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17/08/2009

R comme « Roman noir »

184258809.jpgJe vous parle aujourd’hui d’un temps ou les héros de polars n’étaient pas médecins légistes ou experts scientifiques. Un temps largement révolu ou les bouts de ficelles et le flair permettaient à des flics ou des privés désabusés, cigarette au bec et fiole de whisky à portée de main, de trainer leur carcasse entre deux crimes. Parmi les plus célèbres de ces détectives l’un s’appelait John Dalmas mais c’est sous le nom de Marlowe, Philip Marlowe, qu’il deviendra célèbre. Son créateur Chandler, Raymond Chandler, ne ressemblait que bien peu à ses héros. Tour à tour comptable, employé à l’Amirauté, Chandler commença sa carrière de maître du roman noir sur le tard, vers quarante-cinq ans. Son premier roman est publié en 1939, c’est le célèbre « Grand Sommeil ». On célèbre cette année le cinquantième anniversaire de sa disparition et les éditions Omnibus fêtent très dignement l’évènement en publiant en un seul volume ses nouvelles sous le titre « Les ennuis, c’est mon problème ». Cette somme de plus de 1200 pages est suivie d’un essai dans lequel Chandler, suprême hommage à Hammett écrit, « il a restitué le meurtre à ceux qui le commettent pour de vrais raisons, non pour fournir un cadavre à l’auteur. »

C’est probablement là que réside le secret de fabrication de ce nouveau polar issu des pulps magazines qui avec Chandler, Hammett et par la suite toute une lignée vont serrer le kiki au roman policier pour « inventer » le roman noir.

9782258079823.gifA propos de roman noir, à ceux qui ne sont pas des fidèles de cette littérature, je ne peux que recommander le formidable petit bouquin de Jean-Bernard Pouy qui en quelques 120 pages, bibliographie non comprise, règle le problème comme avant lui Claude Mesplède l’a fait dans son indépassable Dictionnaire des littératures policières en deux volumineux tomes. Il vous reste une petite quinzaine de jours avant de reprendre le boulot, autant vous dire que vous avez du pain sur la planche.

  • > Raymond Chandler, « Les ennuis, c’est mon problème », Omnibus, 29 euros.

  • > Jean-Bernard Pouy, « Une brève histoire du roman noir », l’œil neuf, 14.90 euros.

  • > Claude Mesplède, « Dictionnaire des littératures policières », éditions Joseph K. (2ème édition-2007), 50 euros.

Lyon, le 17 août 2009.

12/08/2009

O comme « Oscar »

O.jpgCurieuse époque, le film de Molinaro, « Oscar », retrouve les écrans des salles obscures plus de quarante ans après sa sortie. D’ailleurs dans le même temps, à l’occasion de la sortie de la biographie de Louis De Funès signée Bertrand Dicale (Grasset), une sorte de « De Funès Revival » est monté en mayonnaise. De quoi être inquiet sachant que d’ici quelques temps, je vous le donne en mille, c’est de Chaplin ou Keaton dont on nous parlera pour évoquer « l’œuvre de De Funès ».

Curieuse époque, curieux pays. La France de De Funès, celle des années soixante - soixante-dix ne mérite pourtant ni honneur, ni nostalgie, pas plus que la filmographie de Louis De Funès n’implique une telle considération.

En vérité, la meilleure part de De Funès s’appelle Oury et les « Gendarmes », « Pouic-Pouic », « Oscar » et autres « Fantômas » ont tout juste vocation à boucher quelques trous dans les grilles de programmes de télévision en mal d’audience. Le monde franchouillard qui sert de décor aux grimaces de Funès est donc en passe de rentrer au Panthéon, comme une référence incontournable en matière d’humour « bien français ». Les gesticulations de Cruchot, les grossières mimiques dans « Oscar » ne sont pourtant en rien comparables à celles de Jerry Lewis. Quant à Bourvil, qui bien malgré lui, est de plus en plus associé à cet hommage grandissant à De Funès, il peut dormir tranquille fort de notre respect et de notre admiration.

