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20/03/2009

Patrice Béghain

patrice.jpgL’ami Patrice Béghain, notre ancien adjoint à la culture, semble rattraper le temps perdu. En effet avant d’en savoir plus sur le dictionnaire historique qu’il s’apprête à publier d’ici quelques temps, il nous propose « Le cours du fleuve fait le mien », une série d’entretiens avec Nelly Gabriel et Jean-Pierre Saez qui nous permettra de se délecter sur son parcours d’homme de culture mais probablement également sur son point de vue sur le cours du fleuve et donc sur le cours des choses. En témoigne le fait que le texte principal est suivi d’une « lettre au successeur d’André Malraux » qui devrait mériter plus qu’un détour.

Les lecteurs lyonnais se rendront donc mercredi prochain 25 mars à la librairie Le Bal des Ardents, située rue Neuve, pour dialoguer avec Patrice Béghain. Les autres, ceux du Nord, de Paris, de Toulouse ou de Bordeaux pourront se tourner directement vers son éditeur lyonnais afin de se procurer l’ouvrage d’un témoin important de l’action culturelle et artistique.

  • Patrice Béghain, « Le cours du fleuve fait le mien »

Espace Pandora 7, place de de la paix, Vénissieux 04 72 50 14 78 espacepandora@free.fr

Lyon, le 20 mars 2009.

Photo:DR

16/03/2009

Alain Bashung

ALAIN.jpgIl était né le 1er décembre 1947 dans la clinique Baudelocque, dans le 14ème arrondissement, à Paris. C’est pourtant en Alsace, à Wingersheim, dans une ferme du côté de Strasbourg que le timide petit parisien passera son enfance, placé là, chez la grand-mère, par ses parents. Eglise, école, travaux des champs, enfance dure mais pas difficile, le petit Claude-Alain Baschung est encore loin d’avoir passé par-dessus bord ce « c » qui sera bien plus tard le signe de son envol. A cinq ans, on lui offre un harmonica et c’est peut-être ce jour-là que tout a commencé…

« J’suis né tout seul près d’la frontière

Celle qui vous faisait si peur hier

Dans mon coin on f’sait pas d’marmots

La cigogne faisait tout le boulot

C’est pas facile d’être de null’part

D’êtr’le bébé von dem hasard

Hey Gipsy t’as plus d’veine que moi

Le blues il sent bon dans ta voix

Elsass blues –Elsass blues

Ça m’amousse… va falloir que je recouse

Elsa encore un verr’de Sylvaner

Pour graisser l’rocking-chair de grand-mère

Mets ton papillon noir sur la tête

J’te ferai un câlin ce soir après la fête

Faut pas qu’je parle au Levy d’en face

Mémé m’a dit reste à ta place

Hey Gipsy… j’aurai pas mon bac

Je n’f’rais jamais la carrière de Bismarck »

Elsass Blues

Paroles : Boris Bergman

Musique : Alain Bashung

C 1979, Allo Music.

Lyon, le 16 mars 2009

Photo:DR

 

15/03/2009

Végétarien

morrissey.jpgVous pouvez toujours écouter la dernière livraison de Morrissey histoire de vous faire votre propre opinion. Comme je le fais, écoutez-le et réécoutez-le, histoire de dénicher une pépite cachée mais je vous le confie, je commence à me dire que derrière de forts modestes compositions et des arrangements prévisibles, rien ne devrait miraculeusement apparaître. Si je dois vous donner un conseil, rangez ce « Years of Refusal » et ressortez « Vauxhall and I » et « Your Arsenal » en réécoutant même en boucle le discuté « The National Front Disco ». Il faut donc s’en convaincre le Moz est peut-être au bout du rouleau même si, très probablement, l’ex Smith « assure » encore sur scène en chantant tout aussi bien.

Une fois ces méchancetés dites, il convient de saluer le fait que Morrissey se refuse à réformer son groupe mythique même en échange de la somme extravagante de 75 millions de $. « Je préférerais manger mes propres testicules » explique notre homme dans Technikart « ce qui signifie quelque chose » précise-t-il « pour un végétarien comme moi ». Définitif !

