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21/04/2010

À la niche !

Copéniche.jpgChaque chien a sa niche. C’est son repaire à lui. Tous les toutouphiles vous le diront, le chien aime la présence des personnes de SA famille et apprécie que SA niche soit près d’elle. Tous savent aussi qu’il faut éviter d’exciter le toutou lorsqu’il s’agit de sa niche. Il déteste ça. Surtout quand on lui a confié le rôle de gardien de la maison. S’il s’agit de construire la niche, se souvenir qu’elle doit lui ressembler. Conséquence immédiate – si le chien est suffisamment savant et dressé – faites la lui construire lui-même. S’il ne le fait pas pour son propre usage, il le fera pour ses compagnons.

J’en connais un, très propret sur lui, très belles dents, très photogénique qui l’a fait. Si, si ! Il faut dire qu’il a passé quelques temps dans une niche déposée et consignée, nourri aux croquettes Dexia et qu’il a déjà officié, poils noirs brillants et discrète collerette blanche, très affairé dans l’une des plus belles niches de France avant d’être un des cabots les plus médiatisés du monde politique.

La niche de Copé est un os à 22 milliards… Dans le chenil gouvernemental, ça fait tache.

Songez donc : en trois ans elle a coûté à elle seule le tiers du prix de toutes les niches de France. Si vous traduisez en langage wouah-wouah sa notice de montage, c’est assez compliqué. En traduction simplifiée : si une société (pas forcément canine) fait une plus-value en vendant une de ses filiales ou des titres de participation qu’elle détient depuis plus de deux ans, on lui fait cadeau de son impôt sur les sociétés. Tous les cadors de Bercy ont juré que cela allait faire venir plein d’entreprises (soi dit en passant grâce à un dumping fiscal pas très pro-européen) dans notre beau pays.

Du monde il y en a eu. Personne ne sait s’il est venu s’installer, mais ce qui est sûr c’est que, parmi les principaux bénéficiaires, figurent des fonds d’investissement spécialisés dans les opérations de rachat et de revente rapide d’entreprise achetées par endettement (en langage canin cela s’appelle des opérations de LBO) qui de toute façon auraient réalisé leurs opérations, souvent de destruction sociale. Et c’est double bingo pour Bolloré, Lagardère, Danone, Suez et autres fonds type PAI Partners et banques diverses. Pas pour des PME ni des TPE. Pas pour des start-up. Pas pour des chefs d’entreprise que la collectivité pourrait légitimement aider. Mais pour des boîtes déjà, heureusement, bien profitables. Rien que pour Danone, l’os donné en cadeau a été d’un demi milliard d’impôt qu’elle aurait dû payer si Copé n’avait pas construit sa belle niche. 

Dans le même temps, Copé en bel animal libéré et libéral, continue à aboyer ; à belles dents, il a détruit la petite niche des accidentés du travail. Gain net selon le cabot : 120 millions d’euros.

Jean-Paul Schmitt

13/04/2010

Complots

Incognito.jpgCelui des aventures parisiennes du couple divin. Celui du pseudo chevalier blanc qui aurait voulu déstabiliser notre Zeus national en trafiquant des listings. Celui des scientifiques du GIEC. Et j’en passe…

Complot, vous avez dit complot ? La dame de l’Olympe dément. Son époux récent attaque. Mords ! Mords !... Charon, le nocher passeur d’ombres des enfers élyséens l’a dit sans ambages le 3 avril : « Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé avec des mouvements financiers ». Herzog, le bavard du président, y va de la même veine : « Je ne peux pas exclure une machination ». Le cerbère Lefèbvre tire une langue de bois longue de cent pieds et gronde en tirant sur la laisse de son maître « Ici, à l’UMP nous n’avons pas l’habitude de colporter des rumeurs ».

Selon Reuters, même la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) est dans le coup et Squarcini son chef confirme qu’une enquête a été menée sur la demande du chef des pandores nationaux « pour déterminer si les rumeurs visant le couple présidentiel ne cachaient pas une éventuelle tentative de déstabilisation ».

Complot, vous avez dit complot ? Après Clearstream, Datigate ? Complot, vous avez dit complot ? Le Climategate continue avec, dans le rôle du grand méchant scientifique donneur de leçons et trafiqueur de courbes, super Allègre qui frappe le tocsin du complot avec son habituelle finesse de marteau-pilon. Le réchauffement climatique serait un énorme complot organisé par Tatcher la Dame de Fer et les climatologues ne seraient que de vilains comploteurs avides de gloire, de prestige et de subsides.

Et si le complot était le fait de ceux qui hurlent au complot ? Un complot pour faire diversion. Fini de parler tous les jours des sondages de popularité qui s’effondrent, des licenciés désespérés qui s’inscrivent en masse au chômage, de la dette qui grimpe, des inégalités de revenus qui s’accroissent par le haut selon l’INSEE (le revenu moyen a augmenté de 9% entre 2004 et 2007 pour 90% de la population française, mais la hausse a été de 20% pour les 1% de très aisés et même de 39% pour les 0,01% de plus aisés), des promesses non tenues, de «l’environnement ça commence à bien faire »…

Leurs réverbères complotent contre la nuit.

Ils nous font chercher des promesses évanouies

Dans la boue étroite et pâle de leurs halos.

Vêtus d’ombre, maîtres et valets du complot

Enterrent nos étoiles.

Jean-Paul Schmitt

07/04/2010

Sottise et bouclier

Un Havard fiscal.jpgSottise que ce bouclier fiscal et sottises doctement énoncées par ces pauvres ministres envoyés en défenseurs par Nicolas Sarkozy. Sottises bêlées par les députés UMP du Rhône, petit doigt sur la couture du pantalon.

Sottises têtues. Ânonnées par Philippe Cochet. Le député-maire de Caluire-et-Cuire, en bon godillot, y va de son « Ce serait la pire des choses que de renoncer sur des engagements pris devant les citoyens ». Il ignore délibérément les écarts incommensurables entre ce que gagnent la plupart des citoyens et les quelques riches épargnants pour lesquels une plus grande solidarité serait scandaleuse quand d’autres manquent et s’endettent pour consommer le nécessaire.

Sottises simplistes. Rabâchées par Michel Havard : « Si nous voulons que les contribuables les plus riches quittent le pays, il faut le supprimer. Je pense que c’est la volonté du PS qui fait la chasse à ceux qui réussissent. Je suis favorable au bouclier fiscal ».

L’idéologie débridée qui nous a mis dans cette crise aliène leur bon sens. Ils en sont réduits à radoter les vieilles antiennes d’un PS lutteur de classes et de foire. Ils refusent de voir qu’il y a deux sortes de ce qu’ils appellent les « contribuables les plus riches » : ceux qui épargnent et ceux qui investissent dans l’économie, ceux qui vivent de leurs rentes et les capitaines d’industrie. Ceux qui épargnent déjà ont largement de quoi vivre très bien et tant mieux pour eux. Faut-il leur permettre d’augmenter encore leur épargne ? Les 100 restitutions les plus élevées faites par l’État (un tiers du coût) vont à des ménages qui détiennent 16 millions d’euros en moyenne. « Merci Nicolas, on va rajouter ça dans le bas de soie » ! Ceux qui investissent et qui fuiraient ne sont pas à craindre. S’ils sont des investisseurs, c’est dans les pays industrialisés et non dans les paradis fiscaux qu’ils investiront. Et la France, en matière d’investissements étrangers est plutôt bien placée.

Les Michel, les Philippe et toute la confrérie locale de l’UMP sont-ils aveugles et sourds pour ne pas voir ni entendre que ce bouclier reporte la fiscalité des plus riches vers les moins riches ? Est-il normal par exemple que le RSA soit financé par 1,1% des revenus fonciers et de l’épargne – un impôt payé par tous… sauf ceux qui sont cachés derrière le fameux bouclier ?

Non. Ils savent bien qu’il ne s’agit là que d’un élément d’une idéologie plus large dont ils sont les hérauts et dont la réforme de 2007 sur les droits de succession, l’ISF, la baisse de la TVA sur la restauration, le refus de remettre en cause les niches fiscales constituent les marqueurs. Toutes ces mesures vont dans le même sens : reporter la fiscalité des plus riches vers les moins riches. L’ensemble de la politique fiscale du pouvoir va dans ce sens… avec les résultats que l’on connaît.

Droite aveugle, crains la réaction de tes électeurs ! Léonard le génial peintre et inventeur le disait déjà : « La sottise est le bouclier de la honte, l’insolence est celui de la pauvreté. »

Jean-Paul Schmitt

31/03/2010

La prière dominicaine

Laudate Dominique.jpgLa prière dominicaine est une prière silencieuse paraît-il. Pas sûr, à en croire celle qui monte en ce moment et qui semble fébrile.

Amis dominicains de Strausskahnie, attendez un peu cette fois avant de revêtir vos attributs d’inquisiteurs et de brûler la sorcière charentaise. Je sais que dans nos chapelles on souffle parfois le chaud et le froid, mais, à défaut de la mettre à nouveau au frigo (peut-être s’y mettra-t-elle d’ailleurs de son propre chef, mais il ne faut pas compter lui dicter quoi que ce soit) ou avant de la mener au bûcher, ne rêvez pas trop vite de la voir, comme les vestales fautives, enterrée vive dans sa région.

Amis dominicains, j’entends vos suppliques lyonnaises à votre saint patron. J’entends aussi, patelin, Cambadélis distraire les servants de la messe à Solférino pour tenter de les retenir en sacristie le temps que le grand expatrié revête un surplis rose. J’entends encore dom Mosco qui conseille au saint providentiel de ne pas attendre pour se déclarer prêt à revêtir la tiare française. J’ai entendu l’appel de Gérard de Lyon qui retrouve sa foi dans le grand inquisiteur international et monétaire depuis que l’on annonce que sainte Martine pourrait en 2012, peut-être, qui sait, des fois…. Lyon la rétive et son grand échevin ne rendent plus depuis quelques temps le culte titinesque à la sainte patronne des roses lilloises sacrée à Reims dans la fumée épaisse des encens.

Amis dominicains, craignez encore le charme royal. Il opère.

Sur France 2, le 25 mars dernier, dans À vous de Juger, le débat entre le prophète Daniel et la madone avait je vous assure la qualité des vraies disputes (au sens ancien du terme). Il y avait longtemps que la « grande télévision publique » - malgré les efforts d’Arlette Chabot pour saboter sa propre émission - ne nous avait gratifié d’un vrai échange politique sur le fond. Un échange passionné où, avec simplicité et dans un langage accessible, les divergences étaient argumentées avec franchise. Cela donnerait presque l’envie d’entrer dans l’une de ces futures coopératives du genre auberge espagnole à l’enseigne du 22 mars. Cela donne envie en tous cas de continuer ces échanges entre coopérateurs éventuels et désireux d’avenir.

Amis dominicains qui en d’autres temps avez tant aimé informer via You Tube, Dailymotion et maintenant Twitter, voyez ou revoyez l’émission. Notamment la partie concernant feu la taxe carbone (http://www.lepost.fr/article/2010/03/25/2005206_debat-segolene-royal-daniel-cohn-bendit-videos_1_0_1.html )…

Jean-Paul Schmitt

24/03/2010

Grand’O de Lyon

Grand'O punk.jpgFini le « Château La Pompe ». Désormais, sur toutes les tables c’est « Grand’O ». Si vous ne le savez pas encore, c’est que vous faites partie des quelques rares sourds, aveugles ou analphabètes qui ont échappé à la communication du Grand Lyon sur cette histoire d’O.

