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22/09/2010

Brice et les juges

Brice banzaï.jpgBrice, boutefeu de la Sarkozie, prône l’élection du juge d’application des peines.

Après avoir monté « ceux qui se lèvent le matin » contre les « assistés », les salariés du secteur privé contre les fonctionnaires, les riches pauvres qu’il faut doter d’un bouclier contre les pauvres riches de leurs RSA, CMU et autres avantages à abolir lors d’une prochaine nuit du 4 août, les jeunes contre les retraités, les Français de souche contre les Roms, le pouvoir mène aujourd’hui l’attaque contre les juges. Habilement – l’équipe est passée maître en matière d’intox – il laisse entendre que des juges en phase avec l’opinion majoritaire seraient moins laxistes.

Il pense qu’à force de seriner que l’insécurité est de la faute des juges et autres syndicats de la magistrature, l’opinion du bon peuple, si précieuse lors des élections, finira bien par intégrer que ce n’est pas la faute aux ministres successifs de l’Intérieur si la politique sécuritaire menée depuis huit ans est un échec. Haro donc sur ces magistrats gauchistes - ou peut-être Auvergnats – qui osent aller jusqu’à condamner un auguste politique pour injure raciale (Auguste : un nom prestigieux à Rome et dans les cirques) !

Brice trouve là à la fois de quoi contrer MAM en vue du futur remaniement et de quoi attirer l’attention des médias loin des affaires Woerth, Bettencourt, Roms et autres condamnations par les plus hautes instances européennes et internationales. Il sort de son chapeau un vieux lapin et, en bon gardien, il jappe contre le JAP. Le JAP élu : voilà la solution aux problèmes d’insécurité...

Pour mémoire, le JAP n’habite ni Tokyo ni Hiroshima : le Juge d’Application des Peines est le juge chargé de prononcer des mesures d’aménagement des peines qui peuvent aller jusqu’au bracelet électronique ou à la semi liberté. Il peut même dans certains cas suspendre des peines. C’est aussi le JAP qui suit l’exécution de la peine en milieu ouvert, qu’il s’agisse d’un sursis avec mise à l’épreuve ou d’un travail d’intérêt général.

Ici et là, d’aucuns enfourchent déjà la bicyclette uémpiste et tentent de nous expliquer que les juges de commerce et ceux des Prud’hommes sont élus et que cela ne choque personne. J’en lis même qui rappellent la Commune de Paris pour justifier cette lumineuse idée.

Je crois profondément que lorsqu’il s’agit de juger et de condamner un homme, l’opinion populaire, naturellement momentanée voire instrumentalisée, ne disposera jamais de suffisamment d’éléments pour déterminer la part de responsabilité réelle de celui que l’on juge ni sa capacité de réinsertion dans la société. En la matière, un juge bien formé, sans l’inflation phénoménale des textes de loi votés depuis 2002 – à chaque crime sa loi particulière aujourd’hui - , une justice indépendante du pouvoir exécutif valent mieux qu’un juge soucieux d’être réélu, fut-il compétent.

Comme le disait le poète argentin Antonio Porchia « L’homme juge tout dans la minute présente, sans comprendre qu’il ne juge qu’une minute : la minute présente ».

Jean-Paul Schmitt

21/09/2010

Une nuit à l'assemblée nationale

une-nuit-à-l-assemblée-nationale-affiche_253472_29171.jpgCertains trouveront sans doute que le titre du présent billet pourrait renvoyer subsidiairement au film du même nom réalisé par Jean-Pierre Mocky et à la faveur duquel on se plonge dans les turpitudes naturistes d'une attribution de Légion d'Honneur foireuse par un député qui répond au nom fleuri de Aimé Dugland. Un tel renvoi serait purement fortuit au regard de scandales plus proches de nous, chacun ayant à l'esprit que M. Patrice de Maistre n'est pas naturiste et à plus forte raison que Eric Woerth n'a pas une tête à s'appeler Dugland...

En vérité, mon humeur de la semaine a été franchement mise à l'épreuve par cette droite qui, décomplexée et aux abois, s'ébrène avec notre Constitution et notre Parlement. En effet, si la République était cotée en bourse - ce qui, au rythme où dégringolent les choses, ne saurait tarder, sa valeur avoisinerait sans doute le prix de l'action Eurotunnel des bonnes années, celles où son cours parvenait à atteindre victorieusement parfois jusqu'à un chiffre.

En cela, le "débat" organisé lors du vote de la "réforme" sur les retraites a été l'occasion de confirmer le niveau d'indignité dans lequel notre gouvernement enlise la République.