Ils sont en vérité peu nombreux à résister à ces offres mirobolantes qui émergent pendulairement. C’était le cas avec Joe Strummer pour The Clash, de Robert Plant concernant Led Zeppelin. C’est malheureusement le chemin inverse pour les Who, Les Pretty Things, Police, Sex Pistols et autres Buzzcocks. Vous me direz, est-il pire de réformer les Who ou de faire perdurer les Rolling Stones ou U2 ? Je pose la question et ne peut qu’y répondre pas un « C’est pareil » tout aussi définitif que les propos de Morrissey sur les parties les plus intimes de son anatomie. Espérons tout de même que le Mancunien se ressaisisse et nous propose un de ces jours un retour vraiment gagnant, nous en avons besoin.

Lyon, le 15 mars 2009

 

13/03/2009

Mégapolis

megapolis1.gifCe n’est pas le bon air de la Ruhr qui me conduit à vous dire aujourd’hui quelques mots de l’un de ces bouquins sur les villes dont le destin est malheureusement de passer inaperçu avant de filer en douce au pilon. Celui-ci s’appelle « Mégapolis » et est écrit par une sociologue dont je ne connaissais pas le travail avant de tomber par un heureux hasard sur son dernier opus. Auteure d’une vingtaine d’ouvrages dont certains sont manifestement réservés à nos seuls cousins de la « belle province », ce « Mégapolis » est une formidable balade dans les grandes mégalopoles, New York, Londres, Los Angeles, Buenos-Aires et quelques autres. Loin des bouquins savants et parfois pénibles, celui de Régine Robin est avant tout la déambulation d’une amoureuse des villes, une flânerie, rassurez-vous cultivée, au-travers de ce que nos grandes conurbations produisent de pire comme de meilleur. De David Bradford, simple taxi de Brooklin au Tokyo d’Ozu, de Los Angeles, « une ville où même les pieuvres se suicident » en passant par le périphérique londonien, ce livre fourmille de détails et d’impression personnelles mais aussi, souvent par la bande d’analyses plus que conséquentes.

Croiser avec Régine Robin dans Paris, Los Angeles ou Londres ce n’est pas uniquement bénéficier de la compagnie d’un guide fiable et curieux, c’est aussi, et même surtout pénétrer dans un imaginaire cinématographique tout en relisant certaines pages des littératures d’aujourd’hui. En progressant dans « Megapolis » on rencontre l’inspecteur Bosch de Michael Connely, les photographies de Dennis Hopper, l’architecte Rem Koolhaas et son plaidoyer pour Dubaï sans oublier quelques plans de « My beautiful Laundrette », Borges, Spike Lee ou Walter Benjamin.

Ces formidables balades aux quatre coins de la planète des villes sont aussi truffées de souvenirs fugaces, de chambres d’hôtels, de bouches de métro, de néons hideux et de bouts de trottoirs. John Lennon, Marilyn Monroe, Sunset boulevard par le bus n° 2, l’épicerie d’Auggie à Brooklin, la statue de Carlos Gardel, squattent, parfois pour une poignée de lignes des itinéraires souvent bénis des dieux du cinéma. Un régal !

  • Régine Robin, « Mégapolis, les derniers pas du flâneur », Stock, 2009 – 25 euros.

Photo:DR

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Le festival Artischaud dont on connaît tout à la fois la qualité artistique et le combat pour "la libre diffusion de la musique" organise une "édition primeur" de l'évènement ce soir et demain. En voici la programmation tout en sachant qu'il convient de venir avec sa clef USB

  • Ce soir, au CCO, scène Slam ouverte, "Rap conscient" avec les stéphanois du Collectif Mary Read et Guarapita (Ska).
  • Demain, au Sixième Continent, Delagarma annoncé comme un groupe "post folk world" (?) et Galerne (world)

Renseignements sur artischaud.org

artschaud.jpg

Lyon, le 13 mars 2009

Photo:DR

 

09/03/2009

Bruno Etienne

bruno etienne.jpgBeaucoup de monde se souvient de sa fougue et de son accent chantant. Pendant deux décennies il avait éclairé notre lanterne, toujours avec conviction et pédagogie, à propos d’un islam dont il aimait dire que sa fraction radicalisée puisait beaucoup plus dans la modernité de l’occident que dans la tradition. Fréquentant avec régularité les médias « grand-public », il était un de ces universitaires qui n’hésitaient pas à descendre dans l’arène pour expliquer et défendre ses idées nous faisant ainsi découvrir le monde.