On se souvient que le couple Pompidou avait mobilisé l’ensemble du gouvernement de l’époque afin d’assister, au Palais de l’Elysée, à une représentation d’Oscar. Cette anecdote en dit probablement beaucoup sur cette sorte de « De Funès Revival » naissant qui lentement se répand, signe peut-être avant-coureur d’une « Pompidou-nostalgie » ?

Bruxelles, le 12 août 2009.

10/08/2009

N comme « Naipaul »

N1.jpgJe ne sais pas si en republiant quatre textes du Prix Nobel de littérature V.S. Naipaul, les éditions Bouquins ont fait un coup mais force est de constater que, du côté de l’Angleterre, la publication cette année d’une biographie autorisée du même Naipaul fait beaucoup de bruit. C’est le journaliste et historien britannique Patrick French qui s’est attaqué au sujet bénéficiant d’une liberté assez rare de la part du célèbre écrivain de Trinidad. Je ne sais pas si nous bénéficierons en France d’une traduction de ce « The world is what it is » mais les nombreux articles qui en rendent compte, y compris chez nous, ne peuvent que nous donner l’eau à la bouche.

Naipaul est décrit dans l’ouvrage de French comme un véritable tyran faisant des femmes et maîtresses des moins que rien. Alors que dans son œuvre Naipaul mélange avec un art incomparable histoire et fiction, conservatisme et révolte affleurent dans la vie réelle du romancier. Dans la biographie en question French décrit un individu, particulièrement abject. Un type parfois à la dérive mais aussi un mec qui rabaisse plus bas que terre ses proches. Prenez Patricia Hale, celle qui fût pendant des années son épouse, domestique et dévouée secrétaire, victime des tromperies les plus répétées, Naipaul vient à en dire dans cette biographie qu’il a le sentiment de l’avoir tuée au point que le lendemain de ses obsèques, sa maîtresse officielle, celle qui allait devenir sa seconde légitime, en vient à occuper le domicile conjugal. C’est donc sous le regard de Naipaul que French a produit cette biographie. Un écrivain qui a souhaité qu’aucune ombre ne subsiste dans son passé donc dans le récit de sa vie. Etonnant et attendu.

> Patrick French, “The world is what it is. The authorized biography of V.S. Naipaul”, Picador, 2008.

> V.S. Naipaul, “Œuvres romanesques choisies”, Préface de J.F. Fogel, Bouquins, 30 euros.

Bruxelles, le 10 août 2009.

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09/08/2009

M comme « Melody »

M 2.jpgIl y a quelques mois atterrissait dans les bacs, souvent à des prix hyper-concurrentiels, le premier disque d’une suave ricaine inconnue au prénom prémonitoire de « Melody », Melody Gardot. Ce premier enregistrement, « Worrisome heart » édité en France avec des délais peu raisonnables avait le grand tort d’arriver par chez nous au terme d’une période d’overdose de filles jazzy plutôt formatées. Suivez mon regard …

Cette jeune chanteuse belle et cabossée suite à un terrible accident de la circulation du côté de Philadelphie mérite pourtant plus que le détour et sûrement pas le fait d’être réduite à une anecdote. Son second disque « My one and only thrill » paru au début de l’été devrait être, porté par une superbe voix et un savant mélange de jazz et de folk, un véritable tremplin pour la belle Melody qui, croyez-moi, devrait devenir un phénomène suite à son Olympia de novembre prochain.

A condition que la légende qui la précède (longues jambes, séductrice et dévoreuse, accro Sôka Gakkaï…) et que l’accident qui hâtise l’intérêt des médias pour une belle blonde marchant avec une canne ne viennent transformer Melody Gardot en bête de cirque, je vous assure que l’américaine est une magnifique chanteuse magnétique, en aucun cas le énième avatar de Diana Krall. La révélation de l’hiver prochain.

Depuis que son annonce historique de devenir citoyenne française fait le buzz, « la Gardot » devrait aller aguicher Eric Besson histoire d’être dans ses papiers. Profitez de cet été 2009 pour écouter Melody Gardot, peut-être que dans un an, en 2010, on en aura ras-le-bol ?

Amsterdam, le 9 août 2009.

08/08/2009

M comme « Modigliani »

M 3.jpgEn ces temps de crise, veinard encore à l’abri des lendemains qui déchantent, amoureux de femmes mystérieuses au regard clairs et aux visages longilignes, je n’ai rien trouvé de mieux que de me laisser prendre par les toiles de Modigliani pour oublier Franco dont je venais de découvrir les théories absconses par un ami.

Un peu tard me direz-vous pour une mise à jour sur les infamies du général. Quiproquo voulu (et facile, je le reconnais) : je ne parle pas de l’Espagnol, mais d’un Franco italo-américain.

Un Franco qui s’appelle Modigliani lui aussi. Un éminent économiste à en croire mon ami et qui a formulé, il y a longtemps, avec un autre bulbeux appelé Miller (pas Henry, mais Merton), des théorèmes financiers qui, paraît-il, sont célèbres. Du genre « Le coût du capital est indépendant de la structure financière de la firme, c’est-à-dire de la répartition entre l’appel aux capitaux propres et le recours à l’endettement ». Dette ou fonds propre seraient équivalents. Ah bon ! Si vous le dites…

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Je ne suis pas économiste et l’ami charitable m’a expliqué des tas de choses sur le sujet. En long, en large et en travers. En travers surtout puisque la plupart de ces choses ont dépassé mes capacités de compréhension fortement handicapées par l’ennui que m’a toujours procuré la matière financière. Je n’ai retenu que le docte commentaire suivant : le duo situait sa démonstration dans un monde que l’État ne distord pas par sa fiscalité et où les banques prêtent avec des taux d’intérêt calés sur l’économie réelle. Cela ne vous rappelle rien ?

Ce Franco Modigliani aurait aussi démontré - belle découverte ! (un Nobel en récompense) – que « La valeur d’une entreprise est indépendante des dividendes distribués » ; autrement dit qu’une augmentation importante des dividendes n’est pas nécessairement souhaitable. Voilà au moins une chose que je comprends à peu près et qui doit réconforter nombre de salariés licenciés, même si cela ne leur apporte pas de beurre dans les épinards.

Vous me comprenez mieux maintenant quand je vous disais que le seul Modigliani qui me fasse rêver vraiment s’appelle Amédeo… Portraits, nus, femmes au regard lointain voilé et grave, couleurs de naissance et de Renaissance, instinct, lignes pures, mains croisées… Douceur et grâce. Élégance aussi, presque mièvre. Pas de révolution – j’en rêve parfois - mais quelque chose de particulier, un peu facile peut-être ; encore que son « Nu couché aux cheveux dénoués » soit autrement plus voluptueux que l’Olympia de Manet tellement admirée.

C’est Carco qui disait qu’il y avait comme un souffle qui s’exhale des nus de Modigliani, « le souffle même de la vie ».

Jean-Paul Schmitt.

07/08/2009

M comme « Mann (Klaus) »

M 1.jpgAlors que plutôt pathétique, ce pauvre Stefan Zweig s’était exclamé après l’arrivée massive des députés nazis au Reichstag à la fin de l’été 1930 qu’il s’agissait de l’expression « d’une révolte de la jeunesse (...) contre la lenteur et l’indécision de la haute politique », Klaus Mann avait répliqué sans concession à l’écrivain autrichien qu’il ne voulait pas « comprendre ces gens-là ». Ceux qui au nom de la jeunesse « avait fait le choix de la régression ». Sans compromis à l’égard du nazisme naissant, Klaus Mann le fût dès les années trente et la publication cette année par Phébus de quelques-uns des textes du romancier allemand ne peut qu’impressionner. Ce recueil intitulé « Contre la barbarie » qui de 1925 à 1948 retrace d’une certaine façon le combat de Klaus Mann et son long exil vers les Etats-Unis, via en particulier la Hollande, sera pour bien des lecteurs un choc tant la clairvoyance et la détermination de l’auteur est sans faille. Sans compromis, intransigeant, Mann l’était contre « Le baratineur à moustache » mais aussi à l’égard de ceux qui « plièrent l’échine ». Lire ces textes et articles, pour moi qui n’a jamais lu l’autobiographie de Klaus Mann, est une révélation.