Une communication à cent mille euros ergotent certains. Ne chicanons pas, qu’est-ce que cent mille euros à côtés des économies que vous allez faire ?

Vous, parce que moi, je suis depuis longtemps un inconditionnel de la grande H2O de nos éviers. Si, si, vous allez économiser ! Supposez un instant que vous remplaciez les 500 litres d’eau en bouteilles que vous achetez bêtement chaque année - et que vous payez 35 centimes d’euro le litre en moyenne – par cette délicieuse grande O à 0,3 centimes d’euro le litre, livraison comprise : c’est un bingo assuré de 160 euros ! Sans compter l’amélioration du bilan carbone si cher à nos amis d’Europe Écologie et du PS réunis récemment sous la même bannière. Et sans compter les kilogrammes d’emballages à recycler que vous allez éviter.

J’en entends un d’ici qui ronchonne encore que décidément, scron-gneu-gneu, on aurait peut-être pu éviter de dépenser ces cent mille euros. Tout ça pour une marque de flotte, fut-elle du Grand Lyon.

On pourrait lui objecter que si seulement 0,05% des habitants du grand Lyon cessaient de s’approvisionner complètement en bouteilles d’eau, les cent mille euros seraient récupérés en une année. Bon, d’accord, on voit tout de suite l’objection qui va suivre : la somme en question sera récupérée par l’ensemble des convertis mais quand même payée par tous les contribuables.

Comme toujours, et comme on dit chez nous, c’est au moment de payer les pots qu’on sent qu’on n’a plus soif. Des fois y a qu’on dépense son argent mal à propos. D’autres fois c’est de même qu’on ne le dépense pas. Le tout c’est d’être ni panier percé ni rapiat.

Allez trinquons donc. Cette Grand’O de Lyon « qui est si bonne qu’elle pourrait être donnée aux nourrissons » comme le dit le Jean-Paul Colin qu’est vice-président à la politique de l’eau, ça vaut bien quelques menus picaillons pour la faire connaître !

Jean-Paul Schmitt

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[Edit JYS:]

Raymond Terracher.jpgJ'apprends avec tristesse le décès de Raymond Terracher, Conseiller général, élu communautaire et ancien maire de Villeurbanne entre 1997 et 1998. Je présente à sa famille et ses proches mes plus sincères condoléances.

17/03/2010

Cuba libre

 

Cuba libre !.jpgDécidément Cuba ne me lâchera pas. Voici que, la semaine passée, un autre gréviste de la faim et de la soif, Guillermo Farinas, a pris le risque de laisser sa vie sur l’ile. Il n’est pas en prison comme Orlando Zapata Tamayo récemment : Cyberjournaliste de 48 ans, Guillermo est libre, mais à l’hôpital de Santa Clara. Déjà malade, il a entamé sa grève après la mort d’Orlando pour réclamer la libération de 26 prisonniers politiques, malades eux aussi, que le gouvernement cubain refuse de reconnaître comme tels les qualifiant de mercenaires à la solde de ces États Unis.

Les médias s’en émeuvent et l’UE en appelle au régime castriste.

Redoutable admonestation à ce gouvernement cubain qui accuse Farinas de délits de droit commun. Redoutable parce qu’elle met une fois de plus le régime face à la nécessaire évolution vers plus de droits humains pour les Cubains alors même que ses capacités à le faire sont très faibles : Raul le petit frère serait prêt à plus d’ouverture face au conservatisme de son frère ainé et du gouvernement en place. Rien ne bouge semble-t-il dans ce pouvoir congelé dans ses reflexes de défense face aux menées US et à l’embargo qui étouffe Cuba depuis 48 ans. Redoutable aussi car c’est la 23ème grève de la faim de Guillermo.

Il y a-t-il une soixantaine de détenus pour délit d’opinion à Cuba comme le dit Amnesty International ? Le chiffre de 200 donné par la dissidence, essentiellement réfugiée aux États Unis, est-il crédible ? Quoi qu’il en soit, il est fort peu probable qu’il n’y en ait aucun, comme l’affirment les dirigeants cubains qui montrent du doigt les droits de l’homme bafoués à Guantanamo et à Abou Graib.

En soulignant uniquement les manquements de Cuba, fait-on le jeu de tous ceux qui ont intérêt à démontrer que la révolution cubaine (ou ce qu’il en est advenu) a mis en place le pire des goulags ? Et faut-il alors noyer nos dénonciations dans je ne sais quel « Cuba est loin d’être le plus mauvais des élèves de la classe mondiale en matière de respect des droits de l’homme » comme l’affirmait le journaliste français Salim Lamrani, spécialisé dans les relations entre Cuba et les États Unis dans son livre « Double morale : Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme » (Paris, Editions Estrella, 2008) ? Non. Notre devoir est de réagir et de dénoncer, sans pour autant jouer les idiots utiles.

« Allons Raul, encore un pas : libère tes prisonniers d’opinion et évite que ce nouveau gréviste de la faim ne meure ! »

« Lorsque quelqu'un a décidé de mettre fin à ses jours et qu'il est très déterminé à le faire, qu'il soit en liberté ou en prison, […] aucune mesure ne l'empêchera ». Ce n’est pas la réponse de Raul. C’est celle d’un secrétaire d’Etat à la Justice français, Jean-Marie Bockel, à propos des 122 suicides dans les prisons françaises en 2009. Prisons où l’on compte annuellement près de 1000 tentatives de suicide et près de 1000 débuts de grève de la faim…

Hasta la libertad siempre !

Jean-Paul Schmitt

03/03/2010

Cuba deux

Cuba Libre.jpgRetour en douce France après trois semaines passées à Cuba. Cinq jours à la Havane plus 2500 kilomètres à sillonner l’ile de tous les contrastes et de tous les fantasmes. 2500 kilomètres de bitume souvent troué, obligeant à des conduites aux trajectoires sinusoïdales et incertaines dignes d’un retour de samba trop arrosée (attention : 0 gramme d’alcool si vous conduisez à Cuba !). De casa particular en casa particular (chambres d’hôtes chez l‘habitant), de ville en ville, de rencontre en rencontre (Anne parle l’espagnol et comme beaucoup de latins je comprend un peu).