Le professeur Bruno Etienne, puisque c’est de lui dont il s’agit, s’est éteint la semaine passée. Islamologue et érudit, Bruno Etienne, comme le dit Benjamin Stora dans le Figaro, « n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait » et ce professeur de l’IEP d’Aix-en-Provence était pour bien des lecteurs et auditeurs une personnalité attachante qui avait permis de saisir bien des réalités et des enjeux sur un islam mal connu à l’époque et souvent voué à la caricature.

Parmi sa trentaine d’ouvrages, je n’avais bien entendu lu que le seul « La France et Islam » (1989) et les contours de sa vie m’étaient inconnus jusqu’à l’annonce de la triste nouvelle de son décès. Si vous souhaitez mieux percevoir la personnalité de cet universitaire qui s’affichait comme musulman et franc-maçon, je vous conseille de vous reporter au « blog éduc » qui, en septembre dernier, consacrait un billet et proposait une interview de Bruno Etienne. (blogs.laprovence.com) ainsi qu’à la république des lettres qui propose une bio-bibliographie de l’auteur (www.republique-des-lettres.fr)

Lyon, le 9 mars 2009

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08/03/2009

Shelton

quintet.jpgLes anciens lecteurs d’Actuel, première génération, risquent d’avoir un coup de nostalgie et même le blues quand ils iront au Musée d’Art Contemporain de Lyon pour arpenter l’exposition consacrée à la BD. En effet, parmi les cinq auteurs qui investissent les lieux, il y a Stéphane Blanquet, Masse, Chris Ware et Joost Swarte mais aussi l’illustre Gilbert Shelton que la bande à Bizot accueillait régulièrement dans les pages de cet étrange fanzine sur quasi papier buvard qu’était alors Actuel.

Dessinateur mythique de la contre-culture des années soixante en compagnie de Crumb, Gilbert Shelton avec ses célèbres « Freak Brothers » est une figure marquante de l’underground américain. Véritables anti-héros, avant tout préoccupés de rechercher de la dope et de glander, les « Freak Brothers »  sont d’une certaine façon les grands frères des Simpson ou de Beavis and Butthead.

Shelton aime dire qu’il est exilé en France depuis l’élection de Ronald Reagan mais c’est dans son Texas natal que le virus des comics va frapper le gamin bien sage qu’il était alors. L’affaire va tourner mal au début des sixties puisque c’est depuis l’Université d’Austin que Shelton va passer la vitesse supérieure, non seulement en créant ses premiers héros dont paraît-il « Super-Phacochère » un réac habillé de collants moule-burnes et doté d’un groin télescopique, mais aussi en devenant un éditeur de Fanzines dont Janis Joplin était l’un des diffuseurs. On connait la suite, à la tête d’une œuvre conséquente, Gilbert Shelton est un auteur réédité maintes fois qui, à l’occasion, se produit au sein d’un groupe de rock avec le journaliste Bruno Blum.

Cette exposition intitulée « Quintet » est visible jusqu’au 19 avril prochain. Elle se veut, à juste titre, comme plus qu’une expo sur la BD, une véritable exposition d’artistes.

  • Musée d’Art Contemporain – 81, Quai Charles de Gaulle, Lyon 6ème

Renseignements au 04 72 69 17 17 et sur le site du musée.

Lyon, le 8 mars 2009

NB : L’affiche de « Quintet » est l’œuvre de Joost Swarte, l’un des artistes invités.

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07/03/2009

Cochon de Warhol

warhol.jpgL’exposition « Warhol TV » actuellement proposée jusqu’au 3 mai par la Fondation Antoine Galbert dans le quartier de la Bastille met sur orbite une saison Warhol, et néanmoins parisienne, dont le point culminant devrait-être « Le grand monde d’Andy Warhol », vaste rétrospective de 250 portraits accueillis par le Grand Palais, dès le 18 mars.

Warhol est un créateur majeur. Voilà qui est dit. A certains égards il a quitté depuis bien longtemps le petit monde des arts pour devenir un phénomène. Sa place au Panthéon mondial des célébrités est acquise et ce n’est probablement que justice.

Pour ce qui concerne le reste, et tout ceci n’est absolument pas contradictoire avec ce qu’était Warhol, tout est question d’honnêteté d’un jugement pour une œuvre envahie par le business.

Sans sombrer dans les ombrageuses critiques de Hector Obalk (Aubier-Flammarion) et de quelques autres, il conviendrait probablement de prendre quelque distance avec une bonne partie de la production du génie de Pittsburg. Assez récemment, suite à une exposition canadienne, un catalogue raisonné et déraisonnable, de pochettes de disques conçues par Warhol vient d’atterrir sur les rayons de nos librairies. La compilation proposée démontre assez bien, la très grande modestie de l’œuvre du « grand maître » en la matière. Il y a quelques années, Mark Francis (Conservateur du Musée Warhol de Pittsburgh) nous proposait quant à lui aux Editions de la Martinière une anthologie de dessins (1942-1987) qui ne pouvait que calmer les fans les plus aveugles de Warhol, car une bonne partie de la production sélectionnée relevait au mieux de la sauce habituelle des pubards et illustrateurs qui exerçaient alors leurs talents du côté de New York City.

Il paraît que Warhol ne supportait pas qu’on le touche. Par respect pour sa mémoire, il serait peut-être opportun qu’on ne touche pas à chacune de ses errances car, contrairement au cochon, tout n’est pas bon dans le Warhol même si l’exposition du Grand Palais devrait nous réconcilier avec l’œuvre de l’artiste, cette rétrospective n’étant pas initiée par des charcutiers-traiteurs.

Lyon, le 7 mars 2009

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01/03/2009

Hippodrome

FETEDULIVREBRON.pngJe me dis, qu’aujourd’hui dimanche, c’est plutôt bon pour la cause que de vous rappeler que le week-end prochain va avoir lieu, à l’hippodrome de Lyon-Parilly, la Fête du livre de Bron, la 23ème du nom.

Comme chaque année des dizaines d’écrivains venus du monde entier pour cette « quête d’ailleurs » animeront tables rondes, sillonneront le village et repartiront, comme les visiteurs, satisfaits d’avoir participé à autre chose qu’un simple salon.

Même si en écho au Salon du livre de Paris des auteurs Mexicains chemineront vers Bron, je veux retenir parmi les invités de cette fête 2009, quelques-uns de mes auteurs favoris comme Bruce Begout dont je vous recommande le petit bouquin sur Orwell (« décence ordinaire » -Allia), Tanguy Viel dont je viens de lire « l’Absolue perfection du crime », le reste de l’œuvre m’etant encore inconnue (Minuit) sans oublier Charles Juliet et Alain Mabanckou avec son « Black Bazar » (Le Seuil) que je compte lire bientôt.

Une fois dit que Mathias Enard, Duong Thu Huong, Olivier Rolin, Patrick Deville ou Atiq Rahimi seront également présents comme des dizaines d’autres, il ne me reste plus qu’à vous conseiller d’aller fouiner sur www.fetedulivredebron.com afin d’organiser au mieux une visite intéressante mais compliquée qui, je vous le rappelle, pourra se situer sur trois jours, les 6 - 7 et 8 mars.

  • « Fête du livre de Bron », Hippodrome de Parilly, 4 avenue Pierre Mendès-France. Tram T2 ou Bus 81. Renseignements au 04 78 26 09 29.

Lyon, le 1er mars 2009

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28/02/2009

Le jazz de Nabe

ALBERT AYLER.jpgLe dilettante réédite deux textes de Marc-Edouard Nabe autour du Jazz. Le premier, « La Marseillaise » remonte à 1989 et est consacré Albert Ayler. Le second, « Nuages » est légèrement plus récent, puisque datant de 1993 ,et  tourne bien entendu autour de Django Reinhart, un musicien considéré par l’auteur comme « le plus grand jazzman non noir » (sic !).

Je crois que beaucoup de gens ne lisent pas Nabe uniquement pour des raisons idéologiques, le type ayant parfois des inclinaisons peu fréquentables. Autant le dire tout net, ils se privent ainsi d’un vrai plaisir de lecture. Les deux courts textes proposés aujourd’hui par le Dilettante, à un prix déraisonnable, valent donc plus que le détour.

