le temps ni dans le contenu.
Cette nouvelle base de données concoctée pour le gouvernement contiendra des informations ayant trait à l’état civil, à la profession, les adresses, numéros de téléphone et adresses électroniques des personnes fichées. Photographies, signes physiques, informations fiscales, patrimoniales, judiciaires des personnes concernées et de leur « environnement » (Sic !) viendront compléter la base sans oublier le numéro d’immatriculation de leur véhicule.
Comme le précise dans son excellent blog, Maître Gilles Devers (lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr), le fichier Edvige est autorisé à collecter les données les plus intimes sur la personne fichée. En effet origines religieuses et affiliations syndicales relèvent du fichier tout comme d’ailleurs les informations sur la santé ou la sexualité c'est-à-dire autant de données, comme le dit Maître Devers, « dont on ne sait sur la base de quelles preuves ou renseignements elles sont établies ».

Même si l’accès à ce fichier est théoriquement limité aux services spécialisés, le texte du décret indique que tout « agent d’un service de police nationale ou de gendarmerie » peut « sur demande expresse » (sic !) accéder aux informations contenues dans Edvige, autrement dit n’importe qui.
Les désaccords mis en avant par le CNIL ne semblent pas effaroucher le pouvoir. Il est donc nécessaire qu’une mobilisation citoyenne et républicaine fasse valoir son refus du fichier Edvige. Déjà des recours au Conseil d’Etat sont portés par des organisations syndicales. Une pétition « Pour l’abandon du fichier Edvige » est proposée par la Ligue des Droits de l’Homme. Je vous invite à la signer:


« Non à EDVIGE »
- www.nonaedvige.ras.eu.org
- c/o Ligue des Droits de l’Homme
138, rue Marcadet – 75018 Paris.

Lyon, le 28 août 2008

24/08/2008

X comme XXL

923101409.jpgRappelez-vous, il y a un peu plus d’un été de cela, le jogging présidentiel était quasi télévisé en direct sur LCI. Fort de Brégançon, Neuilly / Ile-de-la-jatte, vacances états-uniennes, New York City, le tee-shirt « NYPD » gorgé de sueur crevait l’écran. Fillon et Kouchner à la ramasse derrière leur chef vivaient le martyr. Depuis rideau. On n’évoque même plus les exploits quotidiens de notre Président et la transpiration Sarkozyenne ne nous fait plus vivre par procuration le dynamisme Elyséen nouveau. Changement de cap, changement de com, changement d’épouse, le tee-shirt n’a plus le même sens en cet an II du mandat.
Si hier ce vêtement basique de la tenue présidentielle hors les murs du Palais exprimait la modernité et le dynamisme, bref la rupture, aujourd’hui le tee-shirt est toujours l’objet d’une grande précaution mais à des fins nouvelles. Deux entreprises lyonnaises et avignonnaises en savent quelque chose. En ayant mis sur le marché des tee-shirts qui détournent le nom du Président pour le transformer en autant de slogans qui chatouillent manifestement Nicolas Sarkozy, les deux entrepreneurs sont actuellement en attente d’un jugement du tribunal d’Albertville. En maquillant le « O » de Sarko en cible, ces lucratives rébellions risquent de coûter gros à leurs auteurs car il convient sous Sarkozy, contrairement à ce qui se pratiquait du temps de ses deux prédécesseurs, de ne pas gratouiller l’honneur présidentiel sous peine de le voir se transformer en partie civile. Comme quoi notre Président XXL n’a pas l’esprit aussi « Large » que cela.

Lyon, le 24 août 2008.

08:11 Publié dans Ainsi va la vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nicolas sarkozy, sarkozy, président, tee-shirts | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/08/2008

O comme objets

440065165.jpgLe 26 juillet je m’intéressais à l’un des objets fétiches du régime, le Falcon. En vérité il y en a un autre, plus personnel, meilleur symbole du « bling-bling présidentiel ». La montre.

Sarko, chacun le sait, adore les toquantes, une passion qu’il semble partager avec Julien Dray. L’excellent livre de Renaud Dély (Marianne) et Didier Hassoux (Le Canard Enchaîné) intitulé « Sarkozy et l’argent roi » (Calmann-Lévy) a entre autre le mérite de faire le point sur ce dossier. En voici quelques extraits qui devraient rendre honteux les pauvres possesseurs de Kelton et autres Swatch.

Selon nos auteurs, « Nicolas Sarkozy possède, entre autres, une Breitling Navitimer (16 145 euros seulement…) qu’il portait fréquemment et dont il a offert un modèle à chacun de ses deux fils ainés, Pierre et Jean. Il a également plusieurs modèles de Cartier et de Rolex ». Continuons. « Nicolas Sarkozy est très fier », selon Dély et Hassoux, « de sa Rolex Daytona (dont le prix neuf est de 61 870 euros !), qu’il portait lors du débat télévisé qui l’a opposé à Ségolène Royal entre les deux tours de la présidentielle. Il possède aussi une Breguet, en l’occurrence un modèle intitulé… Le Réveil du Tsar (d’un montant de 28 000 euros) ! ».