Eric Woerth - dont chacun admettra en ce moment qu'il a toutes les raisons de bomber son torse orné d'une légion d'honneur plastronnante et de faire le malin sur le banc du gouvernement avant, espérons-le, de rejoindre le banc des accusés - s'est vautré dans l'insulte crasse comme on n'en avait pas vu depuis longtemps à l'Assemblée Nationale, notamment lors de ces sessions extraordurières qui, en plein Dreyfus, voyaient pleuvoir des "glands de potence", des "du syndicat", des "torche-cul" et autres "fleur de pus" sur certains représentants du peuple. Comme en témoigne le compte rendu intégral des débats de l'assemblée nationale, Eric Woerth a cru bon renvoyer un pitoyable, un misérable et un lâche "collabo" à la députée Catherine Coutelle, députée de la Vienne.

Sans doute est-il bon de rappeler à cet instant que M. Eric Woerth, élémosinaire en chef des oeuvres sarkozystes, a promené sa gamelle de campagne chez André Bettencourt dont l'histoire familiale ne correspond pas précisément à l'idée que je me fais de la Résistance. Sauf à considérer que le fait de diriger les colonnes infernales d'un journal collaborationniste répondant au doux nom de "La Terre Française" et, en plein Vichy, d'y écumer d'amabilités contre les "Juifs pharisiens hypocrites", permet d'être éligible au titre de compagnon de la Libération.

L'indécence n'ayant aucune limite dans le moment présent, le dernier acte de cette séance lamentable aurait pu se dérouler dans le théâtre d'un casino d'une grande ville thermale de province au mois de juillet. Bernard Accoyer, dont les talents manquent aujourd'hui cruellement à l'oto-rhino-laryngologie, s'est livré à un exercice de partisannerie "factieuse" (Didier Mathus, député de Saône-et-Loire), mettant autoritairement fin aux débats de l'assemblée, transformant le règlement de l'assemblée en paillasson sur lequel les députés UMP vinrent essuyer à qui mieux mieux leurs godillots crottés.

Je propose donc sur le champs une modification de ce qu'il reste des lambeaux de notre constitution : "Les articles 24 à 33 de la Constitution sont abrogés. L'article 24 est désormais ainsi rédigé "Le Parlement est croupion. Le Président de la République est chargé de son exécution".

A la semaine prochaine.

Stéphane Nivet

13/09/2010

Remanier pour gagner plus

francois-fillon-300x300.jpgQui peut bien succéder à François Fillon ? Telle est la question, angoissante pour certains, que se pose la droite depuis des mois. En annonçant de manière incongrue un remaniement ministériel des mois à l’avance, Nicolas Sarkozy ne s’est bien entendu pas facilité la tâche. Puisque il s’agit désormais de démontrer, en désignant un nouveau Premier Ministre, qu’un vent nouveau va souffler sur le pays, Sarkozy semble dans l’obligation de renvoyer dans ses foyers celui que le président appelait jadis son « collaborateur ».

Hier, en commandant un sondage à l’IFOP histoire de tester la performance des postulants, le JDD n’a pas nécessairement éclairé la lanterne de Sarkozy. En effet, 55% des Français interrogés pensent que Fillon devrait se succéder à lui-même. Si 66% des sympathisants socialistes ne seraient pas mécontents de voir l’homme de la Sarthe revenir au pays, à droite, ils sont 86% à plébisciter Fillon et à souhaiter le voir rester à Matignon. Même si l’actuel premier ministre doit se réjouir de cette confiance il convient de dire que les électeurs de la majorité ne rendent pas totalement service à Fillon en s’exprimant aussi massivement pour lui. Ils devraient savoir que la meilleure des choses pouvant arriver à leur champion est de se voir viré de Matignon, histoire de dégager la perspective d’un véritable boulevard électoral si Sarkozy continuait à piquer du nez au point de devenir tricard. Fillon est une alternative plus que sérieuse en cas de démonétisation de l’actuel locataire de l’Elysée. Fillon le sait et l’espère. Quitter en martyr Matignon est donc la meilleure des choses qui pourrait lui arriver.

Pour ce qui concerne la petite demi-douzaine de successeurs possibles, Sarkozy peut continuer à être soucieux. Si on écarte un Copé qui ne souhaitera pas se faire piéger, un Bargoin dont le papillonnage semble être la ligne, reste Borloo et les deux dames du président. Avec respectivement 41, 37 et 31%, Alliot-Marie, Lagarde et Borloo ne crèvent pas le plafond. Les deux ministres souffrent, pour l’une d’incarner une continuité revêche, et pour l’autre une inexpérience totale Reste Borloo. En faisant des efforts pour séduire la droite et en prenant un abonnement au pressing, il souhaite ce bâton de maréchal mais à bien des difficultés, pour s’imposer et à démontrer au président et à sa majorité qu’il sera capable d’aller se battre en 2012 comme un mort de faim pour faire triompher la droite.

Lyon, le 13 septembre 2010.

Photo: DR

08/09/2010

Aux tyrans, la Languedoc-Roussillon reconnaissant

monuments1.jpgMichel Audiard, qui nous a prouvé toute sa vie que le bon mot et le bon esprit étaient solubles dans le Monthélie et le Santenay, avait commis une réplique, à la faveur d'un film culte, qui nous ramène aujourd'hui à une languedocienne actualité : "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît".

Du Languedoc-Roussillon émane en effet depuis quelques semaines ce fumet si caractéristique de l'andouillette qui a fait la réputation de nos meilleurs bouchons lyonnnais. Il s'agit bien évidemment du projet que Georges Frêche porte pour sa région, un projet moteur du rayonnement économique, social et culturel du Languedoc-Roussillon qui risque de rendre jaloux Jules César et Pompée enfin réunis : l'érection de statues quasi chryséléphantines à la gloire de bienfaiteurs de l'humanité que le Prix Nobel de la Paix a injustement ignorés : Lénine, Staline et Mao, en guise d'unique viatique au président qui claudique. Un triumvirat qui comptabilise un impressionnant bilan victimaire, tous fossoyeurs assassins de ce que l'idée de progrès avait pu faire naître d'espérance et d'ambitions pour l'Homme.

Pas de quoi détourner, certes, l'opinion publique des errements épistolaires d'un Eric Woerth, qui est à la vérité ce que Brice Hortefeux est à l'humanisme et à l'amitié franco-roumaine.

Ma conviction reste toutefois rivée à l'idée que certaines provocations, fussent-elles coulées dans le bronze, méritent le mépris.  Assurément, ces ombres tutélaires d'un passé meurtrier devenues les héros mythifiés d'un rond-point de zone artisanale au service d'un septimaniaque finissant comblent l'idée que je me faisais d'eux. Des nains à Lilliput.

La Corée du Nord risque de dépêcher une délégation pour inspirer son guide suprême.

A la semaine prochaine.

Stéphane Nivet

Photo: DR

06/09/2010

Les chiffres et les lettres

eric_woerth_2.jpg?w=100&h=150On savait l’homme ami des chiffres. Avec sa bobine de comptable, Eric Woerth les manipulait comme personne. Ceux de l’Etat mais aussi ceux de l’UMP n’avaient guère de mystère pour lui. Depuis quelques semaines nous découvrons l’ancien ministre du budget sous un nouveau profil, celui d’homme de lettres. Ses échanges de missives avec De Maistre, l’ex patron de sa femme, sont en passe de devenir plus célèbres que celles de Madame de Sévigné. Woerth est donc un écrivain. Pour une simple question de breloque, il écrit, mais il écrit tant qu’il ne se souvient plus d’avoir écrit. A croire qu’entre Woerth et la veuve Bettencourt le plus sujet à perte de mémoire n’est pas nécessairement celui que l’on croit. Parmi les nombreux échanges épistolaires dont on nous parle aujourd’hui et qui concernent le si exemplaire ex-ministre du budget, Le Canard Enchaîné de la semaine nous révèle l’existence d’une lettre de Gaymard, alors ministre de l’agriculture, faisant un rappel à la loi concernant ces fameuses terres de la forêt de Compiègne dont il conviendrait que Woerth nous offre quelques explications quant au sort. Homme de chiffre devenu homme de lettres, Eric Woerth est, convenons-en, sur le point de devenir une super-star. Pour vous en convaincre, tapez simplement « Eric » sur google et vous constaterez que notre homme ne fait plus simplement partie de la crème de Chantilly, il est aussi en bonne place sur le plat à gratin. Notre alpiniste occasionnel et néanmoins funambule chez Sarkozy arrive donc désormais en tête des « Eric » devançant Zemmour, Cantona, Clapton, Besson, Bompard, l’autre moitié de Ramzy, Abidal et même l’ancien coach de l’OM, le belge Gerets.

Il faut dire que depuis une bonne douzaine de semaines. Chaque jour nous en dit plus sur la vie tumultueuse d’Eric Woerth. La, les affaires Woerth n’en finissent pas d’en finir et la presse, tirant les fils de la bio du ministre, nous fait découvrir peu à peu le petit monde d’Eric Woerth. Madame et son goût du canasson, Liliane Bettencourt, De Maistre, Sérigny et l’affaire Molex, Compiègne, César, des collaborateurs œuvrant généreusement à l’UMP comme dans les ministères. Bref, même si le cas d’Eric Woerth restera dans l’histoire comme subsidiaire au regard de ce que cette affaire nous enseigne sur la déliquescence d’une République cornaquée par Sarkozy, il serait tout de même temps que Woerth se retire, terme aimable pour lui demander de dégager.

Lyon, le 6 septembre 2010.

Photo DR

04/09/2010

L’homme de l’été

brice-hortefeux-cout-depense.jpgC’est sans conteste l’homme de l’été. Même Estrosi doit se faire une raison, sur cinq longues semaines estivales, Brice Hortefeux demeure le meilleur des Sarko-Boys, celui qui a été capable, comme le lui avait demandé son chef, d’occuper sans avoir besoin de le demander les médias presque chaque jour. C’est par une interview au Monde du dimanche 22 août que l’Auvergnat a atteint l’apothéose en s’en prenant à « La gauche milliardaire » (Sic!) histoire d’enfiler à bon compte un costume de fils du peuple ce qui après tout n’est pas un mince exploit pour un fils de banquier né à Neuilly.

Ayant tout obtenu de son ami Sarkozy, sauf son diplôme de Sciences Po, Hortefeux a donc joué cet été le seul rôle qui puisse lui convenir. Celui de porte flingue, de voix de son maître, de lieutenant comme on aime tant le lire dans les colonnes du Figaro. Successivement Directeur de Cabinet du Maire de Neuilly, Administrateur territorial en poste à la Mairie de Neuilly, Chef de cabinet du Maire de Neuilly devenu ministre du budget, Brice Hortefeux est nommé préfet en 1995 enfilant par la suite des missions tant pour le compte du gouvernement que pour le président du sénat. Ministre dévoué des uns mais surtout de l’autre, Hortefeux est un bon spécialiste des astuces et blagues très limites au point que, suite à celle proférée l’an passé lors de l’université UMP, il se trouve un tribunal, celui de Paris, pour condamner l’intouchable pour injures à caractère raciste mais l’intéressé a, par la suite, fait appel.

En vérité, sans son pote, le protégé du président ne serait probablement grand-chose. Spécialiste du coup de menton et des propos honteux sur commande, Hortefeux n’est rien en dehors de sa base de Neuilly et d’homme de Sarko. Ayant beau présenter aux médias son profil le plus auvergnat, Hortefeux n’est pas grand-chose du côté de Clermont-Ferrand et le fait de renoncer à concourir en 2007 pour la municipale est assez éclairant. En fait son seul soutien dans la zone s’appelle Charasse le très Sarko-compatible sénateur fraichement recasé au Conseil Constitutionnel. Celui que le journaliste François Reinhard a désigné, avec complaisance, comme « Le mécano de Sarko » restera probablement dans l’histoire comme l’incarnation de ce petit personnel de la Vème république béatement dévoué au chef en raison d’une envergure modeste. En attendant, Hortefeux exprime un des aspects les plus nocifs de la politique conduite dans notre pays au point que par ses agissements et ses propos l’actuel ministre de l’intérieur est sur le point de revaloriser l’image des Marcellin, Bonnet, Poniatowski, Pasqua ou Pandraud, c’est dire !

Lyon, le 4 septembre 2010.

Photo: DR

31/08/2010

Roms

Kouchnerizroms.jpgLes premières expulsions de camps de Roms dans notre région ont eu lieu. On entend peu nos élus à part la récente déclaration de Gérard Collomb sur Europe 1. Du style : "de la fermeté, et en même temps de l'humanité". C’est presque du Besson dans le texte (pas celui des aires obligatoires pour les gens du voyage, mais celui de la question fumeuse sur l’identité nationale).

Certes, le premier des Strausskaniens lyonnais, après avoir dit "Il faut qu'il y ait des expulsions", a heureusement ajouté "un certain nombre d'entre eux peuvent être intégrés dans nos villes; il faut le faire, et je dis au ministre de l'Intérieur que je suis prêt à le faire avec lui"… C’est un peu court jeune homme et l’on pouvait dire bien d’autres choses en somme…

Je crains fort que, le nez sur les sondages récents, nos élus ne soient trop polarisés par leur volonté de montrer que la gauche n’est pas laxiste au contraire du refrain entonné ad nauseam par la droite. Et étant ainsi polarisés, ils n’entrent, parfois à leur corps défendant, dans le jeu débile et mortel  de la désignation des boucs émissaires.

Je ne sais pas toujours distinguer un étranger d’un bon vieux Français de souche (aujourd’hui, même les gens du voyage rappellent qu’ils sont Français et qu’ils ne veulent pas être confondus avec les Roms), un bon Européen d’un Européen indésirable. C’est certainement un vieil accès d’angélisme soixante-huitard, mais mon cerveau un peu lent a du mal à croire  que les 1500 à 2000 Roms qui squattent et bidonvillent notre belle ville créent une situation si inacceptable qu’elle conduit à dresser de nouvelles frontières.

Certes, l’insuffisance de logements sociaux ne facilite pas le logement de ces familles qui dans leur immense majorité ne demandent qu’à se sédentariser (et dont les enfants sont très souvent scolarisés). Fallait-il soutenir, voire demander, des expulsions qui ne font que rajouter de l’errance à l’errance, du squat au squat et de la misère à la misère ?

Re-certes, la solution est européenne et roumaine, mais fallait-il céder à la manipulation ? Il suffisait d’entendre Gollnisch l’autre jour agiter les vieilles peurs de l’Autre et parler de centaines de milliers de Roms à nos portes pour se rendre compte qu’à mettre les mains dans la boue que remue ce gouvernement elle allait nous polluer tous au plus profond.

Alors, en attendant une éventuelle solution roumaine et européenne qui de toute façon prendra quelques années, pourquoi ne pas mettre en place des sites d’hébergement dédiés aux Roms pour 50 ou 100 personnes ? Le préfabriqué, l’eau et l’électricité sur des terrains aménagés, sont encore dans les moyens d’une société comme la nôtre, fut-elle en crise, et cela permettrait d’attendre que la situation des expulsés de camps illicites soit régularisée… Et, pour en finir avec les idées reçues sur les Roms :

> voir l’exposition « Voyages pendulaires, des Roms au cœur de l’Europe » avec les photos de Bruno Amsellem au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon ;

> lire l’excellent article de Laurent Burlet dans LyonCapitale (www.lyoncapitale.fr/lyoncapitale/journal/univers/Actualit...)

Jean-Paul Schmitt

07/07/2010

Quel exemple

elysee.jpgComme à propos du rendez-vous avec Thierry Henry, on ne saura jamais qui de Nicolas Sarkozy ou de Joyandet a pris l’initiative de la démission du secrétaire d’Etat. Ce dernier l’avait annoncé sur son blog mais l’Elysée a voulu reprendre la main en ajoutant un nom ; celui de Christian Blanc. Du coté de chez Sarko on créait ainsi de l’exemplaire, on frappait du point sur la table. C’est raté car les français ont vite vu là une piètre manœuvre pour essayer de jeter un voile pudique sur la véritable affaire ; celle qui touche Eric Woerth. Car il n’y a pas de commune mesure entre le billet d’avion voire le permis de construire de Joyandet ou les chères cigares Christian Blanc et ce qui chaque jour se découvre un peu plus autour de l’ex-ministre du budget. A ce sujet en fin de semaine dernière ce sont nos voisins suisses qui ont rajouté une touche au tableau en détaillant par le menu les longs séjours de Madame Woerth à Genève. On y apprend qu’au moment où son mari exhibait la liste des 3000 noms d’exilés fiscaux que lui avait remise un « repenti » de la HBSC elle s’occupait du camouflage de l’argent de madame Bettancourt mais participait aussi à des soirées mondaines où les dits exilés n’oubliaient pas d’annoncer leur participation au financement de l’UMP. Pourquoi perdre son temps ? Mais là il est difficile de croire que son trésorier de mari n’était pas au courant. Car dans cette affaire nauséabonde le pire réside bien dans ce mélange de genres entre le rôle d’un ministre en charge de questions financières et le trésorier du parti majoritaire. On se demande à ce stade si cette république agonisante tombera encore plus bas. En attendant à Sarko qui voulait faire un exemple en virant deux sous ministres si importants qu’ils ne sont même pas remplacés, on peut crier dans tous les sens du terme : Quel exemple !

Philippe Dibilio

Photo: DR

03/07/2010

Charité

IMG_0079.jpgEntre affaire Bettencourt, affaire Woerth-Bettencourt et Bettencourt-Woerth, l’histoire de la prime aux résultats accordée aux préfets n’a pas fait grand bruit. Pourtant depuis l’an passé, assez discrètement, nos préfets et sous-préfets peuvent bénéficier de primes allant de 40 à 60 000 euros par an pour peu que les statistiques en matière de sécurité et, nous dit-on, d’aide à l’emploi, soient bonnes.

L’histoire n’est donc pas nouvelle puisque c’est un décret Fillon de novembre 2008, paraphé également par ce brave Eric Woerth, qui a mis en place ce Sarko-formatage de notre haute administration à l’aide de critères affinés par Brice Hortefeux. Passons sur le fait que les préfets sont les seuls fonctionnaires de ce pays à bénéficier de quelques subsides supplémentaires sans que leur nombre soit automatiquement divisé par deux et positivons. Jusqu’à présent quand on nous retirait quelques points sur notre permis de conduire et que l’amende nous frappait, nous ne savions pas exactement où allait l’argent. En sachant maintenant que nos coupables comportements aident des familles de préfet à mieux vivre, avouez que cela change la donne. Comme nos contributions au pouvoir d’achat des préfets ne sont pas minces, on nous parle en effet de sommes pouvant approcher les 60 000 euros, je suggère aux préfets et sous préfets ainsi gâtés par la république de faire preuve, en retour, de générosité. Je leur rappelle que les contributions privées au financement des partis politiques sont plafonnées à 7 500 euros. Au titre de la reconnaissance du ventre, comme l’a fait Madame Bettencourt, il m’est agréable de rappeler, à ces fonctionnaires primés, que l’UMP prépare d’ores et déjà une campagne présidentielle en 2012 et que son trésorier, Monsieur Eric Woerth, serait bien entendu disposé à accueillir leurs charitables offrandes.

Lyon, le 3 juillet 2010.

30/06/2010

Travailler moins et jouer plus.

Mouilllac micro.jpg« On travaille moins et on joue plus ». Le slogan de l’affiche de la fête de la musique à Lyon a décoiffé la belle chevelure de la droite lyonnaise. En l’occurrence, celle bien ordonnée de Thierry Mouillac, élu dans le 6ème arrondissement. Jamais à court de coups de cymbales et de grosse caisse dans sa fanfare anti-Collomb, le déjà vieux jeune sarkozyste Mouillac dénonçait la semaine passée une Fête de la Musique « support de propagande à grande échelle, basée sur un « slogan gauchiste » et dont le message est « choquant, mensonger et irresponsable »…

Bigre, quel émoi et pour quelle grande et noble cause !

Las, c’est pourtant vrai qu’on travaille moins puisqu’il y a davantage de gens qui pointent au chômage. Heureusement, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : voir les infirmières débordées, les agents des pôles emploi qui ont parfois 200 dossiers à suivre, j’en passe et des quantités. Tout ce monde-là travaille de plus en plus… Tout en gagnant moins ou pas plus.

Qui joue et à quoi, cher Mouillac ?

On connaît la musique, donc la réponse pleine de dièses : c’est la faute aux 35 heures et à tous ces paresseux de gauchistes aux poings gantés de rouge ; ce rouge qui affole les signataires du traité UMP-PC chinois comme la muleta un taureau. Il leur fait oublier qu’en matière de musique et de fête à Neuneu détournée, ils en connaissent un brin. Faut-il leur rappeler que créer de la musique est aussi un travail ? Et qui doit être rémunéré, comme tout le monde le sait.

Petit da capo après l’air du grand émoi chevroté par le fêtard musical Mouillac qui se proclame sur son blog farouche défenseur de la liberté individuelle (ça sonne fort façon cymbale et ça plait bien aux amateurs de fanfare) : pirater « Kids » du groupe MGMT comme ses chers amis Unionistes Musicaux Protestataires n’ont pas hésité à le faire, c’est pas très joli, joli. Ce vol du bourdon a été pénalisé avec comme altération à la clé, une amende de 30.000 euros. Ça devrait l’inciter à quelque gargarisme avant la prochaine aria.

Jean-Paul Schmitt

25/06/2010

13 août

75462-claude-gueant.jpgLes sondages actuellement réalisés vont tous dans le même sens. La politique économique du gouvernement est sanctionnée par les français et, quant aux retraites, à plus de 60% nos compatriotes refusent de voir le pays embarqué dans la réforme Sarkozy-Woerth. Il parait que le président de la république misait beaucoup sur quelques performances de notre équipe de football sur le sol sud-africain pour faire passer la potion amère des retraites. Raté. D’ailleurs s’il lisait plus régulièrement le quotidien l’Equipe, Claude Guéant, le « premier ministre » de Sarkozy, se serait aperçu que cela sentait le pâté en matière de football et qu’il convenait donc d’y aller avec douceur. Pourtant, totalement libéré Guéant vient en effet de donner une interview au « Financial Times » que l’on devrait porter à la connaissance des français à quelques semaines des premiers départs en vacances. Que nous dit la voix de son maître ? Tout d’abord que les gels et coupes budgétaires allaient continuer et que le chef raboteur Fillon n’entendait pas y aller avec retenue. « Il y aura d’autres annonces » a indiqué au célèbre journal Guéant qui en a profité pour dire que « Nous devons en faire d’avantage, évidemment beaucoup plus ». En conclusion depuis quelques jours, avec Guéant, les Lagarde et Fillon entonnent le même refrain. On juge les futures performances de la France comme « incertaines », que les prévisions pourraient se révéler comme « trop audacieuses », bref que les chiffres qui allaient être publiés par l’Insee le 13 août prochain seraient probablement peu optimistes.

Alors le 13 août prochain si sur la plage vos gosses demandent des friandises, une glace, un coca ou un tee-shirt de Lady Gaga, offrez-leur tout cela. Il s’agit peut-être de la dernière fois avant bien longtemps.

Lyon, le 25 juin 2010.

Photo: DR

15/06/2010

Centre ?

Morin bascule.jpgÀ en croire feu Chaban-Delmas « le centre est immobile, la roue avance, son centre ne bouge pas ».

Quand c’est Bedos qui s’y met, « la gauche est au centre, le centre est à droite et la droite à l’extrême. Faut suivre… »

Mon maître d’école avait du mal à me faire comprendre que le centre est un point situé à égale distance de chacun des points d’un segment de droite !... Pour enfoncer le clou dans ma caboche, il insistait le bougre en me faisant apprendre par cœur que le centre c’est aussi un point situé à égale distance de chacun des points d‘un cercle ou de la surface d’une sphère. De là date pour moi cette perception que le centre est une chose étrange qui tourne en rond pour tenter de vous faire perdre la boule.

Morin, notre militaire en chef, vient d’avoir des élans de tribune qui me rappellent le même sentiment d’étrangeté. À ce Nouveau Centre pas vraiment centré qui l’a élu avec 93% des voix (score extraordinaire quand on sait la notoriété de son hyper médiatique challenger, Tayeb Touazi, conseiller municipal de Dreux) il tente de faire comprendre que c’en est fini avec le marais ; qu’il s’agit désormais de se « hisser pour sortir des sables mouvants » que sont l’UMP et Sarkozy, ce président qui traitreusement caresse Bayrou tout en tentant de convaincre Borloo de ne pas y aller.

Sarkozy et l’UMP Bayrou-compatibles ? C’en est sûrement trop et c’est probablement pour cela que le Morin nouveau se rebiffe. Oh un petit, tout petit peu ! Dans un élan rhétorique qui prendra place dans les manuels d’histoire et à côté duquel l’appel du 18 juin paraît une aimable pochade, il vient de déclamer lyrique : « Si nous n’allons pas jusqu’au bout, c’est que nous aurons échoué. »

Frisson dans les foules. Roulements de tambours.

Jean-Paul Schmitt

07/06/2010

Charlots

0_other_portraits_-_general_de_gaulle_by_yerbury.jpgIl y a tellement peu d'écrivains en France qu'un quarteron d'inspecteurs zélés vient de décider d'intégrer "les mémoires de guerre" de De Gaulle parmi les textes littéraires soumis à la sagacité des lycéens de Première L pour leur épreuve anticipée de Français au Bac. Editorialiste souvent commis d'office, Yves Thréard du Figaro est illico monté au créneau pour défendre ce choix ne craignant pas, pour l'occasion, de passer pour un vulgaire factotum lettré et dévoué d'un pouvoir bling-bling fouettant de plus en plus la moisissure. Ne craignant donc pas le ridicule, le journaliste appliqué nous a expliqué que l'on ne pouvait contester la qualité d'écrivain ainsi que le style du Général. Parlant de la valeur littéraire de la plume de l'homme du 18 juin et s'en prenant à la pétition du Snes, le plumitif du Figaro nous a expédié à la face un De Gaulle "outragé" par les pétitionnaires de gauche. Avec des types comme Thréard susceptibles de faire le job en toutes circonstances pourvu que l'ordre vienne d'en haut nous pouvons craindre le pire. Que, par exemple le premier châtel venu inscrive la musique militaire en option musique, qu'en théâtre l'étude de l'œuvre de Louis De Funes devienne fortement conseillée ou que la peinture de Pal Sarkozy serve de boussole aux lycéens toqués d'arts plastiques. Après les ridicules consignes à propos de Guy Mocquet, les péroraisons lamentables sur la Princesse de Clèves, les opérations de communication sur la vertueuse culture cheap du président on pensait que les leçons étaient définitivement tirées. Ce n'est manifestement pas le cas.