Le premier est né des effluves festives et commémoratives du 14 juillet 1989, un jour, je cite, ou « la sale France a rendu l’âme, enfin ! Dehors » nous dit Nabe « ils croient se réjouir, les sans-culottes sans rien dedans, mais ils assistent, sans le savoir, à l’enterrement de la démocratie en personne ». N’étant pas très certain que Nabe puisse avoir quelque légitimité pour nous annoncer la mort de la démocratie, le lecteur préférera se perdre dans cette marseillaise d’Albert Ayler que Nabe décrit comme celle « des bébés, la marseillaise des croyants, la marseillaise des vivants, la marseillaise des loubards, la marseillaise des vaincus, la marseillaise des bourreaux. » Cet hommage ramassé à Ayler, cet « infatigable massacreur des faciles perfections » est du Nabe, tantôt pur sucre, tantôt pur porc, c'est-à-dire de quoi en fatiguer beaucoup, de quoi en ravir comme moi quelques-uns.

Le second texte, consacré à une belle évocation de Django est, sur une petite cinquantaine de pages, une histoire très revisitée de celui, nous dit Nabe, qui « peignait avec sa guitare ». « Django est un nuage » écrit au terme de son texte notre amoureux, « il est passé au-dessus du monde. Bien ouaté, tout en vapeur d’amour, il flotte dans le ciel inquiet, pour toujours ».

Ce terrible Nabe devrait toujours faire chanter sa plume, toute seule et tout le temps, comme la guitare de Django, histoire d’en finir avec cette idée qu’il ne serait pas, comme Django, un artiste maudit.

  • Marc-Edouard Nabe, « Nuage », Le Dilettante, 2009 – 9,90 euros.
  • Marc- Edouard Nabe, « La Marseillaise », Le Dilettante, 2009 – 9,90 euros.

Lyon, le 28 février 2009

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27/02/2009

Jennifer aussi

fields.gifJe ne sais plus très bien s’il demeure possible de faire de bons disques avec de bons sentiments. A l’écoute du dernier et second album de la néo-folkeuse, Alela Diane, nous devons légitimement nous interroger. La seule chose qui demeure certaine c’est que l’on peut faire un disque correct quand on n’a pas grand-chose à dire. Ensuite tout est question d’humeur. C’est le cas avec ce « To be still », dont j’attendais avant sa sortie probablement beaucoup trop et qui distille sur quelques onze titres cet ennui indéfinissable et plutôt agréable que je suppose issu de sa bourgade, paraît-il verdoyante, de Nevada City. Un bled, nous disent les Inrockuptibles, que la petite Alela quitta un beau jour pour rejoindre son boy-friend à Portland avec retour vers ce havre Nord-Californien après la rupture consommée avec le gonze en question. Si Alela en était restée là, ce deuxième album aurait peut-être été plus excitant. Las, Alela est retournée à Portland pour rejoindre le type en question et tout ceci nous donne un disque convenable mais bien moins indispensable que son prédécesseur, le magnifique « The Pirate’s Gospel » qui lui était tout aussi aérien, soigné et intime, mais qui avait l’immense avantage d’être le premier.

Vous l’aurez compris, « To be still » sera vite oublié. Je ne sais pas de quel bois sera fait le dixième ou douzième album d’Alela Diane mais, au train où vont les choses, il conviendrait que cette belle voix nous mette un peu de sauce piquante dans son folk pour un troisième album qu’elle devrait peut-être ne pas confier à son papa producteur.

Pour me faire pardonner, je voudrais vous conseiller la divine surprise de février, à savoir le magnifique disque d’Elysian Fields intitulé « The Afterlife ». Pour tout vous dire, j’avais perdu de vue ce duo constitué de la chanteuse Jennifer Charles et de son « mentor » le multi-instrumentiste Oren Bloedow, depuis belle lurette. Vu il y a une grosse dizaine d’années en première partie de Eels puis par hasard lors d’un concert gratuit sur Central Park, la vie sans Elysian Fields me convenait après tout fort bien. J’avais probablement commis une erreur car ce « The Afterlife » est une merveille. Aux confins, comme le dit Richard Robert dans les Inrocks, du « rock de chambre » avec un léger accent jazzy, la suave Jennifer envoûte la musique de Oren Bloedow avec une perfection qui frise au scandale. En indiquant amicalement aux dépressifs de s’abstenir, je vous conseille de vous procurer sans délais ce disque qui mériterait de figurer dans votre discothèque car vous le valez bien. Elysian Fields sera ce soir à l’Epicerie Moderne de Feyzin (69). A vous de voir.

Lyon, le 27 février 2009

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26/02/2009

Le dernier des mohicans ?

debord.jpgC’est peut-être, après tout ce qui restera de « l’œuvre » de notre actuelle Ministre de la culture. Christine Albanel vient d’interdire, par un arrêté du 29 janvier et publié récemment au journal officiel, l’exportation des archives de Guy Debord qui étaient convoitées par l’Université de Yale et plus précisément son Centre de Recherche sur les avant-gardes.

Il faut dire qu’outre atlantique on est presque raide-dingue de tout ce qui concerne Debord. Quinze ans après la disparition du Fondateur de l’Internationale Situationniste, tout ce que les states comptent d’Universitaires arty et branchouilles se pament, on se demande en vérité pourquoi. D’ailleurs, à contrario, il suffit de lire Maurice G. Dantec le seul écrivain français néo-catholique, néo-canadien, sioniste et réac assumé et sa prose anti post-hippie-gaucho, pour mesurer, tant sa haine à l’égard de Debord est sans limite, l’audience importante de l’intellectuel et Situationniste Français en Amérique du Nord.

C’est donc Racine, Bruno et non Jean, le patron de la Bibliothèque Nationale de France, qui est à l’origine de cette décision ministérielle. Il faut probablement l’en remercier mais surtout le féliciter pour cette victoire pas si évidente que cela sous Sarkozy 1er.

A propos de Sarkozy, imaginons une seconde qu’un journaliste l’interpelle à l’occasion d’un banal déplacement présidentiel. « Monsieur le Président, Monsieur le Président, SVP » dirait l’un au second. « Monsieur Le Président, comment réagissez-vous au classement des archives de Guy Debord par votre Ministre Christine Albanel » clamerait dans le brouhaha de la foule le premier à l’autre. « Euh ! » répondrait le Président tout en continuant à serrer quelques-mains. « Monsieur le Président, Christine Albanel vient d’interdire l’exportation des archives du fondateur du situationnisme. Quel est votre sentiment ? » reprendrait le journaliste en tendant son micro. « Euh !...c’est bien ! » rétorquerait un Sarkozy tout la fois ennuyé et donc irrité. « Monsieur le Président, vous pourriez nous en dire plus » et là, tout de go, notre Président enchainerait avec un « Casse-toi pauv’con » qui retentirait face à la cohorte des caméras rassemblées pour le déplacement Elyséen.

Tout ça pour vous dire que le dernier situationniste du pays est peut-être après tout notre Président. C’est d’autant plus impressionnant qu’il est peut-être un des seuls à ne pas savoir qui est Guy Debord. Trop fort !

Lyon, le 26 février 2009

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23/02/2009

Tout, tout. Vous saurez tout !

perret.jpgCela faisait quelques jours que je voulais parler d’une chose secondaire mais néanmoins pathétique, « l’affaire Pierre Perret ». Le chanteur est depuis quelques semaines, suite à un travail d’investigation journalistique de première bourre, accusé d’un terrible crime.

Selon le Nouvel Obs, le chanteur n’aurait jamais rencontré l’écrivain Paul Leautaud contrairement à ce qu’il affirmait depuis des dizaines d’années. Chacun le sait, le Nouvel Obs ne plaisante pas avec ce genre de trucs. Aujourd’hui par simple effet de contagion, quelques belles âmes vigilantes se plongent dans l’épais journal de Leautaud pour voir si le vieux avait, à un moment ou un autre des années cinquante, fait état de sa rencontre avec celui qui était encore loin d’être l’auteur du célèbre zizi.

Le pierrot a tellement les boulles qu’il envisage de saisir un juge pour retrouver ce qu’il estime être son honneur perdu ce d’autant qu’on lui cherche également querelle à propos de Brassens et d’un supposé plagiat de quelques vers de Lorca.

Si je peux me permettre, j’accuse personnellement Perret de très rarement préciser qu’un bon cassoulet convient d’être fait avec des haricots Tarbais et je ne suis pas loin de penser que le natif de Castelnaudary s’approprie de façon honteuse des recettes qui sont en vérité Toulousaines.

Il faut donc en finir avec le mythe Perret. Merci encore une fois au Nouvel Observateur de mener les plus justes combats et j’espère que Denis Olivennes dispose encore de quelques amis à la FNAC pour faire retirer des rayons les livres et disques de ce Monsieur Perret.

Lyon, le 23 février 2009

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Information "Anti-crise"

JEUDI 26 FEVRIER 2009 à 19H30

Salle Jean Couty 56 Rue Sergent M.Berthet - 69009 LYON

pour plus d'informations voir site Fédération du Rhône du PS

21/02/2009

Elles nous rendent marteau

sophie hunger.jpgSi vous êtes abonnés à SFR vous avez tout de même le droit de savoir comment la très dispensable Lily Allen dépense le petit magot que doit lui attribuer la célèbre marque de téléphonie mobile. Si j’en crois « Star Up » le magazine des disquaires du même nom, la fille à papa devenue pop-star s’est acheté un appartement en 2007. Après plus d’un an de travaux elle le fait visiter. Vous lirez la suite dans le journal en question. Lily Allen vient donc de sortir son second album et vous imaginez que cela m’indiffère. Profitant de l’occasion, je préfère vous recommander quelques-uns des excellents disques, qu’aux quatre coins du monde, la génération féminine montante nous propose.

Par pur esprit de contradiction je veux tout d’abord signaler le nouvel album des « vieux » Pretenders, de Chrissie Hynde. L’américaine a beau être pour nombre de critiques une « has been », elle signe un disque de pur rock and roll et de ballades que malheureusement les Français ne peuvent qu’acquérir en importation. A vous procurer les yeux fermés.

Si vous aimez les petites contines chantées, les vocaux tendres et presque enfantins, entre Cocorosie, Stina Nordenstam et Emiliana Torrini, le premier album de The Pierces est pour vous. Les deux sœurs que les fans de la série « Gossip Girl » connaissent déjà pour la chanson « Secret » administrent une pop douce-heureuse limite glamour qui devrait convaincre du monde dans les mois qui viennent.

Après son « The Pirate’s gospel » de la fin 2007, la délicieuse et talentueuse Alela Diane nous revient. Le deuxième opus intitulé « To be still » est paraît-il à la hauteur de nos attentes, espérons-le et souhaitons à cette magnifique chanteuse de connaître une carrière dans son Amérique natale qui ne sera pas plombée par son succès en France.

Chrissie Hynde, the Pierce, Alela Diane, les filles occupent avec une légitimité qui ne leur était pas jadis acquise le devant de la scène. Ces temps-ci une autre heureuse découverte nous arrive, cette fois-ci de Suisse. Elle s’appelle Sophie Hunger et son album « Monday’s Ghost » est une petite merveille qui devrait nous accompagner jusqu’à l’été et peut-être même au-delà.

Quand je vous disais que les filles allaient nous rendre marteau, j’aimerais vous convaincre qu’en évitant d’acheter le dernier Franz Ferdinand, les inutiles Glasvegas, les anecdotiques Cazals et les Wampas dont François Bégaudeau est le premier fan, c’est dire, vous allez faire quelques économies pour faire plaisir à votre Ipod. Alela Diane et Sophie Hunger iront y rejoindre les Keren Ann, Feist et autres Chissie Hynde. Ça c’est un plan de relance !

  • The Pierce, “ Thirteen tales of love and revenge”, Lizard King.
  • Alela Diane, “To be still”, Fargo.
  • Sophie Hunger, “Monday’s Ghost”, Universal.

 

Lyon, le 21 février 2009

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13/02/2009

Honneurs et distinctions

plant.jpgRobert Plant a donc été particulièrement honoré par les Grammy Awards en étant récipiendaire de cinq distinctions. Soyons clairs, l’ancien chanteur de Led Zeppelin demeure un vocaliste de talent et « Raising Sand » le disque qui motive tant de distinctions et qui flirte entre Folk, Blues et Country, mérite plus que de l’attention. Mais que serait le parcours récent de Plant si cet album n’était pas le fruit de l’association avec la populaire Alison Krauss ? En effet, et c’est tout à l’honneur de Plant, ce très recommandable « Raising Sand » est aussi largement à mettre à l’actif de la chanteuse. Le producteur T-Bone Burnett, dont il m’arrive très souvent de dire le plus grand bien sur ce blog, n’est pas d’un apport anecdotique dans cette aventure.

Après une carrière solo qui n’a satisfait que les aficonados inoxydables de Led Zeppelin, ces récompenses remettent légitimement en selle sur le devant de la scène Plant et c’est tant mieux. Qu’un disque aussi enraciné dans la tradition des musiques nord-américaines fasse un tel tabac est par ailleurs plutôt réconfortent et qu’il éclipse Coldplay n’est pas pour me déplaire.

Parmi les dinosaures du rock Robert Plant fait figure d’homme honnête, de défricheur et ses prises de risques en relayant quelques musiques du bout du monde témoignent d’une volonté évidente de faire autre chose que de gérer son compte en banque.

Je connais quelques fans du mythique Led Zeppelin qui fondaient de grands espoirs dans la reformation du groupe. Producteurs et promoteurs rêvaient d’un tel coup, salivaient. Plant a dit non à cette perspective lucrative laissant Jimmy Page, John Paul Jones et Bonham Jr. à leur triste sort et à la nécessité de faire un casting pour trouver un oiseau rare susceptible de remplacer Plant.

Ne croyez pas une seule seconde que Robert Plant pourrait se résumer à ce définitif refus. Avec Alison Krauss, il a signé l’an passé un bon album qui accompagnera à la perfection vos longs parcours automobiles. Le single « Please read the letter » issu de ce « Raising Sand » est une petite merveille. Pour une fois que les Grammy Awards font œuvre utile, ne cachons pas notre joie.

 

Robert Plant & Alison Krauss - Killing the Blues
envoyé par dami1621

Lyon, le 13 février 2009

Photo: DR

08/02/2009

L'Amérique

magazine litteraire.jpgL’élection de Barack Obama a produit un véritable vent de folie dans la presse multipliant numéros spéciaux et éditions parfois inutiles. Parmi les rares publications qui méritent de figurer au tableau d’honneur, « Le Magazine littéraire » devrait combler de satisfaction les amateurs de littérature et les fondus d’Amérique.

Avec son « Roman de la nouvelle Amérique » actuellement au Kiosque, l’équipe de Joseph Macé-Scaron signe un dossier de très belle facture qui avoisine la trentaine de pages. De la question raciale par Percival Everett aux écrivains juifs par Jérôme Charyn en passant par l’interview d’Aliocha Wald Lasowski sur « l’Amérique post-sexuelle » mais aussi le nécessaire Russell Banks qui s’interroge sur la dérive du « rêve américain », la livraison de février du magazine est excellente. Au-delà de rendez-vous avec quelques unes des belles pointures de la littérature d’outre-atlantique, le dossier passe en revue l’Amérique des écrivains. S’y collent, Brice Matthieussent, le traducteur entre-autre de Jim Harrison, Bernard Quiriny qui nous entraîne dans cette littérature qui scripte les banlieues résidentielles sur les pas de Lama Kasischke et John Cheever. A la manette, Minh Tran Huy et Alexis Lacroix coordonnent une somme vivante et informée qui aborde aussi les effets du 11 septembre et bien entendu l’élection de Obama, Gérard de Cortange recueillant les propos de Paul Auster sur « cette percée inouïe ». Avec Daniel Mendelssohn ou Greil Marcus, le lecteur passionné de livres et d’Amérique continuera de se perdre dans un continent littéraire, celui de Pynchon, Toni Morrison et Jay Mc Inerney.

Ce numéro indispensable ne laisse pas pour autant l’actualité de côté. Orwell, Ionesco, Kadaré, Lehane, Sallenave et Bentolila sont également à l’affiche d’une revue qui retrouve depuis quelques temps un admirable tonus toujours au service de l’intelligence tout en étant accessible à tous.

  • « Le Magazine littéraire », N°483, février 2009, 6 euros en kiosque.

Lyon, le 8 février 2009

Photo:DR

 
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