Des citations - du Che la plupart du temps, très morales – bordent les routes. Inscrites à même la pierre, elles rappellent aussi les noms des héros de la Révolucion.

Le pays est sous embargo et cela se sent partout. Jusque dans la chasse aux devises étrangères qui se fait par le biais de la double monnaie : le peso convertible pour les touristes (0,8 euro) et le peso national (25 fois moins). Le système de santé est remarquable, malgré la pénurie de médicaments. Le système scolaire a fait du pays un champion de l’alphabétisation et de la culture pour tous.

Mais aussi, lancinante, cette non liberté d’aller ailleurs, cette absence d’opposition politique qui se sent dès l’abord à la lecture des journaux : dans Granma, la voix du parti socialiste, Trabadojes et Juventud Rebelde, les articles parfois intéressants n’émettent aucune critique : les libertés d’expression et de la presse sont reconnues à Cuba, mais seulement « en conformité avec les objectifs de la société socialiste » (article 53 de la Constitution de 1976). Amnesty International dans son rapport de 2009 parrainait encore 55 détenus pour délit d’opinion. Pour celui qui reconnaît les réussites du socialisme cubain c’est un crève-cœur. Les survivants de ces héros de la Révolucion – de vrais héros à l’idéal élevé – qu’étaient Ernesto Che Guevara, Camilo Cienfuegos, Fidel et Raul Castro et tant d’autres  n’ont pas su prendre le tournant de la démocratie. Peut-être ne l’ont-ils pas pu : crise du sucre, fin du soutien économique soviétique à la chute du mur, embargo dément et véritable crime contre le peuple cubain, crise économique actuelle,…

Les Cubains semblent résignés. Si beaucoup regrettent de ne pas pouvoir aller facilement à l’étranger (un médecin urgentiste que nous avons rencontré demande depuis 7 ans un visa sans réponse), ceux qui sont restés à Cuba et qui ont plus de 50 ans comprennent la politique menée à défaut de la soutenir avec fougue. Les plus jeunes, qui n’ont connus que Fidel, aspirent à plus de souplesse : les restrictions, la distribution contingentée de nourriture ou de biens de première nécessité leur pèsent. Tous ceux avec qui nous avons discuté et qui espéraient qu’avec Obama l’embargo cesserait, sont fatalistes. L’un d’entre eux nous a même confié qu’il croyait Fidel mort et qu’avec Raul rien ne changerait.

Tous, pourtant sont fiers de leur pays. Ils forcent l’admiration. Dire que leurs conditions d’habitation et de vie sont précaires - à nos yeux d’occidentaux habitués au confort – est un doux euphémisme. Malgré cela, ils sont debout, gais, dignes, cultivés, vêtus proprement. Leurs corps, souvent très beaux et aux multiples couleurs, sont assumés sans pudibonderie et sans provocation. Leurs intérieurs parfois délabrés sont bien tenus. Leur générosité est évidente. Après nos échanges, nous avions souvent l’impression émue d’avoir pris une leçon de vie.

Les Cubains ont fait des prouesses. Leurs médecins en Amérique du sud font merveille en ophtalmologie et dans d’autres domaines comme tout récemment à Haïti où ils ont soigné près de 10.000 personnes. Qui en a parlé ?

Fidel est un homme de pouvoir. Le régime est-il pour autant cette dictature épouvantable trop souvent décrite par les exilés cubains de Floride et les médias occidentaux ?

Quoi qu’il en soit, la mort d’Orlando Zapata, opposant emprisonné et en grève de la faim - le 22 février, jour où nous quittions Cuba - est inadmissible et tache profondément ce régime.

La transition doit advenir. Elle sera celle de tous les risques. Des risques à prendre pour renouveler les acquis de cette belle révolution de 59. Des acquis que même l’ONU reconnaissait dans son rapport de décembre 2001 : « la politique sociale est indiscutablement un secteur où Cuba a excellé en garantissant une distribution équitable du revenu et le bien-être de la population, en investissant dans le capital humain ».

Allons Raul, encore un effort et Hasta la victoria siempre !

Jean-Paul Schmitt

10/02/2010

Cuba un

Fidel+Castro.jpgCette semaine et la prochaine je suis dans la Cuba du presqu’après Fidel Castro. À La Havane où je loge en chambre d’hôte chez la charmante Migdalia, calle Santa Clara, en plein cœur de la vieille ville avant de partir sillonner les routes.

Je fais partie pour deux semaines des quelques deux millions et demi de touristes qui visitent l’ile annuellement et je m’apprête paraît-il à rencontrer des Québécois à chaque coin de rue. Curieux, l’accent du jeune pays lorsqu’il articule l’espagnol. Ombre !

Je pourrais vous la faire brève, façon Lang de bois : « mon sentiment est qu’aujourd’hui une page se tourne, un nouveau chapitre de l’histoire peut s’écrire. » (c’est le genre de poncifs que Jack nous a servi à son retour de chez le commandante Fidel où il est allé l’an passé sur commande de notre commandante à nous, histoire d’essayer de faire la nique à Obama et histoire aussi de conforter Bouygues et Alcatel sur l’ile). De crainte de vexer mes amis cubains, je ne pousserai pas la caricature aussi loin que notre éternel ministre de la culture qui affirmait alors « la richesse ça ne s'exprime pas qu'en tonnes de matériaux, Cuba dispose d'une énorme influence dans le monde grâce à sa musique, à sa matière grise et à sa chorégraphie ! ».