Rolex au poignet notre Président lutte contre les fuseaux horaires afin d'assister à la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques. Rappelons lui que selon Amnesty International, 500 000 personnes sont actuellement détenues sans inculpation ni procès en Chine. Ce matin sont donc toujours en prison l'avocate Ni Yulan, défenseur des pékinois expulsés de leur logement dans le cadre de la modernisation de la ville olympique. Ye Guozhu, accusé par les autorités d'organiser des manifestations... depuis sa cellule. Huang Qi, l'homme qui fait campagne pour la défense des victimes du tremblement de terre du Si Chuan. Du Daobin, coupable selon la police d'"incitation à la subversion d'Etat" en raison des textes qu'il fait circuler sur le net. Le journaliste Qi Chinghnai, rédacteur au Fazhi Zaobao, accusé de fustiger la corruption dans le Parti. Hu Jia, le défenseur des droits de l'homme, en prison pour avoir publié des secrets d'Etat (sic!) sur le net.

Certains de ces noms et bien d'autres, figurent sur la liste transmise par Daniel Cohn-Bendit à Nicolas Sarkozy suite à leur vif échange au Parlement européen.

Ce Président qui aime tant la ramener a ainsi l'opportunité d'en ramener quelqu'uns de son voyage express à Pékin. On peut toujours rêver.

Demain, avec P comme Pékin, on reviendra sur les JO.

72377538.jpg

Hautes-Pyrénées, le 8 août 2008.

26/07/2008

F comme Falcon

669118261.jpgConcernant ses vacances, je ne sais pas ce que Nicolas Sarkozy nous réserve cette année mais s’il fallait désigner un symbole capable de représenter les escapades présidentielles et les couacs ministériels au terme de cette première année de mandat, le Falcon, ce jet privé mythique, si cher aux stars, aux people, bref aux « grands » de ce monde conviendrait à merveille.

Tout commence bien entendu le 7 mai 2007 alors que le pote Bolloré offre son Falcon 900 EX à celui qui a été élu président la veille. Direction Malte avec Cécilia, la famille et les amis, pour passer deux jours sur le Paloma, le yacht du milliardaire et voyagiste ami. Re-belotte à Noël 2007, cette fois-ci avec Carla Bruni, pour quelques jours à Louxor largement médiatisés par la presse magazine. Souvenez-vous du fils de Carla sur les épaules de Sarko.

Autre Falcon, autre aventure, celle du Ministre Estrosi qui prétextant un agenda chargé décide de louer à la société Dassault Falcon Service, en échange de la somme rondelette de 138 000 euros, un avion privé plutôt que de voyager en classe affaire sur la ligne régulière d’Air France. La rumeur le dit mais n’est guère vérifiable, on parle aussi des allers-retours Villacoublay-Figari du ministre Kouchner en Falcon 50 (voir www.impots-utiles.com)

Mais revenons à Sarkozy. Il faut croire que la question de l’aviation est particulièrement importante pour notre président. On dit que le chef de l’Etat est très à cran et chatouilleux sur le sujet. C’est ainsi qu’à son retour du sommet de Lisbonne il convoque le staff présidentiel afin de changer le parc de zingues de la république car, arrivant quelques jours avant sur le tarmac de l’aéroport portugais, notre président s’était senti « petit » en constatant que son Falcon 900 avait l’air ridicule aux côtés des gros porteurs des autres délégations. Sachant qu’un Air Bus avoisine les 100 millions d’euros, c'est-à-dire le prix de presque trois Falcons, la République devra faire quelques efforts pour que notre Président puisse planer.

Cela étant, le pire est peut-être devant nous, car en s’offrant un A380 pour son usage privé, le prince Saoudien Walid Ibn est entrain de mettre la barre assez haute sachant que le prix catalogue de l’aéronef est de 320 millions d’euros. On dit que le milliardaire russe et patron du Chelsea F.C., Roman Abramovich serait également tenté.

En attendant, sur ses deniers, l’armée vient d’acheter un Airbus d’occase à Air Caraïbes afin d’offrir une sorte de « Air Force One » à notre Président. Cet avion viendra rejoindre la Flotte présidentielle constituée de six Falcon et sept Airbus. Ca plane pour lui.

Lyon, le 26 juillet 2008

17/07/2008

B comme Berlusconisme

1452369848.jpgBien du monde en Europe doit se dire que comme les Français, les Italiens n’ont que ce qu’ils méritent. A eux Berlusconi, à nous Sarkozy. En tout cas depuis l’élection du « Cavaliere » mais aussi suite à la rencontre romaine entre notre président et le chef du gouvernement italien en marge du sommet de la FAO en juin, la presse transalpine ne peut résister au plaisir d’utiliser le néologisme « Sarkoberlusconisme ». Tout un programme.

Le rapprochement entre nos deux leaders est-il le signe annonciateur d’un futur axe privilégié entre Rome et Paris ? On doit être prudent mais il est tout de même amusant de noter qu’au sein de ce nouveau couple, Silvio tire la couverture à lui en particulier quand il dit que « Si on lit les discours de Sarkozy, on s’apercevra que de nombreux points sont tirés de mes livres ».

Tous deux « bling-bling » et américanophiles à l’excès, tous deux accros de libéralisme forcené mais n’hésitant pas quand l’occasion se présente à pratiquer un interventionnisme revendiqué, tous deux fascinés par l’argent, même si l’Italien est le seul à en posséder énormément, nos jumeaux partagent aussi un mépris commun pour la gauche, la culture et l’indépendance de la presse. Comme l’écrit Pierre Musso dans son essai sur ces twins brothers alpins (éditions de l’Aube), « Le Sarkoberlusconisme est un américanisme latinisé plastique capable de s’adapter à des réalités nationales différentes. Ce nouveau modèle néo-libéral euro-méditerranéen de type bonapartiste, combine l’autorité de l’Etat, la révérence à la catholicité et la référence à l’entreprise ». Il n’y a vraiment rien à rajouter à cela.

Erevan, le 17 juillet 2008.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu