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20/05/2009

Posture

36330a-francois_bayrou_denonce_l_abus_de_pouvoir.jpgLe livre de François Bayrou, « Abus de pouvoir », est un livre politique et comme tous ceux du genre il dénonce beaucoup et propose peu ; encore que ! Il faut, en effet, lui reconnaître quelques mérites.

Tout d’abord l’homme se trouve là une posture, celle d’un défenseur des valeurs humanistes qui frise parfois l’analyse de classe comme on aurait dit dans les années 70. Certes il n’est pas question pour moi d’être naïf ; en s’appropriant le créneau des fondements de la république : liberté, égalité, fraternité le président du Modem se cherche une base suffisamment large pour poursuivre son seul objectif avoué : la présidentielle de 2012. Mais il faut lui reconnaître qu’il le fait avec un certain talent. Car, contrairement à beaucoup de commentaires qu’il a suscité son ouvrage n’est pas un pamphlet anti-sarkoziste primaire.

Il réussit, en effet, à brosser un portrait pertinent du locataire de l’Elysée et surtout de mettre en perspective ses intentions profondes et les objectifs qu’il se donne pour le pays. Et il argumente autour de la proposition selon laquelle : « le président de la république a un plan. Il conduit la France là où elle a toujours refusé d’aller. L’abandon du modèle républicain, le culte de l’argent, le choix d’une société d’inégalités, le renoncement à ce qui faisait la force et l’originalité de la France dans le monde. » Et pour cela, selon Bayrou, Nicolas Sarkozy a  eu pour inspiration le mouvement néoconservateur américain version Bush qui a décidé de bâtir sa victoire sur le noyau dur de son électorat, la droite dure religieuse américaine, la droite qui soutenait la guerre en Irak. Modèle que les américains ont aujourd’hui rejeté. Et pour s’attacher le noyau dur de la droite française Sarkozy va jusqu’à le reconstituer en suscitant des polémiques pour opposer les français sur tous les sujets potentiellement explosifs.

De plus François Bayrou décortique, comme l’avait fait dans un livre également Ségolène Royal, la méthode et les astuces de Sarko pour arriver à ses fins. Ce livre, en fait, tape juste et il n’est pas étonnant qu’il ait déclenché l’ire des roquets du président comme celle des leaders de gauche d’ailleurs. Il est à ce propos dommage que ce soit un centriste qui occupe ce créneau qui s’apparente parfois à du Besancenot, l’esprit de responsabilité en plus. Me voilà pas converti au Modem pour autant d’autant que connaissant bien certains de ses acteurs locaux je ne sui pas persuadé qu’ils se retrouvent dans ce texte, mais je reconnais à son président une capacité à porter un regard éclairé sur l’état de la France et à proposer quelques pistes pour en sortir. Ce chapitre final n’est pas le plus étayé mais il pose les bases d’un rassemblement pour demain dont la gauche aurait tort de se moquer. Bayrou, en effet, n’écrit pas les premières lignes d’un programme commun mais trace les contours d’un rassemblement qui pourrait bien être celui du deuxième tour de 2012.

Philippe Dibilio

12/05/2009

Punition

cravache.jpgSarkozy et son gouvernement auraient-ils décidé de punir Lyon et son agglomération ? La question mérite d’être posée au regard de quelques faits récents.

Il y a eu, tout d’abord, le revirement inacceptable de la ministre de l’intérieur sur le projet de caserne de gendarmerie à Sathonay Camp. Un projet travaillé et pour lequel le Grand Lyon a engagé financement et travaux, de voirie en particuliers. Un projet bouclé par un groupement d’entreprises qui y a investi des sommes respectables et du travail de préparation au détriment d’autres marchés et qui se retrouve maintenant le bec dans l’eau.

Puis est tombée l’annonce de la participation financière de l’état aux transports de l’agglomération : 28 millions pour le Sytral contre 21 milliards pour Paris, soit environ 1000 fois moins et de toute façon un montant en baisse par rapport aux prévisions. Deux dossiers qui interrogent sur la validité du « plan de relance » du gouvernement qui passe ainsi à coté de chantiers prêt à partir.

On peut en tout cas s’interroger sur de telles décisions, Lyon serait-il devenu un territoire oublié du gouvernement ou bien veut-on punir cette ville qui s’est installée à gauche ? Il serait à ce propos intéressant de savoir ce qu’en pense François Noël Buffet, parlementaire en charge du suivi de l’application du plan de relance en Rhône-Alpes, à moins qu’il ne se sente plus concerné en matière de transports maintenant que les travaux du métro à Oullins sont engagés. Certes il n’y aurait rien d’extraordinaire à tout cela lorsque l’on regarde la pratique politicienne d’un Sarkozy toujours à l’affût d’un petit coup tordu pour déstabiliser son opposition. Sans aller jusqu’à penser que le Philippe Cochet soit derrière la manœuvre car il se dit que depuis l’épisode de la mayonnaise qu’il a monté autour des deux œufs lancés sur la caravane UMP lors de son passage place Bellecour sa côte a sensiblement baissée auprès d’un Xavier Bertrand qu’il a engagé dans cette manip médiatique dont le secrétaire général du parti sarkozyste a eu du mal à se sortir.

Mais l’on ne peut exclure que cette volonté de nuire à l’agglomération ne cache l’idée de gêner Gérard Collomb dans la réalisation de son mandat et ce en vue des prochaines échéances. C’est en tout cas bien à la mesure d’une opposition locale qui peine à se trouver un angle d’attaque et qui ne joue en fait que de son pouvoir de nuisance comme elle le fait déjà à propos du Grand Stade à Décines.

Philippe Dibilio

06/05/2009

Allez l'OL !

121879_jean-michel-aulas.jpg?w=345&h=200Il y a, me direz vous, des sujets plus sérieux en cette période de crise encore que. A Lyon, en effet, l’Olympique Lyonnais a pris un tel poids dans la vie sportive mais aussi économique et même politique que ses pérégrinations concernent finalement tout le monde. Et en cette fin de saison le club lyonnais va beaucoup moins bien que les saisons précédentes.

Dans ce contexte les réactions excessives ressurgissent avec force. Ce club adulé au terme de ses sept titres de champions d’affilé, son président porté aux nues par les uns respecté de tous, sont aujourd’hui sur la sellette. Cet hallali laisse un goût amer qui rappelle combien l’opinion est versatile et les instincts basiques toujours prêts à émerger. Si les supporters dans leur majorité souffrent de cette situation il est toujours des extrémistes pour aller caillasser les locaux. Et puis il y a tous ceux que les succès du club et de son président dérangent et qui se déchaînent aujourd’hui. Mais quelle est donc cette catastrophe qui a touché l’OL ?

Le club ne sera certainement pas champion de France une huitième fois, ce n’est ni un drame, ni la fin d’une histoire. Il risque de ne pas participer à la ligue des champions ; ce serait la première fois depuis dix ans. On peut se demander où est le problème, sauf à considérer que la victoire est éternelle.

En fait derrière ce déchaînement qui atteint aussi certains hommes politiques il y a un goût nauséabond de règlements de comptes. Les succès de Jean Michel Aulas sont toujours mal passés dans les esprits ces dernières années. Qu’il ait amené le club de la D2 au premier cercle du foot européen ne lui a jamais été pardonné dans cette ville où la réussite dérange sauf si elle est cachée. Alors au premier faux pas les passions se déchaînent. Qu’une explication « entre hommes » ait lieu entre le président et quelques uns de ses amis administrateurs et l’on parle de cellule de crise et de mise en cause de l’édifice. Que les résultats ne soient pas au rendez-vous et l’opinion se déchaîne sur le président, les joueurs le staff et le choix de l’entraîneur qui a, certes, sa part de responsabilité. Les opposants au Grand Stade de Décines vont même, le député UMP Philippe Meunier en tête, jusqu’à se réjouir de ces déconvenues qui pour eux remettent en cause ce projet. Aussi face à ce déchaînement j’ai envie de dire : Allez l’OL ! avec la certitude que la saison prochaine nous serons des milliers à reprendre la formule tous en cœur.

Philippe Dibilio

Photo: DR

[Edit JYS]: J'apprends le décès de Roland Bernard, Sénateur de 1986 à 1995, Député du Rhône de 1981 à 1986 et Maire d’Oullins de 1977 à 1990. Je présente mes sincères condoléances à ses proches.

28/04/2009

Tacle

Olympique lyonnais.pngOlivier Margot, qui fut le premier rédacteur en chef de l’Equipe Magazine, est un talentueux journaliste et un homme plein d’humour. Lorsqu’il voyait une faute sur un terrain de football où le défenseur avait ostensiblement décollé les pieds du sol il parlait de « tacle à la carotide ». Dans l’interview qu’il donne cette semaine à Tribune de Lyon, Jean-Michel Aulas ne lève pas le pied aussi haut mais il tacle fermement son ami Gérard Collomb à propos du Grand Stade.

Ce dossier commence sérieusement à énerver le président de l’OL qui aimerait que les choses bougent de manière plus active. Et il supporte de moins en moins de voir Gérard Collomb passer de la réponse péremptoire à la colère intempestive chaque fois qu’ils abordent ce dossier. Et moins encore de s’entendre sans cesse dire que ce sont ses « amis » de l’UMP qui bloquent la situation ; lui qui mouille sérieusement la chemise jusqu ‘au sommet de l’Etat. Aussi il profite de l’interview pour rappeler tout d’abord que c’est « le maire de Lyon et président du Grand Lyon qui a choisi le site de Décines » histoire de mettre chacun devant ses responsabilités. Puis il tape où ça fait mal : « Le problème de départ est venu de la communication. Les opposants politiques expliquaient qu’ils n’avaient pas été associés au projet. Cela doit être résolu. C’est normal que messieurs Meunier et Forissier soient associés au projet. Et s’il y a eu une erreur de communication, je veux bien tenter de le résoudre en essayant de me mettre à la portée de tout le monde, et en intégrant dans les groupes de réflexion tous les élus locaux des communes avoisinantes. » Le propos a le mérite d’être clair, en soulignant la principale faille du dossier, il lance une pierre dans le jardin de Gérard Collomb.

Ainsi le président de l’OL commence à pointer les responsabilités au cas où le Grand Stade n’irait pas jusqu’au bout. Et puis Jean Michel Aulas aimerait que le temps qui s’écoule dans l’attente de la loi sur les stades soit mieux utilisé par les services de Collomb pour anticiper sur les sujets à débloquer car si cette loi est nécessaire elle ne sera pas suffisante et face aux questions qui se posent l’entourage de l’élu a tendance à afficher des réponses dont la validité n’est pas toujours avérée. Avec ce premier tacle public JMA lève donc le voile sur la tension qui commence sérieusement à monter entre les acteurs principaux de ce dossier. Car, comme il le dit si bien : «  Tant que la première pierre n’est pas posée, il y a toujours un risque » et il ne veut pas prendre celui d’avoir à assumer l’échec.

Philippe Dibilio

22/04/2009

Décomplexés

president-republique1.jpg?w=197&h=159Nicolas Sarkozy avait inauguré ce style pendant la campagne présidentielle durant laquelle il est apparu comme un ultra-libéral décomplexé. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui d’agir comme un interventionniste d’Etat tout aussi décomplexé. Car au fond tout désormais en politique est dans la manière.

Ce nouveau statut permet en tout cas aux électrons libres d’occuper le terrain au détriment des formations politiques engluées dans les jeux d’appareil ou d’obéissance au chef. Les derniers jours nous ont montré en effet, combien la parole libre était à la mode. Dernier exemple en date un Dominique de Villepin qui nous annonce une situation révolutionnaire dans le pays. Voilà un sacré contre pied de la part de ce gaulliste affiché. Pourtant il le fait de manière si décomplexée que ça le rendrait presque crédible.

Ségolène Royal de son coté nous a quasiment habituée à des propos autant libérés que décalés. Dommage quand même que sa deuxième demande de pardon estompe la première autrement plus forte. Quant à François Bayrou lui aussi il affiche des positions bien « gauchistes » au regard de l’histoire de la famille centriste dont il est l’héritier. Et pendant ce temps là leurs formations politiques respectives, sauf peut-être pour Bayrou que ses troupes suivent, sont empêtrées dans des propos politiques tellement traditionnels qu’ils en deviennent ringards.

Ainsi l’UMP dont la seule vocation est de relayer les frasques du président de la République avec plus ou moins de goût et même plutôt moins que plus. Coté PS on n’est pas mieux loti car à vouloir composer entre tous, y compris un DSK qui affirme que les états n’ont pas encore assez donné aux banques pour « nettoyer » le crédit des produits toxiques qu’elles ont elles même crées, on ne dégage plus qu’un discours aseptisé. Bref, il faudra peut-être s’y faire l’heure est au discours décomplexé et ce sont ceux qui le portent qui se retrouveront demain sur le devant de la scène pour l’élection présidentielle.

Philippe Dibilio

15/04/2009

Bonnes feuilles

J’ai lu cette semaine dans « Siné Hebdo » ; et oui je me suis abonné à cette feuille satirique sans prétentions en réaction à la charge effrénée de ces biens pensants de « gôche » contre le vieil anarchiste tellement inoffensif que ça me le rend sympathique. Des « biens pensants » au sommet du politiquement corrects et qui vont tous finir chez Sarkozy.

J’ai donc lu dans cette hebdomadaire une interview saisissante de Susan George, présidente d’honneur d’ATTAC-France et, entre autre experte des institutions internationales. Par des phrases aussi simples que percutentes cette intellectuelle remarquable ouvre des pistes sur les grands sujets internationaux avec en filigrane l’idée selon laquelle seule des actions coordonnées à l’échelle mondiale permettront de changer la donne sur notre bonne vieille planète. En la lisant me revenait à l’esprit les prévisions lancées dans les années soixante par René Dumont sur le terrain de l’écologie et que nous avons doctement ignorées considérant qu’il prêchait dans le désert ; on connaît la suite. Quel plaisir en tout cas que ces phrases simples qui parlent à tout le monde de chose essentielles.

Quel contraste avec ce langage politique codé et parfois même abscons comme si on voulait absolument le réserver à une élite. Du retour dans l’O TAN elle montre qu’il s’agît là d’un moyen de pousser à l’augmentation des dépenses d’armement. Du G20 elle dit qu’il y a tout pour le commerce et rien pour l’alimentaire ;que l’on va verser des centaines de milliards de dollars au FMI qui les prêtera aux pays en difficulté. Or, ajoute-t-elle, des chercheurs du Massachusetts ont découvert dans les années soixante dix que pendant trente ans des dirigeants africains avaient transféré 420 milliards de dollars dans différents paradis fiscaux ce qui avec les intérêts représente 600 milliards et dont 60% retournaient vers le Nord.