J’essaierai de vous raconter simplement – et à mon retour – les quelques sensations fortes que j’aurais eues de ce pays et de ses habitants pour beaucoup desquels il semblerait que Fidel soit aujourd’hui devenu le « compañero Fidel », un simple « soldat des idées » en quelque sorte pendant que son peu charismatique frangin Raul se donne du souci pour maintenir son radeau dans la mer des Caraïbes.

Je vous en dirai plus à mon retour. Hasta luego amigos !

Jean-Paul Schmitt

03/02/2010

Honorable légion

Légion sanglante.jpgLa France et son éminent président prennent pleinement la mesure de l’honorabilité des élites chinoises. Grâce en soit rendue à l’UMP, désormais parti frère de celui de Mao, depuis que Xavier Bertrand a signé en octobre 2009 un manifeste d’accord avec le PCC. Il est d’ailleurs question de rééditer en bleu le petit livre qui fit la joie des « mao » de tous poils de ma jeunesse.

À Pékin, dans la suite d’un processus bien rodé, Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, conseiller officieux en matière de sécurité et d’anti-terrorisme de l’illustre révolutionnaire de la commune de Neuilly, ex rocardien et pote à Valls, vient de décorer de la légion d’honneur l’honorable He Bingsong, criminologue de son état.

Déjà habitués à ce que l’insigne ruban rouge, synonyme d’honneur ou de bravoure, orne la boutonnière de nombre de chanteurs et de sportifs, vous me direz peut-être qu’il vaut mieux l’accrocher au veston d’un criminologue qu’à celui d’un criminel comme Vladimir Poutine décoré en 2006. Sauf que le dénommé He Bingsong est aussi celui qui justifiait il y a peu la condamnation à mort d’Akmal Shaik, ce Britannique souffrant de troubles psychologiques arrêté en Chine pour trafic de stupéfiants et exécuté depuis. La « patrie des droits de l’homme » décore ce faisant un partisan chinois de la peine de mort qui vient juste de contribuer par ses affirmations à une exécution capitale.

Que ceux qui se nourrissaient encore de quelques illusions quant au cynisme de nos gouvernants sans complexes, apprécient et jeunent en signe de deuil. Ils se referont au moins des amis chez les Britanniques qui s’étaient émus du sort réservé en décembre dernier à leur compatriote. J’entends déjà fuser les habituels « incorrigible droit-de-l’hommiste naïf !».

Si on peut concevoir qu’un dialogue ininterrompu soit mené avec les États qui bafouent les droits des humains, des honneurs aussi indignement rendus à leurs élites sont inacceptables. Pourquoi ne pas honorer les résistants des droits de l’homme dans ce pays ? Parce qu’ils sont en prison ? Parce que cela mettrait en péril nos relations économiques ? Parce que des « agitateurs » menacent le parti frère ? Alors si, au nom de la réal politique, on refuse de donner la légion d’honneur à des avocats des droits civiques comme Chen Guangcheng, à des résistants comme Hu Jia, à des écrivains comme Liu Xiaobo tous emprisonnés, pourquoi la donner à des He Bingsong en 2010 ou, comme en 2007, à des Long Xinmin, ce haut responsable de la censure ?

Honneur, vous avez dit honneur ? Les temps électoraux viendront où l’image d’un petit timonier sera affichée sur nos dazibao municipaux. Souvenons-nous de lui rendre les honneurs. Les occasions ne sont pas légion.

Jean-Paul Schmitt

27/01/2010

Machiavel a fait des petits

Sarkomachiavelisme!.jpgBarak Obama a déclaré mercredi dernier : « J’ai perdu le sens du contact direct avec les Américains sur leurs valeurs essentielles ». Imaginez un instant Nicolas Sarkozy faire de même à propos des Français. On peut rêver. Ni lui, ni les ministres et sous-ministres qui nous gouvernent, ne feront amende honorable. Sauront-ils jamais dire la vérité ?

Dans l’auto congratulation - discipline dans laquelle les politiques sont experts quels que soit leur bord – notre président bat tous les records. Écoutez-le défendre ses réformes – car il s’agit de réformes, courageuses et bien menées, n’en doutez pas. Les mots sont martelés, répétés, bégayés, enflés, déclinés, commentés souvent avec déférence par les « journalistes » télévisuels. Ces « réformes » qui traînent pourtant avec elles une comptabilité mortifère d’emplois détruits aveuglément. Ces « réformes » qui laissent sur le bord du chemin de plus en plus d’exclus et de travailleurs qu’on qualifie désormais de pauvres. Ces « réformes » qui sont comme graffées sur toutes les façades de la République. Des façades qui se lézardent. Signées d’un seul et même tag : Sarko. Machiavélique !

Barak Obama voit sa popularité baisser nous serinent nos bons médias. Il ne serait plus qu’à 50% de satisfaction. Rappelez-moi celle de Nicolas Sarkozy en janvier 2010. Elle était de 32%, un niveau déjà atteint deux fois, en mai 2009 et en mai 2008.

Tout cela n’est que tambouille de chiffres me direz-vous et les seuls bons chiffres sont ceux de Nicolas. Comme ceux qu’il nous a livrés lors de ses vœux de 2010 : «Depuis 2007, la France a signé chaque année deux fois plus de grands contrats à l’export que durant les dix années précédentes. Deux fois plus !» Je vous conseille la lecture de l’excellent article de Cédric Mathiot dans Libé du 21 janvier dernier : sur l’ensemble des grands contrats signés par la France, le bluff est flagrant et la soi-disant performance est dans les choux. Manipulation encore. Version péjorative du machiavélisme.

Mais je chipote, tout va bien. Dormez braves gens, la République est calme et bien en laisse… Il n’est que de relire ce qu’écrivait Victor Hugo à propos de Louis Napoléon Bonaparte. Petit extrait :

« M. Louis Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent qu’il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l’ambition.

Alors il ne parle pas, il ment. Cet homme ment comme les autres hommes respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez vous ; il fait un serment, tremblez. Machiavel a fait des petits.

Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer avec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis au moment où l’on se rassure et où l’on rit de l’énormité en question, l’exécuter.

Jean-Paul Schmitt

19/01/2010

Le lapin du Chabot

Lapin chabot.jpgArlette Chabot maitresse des débats politiques de la chaine de service public ( ?) accusant Vincent Peillon via sa rédactrice en chef d’utiliser des méthodes de voyou tout en étant soutenue par Etienne Mougeotte dont on connaît les éditos sarkoviétiques au Figaro, l’ultra libéralisme radiophonique et le coup de sifflet rageur de fin de récré, reconnaissez que cela a de l’allure !...

Si, comme le commente Marianne2, le faux-bond de Peillon peut paraître peu glorieux, il permet au moins d’interpeller sur le style de « faire valoir » du pouvoir en place que France 2 pratique avec force et continuité au service de Nicolas Sarkozy, que celui-ci soit l’actuel président ou l’encore simple candidat. Il faut se souvenir des bises complices échangées entre Nicolas et Arlette à l’issue du débat pour les présidentielles de mai 2007 devant une Ségolène Royal qui n’avait eu droit qu’à la main froide de madame Chabot

Vous me rétorquerez peut-être le « Chabot humiliée par Sarkozy » qui inonda les médias en septembre dernier. Paradoxal ? Pas tant que cela. On peut aussi y voir l’habileté des communicants élyséens et considérer « l’engueulade de Washington » comme une façon maligne de donner des lettres d’indépendance à celle qui de plus en plus apparait comme au service d’un penser conforme au pouvoir.

Si vous n’êtes pas convaincu que France 2 fabrique « des émissions clés en mains pour ministres en mauvaise posture » comme l’affirme Marianne, réexaminez le fil de ce que d’aucuns appellent débat du 14 janvier dernier. Vous y découvrirez tous les produits et gestes qui font la bonne brosse à reluire pour ministre avec écran de fumée : la famille forcément chère au cœur de Besson, le Maroc de son enfance, ses blessures si intimes et ses plaies ouvertes, son antiracisme forcément viscéral. Ce n’était plus une biographie, c’était une hagiographie.

Qui a piégé qui ? J’aimerais que ce soit Peillon piégeant France 2 et Chabot en refusant de leur servir de faire valoir. Un faire valoir bien entendu dépourvu du quart d’heure d’auto encensoir réservé à saint Besson. J’entends déjà certains me faisant remarquer que le documentaire (?) sur Jospin qui faisait suite n’a pas pris non plus davantage de distance par rapport à son sujet ni émis davantage de contradictions. Dont acte. Et à verser au dossier à charge.

Nul doute que la soirée « spéciale » Nicolas Sarkozy le 25 janvier sur TF1 nous montrera enfin une vraie télévision d’information : Laurence Ferrari et Jean-Pierre Pernaud, ces insolents, font déjà frémir notre omni-président créateur d’évènements. Les Français durant deux heures et demie, yeux dans les yeux avec le président, à six semaines des élections vont se régaler.

Comme le disait Chomsky « La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures ». C’est aussi un moyen direct de désintégration selon ce cher Camus que l’on veut panthéoniser…

Jean-Paul Schmitt

12/01/2010

CANOL, médicament ou faux-nez ?

CANOL.jpgUne collectivité publique peut attribuer une subvention aux structures locales d’organisations syndicales, n’en déplaise à la fameuse ( ?) association CANOL (Contribuables Actifs du Lyonnais) qui contestait l’engagement de telles dépenses publiques. Fin novembre, le tribunal administratif de Lyon a donné raison à la Région, estimant qu’elle était parfaitement dans son droit en permettant aux structures aidées de participer « à la politique régionale en faveur de l’emploi et de la formation ». Quoi ? Une collectivité publique sauvegarde l’emploi sur son territoire avec nos impôts !

Celle qui se présente modestement comme « l’une des plus importantes associations de contribuables en France » a un crédo un tantinet poujadiste : « lutter contre le gaspillage de l’argent public ». Elle fait le délice des journaleux et nourrit les argumentaires du FN, de l’UNI et de l’UMP. Elle dénonce, attaque, traque tout ce qui touche à notre porte-monnaie d’imposés ou de taxés. Porte-monnaie en peau de hérisson ultralibéral quand la fiscalité y puise.

Si la veille est utile en la matière, la systématicité de ses angles d’attaque interpelle : dénonciations devant les tribunaux des aides du Grand Lyon aux Pays du tiers-monde ; attaques des subventions aux organisations culturelles ; critiques des trains régionaux du service public complètement renouvelés par le Conseil Régional « Le TER reste un moyen de transport marginal qui ne mérite pas les investissements colossaux de la Région… » ; plainte contre les subventions du Grand Lyon au technicentre SNCF avec au passage une gifle à l’ADERLY (Association pour le DEveloppement de la Région LYonnaise) « grassement subventionnée pour attirer les emplois vers notre région »…

Un style tout en nuances. La culture, puits sans fond pour l’association qui attaquait Lyon pour la production de films pour la jeunesse avec un « Contribuables, vos élus font vraiment n’importe quoi avec votre argent ! », fustigeant toutes ces associations culturelles « dont les recettes de billetterie sont si faibles que l’on peut se demander si elles sont d’une utilité quelconque, si ce n’est de verser des salaires à leurs animateurs ! ». Et de citer pêle-mêle la Villa Gilet, les Nouvelles Subsistances, le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, la Commission du Film Rhône-Alpes, l’Institut d’Art Contemporain…

Le style dévoile l’idéologie. Il suffit de lire le choix qu’a fait CANOL pour décrire un moment de la biennale de la danse, infernale gourmande de subsides (le FN l’a reprise in extenso) : « la chorégraphie reprend toutes les étapes de la grossesse, de la danse de la séduction à l’accouchement : les fillettes feront la danse de l’ovule sur les trottinettes ». Vade retro satanas !