51j0IubjtML._SL500_AA240_.jpgPetit bourgeois déviant, selon les critères de l’époque, Mann avait pourtant tout pour être le fils insouciant de son père, le grand écrivain Thomas Mann. Ce teufeur profitant des charmes de la République de Weimar avait tout pour rejoindre la grande cohorte des planqués qui tournèrent casaque aux premiers bruits de botes pour rejoindre l’ordre nouveau. Rien de tout cela pour le jeune Klaus. Le romancier précoce qu’il était, et ce « Contre la barbarie » en est la démonstration, entamera un long et solitaire parcours d’exil contre le nazisme, un combat humaniste que Phébus restitue dans cette sélection de textes dont la lecture est utile à tous et pas seulement aux plus jeunes d’entre-nous.

  • Klaus Mann, « Contre la barbarie (1925-1948) », traduction Laure Miermont et Corinna Gepner, Phébus, 23 euros

Amsterdam, le 7 août 2009.

03/08/2009

K comme « Kureishi (Hanif) »

K.jpgParu dans sa traduction française il y a tout juste moins d’un an, « Quelque chose à te dire » de Hanif Kureishi est peut-être le bouquin de l’année littéraire qui se termine. Certains n’hésitent pas à dire qu’il s’agit du livre de la maturité, de son meilleur. Ayant lu comme beaucoup de monde « Le bouddha de banlieue » il y a maintenant bien longtemps, je dois vous avouer être incapable de dire si ce « Quelque chose … » est la crème de la crème dans l’œuvre déjà considérable de Kureshi. C’est en tout cas un excellent livre.

« Quelque chose à te dire » est une sorte de comédie douce-amère ancrée dans les milieux de l’immigration anglo-pakistanaise et plus généralement un parcours dans la société pré-Thatchérienne des années soixante-dix jusqu’à nos jours. Le narrateur de ce roman, psychanalyste, est comme un double de l’auteur, le point de convergence des moindres hoquets d’un petit monde ou se mélangent sexualité, morale, famille, foot, rock and roll ou attentats.

51KaV3WkKeL._SL500_AA240_.jpgSouvent drôle, à l’occasion terrible, parfois nostalgique, toujours teinté d’ironie, ce Kureishi est à recommander en particulier à ceux qui désespèrent parfois à la lecture de certains auteurs en vue de notre littérature. Kureishi n’est ni sociologue, ni « psy » et pourtant dans son labyrinthe on approche de très près une société anglaise qui perd parfois la boule, on sonde aussi, par le truchement de Jamal le psychanalyste les âmes et les cœurs.

Au tout début de « Souvenirs et divagations », Kureishi écrivait, « Mon père aurait voulu être écrivain. Je ne me souviens pas de lui désirant autre chose ». Avec ce « Quelque chose … » le rêve du père de Hanif Kureishi est largement dépassé. Son fils est un grand écrivain. Pourquoi pas de la graine de Nobel ?

  • > Hanif Kureishi, « Quelque chose à te dire », Traduction Florence Cabaret, Christian Bourgeois éditeur.

Bruges, le 3 août 2009.

01/08/2009

I comme « Imaginaire (l’) »

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Parmi les grandes collections de poches, « l’imaginaire » de Gallimard constitue, c’est une évidence, un très beau fleuron. Chaque année l’éditeur s’efforce de marquer le coup en publiant, à titre exceptionnel, quelques titres parfois oubliés agrémentés d’un DVD et ce pour un prix modique. Cette année Conrad et Mac Orlan ont les honneurs de « l’Imaginaire » mais la réédition de « Mildred Pierce », le roman de James M.Cain accompagné du film éponyme de Michael Curtiz, est à saluer.

« Mildred Pierce » est un roman plutôt à part parmi l’œuvre de Cain dont trop souvent on retient uniquement « Le facteur sonne toujours deux fois » multi-adapté à l’écran ainsi que les nombreux romans noirs. « Mildred Pierce », roman qui se situe aux confins du mélo-social est un magnifique portrait de femmes que la très réussie adaptation de Curtiz, à tout jamais marquée par l’extraordinaire interprétation oscarisée de Joan Crawford, fit passer presque au second plan. Aujourd’hui avec cette réédition du roman de Cain et de son adaptation hollywoodienne, Gallimard confirme, une fois de plus, qu’être un très grand éditeur se mesure aussi par le soin que l’on apporte à ses éditions de poche.

Avec le Cain, le Conrad (et son Apocalypse now), la ressortie de « La Bandera » de Pierre Mac Orlan accompagnée du film, jadis maudit, de Duvivier est tout aussi salutaire. Une occasion de retrouver le « Bad boy » Gabin incarnant ce légionnaire devenu un des grands personnages du cinéma français.

  • >« Mildred Pierce », James M.Cain, traduit par Sabine Berritz, Gallimard, « l’imaginaire ». 13€50 avec le DVD.
  • >« La bandera », Pierre Mac Orlan, Gallimard, « L’Imaginaire » 12€50 avec le DVD.

Lyon, le 1er août 2009.

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31/07/2009

H comme « Heureux au jeu »

H.jpgIl est parfois bien difficile de s’y retrouver dans la production d’un auteur prolixe dont nous ne bénéficions des traductions avec un grand décalage. Avec le dernier Lawrence Block, Le Seuil nous propose en fait un roman paru aux Etats-Unis en 1964 sous le titre de « The sexual shuffle » et sous le pseudonyme de Sheldon Lord. Autant vous dire que cet « Heureux au jeu », définitivement signé Lawrence Block, est à placer dans la préhistoire de l’œuvre du New Yorkais même si le roman en question n’est en rien un fond de tiroir.

Cela étant en moins de 200 pages, le jeune auteur débutant trousse alors une histoire, on disait à l’époque un suspense, bien verrouillée et de bonne facture. Sur fond de poker et d’arnaque, pour récupérer un magot, le joueur et tricheur professionnel William Maynard va échafauder un stratagème assez dingue qui a pour conséquence de tirer par le bout du nez le premier lecteur venu.

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Parmi la bonne quarantaine de polars publiés par l’américain ce « heureux au jeu » est une belle mécanique même s’il ne s’avère pas comme le plus éblouissant. Il n’empêche, en environ trois bonnes heures de chaise-longue, écluser ce roman à l’ancienne est chose agréable. Comme il est probablement certain que la Maison de la Presse de votre coin de villégiature ne vous offre pas un choix démesuré de bouquins, sachez que ce Lawrence Block sera un compagnon sûr entre sieste et apéro.

  • Lawrence Block, « Heureux au jeu », Le Seuil, 11,50 euros.

Lyon, le 31 juillet 2009.

29/07/2009

F comme « Fogg (Phileas) »

F 2.jpgVoilà un « tour du monde en quatre-vingt jours » qui aura mis vingt ans à être traduit en français. Ce voyage au long cours inspiré de Jules Verne est particulier puisque c’est celui de l’ancien Monty Python Michael Palin. Palin c’est le bègue dingo d’ « Un poisson nommé Wanda », le tortionnaire de « Brazil », un des complice de Terry Crilliam. Autant vous dire le haut-niveau. Cela étant, et je m’adresse particulièrement aux fans inoxydables des Monty Python, ce bouquin fruit d’un défi lancé par la BBC n’est en rien un remake de « Sacré Graal ». Nous sommes en 1988, la chaîne anglaise expédie Michael Palin (et une équipe encombrante) sur les traces de Phileas Fogg. Au retour un film, jamais vu de ce côté-ci de la Manche, et un bouquin que les éditions Hoebeke viennent de rendre accessible aux lecteurs français.

Charmant, parfois drôle, toujours agréable ce « tour du monde en quatre-vingt jours » nous entraîne du Reform club à Londres le 25 septembre, 115 ans après celui de Fogg, pour se terminer le 12 décembre suivant, c'est-à-dire 79 jours et sept heures plus tard, à 16h55 à nouveau au « Reform club » après une rapide descente de Régent Street. Entre temps, via Alexandrie, Madras, Guangzhou, Aspen et le Havre, Palin avec une plume alerte et délicieusement anecdotique se révèle être un excellent tour opérator par procuration. Vous ne partez pas ou seulement pour quelques jours en vacances, ce « tour du monde » sera, promis juré, un compagnon idéal de vos parcours en métro, tram et TER. De chapitre en chapitre vous y rencontrerez ce vendeur d’un grand magasin de Tokyo qui s’excuse de la demi-heure que prendront les retouches de deux pantalons, cet homme croisé au Taj Hôtel qui propose à Palin une femme parmi 50 000 autres, le tailleur Sam de Hong-Kong qui en sept minutes prend des mesures pour une veste, un pantalon et une chemise. Ports, douanes, ferry, train, bateaux se succèdent et emportent le lecteur dans cette course sur les pas de Phileas Fogg.