Dès lors il y a deux solutions soit le FMI ne savait pas et il est incompétent, soit il savait et il était complice. Quant à l’Afghanistan elle affirme non sans raisons que l’on,n’y résoudra rien par la guerre ni le terrorisme ni le narco-trafic qui s ‘alimentent d’ailleurs. Aussi elle s’interroge sur l’idée de vendre les différentes drogues dans des officines publiques médicalisées tenues par du personnel en blouse blanche car cela aurait l’avantage de casser les circuits de distribution et de résoudre de nombreux problèmes sociaux en contrôlant les prix ainsi que la qualité des produits. Une méthode que les Etats Unis ont éprouvée dans les années vingt en abolissant la prohibition sur l’alcool. Et d’autres propos de bon sens suivent concernant la faim dans le monde, les OGM ou le levier que représente l’économie verte.

A la lecture de ces lignes je me demande encore comment est-il possible qu’un dialogue sérieux et constructif ne s’instaure pas entre la gauche et des personnalités de ce niveau et de cette fraîcheur, pourquoi une telle barrière demeure entre ceux que l’on nomme les alter mondialistes et la gauche ? Comme Susan George j’aimerais, à mon modeste niveau, voir un vrai front de gauche large et solidaire faire vivre une unité indispensable dans des temps aussi graves. Un front de gauche créatif qui travaille avec des experts autres que ceux au service des gouvernements libéraux en place aujourd’hui ou des think task à la mode. Des gens comme Susan George.

Philippe Dibilio

08/04/2009

De la perception à la réalité

bv000138.thumb.jpgDans une interview au « Progrès » le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, s’insurge contre les séquestrations de dirigeants d’entreprise comme ce fût le cas ces dernières semaines. « La violence n’a jamais été une réponse, même si les décisions reçues par les salariés sont perçues comme violentes » déclare-t-il doctement.

Et oui lorsqu’un salarié apprend son licenciement il n’a pas à se sentir agressé en particuliers dans cette période de crise où la perspective de retrouver un emploi est mince. Lorsqu’il se trouvera face à l’assiette vide, ou presque, de ses enfants tout au plus sera-t-il autorisé par Xavier Bertrand à percevoir une pointe de violence. En revanche, poursuit le leader UMP : « séquestrer quelqu’un, le séparer de sa famille car il exerce une activité professionnelle, est impensable. Il n’y a pas que le climat social il y a aussi le pacte social. » Mais c’est justement parce que le pacte social n’a pas été respecté que les ouvriers de Caterpilar, par exemple, en sont venu à cette forme d’action extrême qu’est la rétention de dirigeants. Que demandaient-t-ils d’autre que la présence de leurs patrons à la table de négociation ces salariés en colère ? Car c’est une pratique permanente qui s’instaure et qui veut que les décisions de licenciement se prennent en petit comité et sont annoncées de la manière la plus cavalière par voie de presse ou par texto.

Apparemment Xavier Bertrand ne perçoit pas ces méthodes comme violentes. Après tout pour lui un salarié n’est rien d’autre qu’une force de travail que l’on achète quand on en a besoin et seulement dans ce cas. Mais au fond il a raison Bertrand, il ne fait que nous rappeler les fondements du capitalisme. Un capitalisme qu’il serait bien vain de vouloir moraliser et qui demandera beaucoup d’abnégation à ceux qui voudront seulement le réglementer.

Philippe Dibilio

31/03/2009

En retard d'une guerre

Est_Lyonnais.gifAlors que chaque français cherche à son niveau à affronter la crise, les élus des villes de la Communauté de Communes de l’Est lyonnais, c’est à dire celles situées autour de l’aéroport Lyon Saint Exupéry, ont d’autres soucis. Ils ont, en effet, tenu pas moins de 24 réunions dans le secteur pour contrer une offensive qu’ils jugent imminente: l’absorption de leur territoire par le Grand Lyon.

Une offensive qu’ils sont les seuls à redouter mais que les propositions de la commission Balladur sur l’évolution des institutions a réveillé dans leurs esprits. Cette attitude n’est pas sans rappeler l’histoire d’Astérix et de son village gaulois. Car de quoi s’agît-il? Les communes concernées, toutes limitrophes du Grand Lyon, ont vu depuis des années leur développement activé par la présence de l’aéroport sur leur territoire, un équipement totalement à la charge de la CCI de Lyon, de l’Etat de la Région et de Grand Lyon. Mais qu’importe puisqu’ils en tirent les bénéfices. Un bénéfice généré, entre autre, par la taxe professionnelle directe ou indirecte (du fait des implantations facilitées par la présence de Saint Ex) et cela ils veulent le conserver entre eux. Voilà bien un comportement étroit et réactionnaire. Il est évident, en effet, que le sens de l’histoire appelle des intercommunalités plus vastes et en capacité de peser en Europe. Un besoin tellement évident que les mêmes élus sont candidats à des partenariats avec le Sytral pour leurs transports en commun largement tournés vers Lyon. Mais là encore ils vont à la recherche des avantages sans les inconvénients. Il reste qu’ en matière de transports, d’assainissement, de propreté ou autre, l’intégration à une collectivité plus vaste et bien rodée est source d’économie d’échelle non négligeables. Et les maires concernés devraient y penser à l’heure de la suppression de la Taxe Professionnelle envisagée par Sarkozy. Ce sera pour leur communauté de communes la fin de la poule aux œufs d’or. Quant à leur crainte de perdre leur identité en entrant dans le Grand Lyon, elle relève du fantasme, il suffit pour le vérifier d’interroger les 58 communes qui le compose, aucune ne se sent « colonisée ». Bref, il y a un vrai combat d’arrière garde dans ce refus aussi effréné que dérisoire. Mais ainsi vont les choses et les mentalités sont toujours en retard sur les réalités qui s’annoncent. Dans ces cas là, comme disait l’autre, il ne reste plus qu’à laisser du temps au temps.