Certes, l’association choisit parfois de féliciter les bons élus. Elle distribue les meilleures notes sur 10 aux « élus du Rhône qui soutiennent les contribuables : - TERROT Michel : 9 - VERCHERE Patrick : 7 - COCHET Philippe : 6 - PERRUT Bernard : 5 - MEUNIER Philippe : 3 - HAVARD Michel ». Association bien sûr non politisée…

J’allais oublier : CANOL est aussi un médicament utilisé pour faciliter les fonctions d'élimination digestive et rénale. La notice prévient : « Risque de diarrhées à forte dose »

Jean-Paul Schmitt

 

06/01/2010

Sacré Caesar

Jules Caesar Sarko.jpgSacré Jules César et son calendrier appelé depuis, julien ! On lui doit – deux ans avant la fondation de Lugdunum par ce brave Munatius Plancus – que le 1er janvier soit pour la première fois le premier jour de la nouvelle année. Un jour consacré alors à Janus, Dieu des portes et des commencements. Je me dis in petto, pour la porte qu’il faudrait qu’il prenne : « Ave Sarkozius, cela commence à bien faire »… Jusqu’alors, le sacré Jules qui était également Grand Pontife, fixait à ce titre le premier jour de chaque nouvelle année. Pourvu que Sarkofex Maximus ne prenne pas l’idée de faire pareil, histoire de marquer son règne ou de redresser les sondages.

Au Moyen-Âge, la nouvelle année débutait à Pâques et donc cela bougeait tout le temps. Beaucoup plus que la manière dont la modernité pénètre de nos jours encore au Vatican. Et voilà qu’un pape, Grégoire, le 13ème du nom, en 1582, instaure un calendrier qui fait commencer l’année le 1er janvier. Un Grégoire qui peut créer des choses plus intelligentes que la béatification d’un prédécesseur un peu trop conciliant avec le nazisme, cela vaut la peine d’être noté. Comme le premier de l’an est l’occasion des bonnes résolutions, il serait bien que la sainteté qui siège aujourd’hui au Vatican prenne, lui aussi, de bonnes résolutions pour l’année nouvelle. Comme, par exemple, conseiller l’usage du préservatif en Afrique pour lutter contre le sida ou autoriser le mariage de ces pauvres prêtres obligés de convoler en noces secrètes si la vie de couple les tente ou encore accueillir à communion les divorcés remariés qui le souhaitent.

Les Romains de ce brave Jules sacrifiaient à la déesse Strenna, il paraît que le mot étrennes dérive de là. J’avoue préférer les étrennes aux bonnes résolutions, même si en échange je dois accepter l’horrible calendrier de mon facteur ou celui des pompiers de mon village. Au moins c’est un bon moment de convivialité. Plus encore que leurs affreux calendriers, je déteste ces cartes de vœux aux sapins couverts de crème chantilly et aux Santa Claus coca cola qui se trémoussent façon Walt Disney sur un air sirupeux de merry Christmas. Ils engorgent ma boite de courriel parce que des copains sont trop paresseux pour m’écrire un petit mot personnel. Si les cartes de visite qu’on échangeait à la fin du 18ème siècle avaient pareil mauvais goût, je comprends pourquoi les conventionnels de 1791 les ont supprimées en même temps que le premier de l’an. Un député qui devait ressembler à Emmanuelli allant jusqu’à déclarer lors d’une séance de la Convention : « Citoyens, assez d’hypocrisie ! Tout le monde sait que le Jour de l’An est un jour de fausses démonstrations, de frivoles cliquetis de joues, de fatigantes et avilissantes courbettes… ».

Gageons qu’aucun de ceux qui présenteront leurs hommages respectueux à Nicolas Sarkozy dans les salons de l’Élysée à l’occasion de ce nouvel an revenu en grâce dès 1797 n’aura la moindre once d’hypocrisie ni ne ressentira le moindre avilissement en faisant ce jour prochain des courbettes au prince qui nous gouverne.

Nous sommes – paraît-il – en République, que diable !

Jean-Paul Schmitt

22/12/2009

Père Noël chiche

P-cresse No-l-1.jpgMerci papa Noël !

 

Merci pour les 7,7 milliards d’euros dans les souliers des Universités, quel beau Noël, non ? Il y aura même des étrennes : 1,3 milliards d’euros de plus pour une Opération Campus qui aura désormais 5 milliards d’euros dans sa tirelire. Tant de milliards ! « C'est tellement énorme que j'arrive plus à compter » disait Valérie Pécresse, sur jouant à tout va la simplicité sur France Inter.

Mais ne soyons pas chagrins et fouillons dans la hotte pour déballer le cadeau.

Sur le paquet, une étiquette : « Bon pour une utilisation à partir de 2012 », une échéance qui rappelle vaguement quelque chose. Peau de balle pour Noël 2009 et rien pour 2010 ou 2011 ? C’est quoi ce cadeau ?! C’est à n’y rien comprendre. Il y a sûrement une explication. Ne boudons pas trop vite et déballons.

Bingo ! Un chèque cadeau avec quelques annotations de bas de page. Vite, déchiffrons :

Alinéa 1 : « Il s’agit d’une dotation en capital en pleine propriété destinée à permettre aux universités de se doter d’un capital générateur de revenus ».

Pas mal.

Alinéa 2 : « Seuls les revenus de ce capital pourront être utilisés ».

Force est de constater que la générosité de l’État a des limites. Mais après tout, avec un bon conseil de surveillance pour éviter des dérives spéculatives hasardeuses, on pourra peut-être faire fructifier le pécule.

Alinéa 3 : « Le capital devra être placé en bons du Trésor ».