Lyon, le 7 juin 2010.

03/06/2010

Plus belle la vie

martine-aubry.jpgAlors que ce pauvre Montebourg persuadé de jouer un rôle historique fait des moulinets devant les caméras pour parler de son rapport sur les primaires, en coulisse on commence à se mettre d’accord sur la répartition des postes. Nous n’en sommes pas encore à voir débouler Lamy sur les marches de Solferino pour nous annoncer la composition du gouvernement Aubry I mais les choses vont bon train. Une fois dit que la République Solferinienne est en joie puisque dimanche dernier Martine Aubry vient d’être élue présidente de la République sachez chers amis que l’on peut s’attendre, d’une minute à l’autre, à ce que François Hollande devienne le nouveau premier ministre, Ségolène Royal présidente de l’Assemblée Nationale et Laurent Fabius celui du Sénat à condition bien entendu qu’il devienne lui-même sénateur (Que voulez vous il y a des règles absurdes dans ce pays). Pour ce qui concerne le gouvernement Hollande, Jérôme Cahuzac est annoncé à Bercy pour le reste l’espoir reste intact pour l’ensemble des prétendants. Cela étant ne rigolez pas car, dans le même temps, à droite, un évènement de première bourre vient d’intervenir. Méhaignerie vient de rencontrer Bayrou et le boss de ce qui reste du Modem se montrerait favorable à une intégration dans la majorité de droite à condition que Sarkozy introduise une dose de proportionnelle pour les législatives. Sachant que Bayrou se décide toujours à prendre des décisions conduisant avec certitude à sa défaite, vous ne pouvez que vous dire qu’une victoire de Martine Aubry peut sérieusement s’envisager à partir du moment où Bayrou rejoindrait la droite. Mieux, Monin le patron du « Nouveau Centre » grogne fort contre Sarkozy et menace de se présenter aux prochaines présidentielles non sans tirer à boulets rouges contre Bayrou qu’il accuse d’être une girouette et un opportuniste.

Que Montebourg cesse de stresser, l’organisation de ces fameuses primaires, c’est juste un truc pour passer le temps. Maintenant que Martine est certaine d’aller à l’Elysée, François à Matignon, Ségolène à l’Assemblée, bien que n’étant pas députée, et Laurent au Sénat, bien que n’étant pas sénateur, il ne reste plus qu’à indiquer à Dominique de rester Dirlo à Washington. Elle est pas belle la vie ?

Lyon, le 3 juin 2010

01/06/2010

Référendum

31619-canne-vieux-vieilles.jpgPour faire avaler sa réforme des retraites Nicolas Sarkozy joue, comme souvent de la part des gouvernements, sur le pourrissement de la situation. Et pour cela ministres, aboyeurs UMP et autres experts bien orientés répètent à l ‘envi que l’allongement de la durée de cotisations ou celui de l’âge de départ est inévitable. Et d’aligner les lieux communs pour faire passer ce point de vue. Le débat, bien évidemment, est biaisé dans la mesure où l’on entretient une confusion volontaire entre l’âge légal du départ à la retraite et l’âge réel de la cessation d’activité. Ce qui est évident, en effet, c’est que nombre de salariés vont déjà au delà des 60 ans par nécessité. En maintenant l’âge légal à 60 ans on leur permet seulement d’en profiter s’ils le peuvent au vu de leurs cotisations et surtout de ne pas être obligé à continuer de cotiser alors que leur niveau de participation est atteint. Mais toutes les « solutions » de Sarko et des siens sont de même nature et visent à faire payer d’une manière ou d’une autre la note aux salariés. C’est pourquoi il est trop facile de parler de dogme à ce sujet, l’important c’est d’aller voir ce qui se cache derrière cette volonté de bouger l’âge légal ce chiffre qui n’a rien de butoir et qui n’obère pas la prise en compte de l’allongement de la durée de vie laquelle est de surcroît calculée en moyenne ce qui cache beaucoup de disparités. Globalement d’ailleurs les Français ne sont pas dupes et les sondages montrent clairement leur refus face à cette réforme telle qu’elle s’annonce. Alors l’idée d’un référendum lancée par Ségolène Royal et qui semble reprise par le PS est peut-être opportune. Sarkozy ayant lui-même déclaré qu’il n’avait pas de mandat des électeurs sur ce sujet il paraît naturel de leur demander leur avis.

Philippe Dibilio

Photo: DR

 
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