Philippe Dibilio

25/03/2009

Avantages acquis

crise--co.jpgDans un récent communiqué François Turcas au titre de la CGPME, qu’il préside dans la région, évoque la situation économique du moment. Après avoir souligné les difficultés, réelles, des petites et moyennes entreprises il tombe dans les lieux communs en écrivant : « monter les français les uns contre les autres… ne constitue en rien une réponse à la crise ». Puis il passe son message : « préparons dès maintenant le retour à l’emploi de ceux qui en ont besoin » ce qui se situe pour lui « bien loin de la seule défense catégorielle des avantages acquis ». A la lecture de ces derniers mots je me suis dit que notre François montrait du doigt les parachutes dorés, paquets de stocks options, bonus en tout genre ou autres « rémunérations variables » selon la formule hypocrite d’Alain Minc, et je m’en félicitais. J’avais seulement un instant oublié la langue de bois syndicale, et oui il y en a une aussi, qui donne un sens particuliers à la formule « avantages acquis ». Il s’agît, en effet, de conditions particulières relevant de la convention collective de certaines corporations. Des avantages qui touchent aussi bien des éléments de rémunération que de couverture sociale , des conditions d’horaires de travail allant même jusqu’à un regard sur l’embauche. Des avantages acquis à des moments forts de l’histoire de France, pour l’essentiel à la Libération et que les salariés ont su conserver à travers le temps. Des avantages qui ne font pas de leurs bénéficiaires des riches et encore moins des spéculateurs. Mais il est de bon ton à droite de pointer ces éléments pour expliquer les difficultés de l’économie française, pourtant même avec la meilleure mauvaise volonté du monde on n’atteindra jamais en mettant bout à bout le coût de ces avantages le plancher le plus bas soit-il des profits du CAC 40. Aussi ce serpent de mer apparaît bien dérisoire en particuliers au moment où la dernière étude du CREDOC nous apprend que les classes moyennes, dans lesquelles se situent en général les bénéficiaires des dits avantages, représentent 50% des salariés et perçoivent un revenu mensuel entre 1120 et 2600 euros dont pour 30% d’entre eux au dessous de 1750. Ce qui, selon les calculs du CREDOC, laisse une fois les dépenses incontournables réalisées, 294 euros pour l’habillement, l’équipement et les loisirs. Ce qui amène l’organisme à constater que les classes moyennes rognent sur les dépenses de confort : en 2008 , 48% ne sont pas parties en vacances, 37% se sont privés de cinéma, 34% n’ont pas de voitures, 50% n’ont pas Internet à domicile et 40% n’ont pas de produit d’épargne liquide. Il n’est pas sûr dans ces conditions que la chasse aux avantages acquis rapporte gros ; une véritable taxation des profits serait certainement plus efficace. En revanche ce constat justifie de défiler derrière les banderoles syndicales tout en travaillant à une perspective pour demain.

Philippe Dibilio

Lyon, le 25 mars 2009.

Illustration: DR

12/03/2009

Bouffée d'air

brahic.jpgIl est comme ça des textes qui donnent chaud au cœur et offrent une bouffée d’air frais, c’est le cas de la tribune libre d’André Brahic, astrophysicien, professeur à Paris-Diderot et au CEA de Saclay, dans les colonnes d’ « Acteurs de l’Economie » de ce mois de mars.

« Résoudre les multiples problèmes planétaires demanderait une véritable gouvernance mondiale et nous pouvons être sûrs de l’échec si recherche, culture et éducation ne sont pas mises en priorité absolue » écrit-il et d’ajouter « les ethnologues ont remarqué que la violence n’est pas fille de la pauvreté, mais du manque de culture, tandis que la recherche a non seulement des répercussions majeures sur l’économie, mais elle est accompagnée d’un environnement culturel essentiel pour la stabilité et la bonne marche d’un pays. » Ces propos bien sentis et au cœur de l’actualité la plus brûlante l’amène à fustiger l’état de notre système de recherche et sa déconnection d’avec le monde des décideurs économiques et politiques réunis.

Cela lui inspire cette réflexion : "Alors qu’un homme politique a souvent pour horizon sa propre réélection (nous en savons quelque chose dans l’actualité du moment) il n’a pas conscience que les échelles de temps de la recherche sont d’une autre dimension.

Il est essentiel que les partis politiques réintègrent aujourd’hui les enjeux scientifiques et technologiques dans leurs programmes et leurs discours comme l’ont fait avant eux Jaurès, de Gaulle ou Mendès-France". Qu’ils sonnent justes ces mots mais qu’ils sont loin de l’air du temps politique, en particuliers à gauche, où les places sur une liste électorale occupent tous les esprits et les effets de manche remplace la réflexion et fausse même l’histoire comme lorsqu’un Mélenchon compare un modeste meeting avec le PCF au Zénith au Front Populaire. Je ne le répéterai jamais assez, peut-être parce que c’est mon dernier rêve, recréons les universités populaires où militants et autres citoyens engagés retrouveront culture et éducation et se mettront à la recherche de réponses politiques en toute conscience. Voilà qui poussera les dirigeants politiques à remettre du savoir dans l’action.

Philippe Dibilio

Lyon, le 12 mars 2009

Photo:DR

 

07:17 Publié dans Philippe Dibilio | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : andre brahic, acteurs del'economie, melenchon | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

03/03/2009

Réactionnaire

balladur2.jpgUne fois n’est pas coutume mais je vais aujourd’hui mettre mes pas dans ceux de Jean-Yves Sécheresse et dire tout haut ce que beaucoup (et peut-être lui- même) pensent tout bas : sur le projet de réforme Balladur, le PS et la gauche dans son ensemble campe sur une attitude réactionnaire au sens littéral du terme.

C’est à dire qu’elle refuse tout mouvement avant même de l’étudier. Le document préparé par la commission n’est pas encore remis à Sarkozy, dont on ne sait encore pas ce qu’il va en faire et avec lui on peut s’attendre à tout, mais déjà les leaders socialistes nationaux et locaux, pour le coup réunis, tirent à boulets rouges. Fabius, qui sur Canal+ y va de sa musique envers un Balladur, brave et honnête homme qui n’aurait pas vu venir le jeu masqué de Sarko prenant prétexte de la simplification administrative pour changer les règles du scrutin. Et d’expliquer avec une part de mauvaise foi comment de deux régions de Normandie à gauche on en fera une seule à droite. Tout ça parce que pour l’ancien premier ministre les électeurs des cantons sont de droite et ceux des régions de gauche. Quelle tristesse.

On ne fait pas mieux chez nous où les présidents de Rhône-Alpes et d’Auvergne ne veulent rien toucher de leurs frontières comme si la question était de savoir si Clermont est plus tournée vers Toulouse ou de nous convaincre aujourd’hui qu’en Haute Savoie ou dans le Pays de Gex on se sent totalement rhône-alpin. Comme l’écrit sur ce sujet Guy Mathiolon, président de la chambre de commerce de Lyon, « dans l’absolu, la fusion est utile s’il y a un projet ». Et c’est bien là le problème, ce tir de barrage de la gauche s’effectue à priori sans analyses détaillées et surtout sans propositions alternatives ce qui accrédite l’idée que tout va pour le mieux dans la jungle administrative de notre pays. D’autant qu’en jetant ainsi le bébé avec l’eau du bain on évacue la question de la mise en place de grandes agglomérations dont on sait à Lyon qu’elles sont indispensables pour avancer avec notre temps.

Mais ce qui m’est peut-être le plus insupportable est que cette réforme, si elle est amorcée un jour, n’est prévue qu’à l’horizon 2014 ce qui veut dire que les élections cantonales et régionales auront lieu sur le mode de scrutin actuel, que d’ici là on aura eu une élection présidentielle. Bref que les électeurs auront été informés et sollicités plusieurs fois avant que quelque chose ne change. Mais non on fait comme si tout allait arriver demain. 2014, cela veut aussi dire que les actuels titulaires des postes en cause au département, à la région ou dans les grandes villes auront allégrement passé les 70 ans et qu’il est donc temps qu’ils laissent la parole à celles et ceux qui auront à gérer cette échéance.Car la question centrale est bien de savoir si la France a besoin de simplifier son système institutionnel et à cela tout le monde répond oui.

Alors puisqu’il faut commencer par un bout que le PS apprécie ce qu’offre ce projet de réforme et le travaille pour le faire évoluer sinon il ne sera pas crédible ni devant l’opinion, ni devant l’histoire.

Philippe Dibilio

Lyon, le 3 mars 2009

 

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25/02/2009

Edifiant

PIECE.jpgElle est assez édifiante la page « débat » de « Tribune de Lyon » de cette semaine qui pose la question : «  Donner un tiers des bénéfices aux salariés, est ce possible ?