849107985_M.jpgIl existe des milliers de bouquins de voyages. Certains sont prétentieux, d’autres superficiels. Celui de Michael Palin est à mi-chemin mais toujours agréable, ce qui n’est pas la plus mince des qualités.

  • Michael Palin, « Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python », Hoëbeke, 2209, 22,50 euros (traduit par Béatrice Vierne)

Lyon, le 29 juillet 2009.

27/07/2009

E comme « Eugène (Sue) »

E 2.jpgAmateur de beaux meubles, de bibelots exquis et d’un certain art de vivre encore rare à l’époque, Eugène Sue n’incarnait en aucune façon le monde décrit dans son chef d’œuvre « Les mystères de Paris ». Auteur dans un premier temps de romans maritimes, ce médecin et fils de médecin avait écrit parfois plus par nécessité que porté vers un véritable destin littéraire. C’est d’ailleurs après une douloureuse passe financière que Sue se remet à sa table d’écrivain et livre « Arthur », ce roman dont le héro est un dandy cynique qui cousine étrangement avec son auteur.

Requinqué financièrement, c’est en décrivant l’univers glauque des bas-fonds de la ville qu’Eugène Sue va signer son ouvrage majeur. Loin d’être un socialiste qui s’ignorait, c’est en écrivant « Les mystères de Paris » dira Dumas que Sue « se mit à aimer le peuple, qu’il avait peint, qu’il soulageait, et qui, de son côté, lui faisait son plus grand, son plus beau succès ».

« Les mystères de Paris » furent effectivement un très grand succès mais aussi un scandale permanent au fil de la parution du feuilleton.

En campant ce petit peuple, ces pariats et ces malfrats sans foi ni loi, Sue va apparaître comme peut-être le plus grand provocateur de ce siècle en matière de littérature. Tout le monde lira le feuilleton des « mystères », les bourgeois comme les illettrés qui se faisaient lire par autrui les pages du journal. Le pays se divisera à propos des « mystères » dont tout le monde attendait avec impatience « la suite au prochain numéro ».

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Cet archétype du roman-feuilleton vient donc de connaître une nouvelle édition (une nouvelle vie ?) grâce à Quarto-Gallimard et à Judith Lyon-Caen qui supervise avec talent un texte et des annexes fort intéressantes. En accompagnant ces « Mystères de Paris » d’analyses qui s’interrogent fort justement sur la réelle portée politique et sociale du feuilleton mais aussi en reproduisant également quelques-unes des réactions de l’époque, ces quelques 1300 pages que je compte écluser avant de partir en voyage seront peut-être l’une de vos lectures de l’été. C’est tout le mal que je vous souhaite.

  • Eugène Sue, « Les mystères de Paris », Quarto-Gallimard, 26,90 euros.

Lyon, le 27 juillet 2009.

26/07/2009

E comme « Electricité »

E 1.jpgPlus que quelques jours aux retardataires pour aller parcourir la rétrospective d’Alan Vega au Musée d’Art Contemporain de Lyon. En effet le 2 août cette première manifestation autour de l’œuvre plastique du fondateur de Suicide disparaîtra dans les abîmes de nos mémoires et la possibilité d’admirer « Infinite Mercy (Lyon Altarpiece),» l’installation créée pour l’occasion avec du matériel de récupération en partie pris dans les soutes du MAC, retournera peut-être dans les caves embouteillées du même Musée.

Artiste plasticien dont l’œuvre était restée jusqu’ici dans l’ombre, Alan Vega fort de son aura de rock’n’roll star de l’avant-garde, aura bénéficié à Lyon d’une véritable reconnaissance. Ses installations qui manient le plus souvent la fée électricité surabondante dans les rues new-yorkaise rejoint d’une certaine façon la musique parfois bricolée de cet Elvis de Brooklyn. Se situant dans une lignée particulièrement « allumée » de l’Arte Povera, l’œuvre plastique de Vega est encore pour quelques jours à portée de regard. Les fans ont donc encore quelque opportunité pour faire le détour par Lyon, les autres risquent de le regretter longtemps.

  • « Alan Vega, Infinite Mercy », Musée d’Art Contemporain, Cité Internationale, 81 quai Charles-de-Gaulle, Lyon 6ème www.mac-lyon.com et 04 72 69 17 17

Lyon, le 26 juillet 2009.

25/07/2009

D comme « Davis (Miles) »

D 3.jpgCeux qui ont apprécié « Miles, l’autobiographie » signée Quincy Troupe et rééditée il y a environ deux ans ne doivent pas s’en tenir comme quitte. Un « Miles Davis », édité par le Castor Astral écrit par le même Quincy Troupe vient de sortir. Ce n’est en rien un digest ou un sous-produit de la célèbre biographie autorisée mais plutôt un prolongement nécessaire qui balise la fin des années quatre-vingt, Miles Davis rangeant définitivement sa trompette dans l’étui en 1991. Ce court ouvrage est donc à lire et en le parcourant on ne peut que se dire que, là-haut au paradis des musiciens géniaux, Miles doit continuer à emmerder tout le monde. Ici bas, le type était déjà pénible, limite tyran, et on se dit que dans le lounge douillet du secteur VIP du paradis des musicos, il y a probablement belle lurette que Miles Davis ne parle plus à personne. Qu’Hendrix l’évite, que Coltrane s’efforce de ne le croiser que par obligation, que Monk est aux abonnés absents. Seul peut-être Beethoven, toujours aussi sourd comme un pot, lui fait la conversation et Mozart, quant à lui, il est bien obligé de le fréquenter, même épisodiquement, ne serait-ce que pour récupérer de la dope ou des medocs.

Pourtant, à l’annonce de sa mort, dans ce coin du paradis, parmi tout ce beau monde, ils étaient nombreux et impatients à voir débarquer le trompettiste le plus génial du XXème

Siècle. Certains imaginaient déjà quelques jams fabuleuses et des fiestas mémorables. Malheureusement il faut le dire, là-haut comme jadis ici, Miles se comporte parfois comme un petit monstre et les moments de rencontres musicales sont toujours épatants mais toujours rares. Du côté filles ce n’est pas mieux à telle enseigne qu’elles préfèrent toutes faire les vocaux derrière Ike Turner plutôt que de croiser Davis. C’est dire !

[EDIT] Vous me direz que ce coin de paradis est toujours plus fréquentable que la direction nationale du PS qui ressemble de plus en plus à un enfer. Depuis que la pionne s'est embarquée dans une improbable offensive contre Valls, Solférino est en feu. Aux dernières nouvelles, Ségolène Royal s'imagine tenir un rôle de pompier, Jean-Marc Ayrault piloter un "Canadair". Quant à Moscovici, il aimerait sentir le souffre, mais fort de la possession d'une seule allumette son problème est de récupérer le grattoir piqué par Delanoë. Tout ce beau monde va aller se griller sur les plages. Si vous en rencontrez quelques-un(e)s, offrez-leur un sceau d'eau afin de les faire baisser en température.

Cela étant, pour revenir à l'essentiel, ce petit bouquin de l’excellente collection « Castor music » est épatant et peut-être une belle lecture estivale sachant que les écouteurs de votre I Pod sur les oreilles, vous pouvez continuer à vous laisser bercer par ce grand maître, que certains disent ronchon, mais qui nous emporte à chaque fois avec son « Birth of the cool », « Kind of blue » ou « In a silent way ».

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24/07/2009

D comme « Dahu »

D 2.jpgBonnard aime les chats. Plus que moi. Mais qui croit-il tromper avec son « Chat blanc » ? Ami chasseur d’étrange, regarde comme ses pattes sont longues… Inégalement longues !