Les petits bonshommes du Trésor sont passés par là. Ils nous font le coup des obligations à terme de 10 ans à 4% l’an. Des fois que des universitaires gauchisants et barbus ne connaissant rien à l’économie se mêleraient de vouloir gérer. Vive l’autonomie des universités !

Faisons un calcul rapide : le campus le mieux doté, le superissime campus français (pas sûr du tout que ce soit celui de Lyon, fut-il Lyon Métropole avec Saint-Étienne), doté d’un milliard, pourra disposer de 40 à 50 millions d’euros issus du placement à 4% d’une dotation qui sera faite au mieux d’ici quelques dizaines de mois.

Alinéa 4 à l’usage des ministres et des présidents d’université : « Bien insister lors de chaque intervention publique que vous ferez sur le fait que le gouvernement investit des milliards pour l’avenir du pays ».

Pas de quoi faire la nique avec notre cadeau aux copains d’outre Atlantique : leurs neuf facultés les plus prestigieuses ont 130 milliards de dollars de dotation. Dix fois plus que ce que nous promet saint Nicolas. Déjà qu’ils dépensent 21.600 dollars par an pour les étudiants (hors recherche et développement), soit trois fois plus que la France si j’en crois les statistiques de l’OCDE.

Merci papa Noël ! Merci saint Com’ ! Joyeux Noël !

Jean-Paul Schmitt

 

16/12/2009

Héros d’aujourd’hui

Johnny harleyluia.jpgJ’assistais la semaine passée, dans le grand amphithéâtre de Lyon 2, à un débat organisé par Christian Schiaretti, sémillant metteur en scène, à propos du Philoctète qu’il présente jusqu’au 23 décembre au TNP de Villeurbanne : passionnant ! Un spectacle fort que cette variation autour de la pièce de Sophocle ; une variation due à Jean-Pierre Siméon, poète formidable (si vous manquez cette occasion de rencontrer un texte universel servi par un Laurent Terzieff plein de passion et d’ironie, il ne vous restera plus qu’à vous rendre à Marseille au théâtre de la Criée où Schiaretti produit son spectacle du 23 au 29 janvier 2010).

Je vous la fait brève : Philoctète, héritier de l’arc magique d’Héraklès, était parti en guerre contre Troie. Il a été mordu par un serpent et sa plaie est une gangrène terriblement puante. Ses compagnons excédés et menés par Ulysse le rusé, l’ont abandonné sur l’île de Lemnos, déserte. Dix ans sont passés et voilà qu’un oracle annonce que Troie ne sera vaincue que par les flèches d’Héraklès. Damned ! Il faut qu’Ulysse aille convaincre Philoctète qui le hait de revenir combattre avec les Grecs. Il charge Néoptolème, le fils d’Achille, de convaincre le vieux ou de le tuer pour s’emparer de son arc. Loyauté ou trahison ? Sacrifice des valeurs pour satisfaire un collectif qui dit pouvoir changer le monde ou fidélité au père magnifique pour sauver l’image qu’on a de soi ? Héros de l’ombre ou héros de la lumière ? Héros réel inaccessible ou héros mythique que seul l’art peut abriter ?

Avoir vu cette pièce, en entendre parler avec l’intelligence affutée d’un Michel Wieviorka, la subtilité profonde d’un Christian Schiaretti, la verve un tantinet académique d’un Alain-Gérard Slama ou la simplicité directe et puissante d’un Jean-Pierre Siméon assaisonnée d’une pointe d’hellénisme universitaire à la Pascale Grillet-Dubois, le tout sous la houlette animatrice de Gérald Garutti de l’ENSATT : un régal !

Bref, je sortais de Lyon 2 la tête dans les étoiles. J’étais ravi. L’arc magique de Siméon & Schiaretti avait ré-enchanté le monde malgré Slama. J’étais convaincu que les héros ne pouvaient exister que méconnus. Je me disais, plein d’espoir, que c’était peut-être vous, ou toi, ou elle. Même moi je pouvais en être (si je me décide à rester au PS) !...

Je rêvais, sublîme : le CO2 et le pétrole étaient troyens, Sarkozy avait des airs d’Ulysse et Besson l’escortait en chœur antique, Néoptolème s’appelait Hirsch, les Justes inconnus du siècle dernier étaient des héros et Delors ressemblait à un Philoctète que même Héraklès n’avait pu convaincre.

J’en étais là quand, bien à l’abri, j’ai ouvert la radio pour entendre jusqu’à la nausée les gémissements médiatiques sur le sort du héros des jours : Johnny sous coma artificiel. L’enfer !

Le chœur people est en larmes. Les assureurs de spectacle sont aux abois. La voix de l’omni-président est couverte par celle de Line Renaud et de Patrick Bruel (c’est dire dans quel état lamentable se trouvent les prétendants d’Hélène) ! Le héros national est belge et fatigué. Son butin dort dans un pays d’accueil plein de muezzins déçus et de banquiers secrets. Ulysse et son Besson funèbre chantent la terre et les morts de Barrès.

Allumer le feu…

… brûler mon poste de radio et ma télé et mes journaux et le bec, alouette.

Jean-Paul Schmitt

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[Edit JYS]:

Pierre Deloche

C’est avec une très grande tristesse que nous apprenons la disparition du chorégraphe Pierre Deloche. Depuis la Maison Ravier, avec sa compagnie, il développait inlassablement un travail toujours centré autour d’une très grande humanité. J’avais souvent parlé ici des « créations Civiles »  que Pierre Deloche proposait sur la Place des Terreaux. Beaucoup de Lyonnais connaissaient Pierre Deloche au travers les défilés de la Biennale de la Danse qui associaient le monde du handicap. Pierre Deloche était inséré dans un réseau européen dynamique et de Londres à Varsovie on connaissait son travail. Les lyonnais et les habitants du 7ème arrondissement perdent aujourd’hui un artiste engagé dans la cité et un ami. J’adresse à sa famille et à ses proches mes plus sincères condoléances.

 
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