Ils sont trois à y répondre : un économiste, le secrétaire départemental de la CGT et le patron régional du MEDEF. Et leur réponse unanime se résume en un mot : démagogie. « Dans l’absolu, c’est une idée sympathique, mais il s’agît d’une vaste plaisanterie, tout à fait démagogique » affirme Pierre Dockès, l’économiste, qui ajoute : « cela signifierait une transformation profonde de la société et une sortie du mode libéral ». Sarkozy à la gauche de Besancenot en quelque sorte. « C’est une annonce qui paraît pleine de bon sens et qui passe bien à la télévision mais qui ne sera pas concrétisée » dit Pierre Coquan de la CGT qui poursuit « je préférerais que le travail soit rémunéré correctement, qu’il y ait une augmentation de salaires ». « Je dois dire que je suis à la fois surpris et déçu par le propos de Nicolas Sarkozy » poursuit Patrick Martin du MEDEF qui trouve lui aussi tout ça « assez démagogique » et qui conclut « mais à mon avis personne n’y croit, sinon la bourse se serait effondrée tout de suite après l’allocution du président ».

Cette belle unanimité corrobore parfaitement la chute de Sarkozy dans les sondages au lendemain de son passage à la TV tout comme le silence radio des leaders de la droite qui se sont bien gardés de relayer cette idée fumeuse. Il est vrai qu’ à force d’avancer en zig-zag, au gré des idées les plus farfelues de ses conseils en communication l’inénarrable président va finir par mécontenter tout le monde à commencer par son propre camp. De ce point de vue les déclarations persistantes de Laurence Parisot le mettant en cause ainsi que le gouvernement sont significatives.

En fait Nicolas Sarkozy n’a jamais vraiment connu d’état de grâce et commence à entrer en état de disgrâce, il est temps qu’à gauche on l’affronte sans complexe ni retenue, à la manière de Ségolène Royal. L’ex-candidate socialiste qui a beaucoup analysée sa campagne présidentielle progresse, en effet, dans sa présence médiatique et cela est bon pour la gauche. Dès lors il serait dommage que certains, comme l’écrit Daniel Navrot dans « Prospective Rône-Alpes » s’emploient déjà à « déroyaliser le courant Royal » de peur que le système leur échappe.

Philippe Dibilio

lyon, le 25 fevrier 2009

Photo:DR

19/02/2009

La force de l'exemple

acteur de l'economie.jpgLorsque l’on parle de pays émergents les automatismes de notre pensée dominante nous renvoie à des taux de croissance basés sur un développement assis sur un coût de main d’œuvre peu élevé qui fait rêver les adeptes d’un taux de profit le plus élevé possible. Bref, nous projetons notre propre modèle sur ces pays qui s’ouvrent au développement économique.

C’est au contraire une bouffée d’air frais que nous offre le mensuel « Acteurs de l’Economie » dans sa dernière livraison. L’interview de Luiz Seabra, PDG fondateur du groupe de cosmétique Natura, est révélatrice de ce que peut nous apporter une initiative venue du Brésil et qui remet l’entreprise, et au-delà le capitalisme, au cœur de la vie sociale. Il est rare, en effet, de se trouver face à un homme qui a économiquement réussi tout en portant sur la vie et le monde un regard de philosophe éclairé. Et c’est rassurant. « Ce défaut de la pensée systémique, nous dit-il, cette perte d’une vision d’ensemble de tout un système, de toute une société, Spinoza montre bien qu’il conduisent à des maux tels que l’égoïsme, à la dilution du sens des responsabilité ».

Et Spinoza avait raison, nous en avons la preuve tous les jours. Alors le PDG brésilien a réagi : « nous cherchons des profits quand nos résultats répondent aux principes du triple bottom line, ce doit être bon pour l’entreprise, bon pour toute la société et bon pour la planète ». Un projet exigeant s’il en est et que le groupe Natura semble faire avancer par la force de l’exemple. Un projet porteur d’un système de vie, d’une éthique aussi. Car au fond c’est l’homme qui est mis au centre des choses, l’homme dans sa dimension sociale, l’homme dans chacune de ses fonctions aussi : producteur, ouvrier, consommateur et être pensant qui s’insère dans son environnement et le protège. Il y a une part de rêve chez Luiz Seabra et il la revendique. Il nous montre en même temps que le développement des pays émergents est aussi porteur d’idées nouvelles bien utiles pour faire évoluer les sociétés ; à commencer par les plus « avancées ».

Philippe Dibilio

Lyon, le 19 février 2009

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12/02/2009

Du neuf avec du vieux

hlm.jpgDans les années soixante dix quand la Russie était encore l’Union Soviétique tout un chacun, à droite comme à gauche, et même plus à gauche qu’à droite, s’apitoyait sur le sort de ces pauvres russes. Il y avait le goulag bien sûr, les brimades et autres privations de liberté. Et puis un niveau de vie considéré comme moyenâgeux puisque les russes manquaient d’ustensiles ménagers dignes du temps d’alors.

Enfin, cerise sur le gâteau il y avait les appartements collectifs. Pensez-vous les gens étaient forcés de vivre dans des logements où la cuisine les sanitaires et le séjour étaient communs à tout le palier. Outre l’inconfort généré on voyait bien là la main du KGB qui par ce biais privait les soviétiques de la moindre intimité fleuron s’il en est de la liberté individuelle. Bref des temps révolus depuis que la grande Russie a repris ses aises et qu’il y a des milliardaires à Moscou et ailleurs dans le pays. Révolus la-bas, je ne sais pas mais voila que le concept s’invite à Villeurbanne sous l’égide des Verts et de quelques satellites de la galaxie écologique.

Dans la ZAC dite des « Maisons Neuves », plantée depuis plus d’un mandat mais on réfléchissait et concertait, sur ce site donc on va réserver trois hectares pour organiser « une mutualisation d’espaces et de moyens pour vivre mieux à moindre coût ». C’est vrai que c’est plus joli que la formule appartements collectifs mais ça y ressemble beaucoup. En attendant les quinze logements dont dix sociaux et des très sociaux seront intégrés dans « un espace de vie et de rencontre globale avec des parties collectives : buanderie, potager, cuisines ». Et pour faire bonne mesure les initiateurs invitent les futurs heureux élus à participer à des achats groupés, des échanges de services et la gestion des déchets. Une façon certes de se serrer les coudes qui rappelle les quartiers populaires d’après guerre et la solidarité qui régnait parmi cette population en difficulté.

Cette même population qui s’est précipitée sur les HLM pour accéder au confort et aux joies de l’intimité familiale ce qui représentait une progression sociale. Et ce qui reste le cas aujourd’hui. Je ne suis donc pas sûr que de redécouvrir l’appartement collectif soit une progression et pratiquer l’expérimentation avec des familles relevant du logement social ou très social me paraît assez méprisant. Changer le mode d’habitat est peut-être louable dans le principe mais il serait plus sage que ceux qui planchent la dessus soient les premiers volontaires. Surtout lorsque le projet risque tout simplement de tenter de faire du neuf avec du vieux.

Philippe Dibilio

Lyon, le 12 février 2009

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07:10 Publié dans Philippe Dibilio | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : russie, logements soxciaux, hlm, moscou, villeurbanne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

03/02/2009

La guerre asymétrique

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L’annonce faite ce week-end par Elhut Olmert de « riposte disproportionnée » d’Israël aux reprises de tirs du Hamas vient comme en écho à un étonnant et décapant article d’un général italien, publié dans « La Republica » et repris par le « Courrier International ». Fabio Mini, c’est son nom, général d’infanterie, fût commandant de la KFOR au Kosovo, dans cet article il nous explique comment les victimes civiles sont redevenues les véritables objectifs de guerres. Il écrit : «  les dégâts collatéraux sont, par définition, ceux qui sont causés à des civils lorsque l’on tente d’atteindre des cibles militaires. Ce sont des dégâts, prévus ou imprévus, dus au manque de précision des armes ou à l’erreur. Pendant la guerre du Kosovo en 1999, le porte-parole de l’OTAN avait abondamment utilisé ce terme pour se dédouaner, y compris lorsque les frappes sur des bâtiments civils étaient intentionnelles. Cela revenait à minimiser un acte qui pouvait être assimilé à un crime de guerre et à rendre les victimes responsables de s’être trouvées au mauvais endroit au mauvais moment. Le cas du Kosovo a fait école… En Tchétchénie, en Afghanistan, au Liban et tout récemment à Gaza, la stratégie délibérée de frapper les civils pour affaiblir le soutien de la population aux insurgés, aux rebelles et aux dits terroristes est une autre régression, qui nous ramène aux guerres contre-révolutionnaires, qui du reste ont toujours abouties à la victoire des rebelles, et aux exactions du temps des occupations coloniales. Le recours à la propagande pour justifier et dissimuler ces régressions a des airs de déjà-vu… La guerre psychologique visant à démontrer que les civils ne font pas partie de nos objectifs mais sont victimes de l’adversaire qui s’en sert comme boucliers n’a pas changé depuis des millénaires, et c’est pourquoi l’ennemi a toujours été un scélérat. »

Cette situation qu’il interprète comme une régression par rapport au temps où l’on a cherché à établir une distinction entre forces combattantes et non combattantes, au nom de l’éthique et de l’intérêt à limiter les dégâts car « l’ennemi d’aujourd’hui est le client de demain et l’allié du futur ». Cette situation d’aujourd’hui découle pour lui de ce qu’il appelle la « guerre asymétrique » dont les armées les plus modernes ne savent pas reconnaître ni affronter les nouvelles formes « elles ne savent pas pénétrer, identifier, sélectionner et opérer avec précision. Elles ne savent pas gérer leur excès de puissance et elles ont perdu la conscience de l’inutilité et de l’illégalité des destructions civiles. Elles ne comprennent pas que cela ne sert qu’à rendre la guerre encore plus barbare. C’est un luxe que les terroristes peuvent se permettre. Pas nous. »

J’avoue n’avoir que très rarement trouvé une profondeur intellectuelle dans un texte de militaire, j’avais donc envie de faire partager ce moment.

Philippe Dibilio

Lyon, le 3 février 2009

 
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