C’est un dahu de la plus pure espèce. Et d’ailleurs, ce prétendu chat n’est pas blanc. Il est même tout sauf blanc. Vois l'ocre sur son front et sur sa queue ; le gris bleuté sur ses pattes inégales. C’est un dahu dextrogyre ; l’un de ceux dont les pattes côté gauche sont plus courtes que celles côté droit, ce qui les oblige à courir toujours dans le sens des aiguilles d’une montre lorsqu’ils sont sur terrain plat et à systématiquement calculer la dérive de leur saut avant de bondir sur leur proie. Vois d’ailleurs comme cette espèce a développé en arrière de la tête une grosse et utile bosse des math. Le dahu de Bonnard est d’une espèce très rare dite flottante, ce qui rend sa chasse particulièrement intéressante par gros temps. Heureusement, la bête se déplace sur des arrière-plans sombres dans lesquels le bleu profond domine. Le coloriste génial a su rendre à perfection l’habitat habituel de l’animal ; habitat dont le fond souligne habituellement la clarté du pelage et le fait apparaître blanc – à tort, je le répète – facilitant ainsi la visée du chasseur.

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Pour tout vous dire, je goûte davantage les difformités des femmes au bain de Bonnard et celles de ses nus aux bas noirs. Je préfère les arrière-plans colorés de ses salles de bains et de ses baignoires aux arrière-fonds de ce prétendu chat bossu.

Dans les univers d’eau de l’ami Pierre, dans sa grande baignoire, les bleus, les jaunes, les complémentaires m’aveuglent avec délices et m’inondent de couleur. Là, sont des rose et des violet de corps féminins autrement plus érotiques.

Mais c’est vrai que je ne suis pas chasseur. En tout cas pas chasseur de dahu…

Jean-Paul Schmitt

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[EDIT JYS]: Je viens d'apprendre avec tristesse le décès de l'ancien Maire de Lyon, Francisque Collomb. J'adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et ses proches.

19/07/2009

B comme « bouquins »

B 3.jpgHier je bourrais la valise de quelques disques destinés à parcourir l’été. Aujourd’hui les tâches logistiques se poursuivent puisqu’il s’agit de sélectionner quelques bouquins qui seront rejoints, à n’en pas douter, par d’autres au fur et à mesure de mes visites dans quelques bonnes librairies (il en reste)…

  • Klaus Mann, « Contre la barbarie », Phébus.
  • Lawrence Block, « Heureux au jeu », Le Seuil.
  • Michael Palin, « Le tour du monde en 80 jours par un Monty Python », Hoëbeke.
  • Eugène Sue, « Les Mystères de Paris », Gallimard-Quarto ; une lecture déjà bien avancée.

Je compte ça et là, feuilleter le dictionnaire de Lyon co-écrit par mon ami Patrice Beghain (Stéphane Blaches éditeur) mais son poids, qui doit avoisiner les 3 kg, est une pénalité.

Si j’écluse les quatre livres qui précèdent, trois romans achetés lors de la dernière édition de « Quais du Polar » sont encore en souffrance.

  • Iain Levison, « Trois hommes, deux chiens et une langouste », Liana Levi éditeur
  • Philip Kerr, « La trilogie Berlinoise », éditions du masque.lyon
  • Philip Kerr, « La mort entre autres », éditions du masque.

Sur leur pile, ces polards poireautent avec trois autres livres dont le premier sera probablement un premier choix …

  • Hervé Guibert, « Articles intrépides, 1977-1985 », un florilège des articles et entretiens de l’écrivain disparu alors qu’il était journaliste au Monde (Gallimard)
  • Rob Sheffield, « Bande originale » (Sonatine) un livre annoncé de façon tonitruante comme « Le plus grand livre sur le rock », mais je me méfie et je repousse sans cesse sa lecture.
  • Nicolas Rainaud pour « Figures de Bob Dylan », un bouquin acheté à sa sortie mais qui, après feuilletage, ne m’inspire guère.

Quitte à craquer pour cet éditeur (« Le mot et le Reste ») il n’est pas impossible que j’emporte, à l’occasion de la petite virée que nous allons faire en Belgique et aux Pays-Bas, le livre concocté autour du jazz mais dont je ne me souviens, ni du titre, ni de l’auteur.

Lyon, le 19 juillet 2009.

 
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